Quand la poésie sort des livres et habite un Lieu : récit d’une soirée à L’Épicerie entre rimes, arts visuels, chant et vibrants hommages.
Certains pensent que la poésie est le refuge des rêveurs, le murmure des radoteurs ou encore le privilège de quelques illuminés dans leurs bulles de cristal. Or, lors de la soirée du 28 février, au restaurant L’Épicerie, cette idée reçue a été feintée, décriée ; car la poésie reste l’affaire de ceux qui scrutent au-delà du visible. Elle est le mouvement d’une vie en éveil. Elle est l’essence même de l’existence. Un souffle. Un sens.
Sous la thématique Mémoire et Espoir, lors de cette soirée ramadanesque dans l’espace L’Épicerie, poèmes et textes lyriques ont pacté une alliance avec la musique, le chant, l’art visuel.
Le décor, magnifié par les œuvres de Rachid Rezagui, poète trilingue (amazigh, français, darja) et interprète de chaâbi, a transcendé l’espace. Il a exposé une série de portraits de martyrs – immortalisant nos héros, inscrivant la mémoire. Il a également présenté la poésie imagée, illustrée par l’artiste-plasticien Karim Sergoua. La symbiose entre verbe et image captive autant qu’elle émeut.
Au rang des voix conviées, Fouzia Laradi a irradié cette rencontre de sa présence. Pilier à l’établissement Art et Culture, elle a laissé une empreinte indélébile à l’Espace Bachir Mantouri. Son dynamisme a été tel que, si l’on passe dans les lieux, on entendrait presque l’écho des paroles des littérateurs, vivants ou disparus, ayant porté le verbe. Poétesse, écrivaine et éditrice, elle a déclamé avec la même passion en darja qu’en français, illustrant véritablement ce que la poésie doit à l’engagement. L’émotion s’est prolongée avec Fateh Agrane, poète et gérant de la librairie Fateh Kitab aux Bananiers (Mohammadia). En cette veillée, il a partagé des fragments de sa quête à travers son recueil Ma mère en vagues, hommage à sa mère martyre, ainsi que d’autres textes. Une poésie de l’âme, habitée.
Au cœur de l’art, nous avons soufflé la bougie d’anniversaire de l’illustre Zoulikha Bekaddour. Moudjahida de la première heure et intellectuelle de haut vol, sa présence a honoré le thème de la soirée. Elle nous rappelle que la lumière de l’esprit permet d’habiter le monde avec intensité. Une leçon de vie.
En tant que modératrice de cette rencontre, j’ai eu le plaisir de guider ces échanges — parfois spontanés au gré des rimes et des chants ; des timbres qui m’ont autrefois accompagnée lors des Forums de L’ivrEscQ, notamment La Caravane de la poésie à sa première édition. Cette soirée a été l’occasion d’exhaler mes propres poèmes, nés dans l’inspiration de ce Ramadan 2026. En particulier, un poème dédié à la mémoire de Mahmoud Aroua, une voix dont l’absence résonne encore avec force. Ces vers s’inscrivent dans la continuité de l’aventure La Caravane de la poésie pour sa deuxième édition, qui sera bientôt enrichie d’une anthologie de poètes choisis.
La magie réside aussi dans l’imprévu. D’autres souffles ont résonné dans l’espace de L’Épicerie, à l’instar de Fouad Boukhalfa, Mina Benmihoud, Hnifa Hamouche, Noureddine Benamara, sans oublier l’écrivain, préfacier Jaoudat Guessouma. Le tout porté par le musicien Madjid Bellamine au piano et immortalisé par le regard du photographe Abdelghani Kayouche.
Grâce à l’accueil chaleureux de l’équipe de L’Épicerie, ce rendez-vous littéraire a été une preuve vivante que la poésie ne s’enferme pas dans des livres, mais qu’elle est une parole vivante qui nous accompagne.
Un grand merci à Rachid Rezagui pour avoir orchestré cette veillée de main de maître. Son exposition-vente au restaurant L’Épicerie se poursuivra pendant un mois.
Nadia Sebkhi










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