{"id":4927,"date":"2014-01-12T14:05:48","date_gmt":"2014-01-12T13:05:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4927"},"modified":"2014-01-15T14:56:04","modified_gmt":"2014-01-15T13:56:04","slug":"rene-sintes-le-peintre-assassine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/rene-sintes-le-peintre-assassine\/","title":{"rendered":"Ren\u00e9 Sint\u00e8s, le peintre assassin\u00e9"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Ren\u00e9-Sint\u00e8s.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4924\" alt=\"Ren\u00e9 Sint\u00e8s,\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Ren\u00e9-Sint\u00e8s.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Ren\u00e9-Sint\u00e8s.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Ren\u00e9-Sint\u00e8s-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a>N\u00e9 \u00e0 Alger le 25 janvier 1933 d\u2019une m\u00e8re alg\u00e9rienne, Moulaise Bensa\u00efah, originaire de Bordj Bou Naama dans la r\u00e9gion de l\u2019Ouarsenis, et d\u2019un p\u00e8re europ\u00e9en dont la famille avait \u00e9migr\u00e9 depuis l\u2019\u00eele de Minorque, comment d\u00e9cider, devant la conjugaison de son double h\u00e9ritage, d\u2019une unique appartenance de Ren\u00e9 Sint\u00e8s ? Mais nulle h\u00e9sitation, dans leur folie meurtri\u00e8re, pour les tueurs de l\u2019 \u00abAlg\u00e9rie fran\u00e7aise\u00bb. Le 25 mai 1962, deux mois avant l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, Sint\u00e8s dispara\u00eet \u00e0 l\u2019\u00e2ge de vingt-neuf ans, lors d\u2019un enl\u00e8vement \u00e0 son domicile d\u2019El Biar par un commando de l\u2019O.A.S. L\u2019origina\u00aclit\u00e9 de sa peinture avait \u00e9t\u00e9 rapidement reconnue. \u00abDe tous les jeunes peintres alg\u00e9rois, Sint\u00e8s est celui qui a pouss\u00e9 le plus loin ses recherches dans la voie du d\u00e9pouillement et des accords simplement plastiques\u00bb, observe un article qui rend compte en, 1960, de sa deuxi\u00e8me exposition. Peu de temps apr\u00e8s sa mort, deux de ses toiles, Calme et Soir, sont acquises par le Mus\u00e9e National des Beaux-Arts d\u2019Alger. Dans le cadre de sa r\u00e9ouverture est organis\u00e9e en 1963 \u00e0 la salle Ibn Khaldoun pour les \u00abF\u00eates du 1er novembre\u00bb l\u2019exposition \u00abPeintres alg\u00e9riens\u00bb dans laquelle, en un hom\u00acmage symbolique, Soir est pr\u00e9sent\u00e9. Dressant quelques mois plus t\u00f4t un panorama de la peinture en Alg\u00e9rie, Jean S\u00e9nac situait semblablement Sin\u00act\u00e8s aux c\u00f4t\u00e9s des peintres de la \u00abg\u00e9n\u00e9ration de 1930\u00bb, la plupart d\u2019entre eux \u00e9tant n\u00e9s autour de cette ann\u00e9e, Issiakhem et Khadda, Benanteur, Mesli et Baya, aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9s comme les v\u00e9ritables fondateurs de l\u2019art moderne en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Parmi les peintres alg\u00e9riens<\/p>\n<p>Trois tableaux de Sint\u00e8s figurent encore, en avril 1964, dans la plus large exposition, \u00e9galement intitul\u00e9e \u00abPeintres alg\u00e9riens\u00bb, pr\u00e9sent\u00e9e au Mus\u00e9e des Arts d\u00e9\u00adcoratifs de Paris et en 1967 le Centre Culturel Fran\u00e7ais d\u2019Alger organise une r\u00e9trospective de ses peintures et gouaches, pr\u00e9fac\u00e9e par Jean de Maisonseul. La bri\u00e8ve\u00adt\u00e9 de l\u2019itin\u00e9raire de Ren\u00e9 Sint\u00e8s, l\u2019\u00e9volution rapide qu\u2019il manifeste, d\u2019une figuration de plus en plus libre \u00e0 une non-figuration toute personnelle, comme si le peintre se ressentait press\u00e9 par le temps, rendent d\u2019autant plus remarquable son oeuvre tragiquement interrompue. Elle se caract\u00e9rise, en effet, par une double originalit\u00e9, par rapport au climat plastique plut\u00f4t traditionnel de l\u2019\u00ab\u00c9cole d\u2019Alger\u00bb dans lequel elle d\u00e9bute et dont elle se d\u00e9tache, puis par la voie nouvelle qu\u2019elle ouvre au milieu des cheminements divers emprunt\u00e9s par les peintres de l\u2019abstraction.<\/p>\n<p>Premiers cheminements<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin de ses \u00e9tudes au lyc\u00e9e, Ren\u00e9 Sint\u00e8s r\u00e9alise sur le motif des gouaches du port d\u2019Alger et des rivages proches menant \u00e0 Tipasa. De 1949 \u00e0 1953, il fr\u00e9quente l\u2019\u00c9cole Normale d\u2019Instituteurs de Bouzareah, o\u00f9 l\u2019encourage son professeur d\u2019art plastique, J.A.R. Durand. Rencontre d\u00e9terminante : son \u00abamiti\u00e9, plus qu\u2019une influence, lui apporte la confiance, les \u00e9changes et les critiques n\u00e9ces\u00adsaires pour lui faire prendre conscience de sa cr\u00e9ation\u00bb, note Maisonseul.<\/p>\n<p>Au del\u00e0 de la peinture, Sint\u00e8s appara\u00eet ouvert \u00e0 l\u2019en\u00adsemble des langages artistiques, prend part aux activit\u00e9s du Centre r\u00e9gional d\u2019art dramatique d\u2019Alger, fait en 1952 son premier voyage en France \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un stage au Centre r\u00e9gional de Paris et accompagne durant l\u2019\u00e9t\u00e9 l\u2019une de ses tourn\u00e9es. Il rencontre Edmond Charlot \u00e0 la nou\u00advelle librairie-galerie \u00abRivages\u00bb que l\u2019\u00e9diteur a ouverte rue Didouche Mourad apr\u00e8s son retour, deux ans plus t\u00f4t, \u00e0 Alger. C\u2019est sans doute d\u00e8s cette \u00e9poque qu\u2019il d\u00e9ve\u00adloppe la vaste culture artistique qu\u2019\u00e9voque Maisonseul : \u00abSint\u00e8s se forme seul, en dehors de toute \u00e9cole : il sur\u00adprend la po\u00e9sie de Rimbaud \u00e0 Saint-John Perse, la mu\u00adsique de Bach \u00e0 Bartok, la peinture d\u2019Ucello \u00e0 Braque\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ses premi\u00e8res peintures, champs verdoyants, arbres et haies sur l\u2019horizon marin, un geste souple anime une mati\u00e8re richement color\u00e9e. Toiles printani\u00e8res, la lumi\u00e8re n\u2019y a pas suspendu les couleurs, que blanchira plus tard la fournaise solaire de l\u2019\u00e9t\u00e9. \u00c0 distance des cli\u00adch\u00e9s pittoresques du premier orientalisme acad\u00e9mique, caf\u00e9s maures ou odalisques dans leurs patios, mara\u00adbouts et palmiers, caravanes au bord de l\u2019oued, Sint\u00e8s commence par s\u2019inscrire dans le courant paysagiste qui, \u00e0 travers une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de peintres, anime l&rsquo; \u00abEcole d\u2019Alger\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019origine, l\u2019expression d\u00e9signe, malgr\u00e9 les r\u00e9serves des \u00e9crivains eux-m\u00eames, le courant litt\u00e9raire repr\u00e9sent\u00e9, hors de toute th\u00e9orie, par Gabriel Audisio, Albert Camus, Emmanuel Robl\u00e8s. Dans le domaine des arts plastiques l\u2019\u00ab\u00c9cole d\u2019Alger\u00bb, intimid\u00e9e par les audaces du cubisme, du surr\u00e9alisme comme de l\u2019abstraction, demeure plut\u00f4t attach\u00e9e \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019un quotidien il est vrai moins exotique qu\u2019en ses premiers moments, poursui\u00advant son chemin le plus g\u00e9n\u00e9ralement en marge des mu\u00adtations que faisait para\u00eetre \u00abl\u2019envol\u00e9e lyrique\u00bb de la nou\u00advelle Ecole de Paris. \u00c0 partir de cette distance insulaire que gardent la plupart des artistes d\u2019Alger, il ne faudra que quelques ann\u00e9es \u00e0 Sint\u00e8s pour rejoindre le pr\u00e9sent actif de la cr\u00e9ation picturale.<\/p>\n<p>En 1952, il voit \u00e0 Paris -il le note dans ses carnets<i>\u2014 <\/i>au Palais de Tokyo une exposition de Rouault et une pr\u00e9sen\u00adtation de l\u2019 \u00abArt mexicain du pr\u00e9colombien \u00e0 nos jours\u00bb, \u00e0 l\u2019Orangerie des Tuileries un panorama des \u00abNatures mortes \u00e0 travers les Ages\u00bb, notamment de Van Gogh, Picasso, Matisse et Braque, \u00e0 la galerie Maeght des oeuvres de Braque et Chagall. Au Mus\u00e9e d\u2019art moderne Sint\u00e8s a-t-il l\u2019occasion d\u2019approcher alors les peintures des jeunes artistes non-figuratifs sur lesquelles seuls de tr\u00e8s rares ouvrages ont \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019alors publi\u00e9s ?<\/p>\n<p>Son s\u00e9jour ne semble cependant pas avoir de r\u00e9percus\u00adsions imm\u00e9diates sur sa d\u00e9marche. C\u2019est encore dans une attention r\u00e9aliste qu\u2019il substitue \u00e0 la vive clart\u00e9 de ses peintures ant\u00e9rieures la lumi\u00e8re t\u00e9nue, les gris nombreux au milieu desquels transparaissent sous l\u2019hiver les arbres d\u00e9nud\u00e9s, les ponts et fa\u00e7ades des quais de Seine. L\u2019ind\u00e9\u00adcision des silhouettes d\u2019usines et de p\u00e9niches qui, dans <i>La Seine \u00e0 Courbevoie<\/i>, affleurent du cr\u00e9puscule anticipe cependant sur la conjugaison de l\u2019ombre, des eaux et des bateaux qui sera l\u2019une des caract\u00e9ristiques de son che\u00adminement futur. A travers la vivacit\u00e9 de son graphisme un glissement s\u2019op\u00e8re durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1953 dans sa peinture autour de visions du port et des \u00e9difices de <i>Rouen <\/i>puis dans une recr\u00e9ation toute allusive, \u00e0 l\u2019automne, des m\u00e2ts, voiles et filets des bateaux de p\u00eacheurs de <i>Bou Haroun<\/i>.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es de guerre<\/p>\n<p>Sint\u00e8s int\u00e8gre en 1955, apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 son service militaire, sa fonction dans l\u2019enseignement. Ann\u00e9es d\u00e9ci\u00adsives : il se lie d\u2019amiti\u00e9 avec l\u2019urbaniste et peintre Jean de Maisonseul qu\u2019il rencontre \u00e0 la librairie d\u2019Edmond Charlot. \u00abIl habitait la rue de la Marine d\u2019o\u00f9 la Casbah s\u2019\u00e9tageait de ses fen\u00eatres\u00bb : Maisonseul se souviendra de leurs promenades \u00abdu port \u00e0 la haute-ville\u00bb. Au tout d\u00e9\u00adbut des ann\u00e9es 1930, il l\u2019avait fait parcourir \u00e0 Le Corbu\u00adsier, mesurant avec lui les dimensions des marches des escaliers et des ouvertures, des niches et des terrasses, pour d\u00e9couvrir des constantes qui se retrouveront dans le \u00abModulor\u00bb. Tous les trois d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es les a\u00een\u00e9s de Sint\u00e8s, Maisonseul, Charlot et JAR Durand ne cesseront d\u2019\u00eatre attentifs \u00e0 son travail, composant pour lui comme une famille d\u2019esprits au milieu de laquelle il va continuer de construire sa peinture et sa vie m\u00eame.<\/p>\n<p>Maisonseul a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019aventure des \u00abAmis du Th\u00e9\u00e2tre arabe\u00bb, groupe de Fran\u00e7ais humanistes et de \u00abMusul\u00admans d\u00e9mocrates\u00bb pr\u00f4nant un authentique dialogue interculturel. Quand Albert Camus se rend \u00e0 Alger en janvier 1956, il y retrouve ses amis, Charlot, Maisonseul, Charles Poncet, l\u2019architecte Louis Miquel, Emmanuel Robl\u00e8s ou Amar Ouzegane, futur ministre des premiers gouvernements alg\u00e9riens. Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s que lui opposent les jusqu\u2019au-boutistes de l\u2019Alg\u00e9rie coloniale, Camus organise une r\u00e9union pour lancer son \u00abAppel pour une tr\u00eave civile\u00bb. Evelyne Chauvin, que Ren\u00e9 Sint\u00e8s a \u00e9pous\u00e9e en d\u00e9cembre 1955, s\u2019est charg\u00e9e de dactylo\u00adgraphier le manuscrit du texte qu\u2019a r\u00e9dig\u00e9 Camus. Dans la salle, Ferhat Abbas est pr\u00e9sent, dehors les \u00abultras\u00bb menacent Camus de mort. \u00ab De quoi s\u2019agit-il ? D\u2019obtenir que le mouvement arabe et les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, sans avoir \u00e0 entrer en contacts, ni \u00e0 s\u2019engager \u00e0 rien d\u2019autre, d\u00e9clarent, simultan\u00e9ment, que, pendant toute la dur\u00e9e des troubles, la population civile sera, en toute occasion, respect\u00e9e et prot\u00e9g\u00e9e.\u00bb, propose-t-il.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ces circonstances que Sint\u00e8s le rencontre, c\u00f4\u00adtoie Robl\u00e8s avec qui il demeure li\u00e9 et, en peu de temps, devient proche des grandes figures des \u00ablib\u00e9raux\u00bb d\u2019Alger, marginalis\u00e9s, \u00e9conduits et malmen\u00e9s par le pouvoir fran\u00e7ais. En mai Maisonseul, accus\u00e9 d\u2019atteinte \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, est ainsi emprisonn\u00e9 \u00e0 Barberousse mais, \u00e9nergiquement d\u00e9fendu par Camus, lib\u00e9r\u00e9 en juin. Six mois plus tard commence la sanglante Bataille d\u2019Alger. Dat\u00e9e du 19 mars 1956, une correspondance de sa femme laisse entrevoir l\u2019amertume que ressent Sint\u00e8s<i>. <\/i>\u00abUn soir de tourmente\u00bb, il lui dit combien il \u00abne vou\u00adlait ni n\u2019avait \u00e0 payer pour les fautes commises par ses anc\u00eatres fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie. (\u2026) Cette terre a \u00e9t\u00e9 pressu\u00adr\u00e9e par la colonisation, sans \u00e9change, et c\u2019est nous qui en prenons les cons\u00e9quences\u00bb, \u00e9crit Evelyne Chauvin, qui poursuit : \u00abNos vies en effet ne tiennent qu\u2019\u00e0 un hasard. (\u2026) Je ne sais que souffrir pour un peuple que j\u2019ai re\u00adconnu mien, qui demande sa libert\u00e9 \u00e0 un autre peuple r\u00e9put\u00e9 dans toute l\u2019histoire pour cette m\u00eame libert\u00e9 et sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9\u00bb. Au milieu de ce climat d\u2019inqui\u00e9tude, d\u2019es\u00adpoir et de d\u00e9ception, Ren\u00e9 Sint\u00e8s a commenc\u00e9 d\u2019engager sa peinture, au carrefour d\u2019orientations diverses, dans son cheminement personnel. <i>Les arbres <\/i>qui, en janvier 1955, veillent les bo\u00eetes des bouquinistes des quais de la Seine accentuent l\u2019\u00e9puration de son graphisme mais ne le d\u00e9tachent pas de l\u2019intention figurative. A travers les semblables branchages des <i>Arbres d\u00e9pouill\u00e9s, <\/i>les m\u00eames couleurs nuanc\u00e9es sous la demi-lumi\u00e8re nimbent, en d\u00e9cembre, les fa\u00e7ades des maisons de Vence. La toile \u00e0 laquelle Sint\u00e8s donne, en avril, le titre plus \u00e9nigmatique de <i>L\u2019interdiction <\/i>manifeste cependant une d\u00e9marche d\u00e9j\u00e0 tout autre. Dans un climat lunaire, l\u2019\u00e9quilibre des surfaces n\u2019y \u00e9voque plus que par bribes, en marge d\u2019une volont\u00e9 descriptive, murs et toits. En 1956, tandis que plusieurs de ses dessins manifestent encore l\u2019attache\u00adment minutieux de Sint\u00e8s au motif, ses natures mortes de tendance cubiste d\u00e9rivent vers des constructions lib\u00e9\u00adr\u00e9es de tout r\u00e9alisme.<\/p>\n<p>Vers l\u2019abstraction<\/p>\n<p>Entre ces deux p\u00f4les de la figuration et de l\u2019abstrac\u00adtion, Sint\u00e8s entreprend l\u2019ann\u00e9e suivante de d\u00e9couvrir sa propre voie. Les riches couleurs du <i>March\u00e9 <\/i>qu\u2019il peint au printemps 1957 se confondent sous l\u2019\u00e9blouissement d\u2019un contre-jour solaire. Si se laissent identifier les silhouettes de marchands derri\u00e8re d\u2019abondants \u00e9tals de fruits plus ind\u00e9termin\u00e9s, l\u2019espace tout autour de la toile se trouve dans sa construction rigoureuse fragment\u00e9 en pans as\u00adsembl\u00e9s selon leur seule coh\u00e9rence sensible. Etape ma\u00adjeure au long de cette \u00e9volution, <i>Terre Littorale<\/i>, <i>Fen\u00eatre <\/i>sur la fin de l\u2019ann\u00e9e, dans des harmonies d\u2019ocre, de sables et de terres, et <i>Filets <\/i>dans des accords plus cuivr\u00e9s, mani\u00adfestent que Sint\u00e8s est r\u00e9solument entr\u00e9, hors de toute re\u00adpr\u00e9sentation, dans une recomposition volontaire, ferme\u00adment structur\u00e9e par le r\u00e9seau des verticales et diagonales, des apparences imm\u00e9diates. Simultan\u00e9ment se renforce son attention pour la dimension mat\u00e9rielle de son lan\u00adgage. Il semblait \u00e0 Jean Paulhan \u00abqu\u2019avec les tableaux modernes le toucher prenne le pas sur la vue, l\u2019espace tactile sur l\u2019espace visuel. Tout se passe comme si notre regard n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une allonge \u00e0 nos doigts\u00bb. Comme dans les autres toiles qu\u2019il peint en 1957, le plan rappro\u00adch\u00e9 dans lequel Sint\u00e8s cadre encore lisiblement la coque de sa <i>Barque jaune <\/i>entra\u00eene et retient le regard au plus pr\u00e8s de la texture ma\u00e7onn\u00e9e et griff\u00e9e qui l\u2019\u00e9voque. Ce besoin de travailler la couleur dans son \u00e9paisseur l\u2019inci\u00adtera par la suite \u00e0 la fois \u00e0 en multiplier les stratifications et \u00e0 en ajourer de part en part les transparences \u00e0 travers d\u2019immobiles vibrations. Sint\u00e8s re\u00e7oit en janvier 1958 le prix de la galerie Comte-Tinchant qui pr\u00e9sente en avril sa premi\u00e8re exposition personnelle. S\u2019il n\u2019a pas abandonn\u00e9 enti\u00e8rement toute approche figurative, il la r\u00e9serve aux dessins pr\u00e9paratoires \u00e0 partir desquels il construit libre\u00adment ses peintures. Sans doute les consid\u00e8re-t-il comme une premi\u00e8re \u00e9tape, autonome, de son travail et peut-\u00eatre est-ce pour mieux rendre accessible sa d\u00e9marche qu\u2019il en expose plusieurs lors de sa deuxi\u00e8me exposition en jan\u00advier 1960. Au-del\u00e0, ses peintures accommodent d\u00e9sor\u00admais sa vision sur le libre jeu des formes et couleurs, sai\u00adsies dans leur seule valeur plastique. Durant le printemps et l\u2019\u00e9t\u00e9 1958 Sint\u00e8s y aborde, autour de gammes vari\u00e9es, deux nouveaux th\u00e8mes qui demeureront essentiels dans son oeuvre, et qu\u2019il ne tardera pas \u00e0 m\u00ealer. Les <i>Vieux murs <\/i>solaires et les <i>Taudis la nuit <\/i>qu\u2019il peint en juin \u00e0 Alger, puis les <i>Murailles <\/i>de Cagnes-sur-Mer en juillet, <i>Lumi\u00e8res <\/i>en ao\u00fbt, le rapprochent tout d\u2019abord d\u2019une \u00abnon-figuration urbaine\u00bb. Au milieu des argiles bleut\u00e9es et grises de <i>La ville <\/i>ne demeurent des fen\u00eatres et arcades de Saint-Paul-de-Vence que de discr\u00e8tes ponctuations. Parmi les derni\u00e8res toiles qu\u2019aura peintes Sint\u00e8s dans le sud de la France, les <i>Nuit-Baous <\/i>r\u00e9alis\u00e9es dans les m\u00eames mois autour du profil des \u00abBaous\u00bb calcaires de la r\u00e9gion donnent, d\u2019autre part, \u00e0 \u00e9prouver la sensation ambig\u00fce d\u2019une secr\u00e8te pr\u00e9sence : au d\u00e9clin du jour, est-ce bien l\u2019obscurit\u00e9 qui recouvre, investit la montagne, ou n\u2019est-ce pas plut\u00f4t la roche qui, du plus profond, recom\u00admence de r\u00e9pandre la nuit interne qui \u00e0 jamais veille en elle ? Si se d\u00e9coupent encore \u00e0 la surface de ces toiles les puissantes silhouettes min\u00e9rales sur un horizon confu\u00ads\u00e9ment a\u00e9rien, <i>Usines <\/i>ou <i>Brasance <\/i>estompent l\u2019arri\u00e8re-plan des harmonies de leur <i>Rougeoiement<\/i>, commencent d\u2019abolir toute r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un espace autre que celui de la peinture. Dans le m\u00eame resserrement, la s\u00e9rie de <i>Bateaux <\/i>et <i>Filets <\/i>de Bou Haroun et la <i>Casbah <\/i>nocturne qu\u2019il r\u00e9alise en septembre 1959 ouvrent d\u00e9cisivement \u00e0 Sint\u00e8s une autre approche de son langage.(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Alger le 25 janvier 1933 d\u2019une m\u00e8re alg\u00e9rienne, Moulaise Bensa\u00efah, originaire de Bordj Bou Naama dans la r\u00e9gion de l\u2019Ouarsenis, et d\u2019un p\u00e8re europ\u00e9en dont [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,164,161],"tags":[],"class_list":["post-4927","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-les-arts-plastiques-de-livrescq","category-n-30"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4927","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4927"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4927\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4981,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4927\/revisions\/4981"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4927"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4927"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4927"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}