{"id":4528,"date":"2013-07-15T16:06:35","date_gmt":"2013-07-15T15:06:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4528"},"modified":"2013-09-24T13:06:07","modified_gmt":"2013-09-24T12:06:07","slug":"lettre-de-rabia-ziani-suite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/lettre-de-rabia-ziani-suite\/","title":{"rendered":"Lettre de Rabia Ziani (suite)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/rabia-ziani2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4529\" alt=\"rabia ziani\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/rabia-ziani2.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/rabia-ziani2.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/rabia-ziani2-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9tais un enfant sauvage, un bagarreur hors pair. Je revenais tous les jours \u00e0 la maison le nez en sang, la gandoura d\u00e9chir\u00e9e. Malgr\u00e9 les s\u00e9v\u00e8res remontrances de mon p\u00e8re, je recommen\u00e7ais le lendemain \u00e0 me bagarrer pour des futilit\u00e9s \u2013Ce gar\u00e7on, disait Grand-m\u00e8re, est une tornade. Il ne tient jamais en place ! Je voulais \u00eatre le plus fort des camarades de mon \u00e2ge et, assur\u00e9ment, j\u2019ai r\u00e9ussi. Tous vaincus par mes poings durs comme fer, m\u2019ob\u00e9issaient. J\u2019avais, tout de m\u00eame, une qualit\u00e9, je ne manquais jamais la classe. Par tous les temps, j\u2019allais \u00e0 l\u2019\u00e9cole du village, le ventre creux et habill\u00e9 d\u2019une gandoura, seul habit de toute l\u2019ann\u00e9e. Je ne me plaignais jamais de mon sort. L\u2019\u00e9cole de Tala Bouali, appel\u00e9e ainsi \u00e0 cause de la proximit\u00e9 de la fontaine du village du m\u00eame nom, ne poss\u00e9dait qu\u2019une classe qui recevait une cinquantaine d\u2019\u00e9l\u00e8ves. Les filles n\u2019\u00e9taient pas admises. Ce qu\u2019on appelle la classe unique regroupait dans le m\u00eame local des \u00e9l\u00e8ves du cours pr\u00e9paratoire au cours moyen 2<sup>\u00e8me<\/sup> ann\u00e9e. Les ma\u00eetres d\u2019autrefois \u00e9taient semblables \u00e0 des chefs d\u2019orchestre. Je rends hommage \u00e0 leur virtuosit\u00e9. Mon camarade de table \u00e9tait Lamrani Hac\u00e8ne, futur directeur de Budget de l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante. Plus jeune que moi de deux ans, il avait une m\u00e9moire ph\u00e9nom\u00e9nale, capable de r\u00e9citer un texte apr\u00e8s l\u2019avoir lu une seule fois. C\u2019\u00e9tait un adversaire redoutable. Nous nous battions pour la premi\u00e8re place. Moi, j\u2019avais la t\u00e9nacit\u00e9 pour arme et, lui, la m\u00e9moire. En classe, j\u2019apprenais sous la f\u00e9rule de Monsieur Cherfi, ma\u00eetre tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8re usant souvent de la baguette, le calcul, les sciences, la g\u00e9ographie, l\u2019histoire, dans une langue qui n\u2019\u00e9tait pas la mienne. J\u2019ingurgitais tout. J\u2019avais la boulimie du savoir. C\u2019est ainsi que j\u2019appris par c\u0153ur une trentaine de r\u00e9sum\u00e9s de g\u00e9ographie et autant en histoire d\u2019un pays que je ne connaissais que de nom. L\u2019histoire me passionnait \u00e0 cause de ses l\u00e9gendes. Je connaissais tous les rois de France, les fain\u00e9ants, les bons, les grands qui brillaient par leur grandeur, et m\u00eame les malins comme Louis XI. J\u2019admirais Vercing\u00e9torix, le g\u00e9ant gaulois qui lib\u00e9ra la France des Romains, j\u2019admirais Jeanne d\u2019Arc, une berg\u00e8re de Lorraine, qui chassa les Anglais d\u2019Orl\u00e9ans \u2013La pauvre fille fut br\u00fbl\u00e9e vive apr\u00e8s un revers de l\u2019histoire et j\u2019\u00e9tais sid\u00e9r\u00e9 par les exploits guerriers de Napol\u00e9on Bonaparte. La R\u00e9volution fran\u00e7aise de 1789 \u00e9veilla en moi des sentiments confus. Je compatissais pour les serfs\u2013 des paysans soumis \u00e0 un r\u00e9gime d\u00e9gradant et j\u2019applaudissais aux paroles audacieuses de Mirabeau qui dit au roi Louis XVI : \u00abNous sommes ici par la volont\u00e9 du peuple et nous ne sortirons de l\u00e0 que par la force des ba\u00efonnettes\u00bb. La mort de Robespierre, le r\u00e9volutionnaire incorruptible, me fit verser une larme. En g\u00e9ographie, j\u2019appris que la Terre \u00e9tait vaste. Aucun continent n\u2019avait plus de secret pour moi. De la France physique, \u00e9conomique, je connaissais tout. Je pouvais dessiner, les yeux ferm\u00e9s, le cours de la Seine, de la Loire\u2026 Mais de mon pays, l\u2019Alg\u00e9rie, je connaissais peu de choses en histoire comme en g\u00e9ographie. Ne croyez pas que je passais tout mon temps \u00e0 l\u2019\u00e9cole. J\u2019\u00e9tais aussi berger d\u2019un mouton, le mouton sacr\u00e9 de l\u2019A\u00efd. Cette besogne occupait mes jeudis et dimanches \u2013jours o\u00f9 on n\u2019avait pas classe. \u00catre berger a ses agr\u00e9ments. Ah ! les champs et toutes ses r\u00eaveries quand on est seul ! L\u2019indulgente nature m\u2019avait accord\u00e9 le plus cher de ses dons : le don des r\u00eaves. Pendant qu\u2019assis sur une roche, je contemplais le majestueux Djurdjura dont le sommet \u00e9tait couronn\u00e9 de neige. (\u00c0 suivre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019\u00e9tais un enfant sauvage, un bagarreur hors pair. Je revenais tous les jours \u00e0 la maison le nez en sang, la gandoura d\u00e9chir\u00e9e. 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