{"id":3327,"date":"2012-07-15T12:50:57","date_gmt":"2012-07-15T11:50:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=3327"},"modified":"2012-08-23T16:24:49","modified_gmt":"2012-08-23T15:24:49","slug":"lettres-de-simone-weil-a-olivan-antonio-atares-un-interne-espagnol-au-camp-de-djelfa-1941-1942","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/lettres-de-simone-weil-a-olivan-antonio-atares-un-interne-espagnol-au-camp-de-djelfa-1941-1942\/","title":{"rendered":"Lettres de Simone Weil \u00e0 Olivan Antonio Atar\u00e8s un intern\u00e9 espagnol au camp de Djelfa (1941-1942)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3413\" title=\"simone wel 2\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/simone-wel-2.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/simone-wel-2.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2012\/06\/simone-wel-2-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(De France, Atar\u00e8s a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 au camp de Djelfa, Alg\u00e9rie)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5 juin 1941<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cher ami,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis bien triste qu\u2019on t\u2019ait envoy\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 tu es, si le climat te fait du mal.\u00a0Dis-moi si on peut faire quelque chose pour toi.\u00a0As-tu besoin de choses chaudes pour la nuit, si les nuits sont froides ? Si oui, indique-moi \u00e0 peu pr\u00e8s les mesures. On ne peut presque rien se procurer comme v\u00eatements, mais j\u2019y arriverai peut-\u00eatre quand m\u00eame.\u00a0Je te copie une copla que je trouve belle : Les oiseaux d\u2019Arabie vivent \u00e9ternellement ; ainsi vivent-ils parce qu\u2019ils ignorent ce que sont les peines s\u2019ils devaient avoir de la peine dans le monde il n\u2019y aurait point d\u2019oiseaux d\u2019Arabie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Oran<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[Non dat\u00e9e, mais vraisemblablement autour du 20 mai 1942. Simone Weil embarque avec ses parents le 14 mai 1942 sur le paquebot Mar\u00e9chal-Foch, de Marseille \u00e0 Casablanca via Oran, et ce en partance pour les Etats-Unis].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cher ami,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, je suis oblig\u00e9e de t\u2019\u00e9crire quelque chose qui, j\u2019en ai peur, te fera beaucoup de peine. Cela me d\u00e9chire le \u00a0coeur d\u2019y penser. Je te parlais, dans ma derni\u00e8re lettre, de d\u00e9marches entreprises par mes parents pour aller en Am\u00e9rique, et je te disais que je ne peux pas refuser de les accompagner. Mais je ne pensais pas que ces d\u00e9marhes aboutiraient. Elles ont abouti, et on a eu tr\u00e8s vite, par hasard, une place sur un bateau.\u00a0Je viens de faire cette travers\u00e9e que tu as trouv\u00e9e si belle. Pendant que la merveilleuse pr\u00e9sence de la mer tout autour emplissait toute mon \u00e2me, je pensais \u00e0 toi. Ce qui me fait du chagrin, c\u2019est que les lettres mettent bien plus de temps d\u2019Am\u00e9rique que de Marseille. Notre correspondance deviendra difficile. Les lettres par avion sont trop co\u00fbteuses pour qu\u2019on puisse en envoyer souvent. Les autres vont lentement.\u00a0Mais nous continuerons quand m\u00eame \u00e0 nous \u00e9crire. Surtout nous resterons unis par la pens\u00e9e. Je penserai \u00e0 toi chaque jour. Chaque jour dis-toi : \u00ab Aujourd\u2019hui mon amie a pens\u00e9 \u00e0 moi et d\u00e9sire que je re\u00e7oive la pl\u00e9nitude de la joie \u00bb.\u00a0As-tu \u00e9crit au consul du Mexique, sinon fais-le vite. J\u2019ai fait parler de toi \u00e0 quelqu\u2019un qui a une fonction importante au consulat. Si cela r\u00e9ussit, nous nous retrouverons peut-\u00eatre sur le continent d\u2019Am\u00e9rique.\u00a0Je charge les \u00e9toiles, la lune, le soleil, le bleu du ciel, le vent, les oiseaux, la lumi\u00e8re, l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019espace, je charge tout cela, qui reste toujours avec toi, je charge tout cela de mes pens\u00e9es pour toi et te donner chaque jour la joie que je te d\u00e9sire et que tu m\u00e9rites tellement.\u00a0Pardonne-moi de n\u2019avoir rien pu pour toi et de m\u2019en aller maintenant au loin.\u00a0Si tu peux, \u00e9cris-moi tout de suite \u00e0 cette adresse : Mlle Simone Weil, chez Mme Bercher, 148 rue\u00a0blaise-Pascal, Casablanca. Crois en ma profonde amiti\u00e9. \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Simone Weil.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\"><span style=\"color: #ff0000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/strong><\/span><\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(De France, Atar\u00e8s a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 au camp de Djelfa, Alg\u00e9rie) 5 juin 1941 Cher ami, Je suis bien triste qu\u2019on t\u2019ait envoy\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 tu es, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,4,146],"tags":[],"class_list":["post-3327","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-dossier","category-n-18"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3327","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3327"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3327\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3484,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3327\/revisions\/3484"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3327"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3327"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3327"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}