{"id":4384,"date":"2013-08-15T14:15:40","date_gmt":"2013-08-15T13:15:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4384"},"modified":"2013-09-23T14:56:09","modified_gmt":"2013-09-23T13:56:09","slug":"lettre-de-rabiaziani","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/lettre-de-rabiaziani\/","title":{"rendered":"Lettre de Rabia Ziani (suite)"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/rabia-ziani.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4386\" alt=\"rabia ziani\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/rabia-ziani.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/rabia-ziani.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/rabia-ziani-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lettre de Rabia Ziani<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je laissais libre cours \u00e0 mon imagination. Je me transportais ailleurs, l\u00e0 o\u00f9 il faisait si bon de vivre et cet ailleurs, c\u2019\u00e9tait la France. Des \u00e9migr\u00e9s, de retour, nous parlaient d\u2019elle comme d\u2019un paradis sur terre. Ils nous racontaient m\u00eame leurs conqu\u00eates f\u00e9minines et nous les \u00e9coutions, nous les adolescents avides de sensations, avec des palpitations au c\u0153ur. Je n\u2019\u00e9tais plus un enfant. Cette p\u00e9riode qu\u2019on appelle la pubert\u00e9 m\u2019inqui\u00e9tait. Seul dans les champs, des larmes me venaient sans cause apparente. Il m\u2019arrivait parfois de sentir tout \u00e0 coup mon c\u0153ur se gonfler et, pourtant, j\u2019\u00e9tais calme, presque heureux et je dirais maintenant que rien ne vaut les premiers r\u00eaves des hommes. J\u2019aimais la fille de notre voisin, celle qui deviendra plus tard ma femme. J\u2019appris \u00e0 nager dans les eaux boueuses de l\u2019oued, je grimpais comme un singe aux arbres les plus hauts, j\u2019\u00e9tais infatigable \u00e0 la marche, apte \u00e0 toutes les prouesses. J\u2019affrontais serpents et scorpions abondants dans ma r\u00e9gion rocailleuse. Je les \u00e9crasais avec volupt\u00e9 avec mon b\u00e2ton noueux. Je tendais des pi\u00e8ges aux \u00e9tourneaux et quand la chasse \u00e9tait bonne, je vendais mon gibier. J\u2019\u00e9conomisais sou par sou pour me payer le billet de bateau pour la France. En attendant, il me fallait affronter la grande \u00e9preuve de ma vie : le certificat d\u2019\u00e9tudes. La grande \u00e9preuve de ma vie. Enfin, il arrive le certificat d\u2019\u00e9tudes primaires, le S\u00e9same, ouvre-toi, cet examen attendu si impatiemment marqua la fin de ma scolarit\u00e9. Pour la premi\u00e8re fois dans les annales de l\u2019\u00e9cole de Tala Boualem, un candidat, un seul, se pr\u00e9senta pour le d\u00e9fier et ce candidat, c\u2018\u00e9tait moi. Quel honneur que de figurer dans le livre des records ! Ce jour-l\u00e0, 20 mai 1948, je m\u2019\u00e9tais lev\u00e9 \u00e0 l\u2019aube et \u00e0 la lumi\u00e8re p\u00e2lotte d\u2019une bougie, je m\u2019\u00e9tais mis \u00e0 r\u00e9viser les r\u00e8gles de grammaire. Le participe pass\u00e9 du verbe avoir me donnait des sueurs \u00e0 cause de son accord avec le compl\u00e9ment d\u2019objet direct place avant le verbe. Et, en calcul, qu\u2019allions-nous avoir ? Des trains qui se croisent ou bien le probl\u00e8me d\u2019un robinet qui goutte au-dessus d\u2019un bassin ? L\u2019heure fatidique approche. Je mis en h\u00e2te ma gandoura de l\u2019A\u00efd pr\u00e9c\u00e9dent, je chaussai mes savates, les premi\u00e8res de ma vie et en route ! C\u2019est que j\u2019avais six kilom\u00e8tres \u00e0 faire \u00e0 pied et pour atteindre le centre d\u2019examen de Boghni, petite ville coloniale o\u00f9 je n\u2019avais jamais mis les pieds. Les Fran\u00e7ais, je ne les connaissais que par les livres. Des hommes d\u2019un autre monde pour moi. Me voil\u00e0 devant l\u2019\u00e9cole Jules Ferry \u2013 beaucoup de monde. Tous endimanch\u00e9s, les gar\u00e7ons de mon \u00e2ge se parlaient pour chasser leur angoisse. Huit heures, la cloche sonna le d\u00e9but des \u00e9preuves. R\u00e9daction : \u00abQuand vous serez grand, quel m\u00e9tier choisirez-vous ?\u00bb. Sujet classique \u00e9tudi\u00e9 en classe, puis vint la dict\u00e9e, la b\u00eate noire des \u00e9l\u00e8ves indig\u00e8nes. Nous pensons en kabyle et nous \u00e9crivons en fran\u00e7ais. Il fallait faire moins de cinq fautes pour \u00eatre admissible. Un exploit avec un texte de Ch\u00e2teaubriand, riche en couleurs. L\u2019examinatrice, une jeune fille blonde, avait une fa\u00e7on bizarre de prononcer l\u2019h aspir\u00e9 de h\u00e9risson. Qu\u2019importe ! Courage et esp\u00e8re !<br \/>\nArrive midi, mon p\u00e8re m\u2019attendait devant l\u2019\u00e9cole : &#8211; Viens, mon fils, me dit-il, tu dois avoir faim, nous allons \u00abcasser la cro\u00fbte !\u00bb Expression famili\u00e8re pour dire \u00abnous allons manger\u00bb. Je le suis un peu plus loin, il s\u2019arr\u00eata devant un platane, sortit du capuchon de son burnous une baguette de pain et une bo\u00eete de sardines \u00e0 l\u2019huile. Festin de roi ! Quel go\u00fbt exquis avaient ces sardines dans ma bouche affam\u00e9e ! L\u2019apr\u00e8s-midi se passa avec des mati\u00e8res de moindre importance : histoire, g\u00e9ographie, dessin, chant. \u00c0 quatre heures, tous les candidats \u00e9taient dans la cour, tr\u00e9pignant d\u2019impatience de conna\u00eetre les r\u00e9sultats. Une demi-heure plus tard, un homme grand de taille, portant costume, cravate et lunettes, nous fit taire d\u2019un geste de la main. Il brandit une feuille de papier : la liste des candidats re\u00e7us au C.E.P. de l\u2019ann\u00e9e 1948. Mon c\u0153ur battait la chamade. Les noms se suivaient : Abad, Saadi,\u2026 \u00c0 chaque nom prononc\u00e9 r\u00e9pondait un cri de joie. Je retins ma respiration. Enfin, il me semblait avoir entendu mon nom, je restai interdit, incapable de faire un mouvement et n\u2019\u00e9tant pas s\u00fbr d\u2019avoir entendu mon nom, je dis \u00e0 mon camarade d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 :<br \/>\n-L\u2019inspecteur a bien dit : Ziani Rabia ?<br \/>\n-Mais oui, r\u00e9pondit-il. L\u2019\u00e9motion m\u2019\u00e9touffa, j\u2019avan\u00e7ai vers la sortie. Mon p\u00e8re \u00e9tait l\u00e0, accoud\u00e9 au portail et je lui criai de loin : \u00abJe suis re\u00e7u ! Je suis re\u00e7u !\u00bb &#8211; \u00abDieu soit lou\u00e9, dit mon p\u00e8re en m\u2019\u00e9treignant, je suis fier de toi !\u00bb De retour au bercail o\u00f9 j\u2019avais encore six kilom\u00e8tres \u00e0 faire \u00e0 pied, mon p\u00e8re s\u2019arr\u00eata devant une boutique, (&#8230;) \u00c0 suivre<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 <span style=\"color: #ff0000;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Lettre de Rabia Ziani Je laissais libre cours \u00e0 mon imagination. 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