{"id":413,"date":"2010-09-15T19:15:56","date_gmt":"2010-09-15T18:15:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=413"},"modified":"2011-04-21T17:58:26","modified_gmt":"2011-04-21T16:58:26","slug":"waciny-laredj-les-blessures-de-sheherazade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/waciny-laredj-les-blessures-de-sheherazade\/","title":{"rendered":"Waciny Laredj : Les blessures de Sh\u00e9h\u00e9razade"},"content":{"rendered":"<h1>Les Ailes de la reine, le roman de Waciny Laredj est l\u2019expression de la vie, du corps, de la musique, du beau mais aussi de la laideur.\u00a0 Myriam, danseuse \u00e9toile trouve dans son r\u00f4le de Sh\u00e9h\u00e9razade un refuge fragile devant le mal.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #e2001a;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/waciny-laredj-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-416\" style=\"margin-left: 5px; margin-right: 5px;\" title=\"waciny-laredj-2\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/waciny-laredj-2.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"228\" align=\"left\" \/><\/a><\/span><strong>L&rsquo;ivrEscQ : Tout d\u2019abord pourquoi ce titre: Les ailes de la reine qui est fondamentalement diff\u00e9rent du titre original Sayyidat al-Maqam qui veut dire Dame sublime et non pas Les ailes de la reine? Y a t il une explication \u00e0 cela ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Waciny Laredj :<\/strong> Dans ce roman se cache parall\u00e8lement une histoire qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre racont\u00e9e dans les fins d\u00e9tails. Les ailes de la reine est sorti au d\u00e9part en langue arabe et en Allemagne, apr\u00e8s que mes \u00e9diteurs libanais et alg\u00e9riens se soient r\u00e9tract\u00e9s. Paradoxalement, le roman a bien march\u00e9 gr\u00e2ce au dynamisme de l\u2019\u00e9diteur allemand qui l\u2019a fait circuler dans le monde arabe et occidental, apr\u00e8s sa traduction et une bonne couverture m\u00e9diatique. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 ensuite \u00e0 Beyrouth et plusieurs fois \u00e0 Alger, avec \u00e0 la cl\u00e9, une belle \u00e9dition pirate, r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019ann\u00e9e arabe en Alg\u00e9rie par l\u2019ENAG.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le titre Sayyidat el maqam n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 l\u2019histoire sp\u00e9cifique d\u2019un livre. Il est le premier palier d\u2019une histoire \u00e0 raconter. Il est presque intraduisible puisqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une femme hors-pair. On l\u2019appelle en dialectal : \u00ab\u00a0Lallahoum\u00a0\u00bb. En fran\u00e7ais, il y a absence totale d\u2019un \u00e9quivalent. On a d\u00e9battu, mon ami traducteur, Marcel Bois et moi, sans arriver \u00e0 un titre qui convenait. Je suis tr\u00e8s attach\u00e9 aux titres, leur importance n\u2019est pas n\u00e9gligeable. On a propos\u00e9 \u00e0 Actes Sud des titres, comme La Dame du sanctuaire qui a \u00e9t\u00e9 une traduction litt\u00e9rale du titre, mais qui, \u00e0 mon sens, ne donnait pas grand chose. Je n\u2019\u00e9tais pas d\u2019accord. La Nuit du viol me plaisait, mais c\u2019est un titre trop noir. Le sang de la vierge renvoyait syst\u00e9matiquement \u00e0 l\u2019histoire de fond du roman et au personnage de Myriam, mais \u00e9tait trop agressif. Enfin, les \u00e9ditions Actes Sud ont tranch\u00e9 en faveur de ce titre : Les Ailes de la reine. L\u2019\u00e9diteur a beaucoup aim\u00e9 cette touche de bonheur qui met en avant la vie face aux d\u00e9sirs assoiff\u00e9s de la b\u00eate immonde de l\u2019int\u00e9grisme. Bien s\u00fbr, j\u2019ai beaucoup de chance de travailler en amiti\u00e9, bonheur et d\u00e9bat, avec Marcel Bois l\u2019un des derniers grands traducteurs en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L. : Ce dernier roman a pour personnage principal Myriam, une danseuse de ballet d\u2019Alger qui r\u00eave d\u2019incarner le personnage de Sh\u00e9h\u00e9razade. Or, elle porte en elle des blessures physiques et morales d&rsquo;octobre 88. Les ailes de la reine sont-elles \u00e0 ce point bris\u00e9es ?<br \/>\n<\/strong><strong>W. L. :<\/strong> Disons d\u2019abord que Les ailes de la reine est\u00a0 le dernier roman qui vient de sortir \u00e0 Actes Sud, mais pas vraiment le dernier, puisque on attend la sortie de Cr\u00e9matorium d\u00e9but mars 2011, toujours avec Actes Sud. Le dernier roman qui vient de sortir \u00e0 Beyrouth (septembre 2010) est : La Maison Maure., non disponible encore en fran\u00e7ais. Une \u00e9l\u00e9gie sur la disparition d\u2019une maison alg\u00e9roise du 16\u00e8me si\u00e8cle, d\u00e9truite par ce que le roman appelle les h\u00e9ritiers du sang, une caste sans aucun scrupule, capable du pire et de l\u2019irr\u00e9parable. Rien ne r\u00e9siste devant ses int\u00e9r\u00eats, m\u00eame le crime et les pratiques mafieuses. Le roman est en chantier, en traduction pour le moment, vers le fran\u00e7ais, l\u2019allemand, le danois et le kurde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/waciny-laredj-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" style=\"margin-left: 5px; margin-right: 5px;\" title=\"waciny-laredj-2\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/waciny-laredj-3.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"408\" align=\"right\" \/><\/a>Revenons aux Ailes de la reine, c\u2019est toute une soci\u00e9t\u00e9 qui a vu son id\u00e9al basculer, disparaitre du jour au lendemain. Pourtant, elle se voyait, \u00e0 un moment donn\u00e9 de son histoire, propuls\u00e9e vers un bel avenir. Malheureusement, c\u2019est le contraire qui s\u2019est impos\u00e9, une r\u00e9gression sans pr\u00e9c\u00e9dent. Je sentais venir le malheur islamiste \u00e0 cette \u00e9poque. Sur le plan individuel, c\u2019est vraiment paradoxal ; je voulais \u00e9crire un texte d\u2019amour dans un monde travers\u00e9 par la haine. Je me retrouve emball\u00e9 dans une histoire fondamentalement politique. Au fond c\u2019\u00e9tait un d\u00e9fi, mais aussi une volont\u00e9, pour ne pas succomber aux d\u00e9rives de cette haine qui s\u2019installait tout doucement \u00e0 l\u2019insu de tout le monde. J\u2019ai trouv\u00e9 dans l\u2019Op\u00e9ra l\u2019expression \u00e0 tout cela. Dire la vie, l\u2019amour, la libert\u00e9, le corps, la musique, la douleur, le beau, en m\u00eame temps la laideur. J\u2019ai choisi l\u2019op\u00e9ra pour rester dans la beaut\u00e9 tragique ; il est l\u2019expression la plus parfaite du bonheur, mais aussi d\u2019une histoire complexe qui se trame sous nos yeux et on ne peut y \u00e9chapper avec tout son lot de d\u00e9ceptions et de d\u00e9ch\u00e9ances. Je parle de tragique, parce que dans les moments d\u2019extr\u00eame bonheur ou extr\u00eame d\u00e9tresse, il y a toujours quelque chose qui se manifeste en nous. Ce d\u00e9sir irr\u00e9sistible de dire les choses avec la plus grande clart\u00e9 possible, avant de se laisser aller dans l\u2019enivrement de la mort qui guette tous nos gestes. C\u2019est le cas de Myriam qui a trouv\u00e9 dans Sh\u00e9h\u00e9razade son refuge devant le d\u00e9luge du mal. Les Mille et une Nuits est un texte qui sommeille en moi depuis ma tendre enfance. Il est ma r\u00e9f\u00e9rence in\u00e9vitable. C\u2019est ma m\u00e9moire personnelle et collective, dans ce qu\u2019elle a de plus beau, mais aussi de plus tragique. Une m\u00e9moire vivante qui se r\u00e9veille dans les grands moments de bonheur, de frustrations et de d\u00e9tresses pour nous secouer et nous montrer la voie, et tant pis si cette voie nous m\u00e8ne dans un ab\u00eeme. Sh\u00e9h\u00e9razade dans le roman, n\u2019est autre que l\u2019expression du d\u00e9sir d\u2019\u00eatre, de vivre, de marquer sa pr\u00e9sence et d\u2019exister \u00e0 travers le beau po\u00e8me musical de Rimsky Korsakov, Sh\u00e9h\u00e9razade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L. : Votre personnage s\u2019acharne \u00e0 r\u00e9aliser la chor\u00e9graphie des Mille et une Nuits. Mais sa chor\u00e9graphe, Anatolia, confront\u00e9e aux dangers de cette \u00e9poque finit par fermer l&rsquo;Op\u00e9ra. Myriam n\u2019a-t-elle, donc, aucune chance d\u2019\u00eatre au ballet l\u2019incarnation de Sh\u00e9h\u00e9razade ?<br \/>\n<\/strong><strong>W. L. :<\/strong> Une incarnation dans le monde de l\u2019art est plus qu\u2019une d\u00e9cision personnelle. Myriam avait tous les moyens de cette r\u00e9alisation mais le climat n&rsquo;y \u00e9tait pas. Sa force r\u00e9sidait dans cet effort ou ce d\u00e9sir d\u2019aller jusqu\u2019au bout de ses convictions. Elle savait que n\u2019importe quel geste pouvait la mener vers la tombe par une balle dans la t\u00eate, mais elle dansait pour l\u2019amour qu\u2019elle portait \u00e0 son professeur. Elle incarnera Sh\u00e9h\u00e9razade tout en sachant que le prix \u00e0 payer \u00e9tait fort : sa vie. C\u2019\u00e9tait sa fa\u00e7on d\u2019entraver l\u2019interdit et de surpasser sa peur. Exercer le m\u00e9tier d\u2019artiste \u00e0 cette p\u00e9riode \u00e9tait un risque. Imaginons un moment, une femme menac\u00e9e de tous c\u00f4t\u00e9s&#8230; C&rsquo;est d\u00e9mentiel ! Incarner Sh\u00e9h\u00e9razade c\u2019est plus qu\u2019un acte de survie, c\u2019est la vie-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L. : Les Ailes de la Reine est-ce une m\u00e9taphore ou davantage, une r\u00e9alit\u00e9 nue de l\u2019Alg\u00e9rie ?<br \/>\n<\/strong><strong>W.L.:<\/strong> Certainement! Il est la m\u00e9taphore d\u2019un si beau pays pouss\u00e9 vers toutes les d\u00e9rives. Ce n\u2019est pas seulement le destin tragique d\u2019une jeune danseuse qui souhaite exister malgr\u00e9 les affres de l\u2019islamisme, mais c\u2019est aussi le destin d\u2019un \u00e9chec. En \u00e9crivant ce roman, je ne voyais pas autre chose se profiler \u00e0 l\u2019horizon que la fin d\u2019un r\u00eave qui a berc\u00e9 mon adolescence. Il fallait faire quelque chose. Ecrire pour dire l\u2019infernal du tragique, mais aussi le beau dans sa fragilit\u00e9 la plus absolue. J\u2019ai trouv\u00e9 dans l\u2019Op\u00e9ra l\u2019expression parfaite de cette fragilit\u00e9. On ne peut \u00e9chapper \u00e0 la m\u00e9taphore. Tout fonctionne dans ce p\u00e9rim\u00e8tre rh\u00e9torique, notre vie elle-m\u00eame et nos histoires du quotidien, sinon la litt\u00e9rature n\u2019a pas de sens. Une m\u00e9taphore n\u2019est pas un masque mais c\u2019est un choix artistique, une voix, un jeu bien construit. La m\u00e9taphore\u00a0nous permet d\u2019aller au-del\u00e0 de ce qui est visible. Jouer dans la litt\u00e9rature et montrer jusqu\u2019\u00e0 quel point on peut cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 parall\u00e8le&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019entretien dans la version papier<\/span><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_self\"><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L&rsquo;ivrEscQ<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Ailes de la reine, le roman de Waciny Laredj est l\u2019expression de la vie, du corps, de la musique, du beau mais aussi de la laideur.\u00a0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[3,134],"tags":[],"class_list":["post-413","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lentretien-de-livrescq","category-n-8"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/413","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=413"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/413\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":415,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/413\/revisions\/415"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=413"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=413"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=413"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}