{"id":4697,"date":"2013-09-15T12:07:40","date_gmt":"2013-09-15T11:07:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4697"},"modified":"2013-10-23T09:15:17","modified_gmt":"2013-10-23T08:15:17","slug":"lettre-de-rabia-ziani-suite-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/lettre-de-rabia-ziani-suite-2\/","title":{"rendered":"Lettre de Rabia Ziani (suite)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/rabia-ziani.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4698\" alt=\"rabia ziani\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/rabia-ziani.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/rabia-ziani.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/10\/rabia-ziani-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a>&#8230; Et acheta une tablette de chocolat noir et dit en me la tendant : \u00abTiens, c\u2019est pour toi, tu l\u2019as bien m\u00e9rit\u00e9e.\u00a0Je crois que dans ma vie, on ne m\u2019a jamais fait un cadeau aussi somptueux \u2013 supr\u00eame sacrifice d\u2019un p\u00e8re pauvre. Ma m\u00e8re attendait mon retour \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village, debout devant un olivier centenaire. Oh ! Je revois-apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es, cette image de ma ch\u00e8re m\u00e8re anxieuse, toujours v\u00eatue de sa robe aux couleurs chatoyantes serr\u00e9e par une ceinture de laine. Ce fut mon p\u00e8re qui annon\u00e7a mon succ\u00e8s\u00a0\u2013 Un youyou strident d\u00e9chira l\u2019air et r\u00e9veilla tout un village. Ensuite congratula par les grands, par les petits, je fis une entr\u00e9e triomphale \u00e0 la maison natale qui me fit penser \u00e0 une sc\u00e8ne de l\u2019Odyss\u00e9e o\u00f9 Ulysse entra dans Ithaque. Pour exprimer sa grande joie, ma m\u00e8re fit le sacrifice d\u2019un de ses poules pondeuses- La vente de ses \u0153ufs \u00e9tait sa seule ressource. Tous, ces sacrifices de mes parents m\u2019avaient touch\u00e9. Une cuisse de poulet au grain, avec un couscous blanc, un festin de roi et dans mes r\u00eaves de cette nuit m\u00e9morable, je me voyais d\u00e9j\u00e0 au sommet de la gloire.\u00a0H\u00e9las ! Quelques mois plus tard, je dus d\u00e9chanter. Mon p\u00e8re ne pouvait payer ma pension au coll\u00e8ge de Tizi-Ouzou. Et maintenant que faire de ce grand gar\u00e7on qui allait vers ces 15 ans ? Mon p\u00e8re eut l\u2019id\u00e9e de m\u2019occuper utilement en m\u2019achetant 4 moutons \u00e0 la fois. Il avait calcul\u00e9 que ce troupeau engraiss\u00e9,\u00a0 rapporterait en fin d\u2019ann\u00e9e le prix d\u2019un mouton pour l\u2019a\u00efd, ainsi, il n\u2019aurait rien \u00e0 d\u00e9bourser pour cette f\u00eate sacr\u00e9e. Me voil\u00e0 berger bien que j\u2019ai le dipl\u00f4me du C.E.P sign\u00e9 par l\u2019inspecteur de l\u2019acad\u00e9mie d\u2019Alger lui-m\u00eame, un beau dipl\u00f4me d\u00e9cor\u00e9 de palmer et grand comme un carreau d\u2019une fen\u00eatre, je l\u2019ai conserv\u00e9 pr\u00e9cieusement cette relique de mon pass\u00e9, et je lui accorde plus d\u2019importance que tous les dipl\u00f4mes que j\u2019ai eu apr\u00e8s. Pendant que je veillais sur mes moutons \u2013 attention au chacal, me disait mon p\u00e8re, j\u2019\u00e9tais plein de ressentiments. \u00c0 quoi m\u2019a servi de savoir que la longueur de la Loire est de 1000 km, que Charlemagne a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9 empereur en l\u2019an 800, que c\u2019est injuste ! Mais comme j\u2019\u00e9tais un grand r\u00eaveur, je vous l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, je n\u2019\u00e9tais pas tout \u00e0 fait malheureux. J\u2019avais toute la compagne pour moi. Des oiseaux, des fleurs, agr\u00e9ment\u00e9e d\u2019un ciel bleu de ma Kabylie, je r\u00eavais donc. Au village, tout le monde savait que j\u2019\u00e9tais un \u00e9rudit avec mon dipl\u00f4me du C.E.P et voil\u00e0 que des retrait\u00e9s-anciens\u2005combattants pour la plupart, puis des femmes d\u2019\u00e9migr\u00e9s me sollicitaient pour des lettres. Notre ma\u00eetre nous a appris \u00e0 r\u00e9diger des lettres administratives que l\u2019on termine par une formule de politesse. Veuillez agr\u00e9er, monsieur le Maire mes salutations tr\u00e8s distingu\u00e9es. Mes pour les lettres familiale,\u00a0\u00a0il disait : Laisser parler le c\u0153ur. Me voil\u00e0 devenu \u00e9crivain publique de village. Parmi mes clientes, il y avait des jeunes et des belles- des vieilles et des laides comme Nana Aicha, \u00e9dent\u00e9 et rid\u00e9e comme une pomme et dont le fils unique \u00e9tait engag\u00e9 dans la guerre de l\u2019Indochine. (\u2026) L\u2019une d\u2019elle dont j\u2019ai encore souvenir, se terminait par un dessin au crayon, une caricature d\u2019un soldat au garde \u00e0 vous, la main droite sur la tempe, avec une inscription des plus comique, \u00abLakhdar Sao\u00fbl\u00bb. J\u2019\u00e9tais r\u00e9num\u00e9r\u00e9 avec des \u0153ufs pour les efforts que je faisais pour traduire les effusions d\u2019une m\u00e8re priv\u00e9e de son fils, au bout du monde.\u00a0Parmi les jeunes et les belles, il en \u00e9tait une qui excitait mon imagination, j\u2019appr\u00e9hendais le jour o\u00f9 j\u2019allais la voir pour r\u00e9pondre \u00e0 une lettre de son marie \u00e9migr\u00e9 en France. Elle me recevait chez elle, une grande pi\u00e8ce au premier \u00e9tage. Elle n\u2019avait pour meuble que sa malle de mari\u00e9e qu\u2019elle mettait entre nous deux assis sur des coussins. Je l\u2019\u00e9coutais le stylo \u00e0 la main. Plus belle que le r\u00eave, cette cr\u00e9ature m\u2019\u00e9blouissait, m\u2019attirait et en m\u00eame temps me faisait peur. Je croyais voir dans son regard une expression de tristesse. Et une fois je l\u2019ai vue pleurer, cela m\u2019affligeait. Cette dame se nommait Rosa.\u00a0Maintenant qu\u2019elle est morte, je lui rends hommage pour avoir \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re femme que j\u2019ai d\u00e9sir\u00e9e. <i>Rien ne vaut les premiers r\u00eaves des hommes<\/i>, disait Anatole France dans <i>Le livre de mon ami.<\/i>..<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0(\u00c0 suivre)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230; Et acheta une tablette de chocolat noir et dit en me la tendant : \u00abTiens, c\u2019est pour toi, tu l\u2019as bien m\u00e9rit\u00e9e.\u00a0Je crois que dans ma [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[7,159],"tags":[],"class_list":["post-4697","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-au-fil-des-pages","category-n-28"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4697","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4697"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4697\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4770,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4697\/revisions\/4770"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4697"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4697"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4697"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}