{"id":29,"date":"2010-11-15T11:04:35","date_gmt":"2010-11-15T10:04:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/?p=29"},"modified":"2011-04-21T18:00:09","modified_gmt":"2011-04-21T17:00:09","slug":"article-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/article-5\/","title":{"rendered":"Abdelkader Djema\u00ef : \u00abSi on n\u2019est pas dans son livre, il ne sert \u00e0 rien de l\u2019\u00e9crire\u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-68 \" style=\"margin-left: 10px; margin-right: 10px;\" title=\"abdelkader-djemai-1\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/abdelkader-djemai-1.jpg\" alt=\"Abdelkader Djema\u00ef\" hspace=\"10\" width=\"250\" height=\"391\" align=\"left\" \/><strong>L\u2019ivrEscQ : Les trois r\u00e9cits r\u00e9unis dans cette trilogie sont notamment marqu\u00e9s par l\u2019exil. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Abdelkader Djema\u00ef :<\/strong> En France, je vais beaucoup dans les villes et je vois de vieux immigr\u00e9s, des chibanis, dans les squares, dans les caf\u00e9s, aux march\u00e9s. Ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils ne parlent pas, qu\u2019ils n\u2019ont rien \u00e0 dire. J\u2019ai voulu croiser les vies de trois d\u2019entreeux : l\u2019un a v\u00e9cu dans le Nord-Pasde- Calais, le second au centre de la France, et le troisi\u00e8me \u00e0 Marseille. J\u2019ai tent\u00e9, dans Gare du Nord, de raconter leurs parcours en \u00e9vitant de tomber dans l\u2019exotisme et les pleurnicheries.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Dans le r\u00e9cit Gare du Nord, justement, Bonbon, Zalamite et Bartolo ne se plaignent pas de l\u2019exil alors que leur \u00e2ge peut les incliner \u00e0 le faire. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A.D :<\/strong> C\u2019est un refus personnel des j\u00e9r\u00e9miades ! Ce sont des vies au sens plein du mot qui ont connu ou continuent de vivre des difficult\u00e9s mais je ne voulais pas qu\u2019ils aient l\u2019air de sortir d\u2019une vieille carte postale couleur s\u00e9pia. Au contraire, ce sont trois personnages qui aiment la vie, qui marchent beaucoup. Ils sont dans le paysage parisien, dans ce Paris d\u2019hier ou d\u2019aujourd\u2019hui o\u00f9 on les a toujours crois\u00e9s. Il fallait que j\u2019\u00e9crive sur eux \u00e0 partir de la gare du Nord qui est un lieu vivant, dynamique et historique. Cette gare, qui accueille quotidiennement cinq mille trains, est aussi proche de la Goutte d\u2019Or, un quartier li\u00e9 \u00e0 l\u2019immigration alg\u00e9rienne. J\u2019ai arpent\u00e9 le quartier de long en large pour mieux saisir le quotidien de ces chibanis et le d\u00e9cor dans lequel ils vivent. Je crois que Gare du Nord est un livre sur la trace. Bonbon, Zalamite et Bartolo appartiennent \u00e0 une cat\u00e9gorie de la population analphab\u00e8te. Ils sont \u00e0 la retraite, ont des d\u00e9sirs, des besoins et des envies comme tout le monde. Je ne voulais surtout pas faire un livre larmoyant ou d\u2019un optimisme b\u00e9at.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Un regard intimiste ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A.D :<\/strong> Oui, il y a la r\u00e9flexion, mais aussi le coeur, le quotidien, la r\u00e9alit\u00e9. J\u2019ai voulu donner une \u00e9paisseur physique \u00e0 ces personnages, sans oublier de rappeler qu\u2019ils ont une m\u00e9moire, une sensibilit\u00e9, une histoire personnelle comme tout un chacun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Vous injectez dans la quotidiennet\u00e9 de ces vieux des instantan\u00e9s d\u2019Histoire, des flashs de la grande Histoire ? Pour quelles raisons.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A.D :<\/strong> Les lieux, les rep\u00e8res m\u00e9moriaux m\u2019int\u00e9ressent. Bonbon, Bartolo et Zalamite se souviennent des moments agr\u00e9ables, joyeux comme des moments tragiques tels ceux du 17 octobre 1961. Ils se souviennent aussi de l\u2019Emir Abdelkader, ou des \u00e9v\u00e9nements dans lesquels ils furent plus ou moins impliqu\u00e9s. Ils aiment aller au cin\u00e9ma, bien manger ou prendre une chope de bi\u00e8re chez Zaza. Sans tomber dans le pass\u00e9isme, il me fallait, en leur donnant une certaine l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, les faire vivre sans les rendre pesants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Peut-on dire que Gare du Nord est une nouvelle perception litt\u00e9raire de l\u2019\u00e9migration?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A.D :<\/strong> Sans avoir la pr\u00e9tention de faire original, j\u2019ai senti que c\u2019\u00e9tait de cette fa\u00e7on l\u00e0 que je devais raconter l\u2019histoire de ces vieux. C\u2019est aussi une histoire personnelle : mon p\u00e8re est un chibani d\u2019Oran et cela faisait longtemps que je ne l\u2019avais pas revu ; moi-m\u00eame, je deviens chibani. Pour \u00e9largir le propos, la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne aujourd\u2019hui ne peut plus aborder des sujets de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019elle l\u2019avait fait durant la colonisation et apr\u00e8s les vingt premi\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019ind\u00e9pendance. Son regard \u00e9volue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Il y a \u00e9galement un soubassement musical au r\u00e9cit\u2026<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A.D :<\/strong> Il y a un rythme. Il faut \u00e9crire avec ses oreilles, comme disait Victor Hugo. Si je n\u2019ai pas la voix des personnages dans l\u2019oreille, je n\u2019\u00e9cris pas. Il me faut trouver la mesure, la cadence\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L : Le deuxi\u00e8me r\u00e9cit Camping met en sc\u00e8ne un enfant de \u00ab presque onze ans \u00bb qui raconte ses vacances au bord d\u2019une plage et son premier amour pour une fillette venue d\u2019Aubervilliers. Pourquoi ce retour \u00e0 l\u2019enfance apr\u00e8s l\u2019univers des chibanis?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>A.D : <\/strong>J\u2019ai longtemps fait du camping \u00e0 Bousseville, sur la corniche oranaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je voyais, entre autres, une vieille dame qui \u00e9coutait souvent la radio et j\u2019ai voulu en faire le personnage central. J\u2019ai essay\u00e9 mais je n\u2019ai pas r\u00e9ussi \u00e0 la faire exister. J\u2019ai \u00e9crit aussi un recueil de nouvelles Dites-leur de me laisser passer ( Ed., Michalon, 2000 NDLR) dont \u00abLa fugue\u00bb, une petite fille, qui venait de na\u00eetre, est la narratrice. Du coup, je me suis dit que je pouvais \u00e9crire Camping \u00e0 travers la voix d\u2019un gamin de \u00ab presque onze ans \u00bb. Il me faut donc une ligne m\u00e9lodique, un registre vocal. Un texte poss\u00e8de une teinte, une couleur, une sonorit\u00e9.<\/p>\n<div style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019entretien dans la version papier<\/span><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_self\"><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L&rsquo;ivrEscQ<\/span><\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ivrEscQ : Les trois r\u00e9cits r\u00e9unis dans cette trilogie sont notamment marqu\u00e9s par l\u2019exil. Pourquoi ? Abdelkader Djema\u00ef : En France, je vais beaucoup dans les villes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[3,135],"tags":[],"class_list":["post-29","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lentretien-de-livrescq","category-n-9"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29"}],"version-history":[{"count":82,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1541,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29\/revisions\/1541"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}