{"id":1732,"date":"2011-07-15T10:00:11","date_gmt":"2011-07-15T09:00:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=1732"},"modified":"2011-07-20T13:14:40","modified_gmt":"2011-07-20T12:14:40","slug":"raconte-moi-le-chili","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/raconte-moi-le-chili\/","title":{"rendered":"Raconte-moi le Chili"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-1733\" title=\"chili-1\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/chili-1.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/chili-1.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/07\/chili-1-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/p>\n<p>Depuis la ville de Concepci\u00f3n, \u00e0 500 kilom\u00e8tres au sud de la capitale, je voyage en bus vers le nord. Je caresse du regard cette bande de terre qui court entre la cha\u00eene c\u00f4ti\u00e8re et la cordill\u00e8re des Andes. La premi\u00e8re bois\u00e9e et peu \u00e9lev\u00e9e, haute et lointaine avec ses cimes enneig\u00e9es, celle des Andes. Voil\u00e0 le Chili : des champs de vignes, d\u2019arbres fruitiers ou de terres d\u2019\u00e9levage abondamment piqu\u00e9es d\u2019arbres parmi lesquels pr\u00e9dominent les peupliers. Dans cette r\u00e9gion du pays, cette bande de terre est le Chili. Plus au sud de Concepci\u00f3n se trouve la r\u00e9gion des lacs et des volcans, r\u00e9gion en vert et bleu \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation dense et riche de for\u00eats o\u00f9 pr\u00e9dominent les arbres et les fleurs indig\u00e8nes. Les Mapuche, le peuple autochtone, sont de cette magnifique r\u00e9gion sise de part et d\u2019autre des Andes. Plus au sud encore, la terre perd son caract\u00e8re continental pour se morceler en centaines d\u2019\u00eeles, archipels et canaux. Le Chili p\u00e9n\u00e8tre en zone australe avec les villes de Punta Arenas et Puerto Williams, occupe les vastes plaines de la Terre de Feu et sa pr\u00e9sence se manifeste jusqu\u2019aux eaux et au continent antarctiques. Au nord se trouve le d\u00e9sert le plus aride du monde, r\u00e9gion mini\u00e8re qui fit partie de l\u2019Empire inca pendant quelques d\u00e9cennies avant l\u2019arriv\u00e9e des Espagnols. C\u2019est par le nord qu\u2019arriva le conqu\u00e9rant espagnol, au XVI\u00e8me si\u00e8cle, pr\u00e9cis\u00e9ment depuis Cuzco, capitale de l\u2019empire qui venait de tomber. Les troupes espagnoles compos\u00e9es de 500 conquistadors et de plusieurs milliers d\u2019Indiens d\u00e9j\u00e0 asservis poursuivaient leur entreprise conqu\u00e9rante en se d\u00e9ployant vers le sud par l\u2019oc\u00e9an Pacifique. La conqu\u00eate domina facilement les tribus d\u00e9j\u00e0 soumises aux Incas mais elle fut stopp\u00e9e par la r\u00e9sistance belliqueuse du peuple mapuche (mapu = terre che = gens) ou \u00abgens de la terre\u00bb.<\/p>\n<p>Les vers du meilleur po\u00e8me \u00e9pique de la litt\u00e9rature espagnole du XVI\u00e8me si\u00e8cle \u00abLa Araucana\u00bb (\u00abl\u2019araucanienne\u00bb) sont un \u00e9loge \u00e0 l\u2019indomptable peuple mapuche et au courage et \u00e0 l\u2019intr\u00e9pidit\u00e9 du conquistador espagnol. Ce po\u00e8me symbolise le peuple chilien en devenir et se trouve aux pr\u00e9mices de sa litt\u00e9rature. Le po\u00e8te et soldat Alonso de Ercilla y Z\u00fa\u00f1iga d\u00e9butera son po\u00e8me en disant que les gens du Chili \u00ab Es tan granada<\/p>\n<p>Sont si remarquables<\/p>\n<p>Tan gallarda, soberbia y belicosa<\/p>\n<p>Si courageux, altiers et belliqueux<\/p>\n<p>Que no ha sido jam\u00e1s por rey regido Que jamais par un roi n\u2019ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9gis<\/p>\n<p>Ni a extranjero dominio sometida Ni \u00e0 domination \u00e9trang\u00e8re soumis\u00bb.<\/p>\n<p>Au Chili, les Espagnols n\u2019ont pas trouv\u00e9 de grands empires aux vastes territoires, comme l\u2019inca ou l\u2019azt\u00e8que, qui \u00e9taient de v\u00e9ritables Etats avec une forte autorit\u00e9 centrale. La longue bande de terre qui court entre la cordill\u00e8re et la mer \u00e9tait habit\u00e9e par des populations \u00e9parses qui ne se regroup\u00e8rent jamais en villages. Elles partageaient une m\u00eame langue, avec des diff\u00e9rences r\u00e9gionales, et une m\u00eame vision de l\u2019univers. La base de l\u2019organisation sociale \u00e9tait la famille et diff\u00e9rentes familles formaient une communaut\u00e9. S\u2019ils craignaient une attaque, ils s\u2019alliaient et organisaient leur r\u00e9sistance ; le danger pass\u00e9, ils revenaient \u00e0 leur fier isolement.<\/p>\n<p>Le conquistador espagnol progressait dans les terres, laissant sur son passage les fondements de villes qui constitueraient la colonie espagnole. Le conquistador devenait ainsi le voisin et la cit\u00e9 reproduisait la structure de la grande ville hispanique : autour du noyau principal qu\u2019\u00e9tait la Place d\u2019Armes ou Plaza Mayor se trouvaient la maison du Gouverneur, la cath\u00e9drale, la maison du Conseiller municipal qui repr\u00e9sentait la voix des voisins ainsi que les galeries o\u00f9 s\u2019installaient les commerces. Santiago, \u00e0 l\u2019instar de quelques autres villes hispano-am\u00e9ricaines, garde encore dans son centre historique la Place d\u2019Armes, coeur anim\u00e9 et arbor\u00e9 de la ville, et les rues qui s\u2019\u00e9tirent vers les quatre points cardinaux.<\/p>\n<p>Le processus de formation de la classe coloniale commence d\u00e8s la conqu\u00eate. Les conquistadors et leurs descendants forment la premi\u00e8re aristocratie et s\u2019attribuent les postes publics. Cette aristocratie militaire est progressivement \u00e9gal\u00e9e et surpass\u00e9e par le groupe cr\u00e9ole form\u00e9 par les descendants blancs des Espagnols. Ces descendants, n\u00e9s au Chili au si\u00e8cle suivant, vont acqu\u00e9rir une influence sociale et \u00e9conomique plus grande que celle du groupe p\u00e9ninsulaire m\u00eame si, devant l\u2019Espagnol, ils se reconnaissent comme des gens de la m\u00eame culture et de la m\u00eame nation. Des cr\u00e9oles sans fortune et l\u2019\u00e9l\u00e9ment m\u00e9tisse composaient la classe moyenne. La pl\u00e8be ou basse classe de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait constitu\u00e9e par les Indiens, les noirs (import\u00e9s dans le pays) et les mul\u00e2tres. D\u00e8s le premier instant, l\u2019Indien soumis fut colonis\u00e9 et marginalis\u00e9. La colonie chilienne reproduisait les sch\u00e9mas rigides qui hi\u00e9rarchisaient la soci\u00e9t\u00e9 espagnole dans la p\u00e9ninsule. A l\u2019int\u00e9rieur de ce syst\u00e8me social, le facteur racial eut plus d\u2019importance que les aspects \u00e9conomiques ou culturels. Pour le Espagnols et les cr\u00e9oles, les indig\u00e8nes n\u2019avaient pas de culture, ils \u00e9taient l\u00e2ches et m\u00e9prisables.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XIX\u00e8me si\u00e8cle, le cr\u00e9ole chilien prend les armes contre la domination<\/p>\n<p>espagnole et obtient l\u2019ind\u00e9pendance en 1810. Le pays qui entre dans la vie r\u00e9publicaine est une nation hispanophone,<\/p>\n<p>catholique, de culture espagnole,<\/p>\n<p>avec une classe cr\u00e9ole riche et cultiv\u00e9e<\/p>\n<p>qui m\u00e8nera les destin\u00e9es du pays et une classe moyenne o\u00f9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment m\u00e9tisse prendra toujours plus d\u2019importance.<\/p>\n<p>L\u2019Indien soumis sera au bas de l\u2019\u00e9chelle sociale. Quant au Mapuche, apr\u00e8s avoir r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019envahisseur espagnol<\/p>\n<p>durant toute la p\u00e9riode coloniale,<\/p>\n<p>il sera colonis\u00e9 et marginalis\u00e9 par l\u2019Etat chilien et ce n\u2019est que dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies qu\u2019il commence \u00e0 faire entendre sa voix, demandant que l\u2019on respecte son identit\u00e9 et sa dignit\u00e9 et sollicitant la r\u00e9cup\u00e9ration de ses terres<\/p>\n<p>usurp\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9publique chilienne naissante s\u2019enrichira, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 partir du XIX\u00e8me si\u00e8cle, avec les migrations europ\u00e9ennes, commen\u00e7ant par l\u2019espagnole elle-m\u00eame, puis la fran\u00e7aise, la croate, l\u2019allemande, la suisse, l\u2019anglaise, outre la juive et l\u2019importante migration arabe. Cet apport de sang enrichira le tableau social et ethnique initial.<\/p>\n<p>Dans le pays pr\u00e9dominent deux cultures : l\u2019occidentale des importantes agglom\u00e9rations urbaines, surtout de la r\u00e9gion centrale du pays, et la culture populaire des zones rurales o\u00f9 l\u2019influence de la culture espagnole fortement enracin\u00e9e (et il importe de rappeler combien l\u2019\u00e9l\u00e9ment arabe impr\u00e8gne cette culture) s\u2019harmonise parfaitement avec l\u2019h\u00e9ritage indig\u00e8ne. On s\u2019en rend compte dans la litt\u00e9rature populaire mais surtout dans la musique et dans la danse.<\/p>\n<p>Le Chili est un pays de riche tradition litt\u00e9raire qui commence d\u00e9j\u00e0, avec la colonie, quand la litt\u00e9rature s\u2019exprime sous forme de chronique et de po\u00e9sie \u00e9pique. Elle fut entretenue au d\u00e9part par les Espagnols, comme G\u00f3ngora Marmolejo ou Marino Lobera et ensuite par les autochtones, c\u2019est-\u00e0-dire par les cr\u00e9oles chiliens. Ils vont d\u00e9crire le pays, sa nature, ses habitants. Le jesuite Alonso de Ovalle \u00e9crit la \u00ab R\u00e9lation historique du royaume du Chili \u00bb afin de faire conna\u00eetre son pays en Europe. A l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9publique ind\u00e9pendante du XIX\u00e8me si\u00e8cle, les inqui\u00e9tudes litt\u00e9raires se manifestent dans les revues et les journaux ainsi que dans la cr\u00e9ation d\u2019oeuvres romantiques et r\u00e9alistes o\u00f9 l\u2019on d\u00e9c\u00e8le l\u2019influence des courants europ\u00e9ens, surtout fran\u00e7ais et espagnol.<\/p>\n<p>On dit que le Chili est un pays de po\u00e8tes et, en tant que tel, il compte deux prix Nobel de litt\u00e9rature : Gabriela Mistral en 1945 et Pablo Neruda en 1971. Pour d\u00e9crire la litt\u00e9rature actuelle et celle du XX\u00e8me si\u00e8cle, nous pouvons prendre en compte deux crit\u00e8res : parler du roman du Nord ou des mines ou du roman de la Patagonie ou encore de la riche production romanesque de la r\u00e9gion du Centre. En ce moment est d\u2019actualit\u00e9 Hernan Rivera Letelier, auteur qui d\u00e9crit dans ses romans le monde du d\u00e9sert chilien. Quant \u00e0 la Patagonie, celui qui a su donner une dimension po\u00e9tique \u00e0 cette r\u00e9gion est, sans doute, Francisco Coloane ou bien, nous pouvons parler de courants ou de genres, comme le roman \u00abde moeurs\u00bb ou le roman indig\u00e9niste (qui n\u2019est jamais aussi important que dans les pays \u00e0 la nombreuse population indig\u00e8ne comme au P\u00e9rou ou au Mexique), le roman historique, le roman de l\u2019exil, etc. ou le roman d\u2019\u00e9crivains d\u2019origine arabe. Ce n\u2019est que depuis quelques d\u00e9cennies que nous pouvons ajouter \u00e0 la litt\u00e9rature du pays la voix du peuple d\u2019origine, le peuple mapuche qui cherche \u00e0 faire entendre sa voix anxieuse et autonome.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Par Adriane Lassel\u00a0<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis la ville de Concepci\u00f3n, \u00e0 500 kilom\u00e8tres au sud de la capitale, je voyage en bus vers le nord. 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