{"id":4388,"date":"2013-08-15T14:26:40","date_gmt":"2013-08-15T13:26:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4388"},"modified":"2013-09-23T14:54:39","modified_gmt":"2013-09-23T13:54:39","slug":"extrait-khmer-bolero","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/extrait-khmer-bolero\/","title":{"rendered":"Extrait- Khmer Bol\u00e9ro de Do Kh."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/khmer-bolero.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4389\" alt=\"khmer bolero\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/khmer-bolero.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/khmer-bolero.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/khmer-bolero-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9 au Vietnam en 1955, D\u00f4 Khi\u00eam alias Do Kh., vit entre Paris et la Californie apr\u00e8s Beyrouth ou il s\u2019est mari\u00e9. Po\u00e8te, romancier, essayiste et sc\u00e9nariste attir\u00e9 par le cin\u00e9ma documentaire, il compte parmi les \u00e9crivains les plus novateurs de la litt\u00e9rature vietnamienne actuelle.<br \/>\n<i>Khmer Bol\u00e9ro <\/i>est son premier roman \u00e9crit en fran\u00e7ais. Anciens amants \u00e0 Paris, Kim et Nam se retrouvent par hasard \u00e0 Bangkok au moment du Songkran, la f\u00eate qui c\u00e9l\u00e8bre l\u2019arriv\u00e9e de la saison des pluies. Le couple tente de renouer, par les paroles autant que par les caresses, mais la mousson se fait d\u00e9sirer. Ils d\u00e9cident de partir \u00e0 sa rencontre, vers l\u2019Est, qui est aussi la direction de leurs pays d\u2019origine : le Vietnam. En compagnie de phailin, une jeune fille de la haute soci\u00e9t\u00e9 tha\u00ef, s\u2019engage alors un road-trip \u00e0 travers le nouveau Cambodge, au gr\u00e9 des rencontres et au rythme des bol\u00e9ros asiatiques, qui s\u2019ach\u00e8vent \u00e0 Bavet, post fronti\u00e8re piqu\u00e9 de casinos et de Karaok\u00e9 improbable. Et la m\u00e9t\u00e9o reste capricieuse&#8230; Humour cru et amour sexe, voyage et exil forment ici un cocktail d\u00e9tonant<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>\u00a0QUATORZE<\/strong><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les apr\u00e8s-midi au Vietnam vers la m\u00eame p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e \u00e9taient horrible. Nam se souvenait de cette chaleur avec laquelle on faisait quasiment de la lutte gr\u00e9co-romaine. Elle \u00e9tait physique, en chair et en os, vous serrait dans ses bras, et vous collait \u00e0 l\u2019\u00e9piderme, il avait alors dix ans ou neuf. Il \u00e9tait \u00e0 Thanh Tuy Ha sur une terrasse qui donnait sur le fleuve Sa\u00efgon dont m\u00eame les eaux en cette saison avaient renonc\u00e9 \u00e0 rafra\u00eechir ne serait ce que les berges.<br \/>\nLa plantation d\u2019h\u00e9v\u00e9as \u00e9tait \u00e0 l\u2019ancienne, sortie tout droit des d\u00e9cors du film <i>Indochine <\/i>avec l\u2019ombre de la Deneuve en Talbot-Delahaye si ce n\u2019est en cal\u00e8che.<br \/>\nLa planteurs fran\u00e7ais savaient vivre. Ils avaient \u00e9rig\u00e9 cette maison tout en bois sur pilotis, rondelles genre cabane au Canada (!) et personnes ajour\u00e9es aux fen\u00eatres, avec cette interminable terrasse couverte qui semblait s\u2019\u00e9tirer jusqu&rsquo;\u00e0 l\u2019eau. L\u2019ind\u00e9pendance du pays en 1954 avait ajout\u00e9 le confort moderne une piscine qui ne donnait pas envie de s\u2019y \u00e9battre tant l\u2019eau prisonni\u00e8re \u00e9tait ti\u00e8de, de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 aussi bien s\u00fbr, mais la climatisation d\u00e9pendait des horaires du g\u00e9n\u00e9rateur de l\u2019usine \u00e0 traiter le latex au bout du chemin. On ne lan\u00e7ait pas le grand groupe \u00e9lectrog\u00e8ne de l\u2019ensemble quand l\u2019usine \u00e9tait au repos, les fins de semaine et en dehors de la saison des r\u00e9coltes du produit, c\u2019est-\u00e0-dire pendant les mois oisifs de l\u2019ann\u00e9e. Le petit g\u00e9n\u00e9rateur de cette villa Karen Blixen quant \u00e0 lui peinait d\u00e9j\u00e0 pour alimenter l\u2019\u00e9clairage et les ventilateurs de plafond, c\u2019\u00e9tait <i>out of Arica <\/i>\u00e0 trente kilom\u00e8tre de Sa\u00efgon. L\u2019existence de petit <i>memsahib <\/i>\u00e9tait agr\u00e9able pour son exotisme, trente Kilom\u00e8tres en dehors de la capital \u00e9quivalaient \u00e0 d\u2019autant d\u2019ann\u00e9es de retour en arri\u00e8re.<br \/>\nNam s\u2019\u00e9tait mal r\u00e9veill\u00e9 de la sieste comme \u00e0 l\u2019habitude dans ces conditions m\u00e9t\u00e9orologiques, avec un mal incroyable de t\u00eate et la sudation qu\u2019il combattait avec des bouteilles d\u2019orangeade <i>birlley\u2019s <\/i>en 25 centilitres. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e9tait avanc\u00e9, la nuit tombait vite en ces latitudes, et d\u2019ordinaire l\u2019on restait groggy pendant les quelques heures qui restaient de la journ\u00e9e avant le r\u00e9pit de la nuit. Immobilis\u00e9, terrass\u00e9, plaqu\u00e9 au sol par cette chaleur sans piti\u00e9.<br \/>\nEt puis, au paroxysme de cette condition, comme si le ciel lui-m\u00eame n\u2019en pouvait plus, d\u2019un seul coup vint la saison des pluies.\u00a0Le fleuve dansait alors sous l\u2019averse sur toute sa largeur, chavirait au rythme de la musique des gouttes qui fouettaient la v\u00e9g\u00e9tation et tambourinaient les habitations. Les enfants sortaient courir sur le seul chemin qui \u00e9tait goudronn\u00e9 comme d\u00e9livr\u00e9s du mal\u00e9fice de la saison s\u00e8che, les enfants des employ\u00e9s de plantation car \u00e0 Nam, conventions obligent, cela \u00e9tait interdit. Pour lui c\u2019\u00e9tait la douche ti\u00e8de \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur avec l\u2019eau qui venait des citernes surchauff\u00e9es avec sa coloration et son petit go\u00fbt sur les l\u00e8vres de rouille m\u00e9tallique. La salle de bains, la vraie, \u00e9tait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et le goudron de la route qui lui tenait lieu de surface carrel\u00e9e antid\u00e9rapante. Br\u00fblant jusqu\u2019\u00e0 faire fondre les sandales en mauvais plastique. Et la jungle d\u2019ordinaire taciturne se mettait \u00e0 chanter sous la pluie, bravo \u00e0 l\u2019orchestre et \u00e0 la chorale <i>HOURRA l\u2019Oural <\/i>!<br \/>\nM\u00eame la guerre, interdite par tant de puissance, s\u2019arr\u00eatait, les blind\u00e9s ne pouvaient rien contre la pluie, leur protection d\u2019acier ne suffisait plus et ventre dans la boue ils restaient l\u00e0 vautr\u00e9s. Les avions et autres col\u00e9opt\u00e8res restaient \u00e0 l\u2019abri et l\u2019on s\u2019en tenait pour la forme \u00e0 des \u00e9changes polis d\u2019artillerie dont m\u00eame le bruit d\u2019ordinaire mena\u00e7ant perdait l\u00e0 de sa superbe, comme \u00e9touff\u00e9, noy\u00e9 sous le d\u00e9luge et l\u2019humidit\u00e9. Les fantassins des deux bords \u00e9taient fatigu\u00e9s. Chef, est-ce que l\u2019on peut rester l\u00e0 \u00e0 se balancer dans les hamacks de bivouac avec la musique du transistor ?<br \/>\nEt cela durait pour quatre mois entiers.<br \/>\n\u00c0 vrai dire, comme de tout, l\u2019on finira par s\u2019en lasser. Mais l\u2019arriv\u00e9e de la mousson \u00e9tait d\u2019ordinaire accueillie comme une lib\u00e9ration salvatrice, les premi\u00e8res pluies avec leurs lani\u00e8res comme un fantasme masochiste <i>soft <\/i>combl\u00e9. Fais-moi mal ! Plus fort ! Encore ! Je vous salue Dominatrix ! Et les \u00e9l\u00e9ments dans leur grande mansu\u00e9tude, de g\u00e9n\u00e9reusement en rajouter.<br \/>\nLa petite averse matinale \u00e0 Pattaya s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e.<br \/>\n\u00c0 peine une petite gifle en guise d\u2019ap\u00e9ritif, un petit bonjour de loin et \u00e0 regret alors que Nam croyait la mousson d\u00e9j\u00e0 rev\u00eatue de ses cuissardes en latex, martinet \u00e0 la main et k\u00e9pi de kapo sur sa chevelure de jais.<br \/>\n\u2013 C\u2019est d\u00e9cevant, dit-il. Il a plu une demi-heure \u00e0 Bangkok avant-hier. Il a plu une demi-heure aujourd\u2019hui \u00e0 Pattaya. C\u2019est une ma\u00eetresse qui se fait d\u00e9sirer.<br \/>\n\u2013 Tu veux rester quelques jours de plus ? proposa Kim. On a tout le temps. M\u00eame en ta compagnie, je n\u2019ai pas envie de m\u2019enfermer \u00e0 Sukhumvit comme dans un tango aride. Phailine \u00e9tait tout sourire. Elle va \u00eatre aussi de la partie, pensa Nam. Il n\u2019allait pas faire le difficile dans ce cas. Une balade en bateau jusqu&rsquo;\u00e0 Koh Lan, la plage cach\u00e9e o\u00f9 l\u2019on pouvait courir avec ses testicules \u00e0 l\u2019air et les entendre distinctement s\u2019entrechoquer. Peut-\u00eatre que Nit aurait une visite surprise de sa part ce soir au bar, tiens un nouvel habitu\u00e9 qui revenait sur ses pas. Seulement, cette fois-ci elle pourrait admirer \u00abl\u2019\u00e9pouse\u00bb, la vedette de Ta\u00efwan de pr\u00e9s, et avec celle-ci, la vedette de publicit\u00e9 japonaise pour teinture de cheveux qui \u00e9tait Phailin. Mais il eut une autre id\u00e9e.<br \/>\n\u2013 On a quelques jours et la mousson tarde \u00e0 venir. Si la montagne ne va pas \u00e0 Mahomet&#8230; Nous irons vers l\u2019Est, et surprendre la mousson avant qu\u2019elle n\u2019arrive jusqu\u2019ici. Camarades, on doit prendre l\u2019initiative tactique.<br \/>\n\u2013 \u00c0 l\u2019Est ? demanda Kim.<br \/>\n\u2013 C\u2019est le principe militaire du <i>check point<\/i>. On avance le plus loin possible et on \u00e9tablit notre poste de contr\u00f4le. Si l\u2019adversaire, l\u2019ennemi n\u2019est pas encore l\u00e0, on avance un peu plus. Oui, vers le Cambodge. Au Cambodge m\u00eame. On verra Siem Reap sous la pluie. Angkor, cela ne se visite pas au soleil. Si cela vous dit. Bien s\u00fbr, on ne va pas arr\u00eater la mousson m\u00eame en s\u2019y mettant \u00e0 trois, mais au moins on ne va pas se faire surprendre par elle.<br \/>\n\u2013 Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 au Cambodge, dit Phailin. C\u2019est vrai que Londres, Paris ou New York, Tokyo, par un effet pervers de l\u2019imp\u00e9rialisme, sont paradoxalement plus proche que le pays juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<br \/>\nKim fit aussi non de la t\u00eate.<br \/>\n\u2013 C\u2019est vrai, dit Nam. Moi non plus. Avec notre amie tha\u00efe, on va enfin prendre l\u2019Empire Khmer en sandwich ! C\u2019est Phailin qui d\u00e9cide et qui conduit.<br \/>\n\u2013 Je ne peux pas emmener ma voiture au Cambodge. Cela viendra un jour, mais ce n\u2019est pas encore pour l\u2019instant dans les accords bilat\u00e9raux. Je vais la laisser ici, on n\u2019a qu\u2019\u00e0 prendre un taxi jusqu\u2019\u00e0 Aranyaprather et changer de voiture \u00e0 la fronti\u00e8re, ce n\u2019est pas compliqu\u00e9 et c\u2019est encore plus pratique.<br \/>\n\u2013 Merci, dit Nam enthousiaste, et il se pencha vers elle pour l\u2019embrasser.<br \/>\nNit n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0 pour assister \u00e0 ce baiser. Elle devait \u00eatre au moment m\u00eame dans le colombier qu\u2019elle partageait avec trois coll\u00e8gues de service, \u00e0 se retourner sur une mauvaise natte dans ces huit m\u00e8tres carr\u00e9s au-dessus du bar avec vue sur le linge \u00e0 s\u00e9cher. Mais si Nit avait \u00e9t\u00e9 l\u00e0, elle aurait dit :<br \/>\n\u2013\u00a0Et celle-l\u00e0 la poup\u00e9e <i>Caoli<\/i>, Cor\u00e9enne, tu l\u2019aimes aussi.<br \/>\nCe n\u2019\u00e9tait pas difficile \u00e0 deviner, et ce n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas vrai. Mais dans la Tha\u00eflande rest\u00e9e victorienne malgr\u00e9 les trois mille travailleuses du sexe qui encombraient tous les soirs Walking Street, la Tha\u00eflande des sentiments pudiques, le baiser le plus prude, le baiser le plus indiff\u00e9rent ou le plus innocent signifie toujours l\u2019amour ardent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><b><i>QUINZE <\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nam n\u2019avait jamais pu embrasser Alice, ne serait-ce que sur la joue. Ils passaient ensemble leurs apr\u00e8s-midi \u00e0 parler de livres, <i>David Copper Field <\/i>et <i>Oliver Twis<\/i>t, en version fran\u00e7aise et en \u00e9dition abr\u00e9g\u00e9e. Une fille de treize ans a d\u2019habitude la maturit\u00e9. Ils avaient d\u00e9pass\u00e9 le stade de \u00abClub des Cinq\u00bb et du \u00abClan des Sept\u00bb et abordaient ensemble les classiques, m\u00e9langeaient l\u2019\u00e9pop\u00e9e de l\u2019<i>Anabase <\/i>avec l\u2019exemplaire de <i>La Naus\u00e9e <\/i>qu\u2019Alice avait d\u00e9nich\u00e9 dans la librairie parental.<br \/>\nIl ne sut jamais ce qu\u2019elle \u00e9tait devenue trente ans apr\u00e8s ces s\u00e9ances de <i>Book club <\/i>\u00e0 deux dans le parc situ\u00e9 derri\u00e8re la cath\u00e9drale.<br \/>\nIl n\u2019avait pas vraiment cherch\u00e9 \u00e0 savoir non plus. Alice pourrait vivre en ce moment en France peut \u00eatre, ou comme tant d\u2019autres \u00e9migr\u00e9s vi\u00eats, en Californie de sud, Le pays \u00e0 la fin de la guerre avait connu un sort moins tragique que le Cambodge, presque tout le monde avait pu se sauver au bout de quelques ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 m\u00e2cher le manioc m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 du riz de derni\u00e8re qualit\u00e9. Alors la Floride, le Canada ou l\u2019Australie&#8230; Cependant, ceux qui \u00e9taient rest\u00e9s, pour cause de mal de mer chronique, n\u2019\u00e9taient pas les plus mal lotis. Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, le pays \u00e9tait devenu \u00abdynamique\u00bb et, qui sait, Alice g\u00e9rerait \u00e0 Sa\u00efgon des fonds d\u2019investissements \u00e9trangers. Nam la verrait tr\u00e8s bien en <i>golden girl <\/i>\u00e0 une Bourse cr\u00e9\u00e9e en l\u2019an 2000 et qui avait augment\u00e9 de six fois en autant d\u2019ann\u00e9es ! H\u00d6-Chi-Minh-Ville avait la deuxi\u00e8me Bourse la plus performante du monde et Wall Street en \u00e9tait verte d\u2019envie. C\u2019\u00e9tait devenu enfin le pays des merveilles et Alice, son Alice toujours en jupette, dealerait dans les nouvelles banlieues de l\u2019immobilier \u00e0 deux mille cinq cent US le m\u00e8tre carr\u00e9 de duplex. Cela aide, la lecture pr\u00e9coce de Jean-Paul Sartre au pays du socialisme \u00e0 \u00e9conomie de march\u00e9.<br \/>\nMais phailin faisait pour le moment tr\u00e8s bien l\u2019affaire de l\u2019ersatz, en version \u00ab<i>made<\/i><i> <\/i><i>in Tha\u00eflande<\/i>\u00bb comme dans la chanson de Carabao, et version am\u00e9lior\u00e9e.<br \/>\n<i>Made in Thailand.<br \/>\n<\/i><i>Et quand cela arrive \u00e0 la boutique.<br \/>\n<\/i><i>L\u2019\u00e9tiquette est chang\u00e9e en made in Japan<br \/>\n<\/i>\u00ab<i>Made in Thailand revisited<\/i>\u00bb, Nam \u00e9tait combl\u00e9. Il se sentait privil\u00e9gi\u00e9 par le sort, dans la m\u00eame voiture que ses deux amours de jeunesse, l\u2019une en \u00abcopie\u00bb comme l\u2019on dit ici et l\u2019autre, un amour en \u00abacte manqu\u00e9\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9poque, un amour en creux parce qu\u2019il n\u2019y avait pas simplement de la place en relief. Coup double, deux amoureuses retrouv\u00e9es si l\u2019on veut, qui plus est sortent toutes deux d\u2019une partouze, ce qui pr\u00e9figurait de joyeuses culbutes \u00e0 trois.<br \/>\nNam se sentait de taille, enfin, de taille, c\u2019\u00e9tait beaucoup dire, il se sentait pr\u00eat \u00e0 affronter tout d\u00e9veloppement possible de la situation \u00e0 venir. Dans la voiture qui filait vers la fronti\u00e8re, il \u00e9tait absorb\u00e9 par ces pens\u00e9es en tenant la main \u00e0 une Kim assoupie avec une moue qui la rendait encore plus d\u00e9sirable. De phailin, assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du conducteur, il ne voyait que le dos d\u00e9nud\u00e9 lisse de duvet et une nuque balay\u00e9e par les m\u00e8ches teintes \u00e0 couleur de th\u00e9. Pour des indiens, ce serait un spectacle de plus \u00e9rotique, une nuque d\u00e9voil\u00e9e, et Nam s\u2019effor\u00e7ait de fouiller tout ce qu\u2019il pouvait rassembler d\u2019Indien en lui sans beaucoup de succ\u00e8s. Il \u00e9tait d\u2019une culture plus g\u00e9n\u00e9raliste, de celle qu\u2019il s\u2019\u00e9mouvait par exemple de la naissance des fesses qu\u2019il devinait appuy\u00e9es contre le si\u00e8ge, la naissance qui commen\u00e7ait le partage, la ligne Br\u00e9vit\u00e9, le trac\u00e9 des fronti\u00e8res entre ces deux douces sph\u00e8res berc\u00e9es par les cahots. L\u2019imagination, cela distrait pendant les trajets.<br \/>\nLa fronti\u00e8re se pr\u00e9cisait \u00e0 Aranyaprather, \u00e0 l\u2019apparition des postes de l\u2019Arm\u00e9e Royale, des <i>Border Guards <\/i>et de la Police. Leur conducteur eut droit au harc\u00e8lement coutumier, administratif et ayant un rapport obscur avec son assurance de voiture que la modique somme de deux cents bahts avait fini par \u00e9claircir. Porpet enfin s\u2019offrait aux frontaliers comme une tache color\u00e9e au milieu de la jungle verte, les puces de St-Quen pos\u00e9es au milieu de la v\u00e9g\u00e9tation envahissante. L\u2019on dirait du Leconte de Lisle illustr\u00e9 par l\u2019auteur de la s\u00e9rie \u00abO\u00f9 se trouve Charli\u00bb.<br \/>\nPhailin \u00e9tait rest\u00e9e de marbre pendant la tracasserie polici\u00e8re avec un petit \u00e9nervement que l\u2019on devinait.<br \/>\n\u2013\u00a0Il para\u00eet que Thaksin avait fait poser des cam\u00e9ras pour identifier les fonctionnaires tha\u00efs qui se rendaient au Cambodge pour le jeu, dit Nam.<br \/>\nLes casinos \u00e9taient interdits en Tha\u00eflande et le nouveau champion de la libre entreprise qu\u2019est son voisin en avait profit\u00e9 pour en installer moult \u00e0 sa porte, M. Propre et M. Rectitude Moral \u00e0 la t\u00eate du gouvernement tha\u00ef avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 l\u2019interdiction aux fonctionnaires de les fr\u00e9quenter.<br \/>\n\u2013 Je m\u2019en fiche de Thaksin, je m\u2019en fiche de ses ordres, dit phailin. Celui l\u00e0, il commence \u00e0 nous \u00e9nerver. Il ne va pas durer.<br \/>\n\u2013\u00abEncore un coup, g\u00e9n\u00e9ral ?\u00bbThaksin est imbattable aux \u00e9lections, dit Nam le probl\u00e8me avec la d\u00e9mocratie, c\u2019est que tout le monde peut voter, m\u00eame les paysans au pied sales de l\u2019Isan.<br \/>\n\u2013 C\u2019est facile d\u2019acheter leurs votes pour une poign\u00e9e de riz ! L\u2019administration Thaksin est compl\u00e8tement corrompue jusqu\u2019\u00e0 l\u2019officier de police ! On vient de voir un exemple !<br \/>\n\u2013 Je suis d\u2019accord, dit Nam. Et c\u2019est bien moins grave que l\u2019affaire Temasek, c\u2019\u00e9tait seulement deux cents bahts.<br \/>\n\u2013 Ils s\u2019emparent de tout !<br \/>\n\u2013 Et ils ne <i>nous <\/i>laissent rien ! C\u2019est bien l\u00e0 le probl\u00e8me, le petit colonel de police de province qui se donne des\u00a0airs! Thaksin n\u2019est m\u00eame pas g\u00e9n\u00e9ral ! Dans un pays comme la Tha\u00eflande, tu te rends compte ! C\u2019est\u2026 c\u2019est comme\u2026 capitaine, dans l\u2019arm\u00e9e du Mexique ! Vous lui en voulez pour la d\u00e9centralisation de l\u2019\u00e9ducation nationale, la visite m\u00e9dicale \u00e0 cent bahts et les pr\u00eats directs aux paysans !<br \/>\n\u2013 On ne s\u2019immisce pas dans la politique du pays h\u00f4te, intervint alors Kim, c\u2019est une r\u00e8gle des fonctionnaires internationaux.<br \/>\nIls avaient fait \u00e0 peine cents m\u00e8tres dans la foule des v\u00e9hicules, bloqu\u00e9s par des \u00e9tales de fruit, de tissu, et par de l\u2019on ne sais quoi d\u2019autre qui fleurissaient d\u2019un seul coup \u00e0 l\u2019approche de la fronti\u00e8re. Un char \u00e0 b\u0153uf apparut, et c\u2019\u00e9tait le Cambodge.<br \/>\n\u00abDrelin-drelin\u00bb fit de la voix l\u2019enfant de douze ans qui tirait le char. Il \u00e9tait torse nu et paraissait plein d\u2019enthousiasme, pour quelqu\u2019un qui devait faire franchir un char \u00e0 b\u0153ufs \u00e0 une nationale embouteill\u00e9e<br \/>\n\u00abJayavarman VII en aurait \u00e9t\u00e9 fier ! Voil\u00e0 une race de b\u00e2tisseurs d\u2019Empire !\u00bbNam remarqua en s\u2019accoudant contre le si\u00e8ge de devant. Il avait le visage contre l\u2019\u00e9paule nue de Phailin et pouvait sentir le parfum de la jeune femme s\u2019aigrir, se d\u00e9t\u00e9riorer lentement dans cette lutte contre les \u00e9l\u00e9ments.<br \/>\n\u2013 En 1975, lors de la retraite de la 18\u00e8 division sud vietnamienne de Xuan Loc \u00e0 Ba Ria, Nam continua en soufflant dans la nuque de la Tha\u00eflandaise\u2026 Le g\u00e9n\u00e9ral Dao \u00e9tait en train de traverser un petit pont sans parapet lorsque retentit dans la nuit des cris de \u00abDrelin-drelin\u00bb \u00e9mis par une femme dans la totale obscurit\u00e9. \u00ab\u00c9cartez-vous les mecs ! je n\u2019ai pas de frein \u00e0 mon v\u00e9lo ! Ouste ! Ouste !\u00bb Ce qu\u2019ils firent en prenant garde de ne pas tomber \u00e0 l\u2019eau. \u00c0 la lumi\u00e8re d\u2019une fus\u00e9e \u00e9clairante, ils virent passer en trombe une femme forte d\u2019\u00e2ge moyen. Puis elle buta contre quelque chose dans le noir et l\u2019on entendit non plus le bruit de Klaxon mais un cri \u00abAaaah\u00bb d\u2019horreur qui retentit dans la vall\u00e9e avant un grand \u00abplouf\u00bb. La femme avait fait une chute avec sa monture et le courant l\u2019avait emport\u00e9e !<br \/>\n\u2013 D\u2019o\u00f9 est ce que tu sors des anecdotes pareilles, dit Kim.<br \/>\nC\u2019est authentique ! Il y avait l\u00e0 tout le 43e R\u00e9giment d\u2019infanterie accompagn\u00e9 du 82e bataillon de Rangers. En plein repli tactique, en plein guerre et en plein nuit ! Et cette femme qui sortait de nulle part en utilisant sa voix comme Klaxon de v\u00e9lo ! C\u2019est plus bizarre que de la fiction, <i>Stranger than Paradice <\/i>!<br \/>\n\u2013 Et c\u2019est quoi la moralit\u00e9 de ce que tu nous racontes ?<br \/>\n\u2013 La moralit\u00e9 ? C\u2019est que l\u2019on ne fait pas cela impun\u00e9ment ! On le paye de son existence ! Il est plus facile de faire traverser un char \u00e0 b\u0153ufs la fronti\u00e8re du Cambodge que de d\u00e9passer en bicycle une colonne militaire apr\u00e8s la bataille de Xuan Loc.<br \/>\n\u2013 Et qu\u2019est-il arriv\u00e9 \u00e0 cette colonne ?<br \/>\n\u2013 Rien. Elle avait pu atteindre Ba Ria et les soldats avaient cri\u00e9 \u00abThalassa !\u00bb Tu sais, Ba Ria est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Vung Tau.<br \/>\n\u2013 Je me souviens, dit laconiquement Kim.<br \/>\n\u2013 C\u2019est ici, dit leur conducteur.<br \/>\nUn jeune homme bien mis et propret, chemise repass\u00e9e et stylos \u00e0 la pochette, avait fait son apparition aux porti\u00e8res de la voiture.<br \/>\n\u2013 Vous avez des visas ? S\u2019enquit- il avec un large sourire aussi sympathique que commercial.<br \/>\n\u2013 Non, fit Nam tout en acquies\u00e7ant au jeune homme.<br \/>\nL\u2019on se croirait dans les mers du sud. Leur voiture \u00e9tait un requin, le jeune homme le poisson pilote, les bambins en guenilles multicolores des \u00e9coles de poisson plus exotiques les une que les autre avec le bleu des lagons ici substitu\u00e9 par le vert de la v\u00e9g\u00e9tation qui chavirait sous la chaleur. Ils descendirent, aid\u00e9s par le jeune homme et son acolyte qui leur frayaient un chemin en chassant des enfants. D\u2019autre voitures arriv\u00e8rent, et la foule des mendiants de se disperser et de s\u2019agglutiner de cesse, puis un car entier de <i>farangs <\/i>fit une efficace diversion et les sauva de la situation.<br \/>\nIls atteignirent la premier gargote, \u00eelot d\u00e9fendu, forteresse ouverts <i>off limits <\/i>et oasis.<br \/>\nLe jeune homme sortit son stylo, des formulaires \u00e0 remplir et m\u00eame une agrafeuse pour les photos.<br \/>\n\u00abOn ne va pas faire la queue sous le soleil devant la poste du Cambodge comme les <i>farangs<\/i>\u00bb expliqua Nam comme si cela \u00e9tait au- dessous d\u2019eux. \u00abC\u2019est efficace ainsi, ce n\u2019est pas cher et il faut bien que les gens vivent du service s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019industrie, vous le savez toutes les deux.\u00bb<br \/>\nIl leur fit remettre les documents et au jeune homme de remplir les demande de visas lui-m\u00eame avant de les remettre \u00e0 son assistant d\u00e9j\u00e0 pr\u00eat sur son scooter. Celui-ci disparut aussit\u00f4t avec, ce qui cr\u00e9a une petite inqui\u00e9tude \u00e0 Kim<br \/>\n\u2013 Je vais le revoir mon passeport ?<br \/>\n\u2013 Le business va dispara\u00eetre s\u2019ils perdent les documents des clients ! Tu as d\u00e9j\u00e0 vu dans toute ta carri\u00e8re une administration qui travaille aussi vite ? Je ne suis pas n\u00e9olib\u00e9ral, au contraire, et m\u00eame Keyn\u00e9sien classique rien que pour te plaire, mais il faut soutenir la petite entreprise ici. A Johannesburg, pour faire les cent m\u00e8tres entre la station de bus et le premier <i>Ibis<\/i>, il faut payer dix dollars \u00e0 des entrepreneurs pour pouvoir garder ton sac ou m\u00eame ta vie. Ici au moins c\u2019est agr\u00e9able, <i>Enjoy, <\/i>je vais boire tranquillement une bi\u00e8re avec une salade de papaye verte.<br \/>\nVous avez l\u2019air tr\u00e8s efficace, Monsieur, s\u2019adressa-t-il au jeune homme, et je ne doute pas de l\u2019avenir brillant de votre pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><b><i>SEIZE <\/i><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abC\u2019est la seule voiture climatis\u00e9e de ce c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re\u00bb, annon\u00e7a le jeune homme en accompagnant l\u2019emphase d\u2019un geste fleuri.<br \/>\n\u2013 Cela nous convient tout \u00e0 fait, dit Nam.<br \/>\nIls avaient rapidement franchi les contr\u00f4les accompagn\u00e9s de leurs pilotes.<br \/>\nNam regretta un instant de ne pas avoir \u00e0 faire la queue derri\u00e8re une Antillaise gracile qui d\u00e9goulinait de sueur sous son fr\u00eale d\u00e9bardeur dans la queue des touristes. Il lui adressa un sourire qu\u2019elle lui rendit de ses dents \u00e9clatantes. Un sourire qui brillait sous cette lumi\u00e8re aveuglante du mois d\u2019avril. Ils auraient li\u00e9 conversation certainement, elle et lui. Ensuite fait un bout de route ensemble comme \u00e0 sa grande \u00e9poque, lorsque Nam n\u2019avait pas encore atteint cette quarantaine fatidique. Il savait toujours comment s\u2019y prendre, C\u00e9saire d\u00e9j\u00e0, sujet facile pour meubler le chemin jusqu\u2019\u00e0 Siem Reap, puis le temple Ta Prohm \u00e0 visiter et la chambre <i>Lonely planet <\/i>\u00e0 partager ensemble. Il se rendit compte de sa situation pr\u00e9sente, la procession ridicule de son groupe soudainement devenu VIP par la gr\u00e2ce d\u2019interm\u00e9diaires, accompagn\u00e9 de cette ribambelle d\u2019enfant qui louaient leur service ombrelle aux jeunes femmes et accueilli par la pr\u00e9venance des douaniers graiss\u00e9s. J\u2019ai vieilli, se dit-il,<br \/>\nLa <i>Toyota Camry <\/i>de dix ans qui les attendait n\u2019appartenait pas \u00e0 son Excellence Bun Rany. \u00c9pouse du Samdech Hun Sen m\u00eame si elle \u00e9tait rebaptis\u00e9e avec l\u2019aide d\u2019un autocollant mensonger et immense en v\u00e9hicule \u00abLexus\u00bb. Ils allaient d\u00e9couvrir d\u2019ailleurs que tout les v\u00e9hicules \u00e0 quatre roues du Cambodge, exception faite des chars \u00e0 b\u0153ufs et charrette \u00e0 mains, \u00e9taient rebaptis\u00e9s avec les m\u00eames autocollants de la marque exclusive du constructeur nippon. C\u2019\u00e9tait \u00e0 se demander si la marques n\u2019avait pas passer dans le langage populaire, telle elle \u00e9tait omnipr\u00e9sent. Et de d\u00e9signer par exemple un auteur de qualit\u00e9 un auteur Lexus, ou une nana Lexus pour dire une fille canon.<br \/>\nUne fois quitt\u00e9 les abords imm\u00e9diats de poipet, devant eux s\u2019\u00e9talait un immense espace d\u00e9sol\u00e9. Un grand chantier pharaonique, l\u2019on ne sait s\u2019il faut dire Suryavaramanique ou Jayavarmanique, allait jusqu\u2019\u00e0 Siem Reap, une route difficile de terre rouge mais \u00e9norme qui pr\u00e9figurait quatre voies rapides et, dans un proches future, d\u00fbment asphalt\u00e9es. Pour le moment, elle \u00e9tait vide de travailleurs, comme abandonn\u00e9e en cette p\u00e9riode de f\u00eate de nouvel an. Cela donnait au spectacle un charme d\u00e9suet de l\u2019\u00e8re Pol Pot et, de temps en temps, seulement \u00e0 l\u2019annonce de quelque village, l\u2019on voyait s\u2019approcher des nuages de poussi\u00e8re rouge\u00e2tre soulevait par les v\u00e9hicules venant dans le sens oppos\u00e9.<br \/>\nCes nu\u00e9es de poussi\u00e8re n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9guli\u00e8res comme dans <i>La Chevauch\u00e9e Fantastique <\/i>ou massive comme dans <i>La Charge de la Brigade l\u00e9g\u00e8re <\/i>mais formait un ballet \u00e9trange selon les conditions du rev\u00eatement temporaire de la chauss\u00e9e. Les v\u00e9hicules ne progressaient pas de mani\u00e8re rectiligne, mais devaient contourner les nids de poule qui formaient autant d\u2019obstacles \u00e0 leur avanc\u00e9e. Ce serait impossible de mettre une marche wagn\u00e9rienne sur ce spectacle, mais <i>La Bamba <\/i>peut \u00eatre, <i>soy capitan no soy Walkyrie <\/i>et certainement cela demandait pour le moins, un <i>poco de gracia<\/i>, un peu, beaucoup m\u00eame, de gr\u00e2ce, si tu n\u2019es pas assez agile tu vas te planter le rickshaw \u00e0 motocyclette dans le nid d\u2019autruche !<br \/>\nNam \u00e9tait assis \u00e0 l\u2019avant et pratiquait le peu de Khmer qui lui restait avec le conducteur.<br \/>\n\u2013 O\u00f9 est-ce que tu as appris le Cambodgien ? lui demanda phailin.<br \/>\n\u2013\u00a0\u00c0 Long Beach, en Californie ! lui r\u00e9pondit-il C\u2019est une ville qui compte autant de Khmers que Battambang.<br \/>\nIl s\u2019\u00e9tait retourn\u00e9 un long moment \u00e0 mater les jeunes femmes, insistant sur les poitrines qui offraient un spectacle encore plus int\u00e9ressant que les convolutions r\u00e9gl\u00e9es de la circulation qui venait d\u2019en face. Ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 proprement dire un ballet, les mouvements \u00e9taient de haut en bas, verticaux, avec de rares variations lat\u00e9rales, un swing synchronis\u00e9 des deux paires dont la vue ne manquait pas d\u2019infliger \u00e0 Nam et \u00e0 chaque fois un picotement agr\u00e9able entre les jambes.<br \/>\n<i>Salma ya salama<br \/>\n<\/i><i>Rohna we geina bel-salama<br \/>\n<\/i><i>Salma ya salama<br \/>\n<\/i><i>Rohna we Geina bel-salama<br \/>\n<\/i>\u2013 A cette cadence, je vais <i>venir <\/i>avant d\u2019atteindre Siem Reap. Arr\u00eatez ! Leur intima Nam. Non ! je veux que cela dure plus longtemps !<br \/>\nOui ! Encore la langue ! S\u2019\u00e9cria-t-il lorsque Kim la lui tira au visage \u00e0 cette remarque.<br \/>\nJ\u2019ai enfin saisie l\u2019expression de \u00abpoitrine houleuse\u00bb ! J\u2019ai enfin fait l\u2019exp\u00e9rience du Cap de bonne Esp\u00e9rance et\u2026 des quarante, des quaranti\u00e8mes rugissants !<br \/>\n\u2013 C\u2019est 36 c pour moi, et je te conseille de t\u2019en tenir \u00e0 la navigation en solitaire, lui dit Kim m\u00e9chamment.<br \/>\n\u2013 Alors, je vais dormir seul ce soir ?<br \/>\n\u2013 Il y a deux chambres, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gler la question, dit Kim en consultant sur son portable la r\u00e9sa quelle avait fait.<br \/>\nLe <i>Angkor <\/i>quelque chose <i>Palace<\/i>, quelque chose <i>Resort<\/i>, quelque chose <i>Spa<\/i>, faisait partie d\u2019une cha\u00eene h\u00f4teli\u00e8re quelque chose <i>Summit <\/i>et \u00e9tait class\u00e9 quelque chose <i>World Luxury <\/i>avec une grande entr\u00e9e tout bambou et lotus, Tintin et le bouddha Tantrique.<br \/>\n\u2013 C\u2019est joli, dit Nam, mais dans le lobby il y a une femme en train de pleurer.<br \/>\nOn l\u2019aurait prise de loin pour une sculpture avec la lumi\u00e8re tamis\u00e9e de l\u2019immense r\u00e9ception, courb\u00e9e qu\u2019elle \u00e9tait sur son grand sac en cuir et les cheveux lui cache le visage, de pr\u00e9s, ce n\u2019\u00e9tait plus une \u0153uvre d\u2019art mes bien une jeune femme, brune au teinte de lait, digne m\u00eame dans son allure prostr\u00e9e.<br \/>\n\u2013 Elle n\u2019est pas en train de pleurer, dit Phailin.<br \/>\n\u2013 Mais si ! Pour des femmes, vous n\u2019\u00eates pas du tout sensibles ! J\u2019avait vu cela de suite ! Il n\u2019y a rien de plus particulier qu\u2019une fille en train de pleurer de larmes muettes.<br \/>\n\u2013 C\u2019est parce que tu n\u2019avais pas manqu\u00e9 de la remarquer ! La fille, pas les armes, dit Kim. Il n\u2019y a rien de plus particulier qu\u2019une femme court-v\u00eatue sur une banquette d\u2019h\u00f4tel, avec larmes ou sans.<br \/>\n\u2013 La femme assise est un grand th\u00e8me de la peinture ! La femme \u00e9tendue, la femme couch\u00e9e, la femme affal\u00e9e aussi, moi j\u2019aime bien la femme debout \u00e0 la toilette et qui se penche sur la cuvette ! C\u2019est de qui cela ? C\u2019est vaguement bleu\u00e2tre comme peinture\u2026tu ne vois pas de qui est-ce ? Degas, si je m\u2019abuse.<br \/>\n\u00ab<i>Toi qui, suscitant en nous le pouvoir cr\u00e9ateur, nous mets tout proches de la divinit\u00e9<\/i>\u00bb, et \u00e0 Kim de citer Guillaume.<br \/>\n\u2013 Bonjour, demanda phailin avec sollicitude \u00e0 la demoiselle diaphane et effondr\u00e9e, quelque chose ne va pas ?<br \/>\nJanna avait d\u00e9pens\u00e9 toutes ses allumettes, mais c\u2019\u00e9tait une grande fille et non pas une petite. Mince comme un Giacometti tordu, eh oui, <i>La femme assise <\/i>ce n\u2019est pas l\u2019<i>Homme qui marche<\/i>, elle devait faire un m\u00e8tre quatre-vingt-dix avec des cheveux sombres \u00e0 se demander s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas teints et de tr\u00e8s grands yeux tout aussi noisette. Comme le caf\u00e9, avec ce rien de myst\u00e8re, comme le caf\u00e9 calva alors, sur un zinc de gare normand, une gitane \u00f4 combien \u00e9lanc\u00e9e et septentrionale bien loin des Saintes Marie de la Mer.<br \/>\nNon, cela ne va pas. Rien n\u2019allait pour elle en ce moment, \u00e0 Janna de Zaporoehye en Ukraine.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019elle se trouvait \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Le Cambodge alors qu\u2019elle n\u2019avait m\u00eame pas visit\u00e9 la Moldavie ! En rendez-vous avec son fianc\u00e9 d\u2019Am\u00e9rique, ici m\u00eame, \u00e0 cet h\u00f4tel, il y a deux jours. A Siem Reap ! Il ne s\u2019\u00e9tait jamais manifest\u00e9.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait un <i>Blind date<\/i>, je ne l\u2019avais encore jamais rencontr\u00e9. C\u2019est loin d\u2019Am\u00e9rique de Siem Reap. Il est bas\u00e9 \u00e0 Singapour. Et une larme de couler de la mer d\u2019Azov sur la pommette turco-tatare avant de l\u00e9cher une maigre joue slave.<br \/>\nJanna avait connu l\u2019homme sur un site de mariage. Demoiselles bien fichues de l\u2019Est et hommes replets en Occident devaient y rencontrer l\u2019\u00e2me mutuellement soeur. Ils avaient correspondu ardemment en courriels, ils avaient convers\u00e9 passionn\u00e9ment \u00e0 longue distance des heures enti\u00e8res, et lui avait envoy\u00e9 pour la <i>Valentine <\/i>un billet \u00e9lectronique pour le Cambodge avec des fleurs. La r\u00e9servation d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gler \u00e9tait \u00e0 son nom \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Angkor truc machin. Cela s\u2019annon\u00e7ait magnifique, l\u2019homme et les vieilles pierres, pour la version ukrainienne de Tomb Rider.<br \/>\nMais quarante-huit heures s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9es, la r\u00e9sa de l\u2019h\u00f4tel venait d\u2019expirer, depuis le <i>check out <\/i>\u00e0 midi Janna \u00e9tait dans le lobby avec son bagage. Elle ne pouvait pas joindre le Pygmalion romantique que ce soit de vive voix ou par mail ou par texto ni ne savait comment s\u2019y prendre pour \u00e9changer la date de retour sur les rives de sa Dni\u00e8pre famili\u00e8re.<br \/>\nNaufrag\u00e9e involontaire de fait, Janna \u00e9tait au milieu de ce lobby d\u2019h\u00f4tel qui prenait eau et qui chavirait avec sa d\u00e9coration Khm\u00e9ro-post-moderne.<br \/>\n\u2013 Il est mari\u00e9 ! dit Kim<br \/>\n\u2013 Toi aussi, tu es mari\u00e9, dit Nam, en fait, c\u2019est le pasteur d\u2019une congr\u00e9gation baptiste ou un t\u00e9l\u00e9-\u00e9vang\u00e9liste qui se pr\u00e9sente aux \u00e9lections du Midterm aux Etats-Unis. Ces gens-l\u00e0 ont des devoirs de r\u00e9serve. Ce n\u2019est pas un businessman bas\u00e9 a Singapour, j\u2019en suis certain.<br \/>\n\u2013 Il n\u2019est pas de Singapour, sp\u00e9cula Phailin il est d\u2019ici m\u00eame, du Cambodge, de Phnom Penh. Il a une femme Khm\u00e8re !<br \/>\n\u2013 D\u2019un m\u00e8tre quarante-cinq ! Ce sont les plus f\u00e9roces !<br \/>\n\u00abElle risque d\u2019attaquer Janna avec de l\u2019acide\u00bb, dit Phailin, quelque peut circonspecte, et en v\u00e9rifiant autour d\u2019eux une quelconque pr\u00e9sence suspecte.<br \/>\nLe hall de l\u2019h\u00f4tel \u00e9tait vide hormis quelque employ\u00e9s paisibles qui semblaient suivre la sc\u00e8ne de loin d\u2019une attention discr\u00e8tement amus\u00e9e. C\u2019est cela, le service asiatique dans le secteur du tourisme. Le client y est roi, mais il est nu pour le personnel.<br \/>\n\u2013 Il pourrait \u00eatre Cambodgien, il est vrai. Rien ne prouve qu\u2019il soit am\u00e9ricain ! Kim se met \u00e0 hasarder.<br \/>\n\u00abUn Big Boss ! Un ministre !\u00bb, avan\u00e7a Nam.<br \/>\nTat Marina, jeune fille de condition modeste, \u00e9tait devenu vedette de vid\u00e9o-Karaok\u00e9 \u00e0 force de d\u00e9hanchements subtils devant les cam\u00e9ras. Elle rencontra un jour au studio un Cambodgien de l\u2019\u00e9tranger, patron de supermarch\u00e9-restaurant-agence de voyage-transfert de devises-envoi de colis sur Anaheim Street \u00e0 Long Beach en Californie du sud, le coup de foudre fut imm\u00e9diat entre le Pygmalion entrepreneur des Sept mers et la Lolita sir\u00e8ne de Tonl\u00e9 Sap (&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<span style=\"color: #ff0000;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/span><\/a><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #ff0000;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 <a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #ff0000;\">a<\/span><\/a><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #ff0000;\">bonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/span><\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 au Vietnam en 1955, D\u00f4 Khi\u00eam alias Do Kh., vit entre Paris et la Californie apr\u00e8s Beyrouth ou il s\u2019est mari\u00e9. 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