{"id":3805,"date":"2012-12-15T15:29:07","date_gmt":"2012-12-15T14:29:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=3805"},"modified":"2013-01-03T15:52:26","modified_gmt":"2013-01-03T14:52:26","slug":"kateb-yacine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/kateb-yacine\/","title":{"rendered":"Kateb Yacine"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3806\" alt=\"kateb 2\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/kateb-2-300x165.jpg\" width=\"300\" height=\"165\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/kateb-2-300x165.jpg 300w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/kateb-2.jpg 610w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><b>L&rsquo;entr\u00e9e de Kateb en litt\u00e9rature,\u00a0<\/b><b>de <i>Soliloques <\/i>( 1946 ) \u00e0 <i>Nedjma <\/i>( 1956 )<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En dehors des recherches de Charles Bonn sur <i>Soliloques <\/i>et de quelques articles parus ici ou l\u00e0, fort peu de choses, finalement, ont \u00e9t\u00e9 dites sur l&rsquo;entr\u00e9e de Kateb dans le monde litt\u00e9raire maghr\u00e9bin et m\u00e9tropolitain et la gen\u00e8se de <i>Nedjma. <\/i>On consid\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement (et, \u00e0 en croire Jacqueline Arnaud (1), c&rsquo;\u00e9tait aussi le point de vue de Kateb) <i>le po\u00e8me Nedjma ou le po\u00e8me ou le couteau, <\/i>publi\u00e9 dans <i>Le Mercure de France <\/i>du 1er janvier 1948, comme la matrice de toute l&rsquo;\u0153uvre \u00e0 venir. Et l&rsquo;on note, \u00e0 juste titre, le r\u00f4le d\u00e9terminant du choc op\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;esprit de l&rsquo;adolescent par les journ\u00e9es tragiques de mai 1945 \u00e0 S\u00e9tif et Guelma. Tout cela, certain et av\u00e9r\u00e9, mythifi\u00e9 aussi par des d\u00e9clarations inv\u00e9rifiables de l\u2019auteur, laisse n\u00e9anmoins dans l&rsquo;ombre des pans entiers de la vie de Kateb entre 17 et 27 ans, et emp\u00eache de consid\u00e9rer certaines influences et interventions utiles \u00e0 l&rsquo;introduction du jeune \u00e9crivain dans le champ litt\u00e9raire fran\u00e7ais de l&rsquo;apr\u00e8s-guerre (2). <i>Un dictionnaire Kateb Yacine <\/i>a bien \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2007, mais il ne comporte aucun des noms (Audisio, Robl\u00e8s,..) et documents (conf\u00e9rence<i> de Kateb)<\/i> que j\u2019\u00e9voquerai ici !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc sur ces influences et interventions primordiales que je souhaite m\u2019attarder ici, dans l\u2019espoir de fournir ainsi un mat\u00e9riau in\u00e9dit pour l\u2019approche de la vie et de la cr\u00e9ation kat\u00e9biennes, mat\u00e9riau que m\u2019ont fourni diverses recherches dans le <i>Fonds Robl\u00e8s-Patrimoine m\u00e9diterran\u00e9en <\/i>de Montpellier et quelques autres fonds d\u2019histoire ou de litt\u00e9rature dites coloniales. Tout cela m\u2019ayant persuad\u00e9 qu\u2019il reste encore beaucoup \u00e0 apprendre sur la gen\u00e8se de cette \u0153uvre foisonnante et \u00e0 bien des \u00e9gards d\u00e9routante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu de choses qui n\u2019aient pourtant \u00e9t\u00e9 dites sur <i>Soliloques, <\/i>ces po\u00e8mes de jeunesse publi\u00e9s \u00e0 B\u00f4ne au tout d\u00e9but de 1946 \u2013 Kateb a alors gu\u00e8re plus de 16 ans \u2013, et tardivement retrouv\u00e9s : Jacqueline Arnaud en avait plac\u00e9 certains, ceux envers lesquels l\u2019auteur \u00e9prouvait le moins de r\u00e9ticences, parmi les textes retrouv\u00e9s de <i>L\u2019\u0153uvre en fragments. <\/i>Avant que le recueil tout entier ne soit retrouv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 Charles Bonn, et r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 1996 chez Masp\u00e9ro. Pour Charles Bonn, comme pour Sa\u00efd Tamba (3), c\u2019est ce recueil qui, en attirant sur Kateb l\u2019attention du Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral Chataigneau, lui permettra d\u2019obtenir une bourse de s\u00e9jour en France, au printemps 1947. Sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du Gouverneur Chataigneau envers ce jeune \u00e9crivain on a \u00e9norm\u00e9ment glos\u00e9, et on y a vu une preuve de son int\u00e9r\u00eat pour la po\u00e9sie de Kateb et une forme de sollicitude personnelle. Mais on a syst\u00e9matiquement oubli\u00e9 de replacer ce geste dans le contexte des ann\u00e9es d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, qui virent les services du Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral, sous la direction de Chataigneau pr\u00e9cis\u00e9ment, tenter de rapprocher l&rsquo;intelligentsia alg\u00e9rienne (europ\u00e9enne et indig\u00e8ne) de celle de France \u2013 la manifestation la plus connue de cet effort ayant \u00e9t\u00e9 les c\u00e9l\u00e8bres rencontres de Sidi Madani \u2013, auxquelles Kateb devait participer, ce qu&rsquo;il ne semble pas avoir fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est donc muni d&rsquo;une bourse du Gouvernement G\u00e9n\u00e9ral \u2013 la l\u00e9gende l&rsquo;affirme et certaines correspondances dat\u00e9es de Paris en font foi \u2013 qu&rsquo;au printemps 1947 le jeune Yacine d\u00e9barque en m\u00e9tropole. Quelques semaines plus tard, le 24 mai, il prononce \u00e0 la salle des Soci\u00e9t\u00e9s savantes une conf\u00e9rence sur <i>Abdelka\u00adder et l&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne, <\/i>dont le texte sera publi\u00e9e l&rsquo;ann\u00e9e suivante par une imprimerie alg\u00e9roise. La pr\u00e9sence de cet opuscule, en m\u00eame temps que d&rsquo;autres documents dont je reparlerai, dans la biblioth\u00e8que d&rsquo;Emmanuel Robl\u00e8s du <i>Fonds Robl\u00e8s-patrimoine m\u00e9diterran\u00e9en <\/i>atteste d&rsquo;un lien profond et tr\u00e8s pr\u00e9coce entre les deux hommes. C&rsquo;est donc de cette relation que je voudrais ici parler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Kateb\/Robl\u00e8s ; le dossier de <i>Forge <\/i>sur la jeune po\u00e9sie nord-africaine<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant m\u00eame cette conf\u00e9rence, des liens existent donc entre Emmanuel Robl\u00e8s et le jeune Kateb Yacine, qui, comme il le fit des po\u00e8mes de <i>Soliloques, <\/i>signe encore ses textes Yacine Kateb. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Robl\u00e8s, d\u00e9j\u00e0 fort connu en Alg\u00e9rie, cr\u00e9e avec Louis Julia et El Boudali Safir des <i>cahiers litt\u00e9raires <\/i>du nom de <i>Forge <\/i>(n\u00b0 1 : d\u00e9cembre 1946), que le comit\u00e9 de r\u00e9daction souhaite largement ouverts aux jeunes auteurs <i>\u00ab indig\u00e8nes \u00bb <\/i>comme on dit \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Mais ceux-ci ne sont alors pas nombreux \u2013 Edmond Charlot, \u00e9diteur de Camus et de Robl\u00e8s, a d\u00e9j\u00e0 eu l&rsquo;occasion de s&rsquo;en rendre compte \u2013 ; et il le d\u00e9plorera souvent par la suite. Alors, lorsqu&rsquo;ils veulent constituer dans le n\u00b0 3 de leur revue (avril-mai 1947) un dossier sur <i>\u00ab la jeune po\u00e9sie nord-africaine \u00bb<\/i>, Robl\u00e8s et El Boudali battent le rappel des voix po\u00e9tiques naissantes en Afrique du Nord. Ont-ils lu <i>Soliloques ? <\/i>Ou bien ont-ils \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de l&rsquo;existence du jeune po\u00e8te par quelque auteur de <i>Forge, <\/i>Malek Ouary ou Gabriel Audisio, collaborateur assidu de la revue, qui, quelques mois plus t\u00f4t, avait entam\u00e9 avec Kateb une abondante correspondance ? Ou encore mis sur cette piste par les services du gouverneur G\u00e9n\u00e9ral Chatai\u00adgneau, la sortie de ce dossier co\u00efncidant tr\u00e8s exactement avec le premier s\u00e9jour de Kateb en France ? Toujours est-il que ce dossier \u2013 au demeurant bien l\u00e9ger et dans lequel on comprend mal l&rsquo;absence de tout po\u00e8te tunisien ou marocain, alors m\u00eame que Ahmed Sefrioui ou Salah-Eddine Tlatli ont collabor\u00e9 aux deux num\u00e9ros pr\u00e9c\u00e9dents \u2013 comporte, aux cot\u00e9s de pi\u00e8ces de Mohammed Dib, Jean S\u00e9nac ou Ahmed Sma\u00efli, un ami de Robl\u00e8s mort accidentellement peu de temps auparavant, un po\u00e8me de <i>Soliloques <\/i>aux accents rimbaldiens, intitul\u00e9 <i>Bonjour<\/i>. (4)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><b><i>Nomades en France<\/i><\/b><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les archives de Robl\u00e8s ne gardent trace d&rsquo;aucune correspondance entre Kateb et lui, nous avons pu retrouver au moment du d\u00e9m\u00e9nagement de l&rsquo;appartement de Boulogne un tapuscrit de 18 pages sous chemise verte, portant, de la main de Robl\u00e8s semble-t-il, le nom de Kateb Yacine et le titre <i>Nomades en France. <\/i>Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un texte pr\u00e9coce (l\u2019inversion du nom et pr\u00e9nom en fait preuve) sans doute promis \u00e0 une publication dans <i>Forge, <\/i>(mais la revue cessa de para\u00eetre apr\u00e8s ce num\u00e9ro 3) ou quelque autre revue fran\u00e7aise. On s&rsquo;interroge en effet toujours sur ceux qui purent introduire le jeune \u00e9crivain dans le cercle des grandes revues fran\u00e7aises : <i>Les Lettres fran\u00e7aises, Le Mercure de France <\/i>et <i>Europe, <\/i>auxquelles il collabora d\u00e8s 1947. Il est certain que ce ne fut pas Robl\u00e8s \u2013 mais on retrouvera toutefois <i>Nomades en France <\/i>dans un num\u00e9ro beaucoup plus tardif d<i>&lsquo;Esprit <\/i>(n\u00b0 4, avril 1957), une revue proche des \u00e9ditions du Seuil, qui contribua beaucoup \u00e0 l&rsquo;audience que l&rsquo;\u0153uvre de Kateb acquiert en France \u00e0 partir de 954 et la publication en ses pages du <i>Cadavre encercl\u00e9. <\/i>(5)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Nomades en France <\/i>est un fragment narratif mettant en sc\u00e8ne Lahkdar, qui deviendra un personnage r\u00e9current des romans de Kateb Yacine, un double de l&rsquo;auteur en bien des pages, et Larbi, pr\u00e9nom beaucoup moins utilis\u00e9 par l&rsquo;auteur de <i>Nedjma. <\/i>L&rsquo;un et l&rsquo;autre \u00e9migrent clandestinement vers la France \u00e0 bord du Ville d&rsquo;Oran. Larbi est pr\u00e9sent\u00e9 comme originaire de Djelfa, Lakhdar comme un enfant de m\u00e9tayers d&rsquo;une ferme de soixante hectares dans la r\u00e9gion de S\u00e9tif, fuyant la mis\u00e8re des campagnes alg\u00e9riennes en pr\u00e9voyant :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab Une fois pay\u00e9es les dettes de grand-p\u00e8re, je rach\u00e8te les soixante hectares, je fais venir une Parisienne \u00e0 cheval et je dis au colon : vous pouvez faire le vide. \u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Marseille, destination Arles o\u00f9 Lakhdar rencontre des compatriotes qui travaillent en Camargue \u00e0 l&rsquo;exploitation du riz, puis r\u00e9ussit \u00e0 se faire embaucher dans un chantier de construction. Il partage alors provisoirement la condition de man\u0153uvre commune \u00e0 des prol\u00e9taires immigr\u00e9s et fran\u00e7ais. Mais c&rsquo;est Paris, et plus loin encore, que vise Lakhdar :<i> \u00ab Depuis qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 Arles, il se r\u00e9p\u00e9tait jour et nuit qu&rsquo;il \u00e9tait seulement \u00e0 sept cents kilom\u00e8tres de Paris. Du moment qu&rsquo;il avait travers\u00e9 la mer&#8230; Mais il n&rsquo;\u00e9tait pas s\u00fbr d&rsquo;arriver. Paris \u00e9tait un nuage qu&rsquo;il poussait obstin\u00e9ment devant lui, et il<\/i>s avait d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;il pousserait, irait plus loin. Le Nord. La Belgique. Y en a qui sont all\u00e9s en Am\u00e9rique. \u00bb \u00a0Guy Dugas (\u2026)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0<span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\"><span style=\"color: #ff0000;\"><br \/>\nabonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;entr\u00e9e de Kateb en litt\u00e9rature,\u00a0de Soliloques ( 1946 ) \u00e0 Nedjma ( 1956 ) En dehors des recherches de Charles Bonn sur Soliloques et de quelques articles [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,4,148],"tags":[],"class_list":["post-3805","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-dossier","category-n-20"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3805","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3805"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3805\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3833,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3805\/revisions\/3833"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3805"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3805"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3805"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}