{"id":1429,"date":"2009-09-15T18:43:25","date_gmt":"2009-09-15T17:43:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=1429"},"modified":"2011-03-05T19:01:15","modified_gmt":"2011-03-05T18:01:15","slug":"leila-ou-la-femme-de-l%e2%80%99aube","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/leila-ou-la-femme-de-l%e2%80%99aube\/","title":{"rendered":"\u00abLe\u00efla ou la femme de l\u2019aube\u00bb de Sonia Chamkhi"},"content":{"rendered":"<h1><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1432\" title=\"sonia-chamkhi-1\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2009\/09\/sonia-chamkhi-1.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2009\/09\/sonia-chamkhi-1.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2009\/09\/sonia-chamkhi-1-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/h1>\n<h1>Le d\u00e9sir de libert\u00e9 de celles qui vivent dans le cr\u00e9puscule de l\u2019existence.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premier roman de l\u2019\u00e9crivaine tunisienne, Sonia Chamkhi, r\u00e9compens\u00e9 en 2009 par deux prix litt\u00e9raires -le prix Zoubeida B\u2019chir de la cr\u00e9ation f\u00e9minine et le prix litt\u00e9raire Comar du premier roman-, Le\u00efla ou la femme de l\u2019aube est une histoire \u00e9pistolaire, \u00e0 sens unique. Ponctu\u00e9 de paroles de chansons, de po\u00e9sie galante, de versets coraniques, transcrits en arabe, puis traduits en langue fran\u00e7aise, le texte alterne narration et lettres \u00e9crites \u00e0 la premi\u00e8re personne. Dans un style \u00e9l\u00e9gant, raffin\u00e9 et po\u00e9tique, l\u2019ouvrage raconte la douleur d\u2019une femme tunisienne, ou encore des femmes, en mal d\u2019amour, en manque de l\u2019ador\u00e9, l\u2019\u00e9lu du coeur, l\u2019\u00eatre cher parti faire sa vie ailleurs, aupr\u00e8s d\u2019une autre. Comme pour pr\u00e9venir d&rsquo;un drame qui a un impact sur sa vie, sur son pr\u00e9sent et son avenir, Le\u00efla, le personnage principal, se pr\u00e9sente en annon\u00e7ant au premier chapitre : \u00ab Je suis Le\u00efla, j\u2019ai trente ans, je suis m\u00e9tisse, divorc\u00e9e et st\u00e9rile. J\u2019ai aim\u00e9, err\u00e9 et invent\u00e9 ma vie. J\u2019ai cru au plus versatile des sentiments : l\u2019amour. Je l\u2019ai exalt\u00e9 et lui ai attribu\u00e9 le pr\u00e9nom d\u2019un homme, Iteb \u00bb. Iteb, l\u2019homme de couleur qui la fait fantasmer, est son amoureux d\u2019enfance. Exil\u00e9 en Belgique, il devient gardien dans un parc auto et \u00e9pouse une Indienne. Il repr\u00e9sente dans la vie de Le\u00efla ce \u00ab r\u00eave de pacification avec elle-m\u00eame, avec sa couleur, ses \u00e9motions \u00bb. Il est son \u00ab r\u00eave puritain qui veut que le premier amour soit l\u2019unique et le dernier \u00bb. C\u2019est donc \u00e0 lui qu\u2019elle adresse ses quatorze missives, toutes rest\u00e9es sans r\u00e9ponse, \u00e9crites juste pour raconter ses peines, ses d\u00e9boires, et dire la difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre une femme en qu\u00eate de droits et de libert\u00e9, une femme de couleur en perte d\u2019identit\u00e9 : \u00ab Entre tes doigts, tu saisis une m\u00e8che de mes cheveux brillants parce que nouvellement enduits de gel colorant aux lueurs cuivr\u00e9es. Tu dis, faussement tendre : \u00ab Ils sont naturels tes cheveux ? \u00bb Aujourd\u2019hui, je peux te r\u00e9pondre : Mais non, Iteb, ils sont color\u00e9s. Oui, je cherche ma teinte. Je ne sais pas qui je suis. Sais-tu, toi, qui tu es ? \u00bb. Le\u00efla parle de l\u2019amour platonique, auquel elle renonce, du d\u00e9sir charnel, de sa solitude, de son d\u00e9sir d\u2019enfanter et de sa r\u00e9volte contre une soci\u00e9t\u00e9 qui la d\u00e9valorise et \u00ab daigne \u00e0 peine lui conc\u00e9der le droit d\u2019exister \u00bb, parce qu\u2019elle est noire : \u00ab Faut-il vraiment que je te raconte ce qu\u2019il m\u2019a fallu de courage pour que l\u2019on m\u2019accorde \u00e0 moi, femme, noire et pauvre, le privil\u00e8ge d\u2019enseigner et de communiquer le beau ? \u00bb. Dans un pays arabo-musulman contemporain, la Tunisie, Le\u00efla se veut lucide et cherche \u00e0 s\u2019arracher une respectabilit\u00e9, une dignit\u00e9 en tant que femme, et \u00ab noire \u00bb. Elle souffre du racisme, de la pression sociale et de tous les interdits qui s\u2019abattent sur elle, y compris dans sa propre famille : \u00ab Le\u00efla, elle, ne sut jamais d\u00e9passer les interdits et les injonctions morales patiemment et laborieusement inculqu\u00e9s par la m\u00e8re \u00bb. De peur \u00ab d&rsquo;\u00e9viter sa vie \u00bb et ne voulant pas \u00ab d\u2019une vie conformiste et \u00e9triqu\u00e9e \u00bb, elle lutte entre la puret\u00e9 de l\u2019\u00e2me qu\u2019elle voudrait sauvegarder et le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre, de sentir, d\u2019\u00e9prouver, de jouir de sa jeunesse, de laisser son corps de femme exulter et enfanter. \u00ab Aujourd\u2019hui, je veux faire un enfant de p\u00e8re inconnu. J\u2019ai pens\u00e9 un moment le concevoir avec le premier venu, mais il fallait passer par le lit et la trag\u00e9die dans les rapports sexuels, c\u2019est la virginit\u00e9 des \u00e2mes. Je n\u2019ai pu franchir le pas \u00bb. Apr\u00e8s son divorce et ne trouvant r\u00e9confort aupr\u00e8s des siens, Le\u00efla d\u00e9cide d\u2019emm\u00e9nager seule. C\u2019est \u00e0 Chorb\u00e8ne, ville qui semble lui \u00eatre hostile, qu\u2019elle s\u2019\u00e9tablit pour y trimbaler ses peines et ses col\u00e8res : \u00ab La presque ville, bourgade r\u00e9cemment urbanis\u00e9e, me crache au visage sa haine des femmes et des \u00e9trangers. Le mal de vivre me ronge et j\u2019ai envie de repeindre tous les murs de la ville de la couleur triste de ma col\u00e8re \u00bb. Un jour, alors qu\u2019elle erre dans les rues de Tunis, sur l\u2019avenue Habib Bourguiba, elle rencontre Nada, son amie d\u2019adolescence, qui fut victime d\u2019un viol. Le\u00efla est fascin\u00e9e par la vie de cette derni\u00e8re. Elle s\u2019approprie son destin et la relate \u00e0 Iteb. Elle cesse de se raconter pour \u00e9crire les p\u00e9rip\u00e9ties de son amie, son mariage rat\u00e9, ses fr\u00e9quentations, ses aventures extraconjugales, et sa folie. Nada est diff\u00e9rente d\u2019elle. Elle ose aimer jusqu\u2019\u00e0 se perdre \u00ab pour un frisson, pour la moindre pulsion de l\u2019instant \u00e0 vivre \u00bb. Son amour pour Rabii, l\u2019amant po\u00e8te qui vit \u00e0 Kairouan, la consume et la d\u00e9vore, au point qu&rsquo;elle finit par commettre le crime : \u00ab J\u2019ai serr\u00e9 davantage jusqu\u2019\u00e0 ce que la vie s\u2019\u00e9puise en lui et que son corps secou\u00e9 de spasmes, se raidisse ; il devint mou, inerte. Je l\u2019ai ensuite d\u00e9coup\u00e9 en plusieurs morceaux que j\u2019ai r\u00e9partis en plusieurs paquets. J\u2019ai m\u00e9ticuleusement envelopp\u00e9 ces derniers dans du papier boucher. Ensuite, je les ai distribu\u00e9s aux chiens errants qui jadis prot\u00e9geaient les troupeaux de ses a\u00efeux \u00bb. Ainsi Nada se venge de la trahison de l\u2019homme v\u00e9n\u00e9r\u00e9. A travers son ouvrage, l\u2019auteur dresse, certes, le portrait de deux personnages f\u00e9minins, mais \u00e9galement, en creux, celui de l\u2019homme tunisien. Repr\u00e9sent\u00e9 par Iteb, Rabii, ou encore le p\u00e8re de Le\u00efla, il est source de d\u00e9ception, de douleur et objet de la qu\u00eate de l\u2019absolu, de l\u2019amour idyllique de celles qui esp\u00e8rent sortir du cr\u00e9puscule de la vie. \u00ab Aujourd\u2019hui, Iteb, je refuse de pleurer. Je veux que l\u2019espoir se dresse jusqu\u2019au fond de l\u2019ab\u00eeme \u00bb, \u00e9crit Le\u00efla dans sa derni\u00e8re lettre. Sans doute, faut-il y croire !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9sir de libert\u00e9 de celles qui vivent dans le cr\u00e9puscule de l\u2019existence. 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