{"id":1475,"date":"2011-03-15T18:00:43","date_gmt":"2011-03-15T17:00:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=1475"},"modified":"2011-04-25T12:32:46","modified_gmt":"2011-04-25T11:32:46","slug":"ce-que-revele-la-poetesse-aicha-bouabaci%e2%80%a6%c2%ab-j%e2%80%99aimerais-etre-un-baiser-pour-porter-la-paix-aux-coeurs-epuises%e2%80%a6-%c2%bb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/ce-que-revele-la-poetesse-aicha-bouabaci%e2%80%a6%c2%ab-j%e2%80%99aimerais-etre-un-baiser-pour-porter-la-paix-aux-coeurs-epuises%e2%80%a6-%c2%bb\/","title":{"rendered":"Ce que r\u00e9v\u00e8le la po\u00e9tesse A\u00efcha Bouabaci\u2026\u00abJ\u2019aimerais \u00eatre un baiser pour porter la paix aux c\u0153urs \u00e9puis\u00e9s\u2026\u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1477\" title=\"aicha-bouabaci-1\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/aicha-bouabaci-1.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/aicha-bouabaci-1.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/aicha-bouabaci-1-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/p>\n<p>\u00c0 ma naissance, trois pays (l\u2019Alg\u00e9rie, ma patrie, la France et l\u2019Allemagne) se partageaient l\u2019Histoire. Une histoire de violences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis n\u00e9e le 11 mai 1945, en Alg\u00e9rie, entre deux mondes: celui des deux guerres mondiales auxquelles mon p\u00e8re biologique &#8211; et avant lui mon grand-p\u00e8re maternel &#8211; d\u00e9c\u00e9d\u00e9 six mois apr\u00e8s ma naissance, avait particip\u00e9 en tant que sous-officier \u00abindig\u00e8ne\u00bb de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, plusieurs fois d\u00e9cor\u00e9 (Croix de guerre, M\u00e9daille militaire\u2026), bataille de Verdun en plus, pour lib\u00e9rer la France de l\u2019occupation allemande ; et l\u2019autre monde, celui de la r\u00e9sistance d\u2019un peuple colonis\u00e9 par la France et dans laquelle mon p\u00e8re adoptif, d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Cayenne \u00e0 tout juste 17 ans, s\u00b4\u00e9tait engag\u00e9 de toute son \u00e2me \u00e0 son retour au pays et \u00e0 Sa\u00efda, ma ville natale qui a eu sa part, longtemps occult\u00e9e, dans les \u00e9v\u00e9nements tragiques de mai 1945, avec S\u00e9tif, Guelma, Kherrata dans l\u2019est du pays. Mon histoire dans cette pluralit\u00e9 n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019amour ni de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. J\u2019ai eu l\u2019immense privil\u00e8ge de na\u00eetre dans une communaut\u00e9 plurielle o\u00f9 se c\u00f4toyaient \u00e9troitement plusieurs origines et plusieurs langues : l\u2019arabe, le fran\u00e7ais, l\u2019espagnol et m\u00eame la langue germanique du fait de la proximit\u00e9 des casernes de la L\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re. Nous suivions attentivement la vie quotidienne des l\u00e9gionnaires -originaires d\u2019Alsace, d\u2019Allemagne, d\u2019Autriche, de Suisse, de Pologne, d\u2019Italie-, r\u00e9p\u00e9tions leurs exercices physiques et copions leurs vocables. Nous avions vite fait de saisir l\u2019essentiel de leur langage aux sons parfois brefs et rudes. Je suis issue d\u2019une famille arabophone, je parlais par cons\u00e9quent arabe \u00e0 la maison, mais je parlais et jouais, \u00e0 l\u2019instar des autres enfants indig\u00e8nes, en arabe et en fran\u00e7ais. Je communiquais avec les voisins europ\u00e9ens adultes en fran\u00e7ais ; certains d\u2019entre eux s\u2019exprimaient avec nous dans le pur arabe du terroir, spontan\u00e9ment. Aucune strat\u00e9gie dans les rapports qui liaient nos familles n\u2019\u00e9tait celle d\u2019une v\u00e9ritable affection ou d\u2019une attention r\u00e9ciproque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u00b4ai lu en fran\u00e7ais tr\u00e8s t\u00f4t, initi\u00e9e par un fr\u00e8re, mon a\u00een\u00e9 de trois ans, passionn\u00e9 de livres. Lorsque je suis rentr\u00e9e \u00e0 l\u00b4\u00e9cole, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 6 ans et demi, je savais d\u00e9j\u00e0 lire, mais j\u2019ai quand m\u00eame eu droit au cours d\u2019initiation, classe r\u00e9serv\u00e9e aux seuls indig\u00e8nes qui devaient, en raison de leur origine, suivre une classe suppl\u00e9mentaire \u00e0 leur acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Mon niveau \u00e9tait tel qu\u2019on m\u2019avait fait acc\u00e9der, l\u2019ann\u00e9e suivante, \u00e0 un palier de deux classes sup\u00e9rieures. Depuis, mon ascension a \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8re. Je r\u00e9coltais sans surprise, jusqu\u2019au baccalaur\u00e9at, entre autres prix, le 1er prix de fran\u00e7ais. On ne manquait pas alors de me demander toujours pour expliquer ces comp\u00e9tences si je n\u2019avais pas de famille en France. Je n\u2019en avais pas. T\u00f4t, j\u00b4ai \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e pour mon go\u00fbt pour la solitude et le silence -le paysage de mon enfance s\u2019y pr\u00eatait : des montagnes, des vergers, des champs de bl\u00e9, d\u00b4immenses jardins et p\u00e9pini\u00e8res auxquels l\u2019acc\u00e8s \u00e9tait compl\u00e8tement libre- et la passion des livres. J\u2019\u00e9crivais d\u00e9j\u00e0, dans le secret, des po\u00e9sies que j\u2019\u00e9tais seule \u00e0 d\u00e9clamer, o\u00f9 se chevauchaient tristesse pour un monde incompris et \u00e9merveillement pour un monde \u00e0 d\u00e9couvrir. Dans mon entourage, on m\u2019appelait \u00abla petite intellectuelle\u00bb. Mon autre fr\u00e8re a\u00een\u00e9 m\u2019avait achet\u00e9, bien que son salaire \u00e9tait tr\u00e8s modeste, une collection de livres \u00e0 la belle reliure rouge, d\u2019auteurs que ni lui ni les voisins europ\u00e9ens ne connaissaient : Colette, Carco, Lou\u00ffs, Zola, Dumas, Kipling, Stevenson\u2026 J\u00b4avais 14 ans. \u00c0 cette \u00e9poque-l\u00e0, des voisins europ\u00e9ens qui \u00e9taient aussi fiers de moi que ma famille, m\u2019avaient demand\u00e9e d\u00e9j\u00e0 de donner des cours de soutien \u00e0 leurs enfants. Il semblerait que je me sois bien acquitt\u00e9e de ma t\u00e2che. Je savais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce moment-l\u00e0 ce que je voulais faire plus tard : professeur de fran\u00e7ais. La suite a \u00e9t\u00e9 sans surprise. La directrice du coll\u00e8ge et les enseignants avaient, par ailleurs, d\u00e9cid\u00e9 d\u2019office pour moi : l\u2019\u00c9cole normale !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00c9cole normale (d\u2019abord celle d\u00b4Oran puis celle d\u2019Alger) dont les principes convenaient \u00e0 ma nature a \u00e9t\u00e9 une source d\u2019enrichissement exceptionnelle. Elle a raffermi ma vocation pr\u00e9coce. L\u2019Alg\u00e9rie venait d\u2019acc\u00e9der \u00e0 son ind\u00e9pendance, mais l\u2019\u00c9cole a continu\u00e9 son enseignement avec les m\u00eames programmes et les m\u00eames enseignants fran\u00e7ais. J\u2019ai voulu ensuite acc\u00e9der \u00e0 l\u00b4\u00c9cole normale sup\u00e9rieure de St-Cloud, \u00e0 Paris, mais c\u2019\u00e9tait trop tard. Il fallait pourvoir, dans mon pays, au remplacement des enseignants fran\u00e7ais, partis massivement. J\u00b4ai repris donc le chemin de ma ville natale pour exercer cette profession, v\u00e9ritable sacerdoce pour moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/span><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_self\"><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L&rsquo;ivrEscQ<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 ma naissance, trois pays (l\u2019Alg\u00e9rie, ma patrie, la France et l\u2019Allemagne) se partageaient l\u2019Histoire. Une histoire de violences. 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