{"id":4636,"date":"2013-05-15T16:34:27","date_gmt":"2013-05-15T15:34:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4636"},"modified":"2013-09-24T16:38:24","modified_gmt":"2013-09-24T15:38:24","slug":"lire-tahar-djaout-le-chercheur-do","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/lire-tahar-djaout-le-chercheur-do\/","title":{"rendered":"Lire Tahar Djaout le chercheur d\u2019\u00d4"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/tahar-djjdj.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4637\" alt=\"tahar djjdj\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/tahar-djjdj.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/tahar-djjdj.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/tahar-djjdj-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Et seulement l\u00e0 o\u00f9 sont les tombes\/L\u00e0 aussi sont les r\u00e9surrections.\u00a0Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzche<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">l n\u2019est pas mort le po\u00e8te. Il est des n\u00f4tres, l\u2019esth\u00e8te, le romancier, le journaliste. Et il nous interpelle. Toujours il nous parle, parole de vie et de lumi\u00e8re fusant par-dessus sa moustache fournie, allong\u00e9e en crochet. Il nous regarde, rais de puret\u00e9 jaillis par derri\u00e8re l\u2019\u00e9pais rectangle noir de ses lunettes. Il nous emporte sur les territoires de \u00abl\u2019enfance sans cesse r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e\u00bb, suivant ainsi le sillage trac\u00e9 par Jean Amrouche, lui-m\u00eame habit\u00e9 par \u00abl\u2019esprit d\u2019enfance\u00bb. Avec \u00able sang du juste\u00bb et la dissidence rimbaldienne, il t\u00e9moigne pour nous, conteste pour nous, plaide pour nous. Nous caresse de son amour, un chant de \u00abl\u2019oiseau min\u00e9ral\u00bb et de son exigence, il nous heurte. Fr\u00e8re de S\u00e9nac, il est le soleil ardent. Et aussi le d\u00e9sert aride receleur des atlal ancestraux, le d\u00e9chiffreur de leur alphabet, hi\u00e9roglyphes de notre m\u00e9moire dirait Mohammed Dib. Il est \u00abl\u2019insurg\u00e9 qui porte la mer en lui\u00bb. \u00ab<i>Mer arable<\/i>\u00bb et plane o\u00f9 viennent s\u2019\u00e9tirer les pieds de sa montagne natale. Le fils d\u2019Azzefoun, l\u2019\u00ab<i>olivier<\/i>\u00bb -semblable \u00e0 Mohammed Khadda-\u00a0 enracin\u00e9 dans sa \u00abterre jalousement gard\u00e9e\u00bb, dit et peint le lieu de l\u2019origine d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9toilent les chemins vers l\u2019ailleurs. Il embrasse le monde dans sa diversit\u00e9 et ses diff\u00e9rences \u00e0 la mesure de sa g\u00e9n\u00e9reuse humanit\u00e9. Ici et l\u00e0 se source sa veine de \u00abpo\u00e8te voyageur\u00bb. Po\u00e9sie jamais \u00e9loign\u00e9e du r\u00e9el qui se trouve refa\u00e7onn\u00e9 \u00e0 l\u2019instar de ses histoires romanesques o\u00f9 la cr\u00e9ation est reconstruction pour des lendemains autres. Il est de ceux pour qui \u00ables bornes du possible sont moins \u00e9troites que nous le pensons\u00bb. Vivre avec la conscience d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent au monde. Toute l\u2019\u0153uvre de Tahar Djaout est \u00e0 l\u2019\u00e9coute du \u00abTestament d\u2019H\u00f6lderlin\u00bb dont il retient ces lignes\u00a0:<br \/>\n\u00abSoyez b\u00e9nis, beaux r\u00eaves de l\u2019enfance\/ qui me voiliez la mis\u00e8re de vivre. Vous avez fait pleurer les promesses du c\u0153ur. \/ Ce que je n\u2019aurais pas atteint, vous me l\u2019avez donn\u00e9.\u00bb <i>(Insulaire et compagnie<\/i>)<br \/>\nEt nous autres lecteurs, compagnons de Djaout, en sommes volontiers les complices t\u00e9moins.<br \/>\nNous dirons d\u2019abord que sa \u00abjeunesse \u00e9ternelle\u00bb est le contre- poids de la mort qu\u2019il ne perd jamais de vue, la convoquant avec insistance en po\u00e8me\u00a0:<br \/>\n\u00abL\u2019hiver est le temps des d\u00e9comptes\/et des cadavres qui nous questionnent. \/La mort s\u2019assied avec son broc et son visage familier\u00a0; \/elle aussi aime le feu\/ et la tristesse des vents chanteurs.<br \/>\nLe temps appr\u00eate ses agr\u00e8s\/vers le pays o\u00f9 g\u00e8lent les s\u00e8ves. \/Le vent adulte gonfle les voiles, \/mais l\u2019enfance t\u2019encha\u00eene \u00e0 ses caprices, \/aux profondeurs de la for\u00eat\/o\u00f9 chante l\u2019oiseau de nostalgie.La for\u00eat, mon p\u00e8re y dort\/pour que les plantes mangent son corps, \/pour que son sang rejoigne la s\u00e8ve\/des peupliers qu\u2019il abattait jadis. \/ Mais je porte son burnous et\/son visage burin\u00e9.<br \/>\nEt le cycle de l\u2019hiver reprend. (\u00abPo\u00e8me sur la mort\u00bb. <i>L\u2019\u00e9treinte du sablier<\/i>)<br \/>\nC\u2019est parce que la mort est une pr\u00e9sence \u00e9prouv\u00e9e \u2013\u00ab douce familiarit\u00e9 avec la mort\u00a0; mort cyclique et fatale comme le bl\u00e9, le laurier amer et le raisin sucr\u00e9\u00bb (<i>Les chercheurs d\u2019os<\/i>)- que le go\u00fbt de la vie redouble d\u2019intensit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 toucher aux horizons de la pl\u00e9nitude. On pourrait appliquer \u00e0 Tahar Djaout ce que Camus disait de lui-m\u00eame\u00a0: \u00abJe comprends que toute mon horreur de mourir tient dans ma jalousie de vivre.\u00bb (<i>Le vent \u00e0 Dj\u00e9mila)<\/i>. Et Camus aurait pu, comme Djaout, se d\u00e9clarer \u00eatre \u00abde l\u2019AUTRE RACE celle des hommes qui portent jusqu\u2019aux tr\u00e9fonds de leurs neurones des mill\u00e9naires de soleil.\u00bb (<i>L\u2019arche \u00e0 vau-l\u2019eau)<br \/>\n<\/i>L\u2019amour de la vie chez Tahar Djaout rev\u00eat un sens tragique, intimement li\u00e9 par ailleurs au r\u00eave qui anime l\u2019engagement et impulse le combat contre la mort aux multiples visages. Ainsi se tisse comme une relation dialectique entre le r\u00e9el souvent agressif et le r\u00eave qui tente de le rendre inoffensif. L\u00e0 r\u00e9side le travail de l\u2019\u00e9crivain. Son esth\u00e9tique se construit dans l\u2019espace de la travers\u00e9e et de l\u2019interaction d\u2019entre ces deux p\u00f4les antith\u00e9tiques\u00a0; \u00abc\u2019est en partant d\u2019un d\u00e9calage, d\u2019une pluralit\u00e9 antagonique (\u2026) que j\u2019aime m\u2019inscrire dans la litt\u00e9rature.\u00bb Et pour faire \u0153uvre d\u2019art il faut, dit-il, \u00abtransgresser le rapport de la repr\u00e9sentativit\u00e9. (\u2026) le propre de l\u2019\u00e9crivain est de cr\u00e9er le malentendu par rapport au r\u00e9el.\u00bb (Alg\u00e9rie Actualit\u00e9, N\u00b0 995, 8-14 novembre 1984). On reconnaitra ici l\u2019h\u00e9ritage des surr\u00e9alistes de la lign\u00e9e de Ren\u00e9 Char ou Eluard. Mais pas seulement. Sur les traces de Rimbaud, le travail op\u00e9r\u00e9 sur la langue \u00e0 r\u00e9inventer, travail de d\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 et de cr\u00e9ation\u00a0 m\u00e9talinguistique, instaure la parole neuve, n\u00e9e de la cassure et de la fragmentation, la marque stylistique toute personnelle de Djaout. C\u2019est par rapport \u00e0 cette conception de l\u2019\u00e9criture et du langage qu\u2019il d\u00e9voile son sens de la \u00abr\u00e9volution\u00bb et de \u00abl\u2019engagement\u00bb\u00a0:\u00a0\u00abL\u2019id\u00e9e de r\u00e9volution devient chez l\u2019\u00e9crivain (et chez les artistes en g\u00e9n\u00e9ral) une sonde qui palpe l\u2019\u00eatre profond et lib\u00e8re les forces qui y sont encloses. Mais l\u2019impr\u00e9gnation de ces forces \u00e0 la conscience, ne peut se r\u00e9aliser sans l\u2019\u00e9laboration de formes de plus en plus pr\u00e9cises. Chaque \u00e9nergie qui fuse pour prendre forme, exige la rigueur d\u2019un contenant neuf et solide, d\u2019un langage renouvel\u00e9 et fortifi\u00e9.\u00bb (Alg\u00e9rie Actualit\u00e9, N\u00b0 995, 8-14 novembre 1984. Alg\u00e9rie Actualit\u00e9, N\u00b0 961, 15-21 Mars 1984)<br \/>\nForgeron de cette \u00e9criture r\u00e9volutionnaire qui se pare aussi de l\u2019humour et de l\u2019ironie d\u00e9capante, Djaout revisite l\u2019histoire et la m\u00e9moire du Maghreb \u2013 \u00abNuit du Nom\u00bb- dans son roman <i>L\u2019Invention du d\u00e9sert,<\/i> o\u00f9 se r\u00e9active l\u2019unit\u00e9 duelle de la vie et de la mort, le tandem mythique de l\u2019\u0153uvre enti\u00e8re.<br \/>\nLe narrateur voyageur, dans ses p\u00e9r\u00e9grinations, semble poursuivre l\u2019ombre de Rimbaud, cit\u00e9 en exergue\u00a0:\u00a0\u00abLe monde est tr\u00e8s grand et plein de contr\u00e9es magnifiques que la vie de mille hommes ne suffirait pas \u00e0 visiter.\u00bb (Lettre d\u2019Aden, 188). Et dans sa course \u00e0 travers les d\u00e9serts du Maghreb et celui arabique, il s\u2019interroge\u00a0:\u00a0\u00abRimbaud est-il jamais pass\u00e9 par l\u00e0\u00a0?\u00bb (P.103). Innocente interrogation\u00a0? Assur\u00e9ment un clin d\u2019\u0153il pour d\u00e9signer la filiation litt\u00e9raire qui lui tient \u00e0 c\u0153ur quand il entreprend d\u2019\u00e9crire, l\u2019\u00e9pisode m\u00e9di\u00e9val du Maghreb\u00a0; \u00e9pisode \u00e9gar\u00e9, oubli\u00e9 et dont la qu\u00eate ressemble fort \u00e0 une utopie. Parcourant les contr\u00e9es, dans une sorte d\u2019essoufflement, le texte marque comme une pause pour \u00e9noncer un constat d\u2019\u00e9chec\u00a0:<br \/>\n\u00abOn se donne l\u2019illusion de revivre en entreprenant des voyages \u00e0 rebours, mais on ne fait en v\u00e9rit\u00e9 que rendre la mort plus imminente\u00bb (P.188) (&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et seulement l\u00e0 o\u00f9 sont les tombes\/L\u00e0 aussi sont les r\u00e9surrections.\u00a0Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzche l n\u2019est pas mort le po\u00e8te. Il est des n\u00f4tres, l\u2019esth\u00e8te, le romancier, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[4,158],"tags":[],"class_list":["post-4636","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dossier","category-n25"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4636","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4636"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4636\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4639,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4636\/revisions\/4639"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4636"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4636"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4636"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}