{"id":1638,"date":"2011-07-15T21:00:34","date_gmt":"2011-07-15T20:00:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=1638"},"modified":"2011-07-24T12:10:23","modified_gmt":"2011-07-24T11:10:23","slug":"l%e2%80%99infante-maure-de-mohammed-dib","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/l%e2%80%99infante-maure-de-mohammed-dib\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0L\u2019infante maure\u00a0\u00bb de Mohammed Dib"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1640\" title=\"mohamed-dib-1\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/mohamed-dib-1.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/mohamed-dib-1.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/mohamed-dib-1-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tlemcen, capitale de la culture islamique, p\u00e9riode faste qui donne \u00e0 voir toute la richesse de notre culture. Peut-on \u00e9voquer Tlemcen sans parler de Mohammed Dib, cet auteur profond\u00e9ment attach\u00e9 \u00e0 son pays malgr\u00e9 les tourmentes de l\u2019histoire et l\u2019ingratitude des hommes ? Son projet litt\u00e9raire est extr\u00eamement vaste : dire l\u2019Alg\u00e9rie plurielle avec ses richesses, sa diversit\u00e9 et l\u2019inscrire dans une histoire fabuleuse. La c\u00e9l\u00e8bre trilogie La grande maison, L\u2019incendie, Le m\u00e9tier \u00e0 tisser, s\u2019inscrit dans cette d\u00e9marche : donner une visibilit\u00e9 \u00e0 un pays, une voix \u00e0 un peuple dans un contexte d\u2019oppression, de d\u00e9nigrement, de d\u00e9personnalisation et de non-existence. A l\u2019ind\u00e9pendance, Mohammed Dib reprend sa libert\u00e9 d\u2019\u00e9crivain. Ainsi, ses oeuvres vont investir d\u2019autres espaces, notamment les pays nordiques. Habel (1977), Les terrasses d\u2019Orsol (1985), Le sommeil d\u2019Eve (1989), Neiges de marbre (1990), L\u2019infante maure (1994).<br \/>\nEst-ce \u00e0 dire que Mohammed Dib s\u2019est \u00ab\u00e9loign\u00e9\u00bb de l\u2019Alg\u00e9rie ? Certainement pas. Toutes ses oeuvres r\u00e9v\u00e8lent un attachement visc\u00e9ral \u00e0 sa terre natale. Lire, relire Dib est un pur bonheur tant son oeuvre est dense et riche en symboles. Notre coup de coeur est pour son oeuvre L\u2019infante maure, et particuli\u00e8rement pour Lyyli Belle, une petite fille pleine d\u2019imagination qui veut \u00e0 tout prix recr\u00e9er le monde. Entre sa m\u00e8re du Nord et son p\u00e8re africain, son regard \u00abMoi qui vois tout, passe mon temps \u00e0 tout voir, \u00e0 tout surveiller\u00bb va saisir les moindres nuances : la tristesse de sa m\u00e8re quand le p\u00e8re est absent, car il l\u2019est souvent, l\u2019attente d\u2019un p\u00e8re, le bonheur de l\u2019attente et l\u2019angoisse de la s\u00e9paration.<br \/>\n\u00abEux aussi Papa et Maman se r\u00e9voltent en silence contre eux parce qu\u2019ils souffrent l\u2019un de l\u2019autre.\u00bb Elle a conscience qu\u2019elle est partag\u00e9e entre deux mondes. Pour \u00e9viter l\u2019\u00e9cart\u00e8lement, elle va tenter de les r\u00e9concilier. Elle a pris conscience de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de la situation et elle n\u2019a qu\u2019un\u00a0d\u00e9sir : transcender cette \u00e9tranget\u00e9 : \u00ab Ce qu\u2019il ne faut pas surtout que je fasse : tomber entre deux lieux. Dans l\u2019un, oui, dans l\u2019autre, oui, entre non. Je veux que l\u2019un m\u2019appelle \u00e0 partir de l\u2019autre et que j\u2019y coure, et aussit\u00f4t apr\u00e8s coure ailleurs.\u00bb \u00ab Parce que je crois qu\u2019on na\u00eet partout \u00e9tranger. Mais si l\u2019on cherche ses lieux et qu\u2019on les trouve, la terre alors devient notre terre. Elle ne sera pas cet horrible entre-monde auquel je me garde bien de penser. Je suis retourn\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e que \u00e7a puisse \u00eatre. Il n\u2019y a rien que je d\u00e9teste autant que cette id\u00e9e : \u00eatre sans lieu.\u00bb Et le lieu qu\u2019elle a choisi, c\u2019est un arbre du haut duquel elle embrasse le monde et voit venir son p\u00e8re. Cet arbre est tout un symbole : racine \u2013 vie \u2013 filiation. Elle imagine que la nature a besoin de sa pr\u00e9sence : \u00abLes oiseaux croient-ils que je suis leur reine ? Lui le jardin, un doigt sur la bouche \u00e9coute.\u00bb Elle per\u00e7oit surtout le d\u00e9chirement des s\u00e9parations. Elle ne veut pas aller en ville avec sa m\u00e8re. \u00ab Qu\u2019elle y aille \u00e0 sa ville. Et si Papa du coup arrivait et qu\u2019il n\u2019y ait ni elle ni moi \u00e0 la maison? Un jardin vide, une maison vide, des objets qui le reconna\u00eetront ou qui ne le reconna\u00eetront pas. Qui va l\u2019accueillir? J\u2019en mourrais, je crois. Car, pour venir, il viendra. J\u2019en suis certaine. Je resterai o\u00f9 je suis.\u00bb<br \/>\nComment Lyyli Belle va-t-elle d\u00e9passer cette situation ? \u00abJe vais, je viens, parce que cet homme qui est mon papa, cet homme est un \u00e9tranger. Il a besoin que j\u2019aille le chercher dans son \u00e9trangement. Et moi, ici dans mon propre pays, que suis-je sinon une \u00e9trang\u00e8re? A son tour il vient et m\u2019arrache \u00e0 mon \u00e9trangement. Sans quoi, \u00e7a ferait deux \u00e9trangers de plus dans le monde. (\u2026) Mais qui entend, qui entend ce que j\u2019essaie de dire ? \u00bb<br \/>\nC\u2019est dire combien Lyyli Belle est tiraill\u00e9e et r\u00eave d\u2019une impossible r\u00e9conciliation ; et pourtant, elle va vers la source et l\u00e0, ce moment est fabuleux : en imagination, elle va aller en qu\u00eate de ses origines, de son grand-p\u00e8re, l\u2019homme du d\u00e9sert infini.<br \/>\n\u00ab Mais je dois arriver au sommet de la dune d\u00e9sign\u00e9e par mon grand-p\u00e8re : une source finira-t-elle aussi par y na\u00eetre sous mon talon. (\u2026) Il me faut la chercher. Une source secr\u00e8te, le beau Cheikh garderait plus qu\u2019un simple d\u00e9sert.\u00bb<br \/>\nTerre des origines, le d\u00e9sert va prendre vie gr\u00e2ce \u00e0 la source. R\u00e9miniscence coranique : l\u2019enfant Isma\u00ebl chass\u00e9 de la maison paternelle avec Agar sa m\u00e8re \u00e9tait sur le point de mourir de soif dans le d\u00e9sert ; \u00abalors elle l\u2019a mis \u00e0 l\u2019abri du soleil dans un buisson et une source d\u2019eau a jailli sous le talon d\u2019Isma\u00ebl\u00bb. D\u00e9sormais grand-p\u00e8re garde la source et le d\u00e9sert mais surtout il l\u2019aidera \u00e0 d\u00e9chiffrer le monde, \u00e0 d\u00e9chiffrer une \u00e9criture perdue dans le temps, les atlals, (vestiges) signe d\u2019une \u00e9criture kabbalistique(1), myst\u00e9rieuse dont il faut d\u00e9couvrir le sens. C\u2019est une v\u00e9ritable qu\u00eate : Grand-p\u00e8re garde la source et le d\u00e9sert \u00ablieu de la m\u00e9moire et de l\u2019amn\u00e9sie \u00bb. Lyyli Belle pour \u00e9chapper \u00e0 la solitude, \u00e0 son d\u00e9sert int\u00e9rieur, s\u2019invente des histoires car \u00ab quand une histoire commence le temps s\u2019arr\u00eate \u00bb (comme dans les contes des Mille et Une Nuits). Et le roman se termine par une note d\u2019espoir, espoir d\u2019un monde de r\u00e9conciliation. \u00abTout en veillant sur le d\u00e9sert et la source, grand-p\u00e8re nous garde. Il garde le monde. Un monde que je garde aussi. Et un jour arrivera peut-\u00eatre o\u00f9 cessera ce grand va-et-vient d\u2019\u00e9trangers.\u00bb \u00abTous, il faut l\u2019esp\u00e9rer, nous finirons par nous retrouver o\u00f9 que nous nous trouvions. Pas plus que les autres, je n\u2019aurai besoin de savoir si je suis m\u00eame d\u2019ici ou d\u2019ailleurs. Aucun lieu ne refusera de m\u2019appartenir et plus personne ne vivra dans un monde emprunt\u00e9. Irons-nous au d\u00e9sert accueillant, il nous tendra la nudit\u00e9 de sa main ouverte. Rappel\u00e9 \u00e0 son premier \u00e9tat, la terre sera au premier venu.\u00bb En imagination, Lyyli Belle rencontre son grand-p\u00e8re. Elle lui pose de nombreuses questions : le grand-p\u00e8re lui remet un basilic, un l\u00e9zard des sables (dans la mythologie, le basilic est un serpent fabuleux dont le regard passait pour \u00eatre mortel).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u2026 Tu vas le prendre.<br \/>\nMoi le prendre !<br \/>\nJe me contracte, je me h\u00e9risse, je recule, mais une voix me chuchote :<br \/>\nIl le faut<br \/>\nLyyli Belle. Et je fais, oui.<br \/>\nIl sait tout du d\u00e9sert. Quand il t\u2019aura dit tout ce qu\u2019il sait, tu le laisseras partir. Va, retourne dans les dunes.\u00bb<br \/>\nLyyli Belle le tient mais il lui \u00e9chappe.<br \/>\nLe grand-p\u00e8re s\u2019\u00e9crie : \u00abLes atlals- Retourne l\u00e0 o\u00f9 tu as d\u00e9pos\u00e9 la b\u00eate et lis ce qu\u2019elle a \u00e9crit. Des atlals, \u00e0 n\u2019en pas douter\u2026\u00bb \u00abJe cours vers l\u2019endroit o\u00f9 je pense retrouver la fausse \u00e9criture du basilic. Elle n\u2019y est plus ! Le sable est redevenu la page blanche\u2026 Trop tard.\u00bb<br \/>\n\u00abLe vent est pass\u00e9 dessus. (\u2026) Mais point de grand-p\u00e8re. (\u2026) Le beau cheikh tout en blanc n\u2019est pas sous sa tente. Il n\u2019est nulle part. Aucune trace de sa pr\u00e9sence aussi loin que s\u2019\u00e9tende le d\u00e9sert. Alors je prends sa place.\u00bb (p.159-60)<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Par Djoher Amhis-Ouksel\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tlemcen, capitale de la culture islamique, p\u00e9riode faste qui donne \u00e0 voir toute la richesse de notre culture. 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