{"id":21,"date":"2010-11-15T11:03:06","date_gmt":"2010-11-15T10:03:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/?p=21"},"modified":"2011-04-21T17:58:35","modified_gmt":"2011-04-21T16:58:35","slug":"article-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/article-1\/","title":{"rendered":"Mohamed Magani : Le cadre naturel de notre existence est absent dans notre litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"<div style=\"text-align: justify;\"><strong>Dans cet entretien, les questions sur les catastrophes naturelles et humaines, l\u2019\u00e9cologie, le cadre de vie, sont au coeur des pr\u00e9occupations de la litt\u00e9rature universelle. Mohamed Magani en explique les raisons.<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/div>\n<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-150\" title=\"mohamed-magani-2\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/mohamed-magani-2.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/mohamed-magani-2.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/mohamed-magani-2-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019ivrEscQ : Vous avez rencontr\u00e9 \u00e0 Tokyo le prix Nobel chinois Gao Xingjian, auteur de La montagne de l\u2019\u00e2me o\u00f9 environnement et culture se fondent aux premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019ouverture d\u00e9mocratique. Quelles appr\u00e9ciations faites-vous ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mohamed Magani :<\/strong> La compagnie d\u2019un Nobel pendant une dizaine de jours a \u00e9t\u00e9 plus qu\u2019une rencontre entre \u00e9crivains. Naturellement la litt\u00e9rature a tenu une large place dans nos \u00e9changes, mais elle a \u00e9t\u00e9 souvent d\u00e9bord\u00e9e par les observations sur les villes visit\u00e9es, Tokyo et Kyoto, les particularit\u00e9s culinaires du Japon et les bonnes blagues qui nous faisaient rire aux \u00e9clats. Il m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 une fois ou deux de servir d\u2019interpr\u00e8te anglais-fran\u00e7ais. Gao Xingjian ma\u00eetrise la langue fran\u00e7aise, il vit \u00e0 Paris depuis plus de vingt ans, mais il ne peut s\u2019exprimer en anglais. Il \u00e9tait l\u2019invit\u00e9 d\u2019honneur du 76\u00e8me congr\u00e8s du PEN International, dont je suis membre depuis 2005. Le congr\u00e8s s\u2019est tenu \u00e0 Tokyo sur le th\u00e8me \u00abLitt\u00e9rature et Environnement\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Dans ce m\u00eame roman, l\u2019auteur r\u00e9clame l\u2019autonomie de la litt\u00e9rature et la libert\u00e9 de l\u2019\u00e9crivain. Les questions fondamentales comme la nature, l\u2019environnement, le patrimoine oral requi\u00e8rent-elles cette autonomie ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>MM :<\/strong> Les \u00e9crivains arriv\u00e9s au sommet de leur art, de surcro\u00eet r\u00e9compens\u00e9s d\u2019un Nobel, arrivent in\u00e9luctablement \u00e0 cette attitude. Ils se lib\u00e8rent, dans leurs pens\u00e9es et leurs styles. Quand Gao Xingjian a parl\u00e9 d\u2019autonomie de la litt\u00e9rature et de libert\u00e9 totale de l\u2019\u00e9crivain face au politique et \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie, je me suis rappel\u00e9 un autre \u00e9crivain, \u00e9galement nob\u00e9lis\u00e9, qui affirmait la m\u00eame position. Il s\u2019agit de l\u2019\u00e9crivain allemand Heinrich Bull, qui disait que l\u2019\u00e9crivain occupe la derni\u00e8re des positions de libert\u00e9. C\u2019est tellement vrai dans le monde moderne o\u00f9 la litt\u00e9rature balance entre les lois du march\u00e9 et les diktats des \u00e9diteurs. Prenez les questions de l\u2019environnement et de l\u2019\u00e9cologie, telles que investies \u00e0 l\u2019heure actuelle, elles sont inexistantes dans la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne, en ce sens qu\u2019elles ne constituent gu\u00e8re une pr\u00e9occupation pour un nombre important d\u2019\u00e9crivains alg\u00e9riens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L :Vous \u00eates fascin\u00e9 par les politiques environnementales des pays asiatiques, ce qui vous a amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper, en Alg\u00e9rie, les notions li\u00e9es \u00e0 la relation entre l\u2019homme et son \u00e9cosyst\u00e8me. Quels sont leurs prolongements dans l\u2019espace litt\u00e9raire alg\u00e9rien?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>MM :<\/strong> Je dois dire que l\u2019Asie -et la Scandinavie- m\u2019int\u00e9ressent plus que l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique actuellement. Il y a dans ces contr\u00e9es une volont\u00e9 r\u00e9elle de pr\u00e9server la nature \u00e9manant sans doute de leur culture et traditions. Des pays comme le Japon ou la Cor\u00e9e du Sud ont phagocyt\u00e9 le syst\u00e8me de d\u00e9veloppement de l\u2019Occident, ils l\u2019ont dig\u00e9r\u00e9, assimil\u00e9 et d\u00e9pass\u00e9 en faisant attention \u00e0 ne pas r\u00e9p\u00e9ter ses erreurs. La r\u00e9volution industrielle en Europe a \u00e9t\u00e9 une conqu\u00eate militaire, et une destruction, de la nature. L\u2019Asie nous apprend \u00e0 ne pas g\u00e2cher le cadre de notre existence. Et cela se refl\u00e8te dans sa litt\u00e9rature. De grandes rencontres internationales sur la litt\u00e9rature et l\u2019environnement se tiennent \u00e0 S\u00e9oul, Tokyo et ailleurs en Asie, avec un engagement r\u00e9el des \u00e9crivains. La nature dans leurs \u00e9crits n\u2019est pas un milieu d\u00e9coratif, elle est v\u00e9ritablement un personnage. Elle est active et vivante. Ainsi, l\u2019une des techniques particuli\u00e8re de la litt\u00e9rature japonaise est l\u2019utilisation des saisons pour repr\u00e9senter les changements physiques, et \u00e9motionnels. Takashi Atoda, l\u2019un des \u00e9crivains japonais les plus connus, en fait savamment usage dans son livre The Square Persimmon (La plaquemine carr\u00e9e). Dans un autre registre \u00abnaturel\u00bb, Matsuura Hisaki a \u00e9crit un livre, Light on a river (Lumi\u00e8re sur la rivi\u00e8re) qui commence avec une famille de souris vivant pr\u00e8s d\u2019une rivi\u00e8re, mais elle doit d\u00e9m\u00e9nager parce que les humains arrivent et commencent \u00e0 endiguer la rivi\u00e8re\u2026 Beaucoup de lecteurs se sont identifi\u00e9s aux souris, aux dires des critiques japonais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Sc\u00e8nes de p\u00eache en Alg\u00e9rie se veut-il un manifeste de ces questions ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>MM :<\/strong> Sc\u00e8nes de p\u00eache en Alg\u00e9rie, est d\u2019abord un lointain \u00e9cho de l\u2019ouvrage de l\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain Richard Brautigan, en l\u2019occurrence Trout fishing in America (P\u00eache de la truite en Am\u00e9rique), \u00e9crit dans les ann\u00e9es 60; c\u2019est une r\u00e9f\u00e9rence de la contre-culture am\u00e9ricaine, un livre phare dans la litt\u00e9rature am\u00e9ricaine post-r\u00e9aliste. Il se pr\u00e9sente comme un ensemble de mini-nouvelles peu soucieuses de la vraisemblance, qui donnent la voix aux animaux, aux choses (des portes parlent! Des poissons se prennent une cuite). Sa force et sa coh\u00e9rence viennent de sa forme lib\u00e9r\u00e9e de tout. Ce livre m\u2019a \u00e9bloui par son ton libertaire et ses d\u00e9fis aux codes litt\u00e9raires. Comme Richard Brautigan a cess\u00e9 d\u2019\u00e9crire depuis bien longtemps, je ne sais pour quelle raison -c\u2019est le deuxi\u00e8me dans les lettres am\u00e9ricaines apr\u00e8s Ken Kessey, auteur de Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou &#8211; je me suis dit qu\u2019une suite \u00e0 son livre serait un bon exercice dans, justement, l\u2019autonomie de la litt\u00e9rature et la libert\u00e9 totale de l\u2019\u00e9crivain. Vous comprenez pourquoi le facteur tremblement de terre a \u00e9t\u00e9 \u00abprovidentiel\u00bb et inesp\u00e9r\u00e9 pour moi, un tremblement de terre est naturellement subversif, il est destructeur, il est dans l\u2019irrespect total, apportant le chaos. J\u2019ai eu un \u00e9norme plaisir \u00e0 l\u2019\u00e9crire, car je venais \u00ab d\u2019asseoir \u00bb ma vision de la litt\u00e9rature sur le concret, tir\u00e9 du r\u00e9el, un r\u00e9el sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie. Cela dit, il est vrai que les questions environnementales y sont explor\u00e9es \u00e0 travers une d\u00e9structuration du texte qui rappelle les atteintes chaotiques \u00e0 la nature. Mais avant tout, Sc\u00e8ne de p\u00eache en Alg\u00e9rie se voulait, en 2006, en d\u00e9calage total avec ce que vous avez-vous-m\u00eame appel\u00e9 \u00abla graphie de sang\u00bb, autrement dit la litt\u00e9rature de l\u2019urgence ou le tr\u00e8s contemporain domine dans la litt\u00e9rature. Je r\u00e9fl\u00e9chissais alors au destin de la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne, quelles directions allait-elle prendre apr\u00e8s la d\u00e9cennie noire, dont elle constituait le fid\u00e8le reflet presque ?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019entretien dans la version papier<\/span><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_self\"><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L&rsquo;ivrEscQ<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans cet entretien, les questions sur les catastrophes naturelles et humaines, l\u2019\u00e9cologie, le cadre de vie, sont au coeur des pr\u00e9occupations de la litt\u00e9rature universelle. 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