{"id":1079,"date":"2010-01-15T19:59:18","date_gmt":"2010-01-15T18:59:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=1079"},"modified":"2011-02-13T20:06:28","modified_gmt":"2011-02-13T19:06:28","slug":"rachid-mokhtari-un-duo-incantatoire-a-travers-le-cardage-des-temps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/rachid-mokhtari-un-duo-incantatoire-a-travers-le-cardage-des-temps\/","title":{"rendered":"Rachid Mokhtari: Un duo incantatoire \u00e0 travers le cardage des temps"},"content":{"rendered":"<p><em>Ce nouveau titre qui incite \u00e0 la tentation voire \u00e0 la curiosit\u00e9, emprunte des \u00e9l\u00e9ments de croyances ancestrales m\u00ealant prose et po\u00e9sie.<\/em><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1080\" title=\"rachid-mokhtarii-1\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/rachid-mokhtarii-1.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/rachid-mokhtarii-1.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/rachid-mokhtarii-1-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/p>\n<h1>Ce nouveau titre qui incite \u00e0 la tentation voire \u00e0 la curiosit\u00e9, emprunte des \u00e9l\u00e9ments de croyances ancestrales m\u00ealant prose et po\u00e9sie.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s Imaqar, titre intrigant, Rachid Mokhtari revient avec un nouveau roman aux \u00e9ditions Chihab : L\u2019amante. La beaut\u00e9 qu\u2019il greffe dans la trame se d\u00e9voile dans chaque ligne de ce nouveau roman, et dont Rachid Mokhtari nous a habitu\u00e9s par son \u00e9criture. Il postule la volont\u00e9 d\u2019un style qui lui est propre, ou mieux, une force dans l\u2019esth\u00e9tique. Comme par lubie, l&rsquo;\u00e9crivain joue avec les temps, entre le pr\u00e9sent de l&rsquo;action pr\u00e9cipit\u00e9e quasi irr\u00e9fl\u00e9chie, et le pass\u00e9 traditionnel de nos a\u00efeux. Il trace une forme de parall\u00e8les entre notre \u00e8re et les temps imm\u00e9moriaux. Le roman relie, par des voix \u00e9tranges, les traditions \u00e0 la modernit\u00e9 en s&rsquo;interrogeant sur les destins des personnages de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Une intrigue tissant des amours raval\u00e9es, des r\u00eaves \u00e9clat\u00e9s, des envies en suspens\u2026 par le fil effiloch\u00e9 du temps. \u00ab\u00a0Tamzat est venue du lointain des lointains te pr\u00eater main-forte au tissage du burnous, de mon burnous, mon linceul. J&rsquo;ai froid. Mon corps est transi du froid bleu de la mort. J&rsquo;ai tant besoin de tes doigts, de ta laine. Je ne sais combien de si\u00e8cles tu as card\u00e9 (&#8230;) Ecoute-moi bien Tamzat, dans ce r\u00e9cit dont tu as card\u00e9 les mots et leur syntaxe dans lesquels se c\u00f4toient po\u00e9sie et racontars, mis de la teinture aux couleurs \u00e9carlates \u00e0 des morceaux de vie terne et tout de noirceur, toutes celles et tous ceux que tu as ressuscit\u00e9s par ta gr\u00e2ce, femme invisible, esprit qui gouverne les maisons d\u00e9sert\u00e9es et les toits affaiss\u00e9s, les partants et les revenants, te parlent de ce burnous pour lequel tu as travers\u00e9 le djebel Ouaq Ouaq pour h\u00e2ter sa confection avant ce printemps maudit, qui a fleuri avec la mort\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle, au fin fond de la kabylie, Omar veut construire une maison \u00e0 \u00e9tage. Son p\u00e8re Mohand Azraraq est un \u00e9migr\u00e9 qui conna\u00eet les affres du travail difficile en France. Il travaillait dans la m\u00e9tallurgie. Les cuves des aci\u00e9ries fran\u00e7aises lui ont rong\u00e9 les poumons. Sans masque, sa poitrine est en feu. L\u2019odeur du m\u00e9tal a pourri sa vie. Il a assist\u00e9 \u00e0 de terribles injustices dont celle du contrema\u00eetre. Ce marabout avait eu un accident. Une coul\u00e9e s\u2019\u00e9tait \u00e9chapp\u00e9e de la cuve et l\u2019avait handicap\u00e9. L\u00e0-bas, des \u00e9migr\u00e9s mouraient o\u00f9 y restaient faute de moyens. Ils vivaient dans un logis insalubre du site ouvrier. Si Mohand avait h\u00e2te de rentrer chez lui pour sentir le parfum des cerisiers en fleurs, les arbres fruitiers et toutes ces odeurs de jadis. \u00ab\u00a0Oui, je suis s\u00fbr que mes yeux retrouveront d&rsquo;eux-m\u00eames la vue d\u00e8s que je foulerai la terre de Tamazirt I\u00e2alalen. Mais, elle ne sera plus comme avant. Omar a sans doute jet\u00e9 la mal\u00e9diction sur cette terre b\u00e9nie, qui nous a vu na\u00eetre. Une maison \u00e0 \u00e9tage ? Que verrais-je du balcon ou de la fen\u00eatre de la pi\u00e8ce d&rsquo;en haut? Tazazra\u00eft, s\u00fbrement, si Dieu et les saints pr\u00e9servent mes yeux. Je me recroquevillais sur ma banquette. Le bus d\u00e9marra dans un bruit de ferraille assourdissant. Je compte sur ta b\u00e9n\u00e9diction. \u00d4 Sidi El Hadj Amar !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le long du roman, un texte en italique gras introduit les r\u00e9miniscences de Za\u00efna ou Tamzat la tisseuse de burnous. Si Mohand a besoin d\u2019elle, de sa chaleur, de ses fils qui s\u2019embrouillent comme deux amants voyant le temps passer et leur histoire d\u2019amour secr\u00e8te, douloureuse. A croire que le lecteur est au seuil de l\u2019oeuvre \u00e0 vouloir p\u00e9n\u00e9trer sans que l\u2019\u00e9crivain ne le lui permette. En France, Mohand Azraraq voulait th\u00e9sauriser afin d\u2019acqu\u00e9rir une parcelle de terre de Tamazirt I\u00e2alalen. Mais, lorsqu\u2019il rentre, en bateau, apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es d\u2019exil, comme par malheur, il ne pourra voir sa maison grimper vers les cimes du ciel. Il ne pourra se d\u00e9lecter de la contemplation de son village tant r\u00eav\u00e9. Mohand ne discerne plus rien. Il est frapp\u00e9 de c\u00e9cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1946, Omar a seize ans. Peu de temps apr\u00e8s, Son p\u00e8re tr\u00e9passe d\u2019une mort subite qui l\u2019emporte comme par mal\u00e9diction dans cette nouvelle maison. Il rejoint Jedi Salah, lui qui a toujours gouvern\u00e9 Tamazirt I\u00e2alalen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0M\u00eame revenu moribond et aveugle de mes ann\u00e9es des hauts-fourneaux, je nourrissais un fol espoir de recouvrer ma vue int\u00e9rieure dans les anciennes odeurs de la maison paternelle, forte de ses racines et de la douce pente de Tamazirt I\u00e2alalen, sem\u00e9e de mon enfance et de tous mes r\u00eaves d&rsquo;exil\u00e9. Mais voil\u00e0 que je ne retrouve rien. Que du ciment. Une atmosph\u00e8re d&rsquo;absence insupportable qui noircit l&rsquo;\u00e2me. Rien, tu entends, rien !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme si les Saints lui interdisaient cette ostentation moderniste. L\u2019odeur du vide et de la mort plane encore. Les a\u00efeux veillent sur Omar. Ils l\u2019ont couv\u00e9 du pan de leurs burnous. La maison \u00e0 \u00e9tage serait-elle devenue maudite comme les cuves de Charenton ? Les mauvais esprits habitent-ils ce lieu ? Faudrait-il donner une wa\u00e2da aux saints pour conjurer le mauvais sort ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme si un incident aussi minime soit-il avait son importance dans ce roman, le destin a voulu que le petit-fils Hachimi soit \u00e9crivain. D\u00e9sormais il \u00e9crira des morceaux de vies- sur le temps et ses d\u00e9dales- que son grand-p\u00e8re, de sa tombe, lui raconte. Ce roman bouleversant est servi par une \u00e9criture po\u00e9tique qui a ses adeptes et qui met les valeurs \u00e0 leur juste place, \u00e0 leur juste lumi\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce nouveau titre qui incite \u00e0 la tentation voire \u00e0 la curiosit\u00e9, emprunte des \u00e9l\u00e9ments de croyances ancestrales m\u00ealant prose et po\u00e9sie. 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