{"id":2921,"date":"2012-03-15T09:55:06","date_gmt":"2012-03-15T08:55:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=2921"},"modified":"2012-04-19T14:39:04","modified_gmt":"2012-04-19T13:39:04","slug":"souvenirs-de-mouloud-feraoun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/souvenirs-de-mouloud-feraoun\/","title":{"rendered":"Souvenirs de  Mouloud Feraoun"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Par Emmanuel ROBLES \u00a0de l\u2019Acad\u00e9mie Goncourt<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3150\" title=\"TESTE 3 PHOTO SOUVENIR\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/TESTE-3-PHOTO-SOUVENIR.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/TESTE-3-PHOTO-SOUVENIR.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/TESTE-3-PHOTO-SOUVENIR-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai connu Mouloud Feraoun en 1932, \u00e0 l\u2019Ecole normale d\u2019Alger, une immense b\u00e2tisse sur les collines de Bouzar\u00e9ah, au-dessus de la baie, et tout entour\u00e9 de jardins et de pin\u00e8des. C\u2019\u00e9tait un grand gar\u00e7on maigre, souriant ou r\u00eaveur, descendu de ce massif de Kabylie qui barre l\u2019horizon \u00e0 l\u2019est de la ville et dont les neiges, par temps clair, brillent en hiver. Feraoun appartenait \u00e0 une famille de paysans tr\u00e8s pauvres. J\u2019ai vu sa maison natale, une seule pi\u00e8ce dans laquelle on p\u00e9n\u00e9trait par une porte basse, en courbant le dos. L\u2019unique fen\u00eatre encadrait la cha\u00eene du Djurdjura et faute de chemin\u00e9e, c\u2019est par cette m\u00eame fen\u00eatre que partait la fum\u00e9e du kanoun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Bouzar\u00e9ah, il sortait peu non seulement parce qu\u2019il travaillait beaucoup mais parce qu\u2019il manquait d\u2019argent pour se rendre en ville. Nous \u00e9tions assez nombreux dans le cas et partions le dimanche explorer les ravins o\u00f9 se cachaient les belles villas du temps des Turcs, enjoliv\u00e9es de colonnades et de coupoles entre les palmiers et les alo\u00e8s. Bien que l\u2019\u00e9cole comport\u00e2t des terrains de jeux, des courts de tennis et m\u00eame un fronton de pelote basque, Feraoun ne pratiquait aucun sport et utilisait ses loisirs pour de grandes lectures. Ce fut \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019il connut les auteurs russes qui devaient avoir sur lui une si forte influence, de Gorki \u00e0 Gogol et de Tch\u00e9kov \u00e0 Dosto\u00efevski. Comme je dirigeais \u00e0 l\u2019\u00e9poque une petite revue estudiantine intitul\u00e9e <em>Le Profane,<\/em> j\u2019obtins qu\u2019il y collabor\u00e2t et il le fit de bonne gr\u00e2ce \u00e0 deux ou trois reprises. Il \u00e9tait tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 de tous ses condisciples \u00e0 la fois pour sa douceur tranquille et son scepticisme amus\u00e9.\u00a0 Les \u00e9v\u00e9nements qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la Seconde Guerre mondiale, et la Guerre elle-m\u00eame, nous s\u00e9par\u00e8rent des ann\u00e9es durant. Il fut exempt\u00e9 du service national par tirage au sort selon le Code de l\u2019Indig\u00e9nat. Pour ma part je dus rejoindre l\u2019arm\u00e9e d\u00e8s 1937 pour \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 en 1946.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce fut en 1949 que le hasard nous r\u00e9unit de nouveau en Kabylie \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une repr\u00e9sentation de th\u00e9\u00e2tre amateur sur une place du village. J\u2019animais alors une jeune compagnie qui jouait une com\u00e9die de Garcia Lorca. Feraoun vint assister au spectacle et notre amiti\u00e9 se renoua comme aux beaux jours de Bouzar\u00e9ah mais, par une pudeur qui \u00e9tait l\u2019un de meilleurs traits de son caract\u00e8re, il ne me dit rien d\u2019un roman qu\u2019il \u00e9crivait et qu\u2019il \u00e9dita \u00e0 compte d\u2019auteur. J\u2019en re\u00e7us un exemplaire l\u2019ann\u00e9e suivante avec pour d\u00e9dicace : <strong>\u00ab<\/strong> A Em. R., avec toute mon admiration et au risque de lui para\u00eetre ridicule. <strong>\u00bb<\/strong> Je lui reprochais, non sans v\u00e9h\u00e9mence, cet exc\u00e8s de discr\u00e9tion et alertai Le Seuil \u00e0 Paris. On fit donc un second tirage de <em>Le<\/em> <em>Fils du pauvre<\/em> qui obtint un vif succ\u00e8s et attira sur l\u2019auteur l\u2019attention d\u2019Albert Camus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le roman suivant, <em>La Terre et le sang,<\/em> plus ambitieux et couronn\u00e9 en 1953 par un prix litt\u00e9raire, lui valut un plus vaste public sans que les \u00e9loges et les marques d\u2019estime entament sa modestie fonci\u00e8re. Je le rejoignais souvent \u00e0 Fort-National o\u00f9 il dirigeait un coll\u00e8ge sur une cr\u00eate au-dessus du moutonnement des massifs, dans le haut-pays kabyle. Tout le bruit sur son livre lui faisait plaisir, certes, le laissait surpris et m\u00eame effarouch\u00e9. Ce fut dans ces ann\u00e9es qu\u2019il d\u00e9couvrit les grands romanciers am\u00e9ricains qui le subjugu\u00e8rent : Hemingway, Caldwell, Steinbeck (&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<br \/>\n<\/span><\/a><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\"><span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Emmanuel ROBLES \u00a0de l\u2019Acad\u00e9mie Goncourt J\u2019ai connu Mouloud Feraoun en 1932, \u00e0 l\u2019Ecole normale d\u2019Alger, une immense b\u00e2tisse sur les collines de Bouzar\u00e9ah, au-dessus de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,4,144],"tags":[],"class_list":["post-2921","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-dossier","category-n16"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2921","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2921"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2921\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3136,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2921\/revisions\/3136"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2921"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2921"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2921"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}