{"id":419,"date":"2010-09-15T19:30:11","date_gmt":"2010-09-15T18:30:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=419"},"modified":"2011-02-28T15:36:49","modified_gmt":"2011-02-28T14:36:49","slug":"la-saga-des-harragas-les-bruleurs-de-frontieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/la-saga-des-harragas-les-bruleurs-de-frontieres\/","title":{"rendered":"La saga des Harragas : Les br\u00fbleurs de fronti\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les romans d\u2019auteurs alg\u00e9riens, Harragas de Boualem Sansal, Il aura piti\u00e9 de Nous de Rochd Djigouadi, G\u00e9ographie du danger de Hamid Skif, Vie et mort d\u2019un citoyen provisoire de Habib Ayyoub invitent le lecteur \u00e0 une identit\u00e9 du d\u00e9racinement des temps modernes.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-556\" style=\"margin-left: 5px; margin-right: 5px;\" title=\"harragas-3\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/harragas-3.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"345\" align=\"left\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/harragas-3.jpg 250w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/harragas-3-217x300.jpg 217w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/>La fugueuse de la Rampe Vall\u00e9e<br \/>\n<\/strong>Lamia, personnage principal du roman Harragas de Boualem Sansal ( Edition Gallimard, 2005), est p\u00e9diatre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Parnet. Elle vit seule dans une vieille demeure sur les hauteurs d\u2019Alger. Elle se refuse au monde et se recroqueville dans le souvenir de ses parents d\u00e9c\u00e9d\u00e9s et dans l\u2019angoisse de son jeune fr\u00e8re Sofiane, parti \u00e0 Oran, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0br\u00fbler la fronti\u00e8re\u00a0\u00bb par n\u2019importe quel moyen. Lamia aurait pu continuer son train de vie et \u00eatre confort\u00e9e dans ses id\u00e9es bien assises sur le regard d\u00e9senchant\u00e9 pour son pays, si ce n\u2019est la venue inattendue de Cherifa, une \u00abLolita\u00bb venue d\u2019Oran, mineure, enceinte et n\u2019ayant aucun proche dans la capitale. Cherifa frappe \u00e0 la porte de la demeure silencieuse de Lamia. La petite effront\u00e9e franchit le seuil et avec elle l\u2019excentricit\u00e9 de sa tenue n\u00e9glig\u00e9e et la frivolit\u00e9 de son \u00e2ge. Elle n\u2019a pas l\u2019\u00e2ge d\u2019avoir un enfant ni les moyens de l\u2019\u00e9lever. Lamia, un instant scandalis\u00e9e par l\u2019attitude de Cherifa dans sa demeure est, secr\u00e8tement, prise de sympathie pour cette adolescente sans g\u00eane, qui se croit d\u00e9j\u00e0 chez elle, prend ses aises, \u00e9parpille ses affaires et se permet m\u00eame des incursions dans la vie intime de sa protectrice. Mais la petite oranaise fugue et fr\u00f4le la prostitution. Elle fr\u00e9quente les grands h\u00f4tels, quand ce n\u2019est pas la cit\u00e9 universitaire. Elle ne peut cependant pas oublier Lamia, sa \u00abtata\u00bb. Apr\u00e8s bien des d\u00e9m\u00eal\u00e9es, elle rejoint la vieille maison de Rampe Vall\u00e9e et c\u2019est avec bonheur que Lamia retrouve celle qui a rafra\u00eechi sa vie vou\u00e9e \u00e0 la moisissure. Elle materne sa petite et prend go\u00fbt \u00e0 ses d\u00e9sordres, ses nonchalances et ses rires sonores. Mais c\u2019est au moment o\u00f9 Lamia croit enfin donner un nouvel \u00e9lan \u00e0 son existence monotone et fade qu\u2019elle se retrouve une nouvelle fois seule. Cherifa n\u2019a pas donn\u00e9 signe de vie. Elle court \u00e0 sa recherche, dresse un plan d\u2019Alger, fouille les gares routi\u00e8res, longe les principales art\u00e8res de la capitale, sollicite l\u2019aide de ses connaissances. Celle qui avait jur\u00e9 de ne plus se frotter \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 sordide de la capitale, la voil\u00e0 qui court, prend bus et taxis, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de ne pouvoir avoir des nouvelles de sa petite Cherifa. Elle allume la t\u00e9l\u00e9. Un reportage sur les harragas est diffus\u00e9 sur une cha\u00eene \u00e9trang\u00e8re. Sofiane est-il parmi eux? Lamia est tout enti\u00e8re happ\u00e9e par les images de ces colonnes humaines qui avancent sans se retourner, vers un incertain Eldorado. Son jeune et unique fr\u00e8re Sofiane, son dernier parent, a lui aussi, choisi cette route des br\u00fbleurs de fronti\u00e8res. Lamia,\u00a0par le truchement de l\u2019auteur, d\u00e9crit leur trag\u00e9die, l\u2019issue fatale de ces fugueurs de pays qui ne veulent plus d\u2019eux, qui n\u2019ont \u00e0 leur offrir que le suicide ou la fuite d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e vers un \u00abau-del\u00e0\u00bb: \u00abJe connaissais l\u2019expression, c\u2019est la mieux sue du pays. Ils la disaient avec panache, br\u00fbler la route&#8230; Sur le chemin des Harragas, on ne revient pas, une d\u00e9gringolade en entra\u00eene une autre, plus dure, plus triste jusqu\u2019au plongeon final. On le voit. Ce sont les t\u00e9l\u00e9s du satellite qui ram\u00e8nent au pays les images de leurs corps \u00e9chou\u00e9s sur les rochers, ballott\u00e9s par les flots, frigorifi\u00e9s, asphyxi\u00e9s, \u00e9cras\u00e9s dans un train d\u2019avion, une cale de bateau ou le caisson d\u2019un camion plomb\u00e9. Les harragas ont invent\u00e9 pour nous de nouvelles fa\u00e7ons de mourir \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un coup de t\u00e9l\u00e9phone arrache Lamia de son h\u00e9b\u00e9tude. Cherifa se trouve \u00e0 Blida, recueillie par des \u00e2mes charitables dans un hospice. Elle a donn\u00e9 naissance \u00e0 une petite fille et meurt dans ses couches. Lamia, affol\u00e9e, arrive. Elle apprend que sa petite, celle qui lui a redonn\u00e9 go\u00fbt et saveur \u00e0 la vie, une raison d\u2019\u00eatre, n\u2019a pas cess\u00e9 de r\u00e9clamer cette \u00abmaman\u00bb de la Rampe Vall\u00e9e. Lamia ram\u00e8ne sa \u00abpetite \u2013 fille\u00bb. Jamais plus sa vie ne sera comme elle l\u2019a \u00e9t\u00e9. Cherifa lui a ouvert les yeux sur le monde et d\u00e9truit en elle les \u00e0 \u2013 priori moraux sur tous ceux qui ressemblent \u00e0 son fr\u00e8re Sofiane qui n\u2019a pas choisi d\u2019\u00eatre un harrag. Il est n\u00e9, \u00e9crit Boualem Sansal, d\u2019 \u00ab une mal\u00e9diction qui se perp\u00e9tue de si\u00e8cle en si\u00e8cle, depuis le temps des Romains qui avaient fait de nous des circoncellions hagards, des br\u00fbleurs de fermes, jusqu\u2019\u00e0 nos jours o\u00f9 faute de pouvoir tous br\u00fbler la route, nous vivons inlassablement pr\u00e8s de nos valises. Nous sommes, tous, de tout temps, des harragas, des br\u00fbleurs de route, c\u2019est le sens de notre histoire \u00bb. C\u2019est la premi\u00e8re fois que le \u00abje\u00bb de Boualem Sansal est f\u00e9minin et traite de la condition f\u00e9minine. Mais ce roman, malgr\u00e9 son th\u00e8me d\u2019actualit\u00e9 ne poss\u00e8de pas le foisonnement lexical contenu dans Le serment des barbares. Les phrases sont sentencieuses et de longs passages descriptifs d\u2019Alger alourdissent le r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces romans donnent \u00e0 lire cette nouvelle r\u00e9alit\u00e9 socio-\u00e9conomique et politique du continent africain dont les s\u00e9quelles profondes et toujours sismiques de la colonisation \u00e9jectent \u00abses enfants en aller vers les pays de l\u2019or et du travail facile\u00bb (Jean Amrouche).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><\/strong>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un r\u00e9fugi\u00e9 maghr\u00e9bin dans une mansarde<\/strong><br \/>\nDans La g\u00e9ographie du danger ((Na\u00efve Editions, France 2006 ; r\u00e9\u00e9dition APIC, Alg\u00e9rie 2007) Hamid Skif fait parler un clandestin qui ne raconte pas l\u2019\u00e9v\u00e8nement de son aventure mais l\u2019av\u00e8nement de sa nouvelle vie de reclus dans une chambre de bonne quelque part dans un pays nordique. Ce dernier n\u2019a pas non plus de nom. Il a quitt\u00e9 Tanger non seulement pour des raisons \u00e9conomiques, mais surtout pour des motifs \u00abpolitiques\u00bb. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 dans des fermes, remises, il est contraint de vivre dans une mansarde. Il est aid\u00e9 par un ami, Michel qui lui apporte \u00e0 manger dans la plus compl\u00e8te discr\u00e9tion de peur d\u2019\u00e9veiller les soup\u00e7ons des locataires de l\u2019immeuble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019int\u00e9r\u00eat narratif du roman r\u00e9side dans l\u2019occupation de cet espace r\u00e9duit dans lequel le clandestin r\u00e9siste \u00e0 la faim et vit dans une perp\u00e9tuelle angoisse d\u2019\u00eatre d\u00e9busqu\u00e9 et d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 la police. Cette hibernation forc\u00e9e le r\u00e9duit \u00e0 n\u2019avoir de contact avec l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 travers le vasistas des toilettes d&rsquo;o\u00f9 il \u00abespionne\u00bb ses voisins qui nourrissent en lui bien des fantasmes. Malgr\u00e9 la faim, il d\u00e9veloppe ses facult\u00e9s auditives. Il est \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre pas sur les escaliers ; il \u00e9vite de faire du bruit, il est pied nu, dans un pyjama ample pour \u00e9viter les frottements, suspend m\u00eame sa respiration au moindre bruit, ne tire pas la chasse d\u2019eau\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des mois passent et les nouvelles qui lui parviennent de l\u2019ext\u00e9rieur gr\u00e2ce aux fr\u00e9quentes visites de son ami Michel sont alarmantes. La police donne la chasse aux clandestins, sans r\u00e9pit. L\u2019attitude de Michel ajoute \u00e0 son angoisse. Il est l\u00e2ch\u00e9 par sa copine et se confie \u00e0 lui. Il ne l\u2019a pas h\u00e9berg\u00e9 pour des raisons humanitaires mais parce qu\u2019il veut vivre avec lui. Il est homosexuel. La seule force qu&rsquo;il puise en lui, c\u2019est \u00e9crire, \u00e9crire dans la pourriture envahissante de son r\u00e9duit, prendre sa revanche sur le passeur de Tanger, donner la parole \u00e0 son grand-p\u00e8re qui raconte la belle hagiographie du saint tut\u00e9laire Sidi Okbi, la mis\u00e8re nue de sa famille qui en file indienne, affam\u00e9e, passe devant les riches attabl\u00e9s devant d\u2019opulents mets. Il \u00e9voque \u00e9galement un policier tortionnaire de sa ville natale pass\u00e9 ma\u00eetre dans la traque des clandos \u00abpolitiques\u00bb qui veulent cr\u00e9er un parti des ch\u00f4meurs. Il aurait aim\u00e9 aller remettre son manuscrit \u00e0 Mme Taplamachine, sa voisine, le lui glisser sous la porte tout au moins. Lui dire qu\u2019il n\u2019est pas un simple clandestin mais un r\u00e9fugi\u00e9 politique sans papiers qui manie la plume et poss\u00e8de des talents d\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019en peut plus. Entre le danger qui le guette \u00e0 tout moment sur le pas de sa porte et l\u2019\u00eatre de moisissure qu\u2019il est devenu dans cette mansarde, il pr\u00e9f\u00e8re tenter le tout pour le tout. Il ouvre la porte. C\u2019est un \u00eatre cadav\u00e9rique, pantelant, sale, hirsute qui appara\u00eet. Pris de piti\u00e9, les locataires ne le d\u00e9noncent pas ; ils le rassurent m\u00eame. Ils lui ont pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 dans la R\u00e9sistance. Du taudis, il passe \u00e0 un appartement o\u00f9 la fille de ses bienfaiteurs s\u2019\u00e9prend de lui car il lui rappelle son d\u00e9funt amoureux. Ils quittent tous deux l\u2019appartement et vont vivre quelque part \u00e0 la campagne dans une maison isol\u00e9e. De la disette \u00e0 l\u2019abondance. Il se ramollit et perd ses r\u00e9flexes de guetteur du danger. Les parents de la fille ne veulent pas de cette union avec un clandestin qui plus est, est un arabe. La police d\u00e9barque et le fugitif est menott\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois \u00e9critures font la richesse de ce roman qui sonde l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 d\u2019un harrag pris dans une g\u00e9ographie du danger. Le processus de la d\u00e9ch\u00e9ance physique est racont\u00e9e avec le souci du d\u00e9tail : l\u2019inertie physique dans la piaule, son d\u00e9p\u00e9rissement et ses angoisses au quotidien d\u2019y \u00eatre pris comme un rat ; les fantasmes qu\u2019il nourrit dans le spectacle vol\u00e9 de la quotidiennet\u00e9 de ses voisins ; et, malgr\u00e9 la faim et la peur au ventre, son \u00e9criture partag\u00e9e entre les souvenirs proches ou lointains des \u00eatres chers ou ha\u00efs. Une r\u00e9flexion sur le drame humain men\u00e9e avec talent et compassion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contrairement \u00e0 d\u2019autres r\u00e9cits dans lesquels les harragas sont d\u00e9crits dans leur fuite instinctive, fuyant leur pays sous la pouss\u00e9e de la faim et dans des circonstances rocambolesques avec seulement \u00ab des pieds, des pieds, rien que des pieds \u00bb selon la formule du prix Nobel guat\u00e9malt\u00e8que, Miguel Angel Asturias dans \u00ab El Papa Verdo \u00bb (Le Pape Vert) pour d\u00e9crire la fuite des indiens devant les conquistadors, Hamid Skif sonde l\u2019\u00e9tat psycho-pathologique d\u2019un clandestin maghr\u00e9bin en pays nordique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><\/strong>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les enfants de la temp\u00eate<br \/>\n<\/strong>C\u2019est \u00e9galement le sort du jeune Omar, personnage du roman de Habib Ayyoub, au titre symbolique Vie et Mort d\u2019un citoyen provisoire (Edition Barzakh 2005) o\u00f9 le mythe c\u00f4toie all\u00e8grement la r\u00e9alit\u00e9 des Harragas. Le roman poss\u00e8de une structure narrative \u00e0 trois dimensions : la sentence du scribe, le r\u00e9cit mythique de la tribu des Ouled Heb Errih et la tribu des enfants de la temp\u00eate \u00e0 laquelle appartient Omar, le narrateur. Le grand Commandeur d\u2019un pays virtuel est l\u00e0 pour r\u00e9primer toute insurrection. Omar raconte sa tribu des Ouled Heb Errih et ses malheurs face \u00e0 la dictature \u00e0 peine voil\u00e9e du grand Commandeur qui gouverne le pays, vend des paquets de nuages aux pays touch\u00e9s par la s\u00e9cheresse, d\u00e9tourne la migration des oiseaux vers des pays qui ont pay\u00e9 rubis sur ongle l\u2019achat des volatiles. Mais il arrive au grand Commandeur de s\u2019apitoyer sur le sort malheureux de son peuple. Les Ouled Heb Errih, eux, sont insaisissables. Omar rapporte, dans le style de la l\u00e9gende, le malheur de sa tribu condamn\u00e9e \u00e0 errer dans les jardins publics de la capitale, au square Sofia, le plus proche de la mer. Omar est assis sur un banc de fer. Il tourne le dos \u00e0 la capitale et, les yeux riv\u00e9s sur les bateaux en partance, suit des yeux les bras des grues qui transbordent les marchandises qui ont plus de chance que lui. D\u00e8s les premi\u00e8res phrases du roman, Omar, le narrateur, d\u00e9crit cette \u00ab colonne impressionnante des Fils de la Temp\u00eate, candidats au voyage sans tickets vers n\u2019importe quel ailleurs\u2026toute cette populace bigarr\u00e9e se bousculait pour les meilleures places sur le garde \u2013 fou d\u2019acier de l\u2019avenue Zighout, leur aire pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e de d\u00e9collage et esp\u00e9raient la sollicitude du Ma\u00eetre des Vents qui les d\u00e9poserait \u00e0 Nice, Barcelone ou Naples ou les rel\u00e2cherait pour une mort douce en haute mer\u2026\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la diff\u00e9rence du r\u00e9cit \u2013 reportage romanc\u00e9 Il aura piti\u00e9 de Nous de Rochd Djigouadi, c\u2019est dans un style caustique que Habib Ayyoub a choisi de narrer cette aventure des Ouled Heb errih : \u00abla volont\u00e9 de foutre le camp du pays, \u00e0 n\u2019importe quel prix, et par n\u2019importe quel moyen, horizontal, perpendiculaire ou oblique : train d\u2019atterrissage, d\u2019avion, cale de navire, puits \u00e0 ancre, camion citerne de carburant, \u00e0 dos d\u2019\u00e2ne des hauts plateaux des Chambas, \u00e0 pieds sur des chemins muletiers\u2026 par n\u2019importe quel moyen, pourvu qu\u2019il soit gratuit\u2026\u00bb. L\u2019auteur se joue des mots et transporte le lecteur dans des univers Buzatiens (de Dino Buzati, \u00e9crivain italien, auteur de Le d\u00e9sert des Tartares). Omar conna\u00eet, comme Omarou et son ami, une fin tragique \u00absi pr\u00e8s du but\u00bb : \u00abOmar, comme une feuille morte, reposait sur le levier d\u2019aiguillage de la voie ferr\u00e9e\u2026 Il y est presque arriv\u00e9. Avec un peu d\u2019espoir, il y serait parvenu. Et, \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est, il aurait \u00e9t\u00e9 sagement attabl\u00e9 \u00e0 la terrasse d\u2019un caf\u00e9 de la Paix du c\u00f4t\u00e9 de Marseille ou d\u2019Avignon\u2026\u00bb. C\u2019est toujours si pr\u00e8s du but que les harragas trouvent la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/span><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_self\"><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L&rsquo;ivrEscQ<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les romans d\u2019auteurs alg\u00e9riens, Harragas de Boualem Sansal, Il aura piti\u00e9 de Nous de Rochd Djigouadi, G\u00e9ographie du danger de Hamid Skif, Vie et mort d\u2019un citoyen [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[4,134],"tags":[],"class_list":["post-419","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dossier","category-n-8"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/419","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=419"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/419\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":421,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/419\/revisions\/421"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=419"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=419"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=419"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}