{"id":1204,"date":"2010-11-15T15:39:46","date_gmt":"2010-11-15T14:39:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=1204"},"modified":"2011-02-27T09:49:21","modified_gmt":"2011-02-27T08:49:21","slug":"regis-pasquet-%c2%abtous-mes-personnages-portent-un-peu-de-moi%c2%bb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/regis-pasquet-%c2%abtous-mes-personnages-portent-un-peu-de-moi%c2%bb\/","title":{"rendered":"R\u00e9gis Pasquet : \u00abTous mes personnages portent un peu de moi\u00bb"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/regis-pasquet-1.jpg\"><\/a>Dans cet entretien, R\u00e9gis Pasquet exprime sa passion pour le monde de l\u2019enfance auquel il a consacr\u00e9 une saga intitul\u00e9e Toutes nos vies coulent vers des jardins orange<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/regis-pasquet-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: 5px; margin-right: 5px;\" title=\"regis-pasquet-1\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/regis-pasquet-1.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"358\" align=\"left\" \/><\/a>L\u2019IvrEscQ : Votre premier ouvrage Toutes nos vies coulent vers des jardins orange, est-il une autobiographie de votre enfance sugg\u00e9r\u00e9e dans \u00ab jardins orange \u00bb ?<br \/>\n<\/strong><strong>R\u00e9gis Pasquet. :<\/strong> Je suis n\u00e9 en 1947. Ce qui signifie que la guerre d\u2019Alg\u00e9rie s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e, pour moi, entre mes sept ans et mes quinze ans. Je garde en moi les souvenirs d\u2019informations douloureuses entendues exclusivement \u00e0 la radio, qui, chaque jour nous rappelaient cette guerre. La violence, le sang, la mort&#8230; Je me souviens des embuscades, des explosions de bombes, du malheur. Je me souviens de mots : les Aur\u00e8s, Alger, la Casbah, Constantine, Palestro&#8230; Pourquoi Palestro? Et puis, \u00e0 mesure que je grandissais, que je lisais, je me sentais davantage concern\u00e9 par cette guerre qui semblait \u00e9ternelle. Mes copains et moi, commencions \u00e0 nous demander si \u00e0 notre tour, nous n\u2019allions pas \u00eatre appel\u00e9s \u00e0 partir pour l\u2019Alg\u00e9rie. Et puis, s\u2019est install\u00e9e en moi l\u2019id\u00e9e, je ne sais plus comment, que cette guerre \u00e9tait faite \u00e0 un peuple qui, au fond, ne r\u00e9clamait que sa libert\u00e9. Comme moi, Jules se demande quelle attitude il aurait eu : accepter de partir, ob\u00e9ir et au bout du compte tuer des hommes ou renoncer, d\u00e9serter en laissant tout derri\u00e8re soi. Absolument tout. L\u00e0, il n\u2019y a pas de demi-mesure car nous sommes confront\u00e9s \u00e0 une trag\u00e9die. C\u2019est une vie qui se d\u00e9cide et se joue sur un coup de d\u00e9s unique. C\u2019est \u00e0 la fois terrible et exaltant. Pendant toute mon enfance j\u2019ai \u00e9cout\u00e9 mon p\u00e8re parler de la deuxi\u00e8me guerre mondiale, l\u2019horreur, la douleur, la folie des hommes. Son p\u00e8re, mon grand-p\u00e8re, avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9sistant. Lui qui avait consenti avant son d\u00e9part pour l\u2019Alg\u00e9rie \u00e0 quitter sa terre, \u00e0 y arracher ses tripes de paysan pour devenir un simple ouvrier de la ville et complaire \u00e0 sa femme. Il \u00e9tait all\u00e9, au risque de tout perdre, puiser encore plus profond\u00e9ment en lui pour y trouver l\u2019amour des hommes. En v\u00e9rit\u00e9, je me suis toujours demand\u00e9 si j\u2019\u00e9tais quelqu\u2019un de bien. La r\u00e9ponse \u00e0 cette question ne peut \u00eatre que dans une trag\u00e9die.\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Pourquoi l\u2019Alg\u00e9rie ?<br \/>\n<\/strong><strong>R.P. :<\/strong> Une ann\u00e9e, lorsque j\u2019\u00e9tais au coll\u00e8ge, quelques professeurs avaient essay\u00e9 de mettre sur pied un voyage en Alg\u00e9rie pour notre classe de quatri\u00e8me. Il \u00e9tait question de nous emmener \u00e0 A\u00efn T\u00e9mouchent (dit-on encore \u00ab la perle de l\u2019Oranie \u00bb?) j\u2019ignore pour quelle raison pr\u00e9cise. Nous \u00e9tions en 1960 et les parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves avaient \u00e9videmment repouss\u00e9 vigoureusement ce projet. Moi pourtant, j\u2019\u00e9tais s\u00fbr que je devais y aller, que quelque chose d\u2019inexplicable et peut-\u00eatre de myst\u00e9rieux m\u2019attirait l\u00e0-bas. En 1983, alors que ma soeur et son mari professeur d\u2019anglais et coop\u00e9rant vivaient \u00e0 Mostaganem, je leur ai rendu visite pendant une quinzaine de jours. Je garde de ce s\u00e9jour dans la ville, des alentours et d\u2019Oran, les plus beaux souvenirs de ma vie! et depuis, une sensation de douceur, de lenteur, ne m\u2019a plus quitt\u00e9. C\u2019est de cette p\u00e9riode que date cette impression d\u2019une lumi\u00e8re plus \u00e9clatante qu\u2019ailleurs et que la palette des couleurs est l\u00e0-bas domin\u00e9e par les ocres et l\u2019orange. Un jardin orange. Pour moi, le retour en Alg\u00e9rie ne pourrait se faire qu\u2019en bateau car je ne prends plus l\u2019avion en raison de mes convictions \u00e9cologistes et parce que cette seule id\u00e9e m\u2019angoisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Comment vous est venu ce titre Toutes nos vies coulent vers des jardins orange?<br \/>\n<\/strong><strong>R.P. :<\/strong> Habituellement, les titres de mes livres surgissent au cours de la p\u00e9riode d\u2019\u00e9criture. Brutalement, comme une \u00e9vidence. Je ne m\u2019en soucie gu\u00e8re (j\u2019aime ce mot surgi de nulle part) ils se plantent devant moi. L\u00e0, ce ne fut pas le cas. Je tra\u00eenais derri\u00e8re moi une appellation commode qui ne m\u2019embarrassait pas \u00ab Jules VI \u00bb, parce que c\u2019\u00e9tait le sixi\u00e8me tome de la s\u00e9rie. Comme un nom de roi ou de pape. Un titre doit ramasser beaucoup de choses, comme la main, lorsque l\u2019on joue aux osselets, qui balaye le ciment r\u00e2peux de la cour pour en rassembler le plus possible. Et puis, j\u2019ai cherch\u00e9 longtemps avant de me d\u00e9cider pour cet alexandrin. Car c\u2019en est un. Douze bons pieds. Pour partir en voyage. Et puis, il y a aussi, tel un wagon de queue, cet adjectif de couleur pour l\u2019achever, asservi \u00e0 sa r\u00e8gle d\u2019accord, dont le \u00abs\u00bb manquant perturbe, d\u00e9stabilise, renvoie chacun \u00e0 l\u2019\u00e9tat de cancre honteux. Longtemps cette seule absence m\u2019a mis mal \u00e0 l\u2019aise. Comme une faute, un p\u00e9ch\u00e9 de soi, seul connu et que l\u2019on portera en soi pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. C\u2019est de la po\u00e9sie&#8230; Notre vie est de la po\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019entretien dans la version papier<\/span><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_self\"><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L&rsquo;ivrEscQ<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cet entretien, R\u00e9gis Pasquet exprime sa passion pour le monde de l\u2019enfance auquel il a consacr\u00e9 une saga intitul\u00e9e Toutes nos vies coulent vers des jardins [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[6,135],"tags":[],"class_list":["post-1204","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-litterature-hors-frontieres","category-n-9"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1204","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1204"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1204\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1206,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1204\/revisions\/1206"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1204"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1204"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}