{"id":3037,"date":"2012-03-15T09:45:54","date_gmt":"2012-03-15T08:45:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=3037"},"modified":"2012-04-19T15:03:47","modified_gmt":"2012-04-19T14:03:47","slug":"mouloud-feraoun-diariste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/mouloud-feraoun-diariste\/","title":{"rendered":"Mouloud Feraoun : diariste"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"color: #000080;\">\u00ab Le temps de Jeanne d\u2019Arc est pass\u00e9 pour l\u2019Alg\u00e9rie, puisqu\u2019il y a eu la Kah\u00e8na \u00bb<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Journal IV novembre-d\u00e9cembre (1955)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par Guy DUGAS<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3157\" title=\"TESTE 5  DIRISTE\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/TESTE-5-DIRISTE.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/TESTE-5-DIRISTE.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2012\/03\/TESTE-5-DIRISTE-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a ceux, comme Stendhal, qui tiennent un journal par \u00e9gotisme, se mirant dans leur propre \u00e9criture pour le seul plaisir de se regarder vivre. Les complex\u00e9s ou les malades qui le tiennent comme on prend un m\u00e9dicament, jour apr\u00e8s jour et dose apr\u00e8s dose, projetant dans leurs confessions <em>\u00ab toute la distance qui les s\u00e9pare d\u2019eux-m\u00eames \u00bb<\/em>, comme disait Artaud. <em>\u00ab Il y a\u00a0 ceux qui lancent ainsi un long cri avant de dispara\u00eetre \u00bb<\/em> (H. Guibert), <em>\u00ab et ceux, qui obs\u00e9d\u00e9s<\/em><em> au contraire par l\u2019id\u00e9e de leur disparition, entendent par ce biais laisser trace \u00bb<\/em> (P. Loti) ; ceux qui font de carnets tenus au jour le jour le brouillon d\u2019\u0153uvres majeures, et ceux dont les \u0153uvres majeures finissent par s\u2019\u00e9puiser d\u2019elles-m\u00eames en une \u00e9criture fragmentaire. Il y a encore des journaux de voyage et des journaux d\u2019affreuse solitude, les journaux tr\u00e8s intimes des jeunes filles en fleurs et les journaux intimes des intellectuels mondains&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mouloud Feraoun diariste n\u2019a rien d\u2019un Narcisse ou d\u2019un mondain, d\u2019un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, pas davantage d\u2019un apprenti-\u00e9crivain ou d\u2019un \u00e9crivain essouffl\u00e9 en mal d\u2019inspiration. Lorsqu\u2019il entreprend de tenir son <em>Journal,<\/em> il a plus de 40 ans, et son \u0153uvre, d\u00e9j\u00e0 forte de deux romans aux \u00e9ditions du Seuil et d\u2019un recueil de nouvelles chez Baconnier, vient d\u2019\u00eatre reconnue par le prix de la Ville d\u2019Alger, puis le prix Populiste. Devant lui, qui a d\u00fb batailler durant des ann\u00e9es pour \u00eatre publi\u00e9, s\u2019ouvrent enfin d\u2019int\u00e9ressantes perspectives&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est alors qu\u2019il choisit de consigner dans des cahiers d\u2019\u00e9colier tous les faits et m\u00e9faits qui ensanglantent la Kabylie o\u00f9 il est n\u00e9, o\u00f9 il continue d\u2019enseigner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline; color: #000080;\"><strong>Ce que dit <em>le Journal<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 1er novembre 1955, jour anniversaire du d\u00e9clenchement de la R\u00e9volution Nationale, Mouloud Feraoun, qui porte pourtant en lui d\u2019autres romans, d\u2019autres \u0153uvres d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9es, entreprend d\u2019\u00e9crire au jour le jour, et son <em>Journal<\/em> s\u2019ouvre sur une simple constatation d\u2019ordre climatique : <em>\u00abIl pleut sur la ville\u00bb<\/em> qui, par le renvoi implicite au vers de Verlaine, sonne aussi comme une indication psychologique : tristesse g\u00e9n\u00e9rale et d\u00e9sesp\u00e9rance individuelle devant le d\u00e9litement brutal mais n\u00e9cessaire d\u2019une communaut\u00e9 mal assortie. Et c\u2019est bien l\u00e0, \u00e0 mes yeux, la tonalit\u00e9 premi\u00e8re de ces pages sombres, d\u00e8s le d\u00e9but : le pressentiment d\u2019une fin, l\u2019annonce d\u2019un divorce (ce terme revient souvent sous la plume de l\u2019auteur, avec, tout aussi fr\u00e9quemment un correctif :<em> \u00abil n\u2019y a pas divorce puisqu\u2019il n\u2019y a jamais eu mariage\u00bb<\/em>), de la n\u00e9gation d\u2019une cohabitation, sinon d\u2019une convivialit\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00abLes cloches de la Toussaint sonnent obstin\u00e9ment depuis le matin sans r\u00e9ussir \u00e0 \u00e9veiller le village. Elles sonnent pour les morts, ni les morts ni les vivants ne les entendent. D\u2019autres conspirateurs passent sans les voir et \u00e9changent un bonjour rapide, un geste exc\u00e9d\u00e9 qui ne signifie rien. Pas plus que les chr\u00e9tiens, les musulmans, n\u2019ont rien \u00e0 se dire. Pas plus que \u00ables Fran\u00e7ais\u00bb, \u00ables kabyles\u00bb ne pensent \u00e0 rien. Les uns et les autres ont perdu ce matin le go\u00fbt de parler, de plaisanter, de rire, de boire, d\u2019aller et venir&#8230;\u00bb<\/em>\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<br \/>\n<\/span><span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/span><\/a><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Le temps de Jeanne d\u2019Arc est pass\u00e9 pour l\u2019Alg\u00e9rie, puisqu\u2019il y a eu la Kah\u00e8na \u00bb Journal IV novembre-d\u00e9cembre (1955) Par Guy DUGAS Il y a [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,4,144],"tags":[],"class_list":["post-3037","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-dossier","category-n16"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3037","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3037"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3037\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3134,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3037\/revisions\/3134"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3037"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}