{"id":4831,"date":"2013-10-15T09:53:18","date_gmt":"2013-10-15T08:53:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4831"},"modified":"2013-11-24T09:53:27","modified_gmt":"2013-11-24T08:53:27","slug":"lettre-de-rabia-ziani-suite-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/lettre-de-rabia-ziani-suite-3\/","title":{"rendered":"Lettre de Rabia Ziani, (suite)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/lettre-de-ziani.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4832\" alt=\"lettre de ziani\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/lettre-de-ziani.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/lettre-de-ziani.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2013\/11\/lettre-de-ziani-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a>\u2026 Un jour, en rentrant des champs avec mon troupeau, je croisai mon vieux maitre.\u00a0 Il s\u2019approcha de moi, mit sa main sur mon \u00e9paule et dit \u00e9mu\u00a0:\u00a0\u00abRabia, courage, je connais ta t\u00e9nacit\u00e9 \u2013Tes efforts en classe ne seront pas vains. Un jour tu seras r\u00e9compens\u00e9.\u00bb\u00a0J\u2019\u00e9tais en col\u00e8re contre le destin, mais je ne m\u2019avouais pas pour autant vaincu. Je ramassais des olives pour les vendre, je louais mes bras dans les chantiers, je faisais toutes sortes de petits travaux pour gagner de l\u2019argent. Il m\u2019a fallu assez pour mon voyage en France, car je ne r\u00eavais que de \u00e7a. Partir, partir loin d\u2019ici. Un jour, en compagnie de mon ami Belkacem \u2013futur Moudjahid\u2013 je fis une escapade.\u00a0 Nous quitt\u00e2mes le village pour aller conqu\u00e9rir la Mitidja, le Sahel. J\u2019ai fait le portefaix \u00e0 la guerre d\u2019El Harrach\u2013 j\u2019ai d\u00e9charg\u00e9 des camions de briques, de tuiles. Je me suis bless\u00e9 au genou, une cicatrice que je garde encore. J\u2019ai dormi dans les <i>hammam<\/i>, dans les champs de vigne, dans des hangars sordides. Toujours en mouvement, j\u2019ai sillonn\u00e9 les routes de Sidi-Moussa, de Boufarik, de Douira, et parvenu enfin \u00e0 Baba Hassan, un colon m\u2019offrit du travail, comme domestique de maison. Si je n\u2019\u00e9tais pas rest\u00e9 longtemps dans cette demeure cossue o\u00f9 j\u2019\u00e9tais bien nourri, c\u2019est \u00e0 cause d\u2019un malentendu. La patronne avait la manie d\u2019exprimer son m\u00e9contentement par cette expression : \u00abnom d\u2019un chien!\u00bb. \u00ab<i>Ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019on balaie, nom d\u2019un chien\u00a0!<\/i>&#8230; J\u2019\u00e9tais bless\u00e9 dans mon amour propre, car je pris cette interjection pour une insulte. Aussi, je pris cong\u00e9 de mon patron sans m\u00eame demander mon d\u00fb\u00a0: Le salaire de 10 jours de travail.\u00a0Au bout d\u2019un mois, je rentrai \u00e0 la maison, amaigri et plus amer qu\u2019\u00e0 mon d\u00e9part. Je maudissais mon sort, en reprenant mon r\u00f4le\u00a0 de berger. D\u00e8s lors je ha\u00efssais tous les moutons du monde. Aussi, je faisais fi des recommandations de mon p\u00e8re\u00a0: \u00abAttention au chacal.\u00bb Je passais mon temps \u00e0 faire des projets d\u2019avenir \u2013Je r\u00eavassais\u2013 et pendant ce temps, ce qui devait arriver arriva, un chacal s\u2019\u00e9tait attaqu\u00e9 au plus beau de mes moutons et l\u2019avait \u00e9ventr\u00e9. C\u2019\u00e9tait penaud et bien triste que je rapporte la nouvelle \u00e0 mon p\u00e8re. Je n\u2019ai jamais vu celui-ci aussi abattu. Il ne me frappa pas. Il leva seulement les mains vers le ciel et dit\u00a0: \u00abMon Dieu, pourquoi \u00e7a\u00a0?\u00bb\u00a0Pour l\u2019a\u00efd de 1949, nous n\u2019e\u00fbmes pas de moutons \u00e0 sacrifier, mais des voisins charitables nous avaient offert de bon c\u0153ur gigot, \u00e9paule et m\u00eame une t\u00eate de mouton, car rien ne vaut le <i>bouzlouf<\/i> de l\u2019a\u00efd. Mon oncle M\u00e9ziane qui ne manquait jamais \u00e0 la tradition m\u2019offrit cette fois un billet de 100 francs. Oh\u00a0! Cher tonton, si tu savais, toi qui repose au cimeti\u00e8re d\u2019Ain Zaoua, si tu savais tout le bonheur que tu as donn\u00e9 ce jour- l\u00e0 \u00e0 un jeune homme, c\u2019\u00e9tait moi, qui r\u00eavais de conqu\u00e9rir la France. L\u2019eldorado dont je r\u00eavais n\u2019\u00e9tait finalement qu\u2019un enfer comme on le verra dans mes souvenirs du temps perdu.\u00a0Au printemps de l\u2019ann\u00e9e 1950, je fis mes comptes, j\u2019avais amass\u00e9 la somme de 4000 francs, assez pour me payer un billet de bateau Alger-Marseille. Une fois sur le sol fran\u00e7ais, advienne que pourra. Pas de temps \u00e0 perdre, je me fis d\u00e9livrer une carte d\u2019identit\u00e9 par la commune mixte de Dra-El-Mizan en passant par l\u2019interm\u00e9diaire de ca\u00efd Benamar que je gratifiais d\u2019une pi\u00e8ce de monnaie, chose courante \u00e0 cette \u00e9poque. Je n\u2019eus \u00e0 souffrir que de deux voyages de 30 km \u00e0 pied, aller et retour entre mon village et Dra-El-Mizan. J\u2019achetai \u00e0 un fripier de Boughni une chemise, un pantalon et une veste. Le pantalon \u00e9tait trop long, je le fis raccourcir par le tailleur du village. Ensuite je fis signer \u00e0 mon p\u00e8re une autorisation paternelle me remettant aux bons soins d\u2019un adulte, en l\u2019occurrence, Haddadi Mohamed, cousin maternel. Haddadi \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque instituteur \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Merdja et chaque ann\u00e9e, b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019un voyage gratuit par bateau en classe touristique ne manquait jamais de se rendre en France. C\u2019\u00e9tait donc en compagnie de ce futur \u00e9crivain auteur du <i>Combat des Veuves <\/i>que le 20 juin 1950, j\u2019embarquai sur la \u00abVille d\u2019Alger\u00bb en partance pour Marseille. Cet homme bon sera plus tard un de mes meilleurs amis. Pendant la Guerre de lib\u00e9ration, il enseignera \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la cit\u00e9 Nador, Clos Salembier, sous la direction de Mouloud Feraoun. Il faut croire que la cit\u00e9 Nador a inspir\u00e9 quatre \u00e9crivains\u00a0: Feraoun, Haddadi, Le\u00efla Sebbar et moi. Ce voyage tant d\u00e9sir\u00e9, je crois que je l\u2019aurais fait m\u00eame \u00e0 la nage. Je n\u2019eus de gros chagrin qu\u2019au moment ou je fis mes adieux \u00e0 ma ch\u00e8re m\u00e8re en larmes. <i>\u00abVa, mon fils, <\/i>me dit-elle<i> <\/i>en sanglotant<i>, tu as ma b\u00e9n\u00e9diction\u00bb<\/i>. Je m\u2019arrachai de ses bras en pleurs. Cette image poignante je la garde encore en moi. De prime abord, j\u2019\u00e9tais d\u00e9\u00e7u en foulant le sol fran\u00e7ais. Ce n\u2019\u00e9tait pas la France de mes livres que je trouvais.\u00a0Je ne sais pourquoi, j\u2019avais cette impression\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A suivre<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2026 Un jour, en rentrant des champs avec mon troupeau, je croisai mon vieux maitre.\u00a0 Il s\u2019approcha de moi, mit sa main sur mon \u00e9paule et dit [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[7,160],"tags":[],"class_list":["post-4831","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-au-fil-des-pages","category-n-29"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4831","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4831"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4831\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4833,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4831\/revisions\/4833"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4831"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4831"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4831"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}