{"id":1068,"date":"2010-01-15T00:17:40","date_gmt":"2010-01-14T23:17:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=1068"},"modified":"2011-03-12T18:14:59","modified_gmt":"2011-03-12T17:14:59","slug":"le-pied-de-hanane-de-aicha-kassoul","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/le-pied-de-hanane-de-aicha-kassoul\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Le Pied de Hanane\u00a0\u00bb de A\u00efcha Kassoul"},"content":{"rendered":"<p><em>La vie bascule par la surcharge d\u2019un pass\u00e9 jamais oubli\u00e9. On aurait dit que rien n\u2019est pas comme avant. Sa vie aurait presque bascul\u00e9 en cette date fatidique, seulement la voix des ondes de la trois, A\u00efcha Kassoul, est avec brio dans le registre des romans poignants\u2026<\/em><\/p>\n<h1>C\u2019\u00e9tait au temps des irr\u00e9parables fautes\u2026<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1069\" title=\"aicha-kassouli-1\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/aicha-kassouli-1.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/aicha-kassouli-1.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/aicha-kassouli-1-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A\u00efcha kassoul confirme dans ce roman la singularit\u00e9 de son style. Des fragments de destins se heurtent et implosent dans des mares d\u2019impuissance sans jamais de r\u00e9pit. L\u2019\u00e9crivaine met en sc\u00e8ne le f\u00e9minin pluriel. Elle commence par le \u00abJe\u00bb, c\u2019est au temps de l\u2019\u00e9cole. Une Arabe se fait houspiller par sa ma\u00eetresse de fran\u00e7ais madame Rouget. Impossible pour cette enseignante que l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve arabe soit meilleure que les petites frankettes, elles qui \u00e9taient filles de colons de la Mitidja. Pourtant l\u2019Arabe entre dans la langue enseign\u00e9e en silence comme on entrerait dans une identit\u00e9 nationale, alors que sa langue nationale se r\u00e9v\u00e8le pour elle langue d\u2019usage. Madame Rouget ne veut pas croire \u00e0 l\u2019assiduit\u00e9 de l\u2019\u00e9coli\u00e8re arabe. Et pourtant, cette derni\u00e8re ne d\u00e9teste aucunement la langue de l\u2019autre. Et encaisse l\u2019autorit\u00e9 du colonisateur. Mieux encore, elle admire de son regard pur et enfantin les camarades Choulet. Elle les contemple sans d\u00e9tacher son regard de leur voiture qui venait quotidiennement les chercher pour rentrer chez elles. Elle les regardait partir loin de l\u2019imaginaire de son enfance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre, qui n\u2019est pas sans difficult\u00e9, r\u00e9serve de sacr\u00e9s moments d\u2019intelligence. A\u00efcha Kassoul d\u00e9veloppe avec angoisse et ironie un univers labyrinthique et absurde : La vie. Elle la d\u00e9crit \u00absale\u00bb. Fond\u00e9e sur les th\u00e8mes de la culpabilit\u00e9, de la perte d\u2019identit\u00e9, de la transformation de l\u2019habit f\u00e9minin et de toutes les tares sociales, elle retrace une existence tourment\u00e9e dans laquelle se succ\u00e8dent les maux. La date est donn\u00e9e, comme un malencontreux rendez-vous : 24 d\u00e9cembre 1994. La narratrice est dans cet avion de la compagnie fran\u00e7aise. Les souvenirs de cette date \u00e9gr\u00e8nent au fil des pages le poids de la m\u00e9moire. Que reste-t-il de ces interminables heures maudites de la prise d\u2019otage ? Probablement un fichu, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par un commando, pour fondre dans le paysage islamiste. \u00ab\u00a0Zorro\u00a0\u00bb est arriv\u00e9, le GIGN fracasse la porte pour sauver la pl\u00e8be de son propre pi\u00e8ge. Les otages glissent par le toboggan. Autour de la narratrice, vocif\u00e9ration. Tirs. Bruits. Explosion. La guerre est l\u00e0, et a un \u00e9trange visage: ordre aux civils de se coucher, de ramper, d&rsquo;obtemp\u00e9rer. Etrangement, les Fran\u00e7ais nous sauvent de l\u2019ennemi alg\u00e9rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s une nuit \u00e0 Marseille, la narratrice est dans un bus qui conduit vers Paris. Elle abandonne son foulard. Les sauveurs les ont traumatis\u00e9s contrairement aux preneurs d\u2019otage. Serait-ce le syndrome de Stockolhm, pense-t-elle ou un simple affect pour ses compatriotes? La narratrice n\u2019arr\u00eate aucunement l\u2019horloge grin\u00e7ante, elle raconte son \u00e9ducation. Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e dans la contrainte et la restriction. Elle raconte que son grand-p\u00e8re a inflig\u00e9 \u00e0 sa fille voile et interdiction d\u2019\u00e9cole dans la colonie la\u00efque et r\u00e9publicaine. Aujourd\u2019hui, le voile assure aux filles la sortie. Etrange \u00e9poque dans laquelle le souci vestimentaire continue \u00e0 heurter la virilit\u00e9 publique, \u00e0 croire que l\u2019habit fait le musulman. Une \u00e9charpe rouge qui \u00e9loigne les foudres du chef commando.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette immersion dans Un monde qui nous rassemble parce qu&rsquo;il nous ressemble, est un assemblage de r\u00e9miniscences qui nous entraine au fil des pages par l\u2019\u00e9criture d\u2019une \u00e9crivaine absolument unique, une auteure id\u00e9ale pour le chevet, en d\u00e9pit du manque d\u2019amour et de ses sursauts. A\u00efcha Kassoul nous saisit par une verve d\u00e9mesur\u00e9e. Elle tente d\u2019att\u00e9nuer la pesanteur qui prend des allures de l\u00e9gende : r\u00e9pit en berne. Qui\u00e9tude en chute. Une parfaite mascarade de g\u00e9n\u00e9rations de femmes auxquelles nous restons suspendus. Elle est pass\u00e9e de l\u2019\u00e9coli\u00e8re au f\u00e2cheux \u00e9v\u00e8nement du d\u00e9tournement d\u2019avion en 1994, en revenant de la femme voil\u00e9e d\u2019antan \u00e0 la voil\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui. Emouvante tentative de revoir le dessein du f\u00e9minin-pluriel: l\u2019\u00e9coli\u00e8re. L\u2019adulte. Nourisson. Le lecteur est pris au d\u00e9pourvu, par les nuances d\u2019une \u00e9crivaine puissamment talentueuse \u00e0 laquelle nous avons pris go\u00fbt par les fen\u00eatres litt\u00e9raires matinales \u00e0 travers les ondes de la cha\u00eene trois.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vie bascule par la surcharge d\u2019un pass\u00e9 jamais oubli\u00e9. On aurait dit que rien n\u2019est pas comme avant. 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