{"id":4288,"date":"2013-04-05T16:50:44","date_gmt":"2013-04-05T15:50:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4288"},"modified":"2013-05-02T16:38:23","modified_gmt":"2013-05-02T15:38:23","slug":"4288","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/4288\/","title":{"rendered":"Toi, toi l\u2019inventeur d\u2019un printemps, d\u2019une grisaille du haut de ton perchoir\u2026"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Sans-titre-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4276\" alt=\"Sans titre-2\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/05\/Sans-titre-2.jpg\" width=\"68\" height=\"82\" \/><\/a>Pour les papivores, les f\u00e9rus des livres, le bonheur de d\u00e9couvrir des nouveaut\u00e9s est vertigineux.Cependant nos livres sortent en catimini, presque \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e, aurait lanc\u00e9 un humoriste hilare face \u00e0 son public. Pourtant, nous sommes une nation qui in\u00advente la po\u00e9sie et la prose romanesque sans le savoir. On touche du doigt l\u2019intangible sans le savoir. On est ce par\u00adfait bestiaire, hommage \u00e0 l\u2019\u00eatre, compos\u00e9 par la Bruy\u00e8re sans le savoir.<\/p>\n<p>Le calendrier du <i>Festival panafricain <\/i>2009, <i>Tlemcen, capitale de la culture islamique <\/i>2011\/2012, et bient\u00f4t <i>Constantine capitale de la culture arabe 2015<\/i>, qu\u2019in\u00addexe-t-il d\u2019inventivit\u00e9 ? Que r\u00e9v\u00e8le-t-il en dehors de la litt\u00e9rature sillonn\u00e9e par les Feraoun, Dib, Camus, Gide&#8230;<\/p>\n<p>Quand on y songe, les promenades \u00e0 Alger, dans les villes ou le d\u00e9sert indompt\u00e9 de l\u2019Alg\u00e9rie, laissent le litt\u00e9rateur dans un \u00e9merveillement \u00e0 chaque endroit, seulement rien ne se passe. Ou plut\u00f4t il se passe quelque chose sous un silence en b\u00e9ton, puisque la verve se rature et ravale le crissement de son <i>qalam <\/i>en visant la corbeille du coin.<\/p>\n<p>Les propos des \u00e9crivains alg\u00e9riens sont souvent d\u00e9non\u00adciateurs, col\u00e9reux, d\u00e9sireux de pointer l\u2019agitation de ce monde imparfait. Les \u00e9diteurs ne misent presque plus sur eux. Ils nous vendent de la surconsommation d\u2019ailleurs. Des livres command\u00e9s. Des livres surfaits. Du \u00abcombien vend tel ou un tel\u00bb\u2026<\/p>\n<p>N\u2019a-t-on pas dit que l\u2019homme est la pire entreprise de l\u2019homme ! Les petits h\u00e2bleurs, ces blableurs de l\u2019instan\u00adtan\u00e9 qui chauffent et tirent \u00e0 boulet rouge, vaincus par leur propre raccourcis, comprendront-ils, enfin, la vraie r\u00e9\u00advolte qui anime soi n\u2019est gu\u00e8re un d\u00e9versoir de surench\u00e8res par l\u2019argument trompeur. Pensent-ils, enfin, n\u2019en d\u00e9plaise aux puissants, que la litt\u00e9rature, axe essentiel de la vie, r\u00e9invente cet halo inexpliqu\u00e9. Halo verbal, qu\u2019il soit or\u00adgasmique ou avort\u00e9 \u00e0 la tron\u00e7onneuse, la litt\u00e9rature se lib\u00e8re du conformisme et s\u2019\u00e9carte de l\u2019ordre \u00e9tabli. Elle a besoin de couler dans ses propres formes pour mettre en place l\u2019ond\u00e9e de sa teneur. Elle d\u00e9nude, ose d\u00e9shabiller le r\u00e8gne, l\u2019ordre \u00e9tabli que les ma\u00eetres de lettres, les lit\u00adt\u00e9rateurs laissent comme sceau \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. Parfois, on \u00e9crit en omettant que le verbe n\u2019est gu\u00e8re conformiste, mais plut\u00f4t comme une chemise bien ajust\u00e9e sur le corps d\u2019un athl\u00e8te. \u00c9crire, c\u2019est arguer pour illuminer l\u2019horizon du mouvement calme ou houleux. Cette sensation emplit l\u2019\u00e9crivain d\u2019une douleur jouissive, car il atteint le senti\u00adment d\u2019y \u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 sans cette hypoth\u00e8se du pourquoi et du comment. Un \u00e9crivain sort d\u2019un pays o\u00f9 il se passe quelque chose. Il \u00e9crit par flair, par intuition sa transe d\u2019avoir tent\u00e9 une immersion dans le pli et le repli du non-dit. Un \u00e9crivain a des remords. Il renverse l\u2019assujettisse\u00adment des r\u00e8gles \u00e9tablies. C\u2019est une personne qui souffre de la vie, de l\u2019indicible. Et comme elle souffre, elle a invent\u00e9 le r\u00e2le de l\u2019encrier pour \u00e9choir en deltaplane dans l\u2019ab\u00eeme. Quelqu\u2019un d\u2019heureux peut-il \u00eatre un \u00e9crivain de talent ? L\u2019\u00e9crivain est une trag\u00e9die. Interrogation infinie. Il pousse vers l\u2019absolu. Hyst\u00e9rique, il refuse le collage des id\u00e9es re\u00ad\u00e7ues. Et ne se trahit point.<\/p>\n<p>Il arrive qu\u2019on soit devant sa page blanche \u00e0 attendre le coup de minuit et rien ne s\u2019annonce&#8230; La panne s\u2019\u00e9rige. On s\u2019y subordonne. Crescendo, les spasmes du vide s\u2019ins\u00e8rent au tr\u00e9fonds de l\u2019\u00e2me. On est fatalement exclu de la matrice de la vie, \u00e9gar\u00e9 dans le spectre d\u2019un horizon mortel, gla\u00adcial, iceberg.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature, ce go\u00fbt de la dialectique avec ce plus de don de divination selon les Grecs est essentielle \u00e0 la poli\u00adtique, \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019errance d\u2019un d\u00e9cideur. Que reste-t-il, aujourd\u2019hui chez nous, de la litt\u00e9rature comme l\u2019a d\u00e9sign\u00e9 Voltaire \u00ab<i>une connaissance des ouvrages de go\u00fbt, une teinture d\u2019histoire, de po\u00e9sie, d\u2019\u00e9loquence, de critique<\/i>\u00bb ?<\/p>\n<p>Je d\u00e9poussi\u00e8re ma biblioth\u00e8que pensant que certains livres marqueront ma vie. Je reprends ma d\u00e9lectation universelle en glissant dans les m\u00e9andres de mes r\u00eaves d\u2019antan : <i>Le voyage au bout de la nuit<\/i>, <i>L\u2019idiot<\/i>, <i>Cent ans de solitude<\/i>\u2026<\/p>\n<p>Dans ce num\u00e9ro nous avons concoct\u00e9 un patchwork bi\u00adnaire culture\/\u00e9conomie o\u00f9 l\u2019Homme surprend par sa d\u00e9termination d\u2019oser ce flirt extatique parfois m\u00eame em\u00adpoisonn\u00e9 par l\u2019impond\u00e9rable, mais il inventera \u00e0 coup s\u00fbr sa supr\u00e9matie\u2026 un an, dix ans, cinquante ans, un si\u00e8cle, une \u00e9ternit\u00e9, l\u2019homme \u00abce dieu terrestre\u00bb qu\u2019il soit \u00e9co\u00adnomiste, chef d\u2019entreprise ou \u00abscribouillard\u00bb, c\u2019est lui qui fa\u00e7onnera les traces ind\u00e9l\u00e9biles d\u2019un temps. D\u2019une halte. D\u2019une nation. D\u2019une civilisation\u2026<\/p>\n<p>Bonne lecture !<\/p>\n<p>n.sebkhi@livrescq.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour les papivores, les f\u00e9rus des livres, le bonheur de d\u00e9couvrir des nouveaut\u00e9s est vertigineux.Cependant nos livres sortent en catimini, presque \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e, aurait lanc\u00e9 un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[115,154],"tags":[],"class_list":["post-4288","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-editoriaux","category-n24"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4288","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4288"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4288\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4325,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4288\/revisions\/4325"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4288"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4288"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4288"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}