{"id":441,"date":"2010-09-15T20:31:34","date_gmt":"2010-09-15T19:31:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=441"},"modified":"2011-02-04T17:43:51","modified_gmt":"2011-02-04T16:43:51","slug":"des-hommes-de-laurent-mauvignier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/des-hommes-de-laurent-mauvignier\/","title":{"rendered":"Des Hommes, de Laurent Mauvignier"},"content":{"rendered":"<h1 style=\"text-align: justify;\">Guerre d\u2019Alg\u00e9rie : plaies et silences\u2026<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La guerre d\u2019Alg\u00e9rie est le pass\u00e9 commun des personnages de ce roman. Des ann\u00e9es apr\u00e8s les faits, ils replongent dans l\u2019horreur et le pass\u00e9 sanguinaire ressurgit en eux. Des hommes est une plong\u00e9e dans une trag\u00e9die et les non-dits d\u2019une guerre qui continue de miner les consciences.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/laurent-mauvignier-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-444\" style=\"margin-left: 5px; margin-right: 5px;\" title=\"laurent-mauvignier-2\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/laurent-mauvignier-2.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"233\" align=\"right\" \/><\/a>\u00abEt la blessure, o\u00f9 est-elle ? Je me demande o\u00f9 r\u00e9side, o\u00f9 se cache la blessure secr\u00e8te o\u00f9 tout homme court se r\u00e9fugier si l\u2019on attente \u00e0 son orgueil, quand on le blesse ? Cette blessure &#8211; qui devient ainsi un le for int\u00e9rieur -, c\u2019est elle qu\u2019il va gonfler, emplir. Tout homme sait la rejoindre, au point de devenir cette blessure elle-m\u00eame, une sorte de coeur secret et douloureux.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette citation de Jean Genet extraite de Funambule ouvre le magnifique roman de Laurent Mauvignier intitul\u00e9 Des Hommes. Une phrase lourde de sens, qui r\u00e9sume un livre et dit tous les silences. Un ouvrage fort, poignant et bouleversant. C\u2019est l\u2019histoire des paysans fran\u00e7ais qui ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s en Alg\u00e9rie en 1960. Ce sont Bernard (Feu de bois), Rabut, Fevrier et bien d\u2019autres encore qui ont fait la guerre d\u2019Alg\u00e9rie et qui reviennent chez eux apr\u00e8s deux ans pass\u00e9s l\u00e0-bas, pour reprendre le cours d\u2019une vie normale. Mais la vie peut-elle redevenir normale apr\u00e8s ce qu\u2019ils ont v\u00e9cu ? \u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jeune auteur de 42 ans signe d\u2019une main de ma\u00eetre ce roman qui commence par une r\u00e9union de famille et entre amis. Une r\u00e9union qui semble au d\u00e9part heureuse et anodine, mais qui sera un peu plus tard, le d\u00e9clic d\u2019un rappel de l\u2019Histoire par l\u2019histoire. Une f\u00eate d\u2019anniversaire, un bijou offert \u00e0 une soeur, des invit\u00e9s qui s\u2019\u00e9tonnent du geste et se posent des questions quant \u00e0 sa provenance, un fr\u00e8re qui s\u2019emporte, s\u2019\u00e9nerve et commet des violences, autant de passages d\u2019un roman \u00e9poustouflant. Au d\u00e9but de la lecture de ce r\u00e9cit poignant, le lecteur se sent quelque peu irrit\u00e9. Des phrases hach\u00e9es, des mots entrecoup\u00e9s, des passages interrompus, comme un film qui d\u00e9file devant ses yeux, mais dont la bande est en mauvais \u00e9tat et donc engendre des coupures. Puis, au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il avance dans le r\u00e9cit, le flou se dissipe, l\u2019irritation s\u2019att\u00e9nue et quelque chose de fort le frappe. L\u2019histoire l\u2019accroche de plus en plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout tourne autour d\u2019un personnage sombre et \u00e9trange nomm\u00e9 Bernard, surnomm\u00e9 Feu de bois. \u00ab Il est br\u00fbl\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur, noir de crasse et d\u2019alcool, inflammable. Il se consume lentement, dans un mutisme et une mis\u00e8re \u00e0 faire peur. Il a 63 ans, le visage bouffi, les cheveux jaunes, de grosses moustaches et un nez gr\u00eal\u00e9. Il vit seul, dans un gourbi. La nuit, il arpente la for\u00eat, un fusil sous le bras ; le jour, il traverse la campagne sur sa vieille Mobylette pour aller s\u2019\u00e9chouer sur le zinc des bars \u00bb. C\u2019est donc un personnage sale et repoussant, \u00e0 donner la naus\u00e9e, mais envers lequel on \u00e9prouve plus tard peine et compassion, m\u00eame quand on saura qu\u2019il a agress\u00e9 un \u00ab bougnoule \u00bb de voisin, un \u00ab arabe \u00bb appel\u00e9 Cherfaoui. Autour de ce personnage pitoyable, gravitent donc une histoire tragique et des personnages victimes d\u2019un pass\u00e9 commun et souffrant d\u2019une amn\u00e9sie collective. Leur pass\u00e9 commun, c\u2019est la Guerre d\u2019Alg\u00e9rie ; leur amn\u00e9sie collective c\u2019est le silence. C\u2019est donc l\u2019histoire de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie dans toute son son horreur. Au milieu du roman qui semblait paisible, un pass\u00e9 sanguinaire et explosif surgit de nulle part\u2026 plut\u00f4t d\u2019une m\u00e9moire qu\u2019on voulait faire taire. Vingt ans apr\u00e8s, des photos se mettent \u00e0 parler et des souvenirs surgissent de l\u2019oubli. Est-ce la conscience qui torture? Est-ce les regrets d\u2019un pass\u00e9 honteux ? La culpabilit\u00e9 ? La justification ? Le pardon\u2026 ? C\u2019est l\u2019Histoire d\u2019un pass\u00e9 avec tout ce qu\u2019il a de refoul\u00e9. Ce sont les silences et les non-dits d\u2019une guerre qui n\u2019a pas d\u00e9voil\u00e9 tous ses secrets, le rappel d\u2019une horreur qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 reconnue et d\u2019une \u00ab inhumanit\u00e9 \u00bb qui ne veut pas dire son nom. C\u2019est une trag\u00e9die humaine v\u00e9cue de part et d\u2019autre, mais dont on veut refouler les souvenirs et d\u00e9truire les images. C\u2019est une plaie qui s\u2019ouvre de l\u2019int\u00e9rieur. Une blessure qu\u2019on cherche \u00e0 panser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Laurent Mauvignier, fid\u00e8le \u00e0 ses \u00e9crits qui d\u00e9noncent toujours les non-dits \u00e0 travers des anonymes qui brisent le silence, ou des sc\u00e8nes qui d\u00e9crivent des horreurs jusque-l\u00e0 tues, d\u00e9nonce dans cette trag\u00e9die en quatre actes (apr\u00e8s-midi, soir, nuit et matin), des faits et des r\u00e9alit\u00e9s, non pas pour les \u00ab r\u00e9parer \u00bb, mais juste pour les \u00ab dire \u00bb. Comme le dit si bien l\u2019auteur de Loin d\u2019eux, Apprendre \u00e0 finir, Ceux d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, Seuls, Le Lien, Dans la foule et aujourd\u2019hui, Des Hommes : Le roman peut montrer les manques mais il ne s\u2019agit jamais pour lui de donner des r\u00e9ponses. Le roman, c\u2019est l\u2019art de reformuler les questions. Et ces questions, Mauvignier les pose et les reformule tout le long de ce livre torrentiel qui remue un pass\u00e9 charg\u00e9 de haine et de souffrances, non pas pour condamner les uns ou les autres, ou montrer les bons et les m\u00e9chants hommes, mais plut\u00f4t pour mettre en situation \u00ab ces hommes qui ont tu\u00e9, viol\u00e9, tortur\u00e9 en Alg\u00e9rie, ou au contraire ont refus\u00e9 de le faire et ont assist\u00e9 de force \u00e0 l\u2019horreur, et qui restent, pourtant, \u00ab des hommes \u00bb. Et ces situations, ce roman en regorge. Des situations d\u2019amour : \u00ab c\u2019est que la voix de Mireille r\u00e9sonne dans sa t\u00eate, comme toutes les promesses qu\u2019on se fait \u00e0 voix douce, tranquillement, comme si l\u2019on ne parlait que du beau temps et des roucoulades pour se plaire, se s\u00e9duire \u00bb ; des situations d\u2019horreur : \u00ab Et le lieutenant reste le bras en l\u2019air et l\u2019enfant crie et se d\u00e9bat, on dirait qu\u2019il nage, sa m\u00e8re crie, elle supplie, elle a ramp\u00e9 jusqu\u2019aux pieds du lieutenant et elle veut s\u2019accrocher \u00e0 lui mais le soldat frappe encore, \u00e0 coups de crosse, la repousse (\u2026) jette le b\u00e9b\u00e9 \u00e0 quelques m\u00e8tres de lui. \u00bb ; de peur : \u00ab il faut penser \u00e0 Mireille, c\u2019est \u00e7a qu\u2019il faut, pour tenir, ne pas succomber \u00e0 la peur et l\u2019envie de pisser \u00e0 laquelle il va devoir c\u00e9der bient\u00f4t, mais pas encore \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce livre qui r\u00e9veille des m\u00e9moires, ravive des souvenirs et d\u00e9voile des v\u00e9rit\u00e9s est l\u00e0 pour prouver encore une fois que la litt\u00e9rature a beaucoup de choses \u00e0 dire\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Guerre d\u2019Alg\u00e9rie : plaies et silences\u2026 La guerre d\u2019Alg\u00e9rie est le pass\u00e9 commun des personnages de ce roman. 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