{"id":1585,"date":"2011-03-15T20:00:47","date_gmt":"2011-03-15T19:00:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=1585"},"modified":"2011-04-25T12:34:18","modified_gmt":"2011-04-25T11:34:18","slug":"acculturation-et-prise-de-conscience-dans-%c2%able-sommeil-du-justed%c2%bb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/acculturation-et-prise-de-conscience-dans-%c2%able-sommeil-du-justed%c2%bb\/","title":{"rendered":"Acculturation et Prise de conscience dans \u00abLe sommeil du Juste\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"mouloud-mameri-3\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/mouloud-mameri-3.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout a commenc\u00e9 sur la place du village un matin de 1940. La guerre faisait rage et les autochtones n\u2019arrivaient pas \u00e0 trouver une explication logique pour ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Slimane, le fr\u00e8re d\u2019Arezki, donne une explication sch\u00e9matis\u00e9e et illustr\u00e9e, pour qu\u2019elle soit facilement appr\u00e9hend\u00e9e, par l\u2019argument des dominos : <em>\u00abCette guerre est la providence des malheureux. Quand tout br\u00fblera, quand tout sera d\u00e9truit [\u2026] la terre de nouveau sera vierge. Tout sera remis en question. Ce sera comme aux dominos : on fera une distribution nouvelle.\u00bb <\/em>Arezki, le personnage principal du roman, manifeste son m\u00e9contentement, et d\u00e9voile sa pens\u00e9e devant tout le monde, pens\u00e9e qui, d\u2019ailleurs, n\u2019est pas la bien venue suite \u00e0 son blasph\u00e8me : <em>\u00abJe me moque du diable et de Dieu\u00bb. <\/em>Le P\u00e9ch\u00e9 Originel est commis. Tout de suite apr\u00e8s, le P\u00e8re chassa Arezki avec des coups de fusil qui l\u2019avaient emmen\u00e9 loin du village, \u00e0 Tasga, chez sa tante. Depuis Arezki n\u2019est pas revenu. C\u2019\u00e9tait pour lui la d\u00e9livrance. Il a laiss\u00e9 son village et sa famille dans des conflits parfois ancestraux, d\u2019autres fois familiaux. Livr\u00e9e \u00e0 une faim biologique plus qu\u2019intellectuelle, le p\u00e8re ne pouvait plus tol\u00e9rer la hauteur de son fr\u00e8re Toudert au point o\u00f9 il songea \u00e0 lui \u00f4ter la vie pour que tout son h\u00e9ritage lui soit l\u00e9gu\u00e9. Machiav\u00e9lique pens\u00e9e, justifi\u00e9e par la mis\u00e8re qui s\u2019abattait sur sa famille des g\u00e9n\u00e9rations durant. Toute la premi\u00e8re partie du roman est centr\u00e9e sur l\u2019axe du p\u00e8re, de son fr\u00e8re Toudert, de ces deux familles et de l\u2019organisation sociale du village sous le patronat de l\u2019administration fran\u00e7aise \u00abomni absente\u00bb. Nous ne pouvons omettre l\u2019intitul\u00e9 de la premi\u00e8re partie \u00able p\u00e8re\u00bb sans pour autant souligner sa symbolique litt\u00e9raire. Le p\u00e8re est le tuteur d\u2019Arezki des Ait-Wandlous. Mais ni son nom ni son pr\u00e9nom ne sont cit\u00e9s. Dans tout le r\u00e9cit, on trouve uniquement \u00able p\u00e8re\u00bb. C\u2019est comme si l\u2019auteur voulait garder le personnage avec toute sa symbolique. On ne peut le h\u00e9ler que par: p\u00e8re ! Tout le monde a un nom : Toudert le fr\u00e8re, l\u2019amin d\u2019Ighzer qu\u2019est Raveh ou Hamlet et autres, mais pas le p\u00e8re. Celui-ci garde, de ce fait, tout son secret, inconnu comme il est, et ainsi un foss\u00e9 f\u00fbt creus\u00e9 entre lui et le monde qui l\u2019entoure y compris avec sa famille. On ne peut s\u2019expliquer avec\/devant lui qu\u2019en bref. Et si d\u00e9bat il y a, comme par hasard (chose qui demeure jusque l\u00e0 inou\u00efe), des r\u00e9sultats inattendus et impr\u00e9visibles voire pires et peut-\u00eatre m\u00eame mortels (le coup de fusil) sont \u00e0 prendre s\u00e9rieusement en consid\u00e9ration. La deuxi\u00e8me partie intitul\u00e9e \u00able fils\u00bb- intitul\u00e9 toujours par rapport au p\u00e8re- raconte ce monde nouveau dans lequel Sliman s\u2019est jet\u00e9 en amenant avec lui sa th\u00e9orie de dominos. Ni lui ni sa th\u00e9orie ne pouvaient rendre ce nouveau monde accueillant : <em>\u00abLes voitures allaient vite, les hommes \u00e9taient press\u00e9es, leurs gestes d\u00e9cisifs, rapides et comme arr\u00eat\u00e9s dans leur course, leur parole trop intarissable pour qu\u2019elle fut toute vraie, leur air terriblement fatigu\u00e9 et toujours inquiet\u2026on n\u2019en voyait que peu marcher pieds nus (encore ceux-l\u00e0 \u00e9taient-ils visiblement des mendiants)\u00bb .<\/em>Lounes, compagnon passage, lui \u00e9tait comme un don du Ciel. Il hait les colons chez qui il travaillait : <em>\u00ab(\u2026) Elle n\u2019est pas grasse, ma carcasse, disait-il \u00e0 Sliman, mais elle tient et elle tiendra longtemps pour faire crever tous les patrons \u00bb<\/em>. <em>\u00ab(\u2026) de temps \u00e0 autre Lounes disparaissait la nuit ; il ne disait pas o\u00f9 il allait, mais il revenait toujours\u00bb. <\/em>Si cette phrase t\u00e9moigne de l\u2019engagement clandestin de Lounes, elle transmet aussi l\u2019inqui\u00e9tude de Sliman \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son ami absent : <em>\u00abMais il revenait toujours\u00bb<\/em>\u00a0, c\u2019est comme s\u2019il craignait souvent que quelque malheur lui arrive un jour. Les liens de famille et l\u2019honneur kabyle obligent Slimane \u00e0 regagner son village natal. M\u00e9lancolique, Sliman est donc de retour. Mais avant qu\u2019il arrive au village et ce, d\u00e8s \u00e0 la premi\u00e8re lueur qui se d\u00e9gageait derri\u00e8re les montagnes : Yakout des A\u00eft-Hamlet, la bien-aim\u00e9e, est promise pour quelqu\u2019un d\u2019autre. Peu importe qui est-ce, mais elle n\u2019est pas lui. Sa promise est d\u00e9sormais Yakout la laide, Yakout la fille du cousin Toudert <em>\u00abqui a rendu l\u2019honneur de notre famille\u00bb<\/em>, justifiait le p\u00e8re. <em>\u00abLe pr\u00e9texte ordinaire de ceux qui font le malheur des autres est qu\u2019ils veulent leur bien\u00bb<\/em>, \u00e9crivait Vauvenargues dans <em>R\u00e9flexions et Maximes<\/em>. Sliman devrait se marier sans donner aucunement son aval et sans amour aucun \u00e0 sa cousine. Somme toute, c\u2019est juste parce que le p\u00e8re craint que Toudert, devenu l\u2019amin d\u2019Ighzer, \u00e9crase ses enfants et les enfants de ses enfants. Une deuxi\u00e8me situation bloqu\u00e9e et qui cherche une issue. Le comble du malheur pour Sliman est que Lounes n\u2019est plus l\u00e0 pour lui venir en aide. Que ferait-il s\u2019il \u00e9tait l\u00e0 ? Pourrait-il convaincre tout le monde et dire que le mariage est a priori amour avant qu\u2019il ne soit int\u00e9r\u00eat ? La troisi\u00e8me partie, la plus profonde et la plus engag\u00e9e est celle intitul\u00e9e : \u00abl\u2019Ange\u00bb. Allusion faite \u00e0 Arezki, la figure centrale du r\u00e9cit. Ce jeune homme au corps fr\u00eale comme une fille, au visage ros\u00e2tre comme ses id\u00e9es, est sur le seuil de s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise pour combattre le fascisme allemand et pour d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie. Autant d\u2019id\u00e9es, d\u2019id\u00e9aux et de pens\u00e9es gisent au fond de ce petit corps chass\u00e9 par un coup de fusil \u00abprovidentiel\u00bb \u00e0\/de Ighzer. \u00ab\u00e0 moi le large\u00bb, s\u2019enthousiasmint Arezki avant son d\u00e9part. Pas question de partir avant de voir M. Poir\u00e9, le professeur de philosophie \u00e0 l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure, qui consid\u00e9rait Arezki et Meddour comme \u00abses disciples\u00bb et non pas comme ses \u00e9l\u00e8ves. Lue comme une ali\u00e9nation, voire une acculturation \u00e0 outrance, la troisi\u00e8me partie pr\u00e9sente l\u2019Aroumi -comme le qualifiait Slimane- tout pr\u00e8s du but : combattre les ennemis de la d\u00e9mocratie et lib\u00e9rer son pays (la France) du joug colonial. Sa vie, avoue-t-il \u00e0 son ami Meddour ainsi qu\u2019\u00e0 son ma\u00eetre, n\u2019a commenc\u00e9 qu\u2019avec la rencontre de ce dernier \u00e0 l\u2019Ecole Normale. Une lettre de d\u00e9vouement \u00e0 l\u2019encontre du ma\u00eetre, et l\u2019attitude de ce dernier vis-\u00e0-vis la guerre mais aussi ses disciples, le journal intime d\u2019Arezki \u00e9crit au front, sont autant de choses qui m\u00e9ritent toute l\u2019attention des lecteurs et des profanateurs. (Lire la lettre d\u2019Arezki en annexe).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/span><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_self\"><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L&rsquo;ivrEscQ<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout a commenc\u00e9 sur la place du village un matin de 1940. 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