{"id":4932,"date":"2014-01-12T14:10:18","date_gmt":"2014-01-12T13:10:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4932"},"modified":"2014-01-15T14:56:40","modified_gmt":"2014-01-15T13:56:40","slug":"camus-a-tipasa-camus-a-djemila-une-philosophie-de-la-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/camus-a-tipasa-camus-a-djemila-une-philosophie-de-la-vie\/","title":{"rendered":"Camus \u00e0 Tipasa, Camus \u00e0 Djemila : Une philosophie de la vie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Camus-\u00e0-Tipasa-Camus-\u00e0-Djemila.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4933\" alt=\"Camus \u00e0 Tipasa, Camus \u00e0 Djemila\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Camus-\u00e0-Tipasa-Camus-\u00e0-Djemila.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Camus-\u00e0-Tipasa-Camus-\u00e0-Djemila.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Camus-\u00e0-Tipasa-Camus-\u00e0-Djemila-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a>Par la force des mots et de l\u2019\u00e9criture, il ait des lieux qui se hissent au rang du mythe. Ainsi en est-il de Tipasa et de Djemila sous la plume de Camus qui t\u00e9moigne de sa pr\u00e9sence au monde dans une \u00e9troite parent\u00e9 avec Nietzsche et H\u00f6lderlin.<br \/>\nMais d\u2019abord, le nom de Camus ne laisse pas indiff\u00e9rent ; un juste parmi les justes qui, n\u00e9anmoins, fit un pied de nez \u00e0 la justice. C\u2019est toute l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 d\u2019un homme qui de par ses positions se transforme en une \u00e9nigme :<br \/>\nLe Camus auteur des Lettres \u00e0 un ami allemand dont l\u2019humanisme est chevill\u00e9 \u00e0 la justice, la seule valeur par qui advient la grandeur d\u2019une nation.<br \/>\nLe Camus de Mis\u00e8re en Kabylie, le journaliste d\u2019Alger R\u00e9publicain qui r\u00e9clame \u00abl\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits pour les deux peuples d\u2019Alg\u00e9rie\u00bb \u00e0 l\u2019instar de Ferhat Abbas d\u2019une part et de Messali Hadj d\u2019autre part que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme les tenants de deux options oppos\u00e9es du nationalisme alg\u00e9rien. Ce Camus incar\u00acnant L\u2019homme r\u00e9volt\u00e9, il est la mauvaise conscience des artisans de l\u2019apartheid ethnique, religieux et social en p\u00e9riode coloniale, il est un tra\u00eetre pour l\u2019extr\u00eame droite ayant tribune dans Echo d\u2019Alger, et qui aurait song\u00e9 un moment \u00e0 sa liquidation physique. (George- Marc Benamou, Un mensonge fran\u00e7ais,Laffond, 2003)<br \/>\nLe Camus en querelle et rupture avec Sartre et le Parti Communiste auquel il reprochait de ne pas prendre de distance avec le stalinisme.<br \/>\nLe Camus qui, a cependant, aveugl\u00e9ment r\u00e9fut\u00e9 l\u2019id\u00e9e de l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie, celui qui s\u2019est montr\u00e9 suspicieux \u00e0 l\u2019\u00e9gard du FLN lorsque des civils sont pris pour cible, celui qui, de part sa mythologie personnelle ne pouvait concevoir une s\u00e9paration de l\u2019Alg\u00e9rie d\u2019avec la France, ainsi est-il devenu cette fois- ci le traitre de la nation alg\u00e9rienne revendiquant son autonomie.<\/p>\n<p>Il y a le Camus peut-\u00eatre revenu de son erreur d\u2019appr\u00e9\u00adciation politique pour regagner ce qui ne l\u2019a jamais quit\u00adt\u00e9, son autochtonie alg\u00e9rienne. C\u2019est le Camus du <i>Le Pre\u00admier Homme<\/i>, roman inachev\u00e9, o\u00f9 dans les annexes, il scande cette pri\u00e8re : \u00abRendez la terre, la terre qui n\u2019est \u00e0 personne. Rendez la terre qui n\u2019est ni \u00e0 vendre ni \u00e0 ache\u00adter (\u2026) Rendez la terre. Donnez toute la terre aux pauvres (\u2026) \u00e0 l\u2019immense troupe des mis\u00e9rables, la plupart arabes, et quelques uns fran\u00e7ais et qui vivent ou survivent ici par obstination et endurance (\u2026) donnez leur (\u2026) et moi alors, pauvre \u00e0 nouveau et enfin, jet\u00e9 dans le pire exil \u00e0 la pointe du monde, je sourirai et mourrai content, sachant que sont enfin r\u00e9unis sous le soleil de ma naissance la terre que j\u2019ai tant aim\u00e9e et ceux et celles que j\u2019ai r\u00e9v\u00e9r\u00e9s. Il y a le Camus peut-\u00eatre revenu de son erreur d\u2019appr\u00e9\u00adciation politique pour regagner ce qui ne l\u2019a jamais quit\u00adt\u00e9, son autochtonie alg\u00e9rienne. C\u2019est le Camus du <i>Le Pre\u00admier Homme<\/i>, roman inachev\u00e9, o\u00f9 dans les annexes, il scande cette pri\u00e8re : \u00abRendez la terre, la terre qui n\u2019est \u00e0 personne. Rendez la terre qui n\u2019est ni \u00e0 vendre ni \u00e0 ache\u00adter (\u2026) Rendez la terre. Donnez toute la terre aux pauvres (\u2026) \u00e0 l\u2019immense troupe des mis\u00e9rables, la plupart arabes, et quelques uns fran\u00e7ais et qui vivent ou survivent ici par obstination et endurance (\u2026) donnez leur (\u2026) et moi alors, pauvre \u00e0 nouveau et enfin, jet\u00e9 dans le pire exil \u00e0 la pointe du monde, je sourirai et mourrai content, sachant que sont enfin r\u00e9unis sous le soleil de ma naissance la terre que j\u2019ai tant aim\u00e9e et ceux et celles que j\u2019ai r\u00e9v\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>(Alors le grand anonymat deviendra f\u00e9cond et me recou\u00advrira aussi- je reviendrai dans ce pays.)\u00bb<\/p>\n<p>Appel d\u00e9guis\u00e9 \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance de l\u2019Alg\u00e9rie ? Certaine\u00adment amour du pays qui se dit \u00e0 partir d\u2019une situation d\u2019exil.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, la pr\u00e9sence de Camus en Alg\u00e9rie, dans le secteur universitaire, se situe plut\u00f4t en marge des lec\u00adtures politiques ou id\u00e9ologiques cependant jamais aban\u00addonn\u00e9es. Elles furent incontournables un certain temps en la conjoncture de construc\u00adtion de la culture nationale qui reste toujours \u00e0 \u00e9difier.<\/p>\n<p>La pr\u00e9sence de Camus relev\u00e9e dans le jeu d\u2019intertextualit\u00e9 avec la litt\u00e9rature de quelques \u00e9cri\u00advains alg\u00e9riens, se renforce avec les \u00e9crits par exemple de Abdel\u00adkader Djema\u00ef, Ma\u00efssa Bey, Ha\u00admid Grine et encore tout r\u00e9cem\u00adment Salim Bachi <i>Le dernier \u00e9t\u00e9 d\u2019un jeune homme <\/i>ou sous une forme de questionnement cri\u00adtique avec le roman en ligne de Salah Guermiche <i>Aujourd\u2019hui Meursault est mort <\/i>qu\u2019aucun \u00e9diteur en France n\u2019a accept\u00e9 de publier, celui de Kamel Daoud (\u2026) publi\u00e9 chez Barzakh et bi\u00adzarrement introuvable dans les librairies alg\u00e9roises.<\/p>\n<p>Au milieu d\u2019un d\u00e9bat sur Ca\u00admus qui ne fera jamais consen\u00adsus tant l\u2019\u00e9crivain et l\u2019homme public s\u2019entrem\u00ealent et s\u2019op\u00adposent, quelques espaces sont pr\u00e9serv\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce qui nous int\u00e9resse plus pr\u00e9\u00adcis\u00e9ment, c\u2019est le Camus de \u00abla pens\u00e9e de midi\u00bb qui se d\u00e9voile dans <i>Noces \u00e0 Tipasa <\/i>et son autre versant, <i>LeVent \u00e0 Dje\u00admila<\/i>. Mais auparavant notons que l\u2019ensemble de la pro\u00adduction litt\u00e9raire de cet \u00e9crivain produit son sens \u00e0 partir des lieux g\u00e9ographiques et\/ou mythiquesdans lesquels elle s\u2019enracine. Ces lieux se rassemblent en une matrice, la mer(e) M\u00e9diterran\u00e9e, avec quelques incursions dans les villes des hauts plateaux \u00e0 l\u2019instar de Djemila ou du d\u00e9sert comme c\u2019est le cas pour la nouvelle, <i>La femme adult\u00e8re<\/i>. La dimension s\u00e9mantique de <i>L<\/i>a <i>Peste <\/i>et <i>Le Minotaure <\/i>est largement d\u00e9termin\u00e9e par la repr\u00e9senta\u00adtion de la ville d\u2019Oran. <i>Noces, l\u2019Et\u00e9, <\/i>n\u2019auraient pas eu le retentissement qu\u2019on leur reconnait s\u2019il n\u2019y avait Tipasa, Djemila, Alger. Les lieux sont recr\u00e9\u00e9s en une oeuvre d\u2019art \u00e0 l\u2019adresse de l\u2019homme invit\u00e9 \u00e0 saisir la pleine dimen\u00adsion de son existence. Ainsi les lieux parlent. Les lieux \u00e9noncent des discours. Les lieux exercent leur pouvoir mythifiant. L\u2019\u00e9crivain est \u00e0 l\u2019\u00e9coute de ces lieux jusqu\u2019\u00e0 s\u2019y identifier. C\u2019est par cette osmose que Camus t\u00e9moigne de son \u00eatre existentiel.<\/p>\n<p>La glose sur Tipasa, mythe fondateur de l\u2019oeuvre de Ca\u00admus, est abondante pour dire l\u2019ivresse jouissive qui se produit quand le corps se fond et se confond avec la na\u00adture. Parfaite harmonie que cette fusion dionysiaque qui s\u2019origine dans l\u2019amour de la terre en permanence rappel\u00e9 par ailleurs, comme dans l\u2019\u00e9pigraphe de <i>L\u2019Homme r\u00e9\u00advolt\u00e9, <\/i>emprunt\u00e9e \u00e0 H\u00f6lderlin : \u00abEt ouvertement je vouai mon coeur \u00e0 cette terre grave et souffrante, et souvent, dans la nuit sacr\u00e9e, je lui promis de l\u2019aimer fid\u00e8lement jusqu\u2019\u00e0 la mort, sans peur, avec son lourd fardeau de fatalit\u00e9, et de ne m\u00e9priser au\u00adcune de ses \u00e9nigmes. Ainsi je me liai \u00e0 elle d\u2019un lien mortel.\u00bb<\/p>\n<p>La force d\u2019attachement \u00e0 cette terre ne peut se conce\u00advoir que dans la n\u00e9gation d\u2019un monde de l\u2019ailleurs et de la vie dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9. C\u2019est que Camus est un homme de foi sans religion. Foi en l\u2019homme, foi en la terre qui le porte car \u00abil ne pla\u00eet pas (\u00e0 Camus) de croire que la mort ouvre sur une autre vie\u00bb. Ainsi pourrions nous parler de \u00abb\u00e9atitude terrestre\u00bb qui comble le Camus en extase, au contact de la mer et du soleil \u00e0 Tipasa.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><i>Noces <\/i>est une ode de tous les instants d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la vie ici et maintenant et qu\u2019il convient d\u2019embrasser dans sa totalit\u00e9 \u00e0 la fois lumineuse et obs\u00adcure, selon l\u2019unit\u00e9 existen\u00adtielle en ses deux versants : la vie et la mort. Telle est la le\u00e7on de Camus qui s\u2019inscrit pr\u00e9cis\u00e9ment dans le d\u00e9place\u00adment de Tipasa vers Djemila. De la mer \u00e0 Tipasa \u00e0 la pierre dans Djemila c\u2019est finale\u00adment l\u2019\u00e9criture d\u2019un dyptique, l\u2019envers et l\u2019endroit d\u2019un m\u00eame r\u00e9cit, celui d\u2019expliquer ce qu\u2019est la vie. Si Tipasa est une naissance au monde par fusion dans la nature et qu\u2019elle pr\u00e9dispose \u00e0 l\u2019h\u00e9donisme, Djemila, ville de ruines habit\u00e9e par le vent, dit la pr\u00e9sence de la mort laquelle rappelle pr\u00e9cis\u00e9ment que la vie est. Si dans Tipasa le bonheur de vivre dans l\u2019exaltation a quelque chose de donjuanesque, dans Djemila de pierres et de silence, la mort signifi\u00e9e est la preuve qu\u2019on est vivant. Ainsi le r\u00e9cit de <i>Vent \u00e0 Djemila <\/i>ne contredit pas celui de Tipasa mais le conforte et le justifie. La version vulgaris\u00e9e de l\u2019existen\u00adtiel camusien nous la retrouvons dans la morale popu\u00adlaire du terroir, \u00e9pur\u00e9e de toute connotation mat\u00e9rialiste, et qui dit : \u00abvit ! La finalit\u00e9 est de mort\u00bb ou encore \u00abvivre comme si la vie \u00e9tait \u00e9ternelle, la vivre en sachant qu\u2019elle est aussi fugace\u00bb. Dans l\u2019une et l\u2019autre expression nous retrouvons la dialectique des contraires pour toucher au parfait \u00e9quilibre. De fait, Camus dans Djemila t\u00e9moigne de l\u2019existence de \u00abquelque chose comme l\u2019\u00e9quilibre d\u2019une balance\u00bb(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par la force des mots et de l\u2019\u00e9criture, il ait des lieux qui se hissent au rang du mythe. 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