{"id":4935,"date":"2014-01-12T14:25:30","date_gmt":"2014-01-12T13:25:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=4935"},"modified":"2014-01-15T14:58:22","modified_gmt":"2014-01-15T13:58:22","slug":"camus-et-andre-gide","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/camus-et-andre-gide\/","title":{"rendered":"Camus et Andr\u00e9 Gide"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Camus-et-Andr\u00e9-Gide.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4936\" alt=\"Camus et Andr\u00e9 Gide\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Camus-et-Andr\u00e9-Gide.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Camus-et-Andr\u00e9-Gide.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Camus-et-Andr\u00e9-Gide-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a>Si l\u2019on parle de Camus, on \u00e9voque aussit\u00f4t l\u2019Etranger, La peste et un recueil \u00e9crit plus t\u00f4t entre 1936 \u00e0 1938, (publi\u00e9 en mai 1939 chez Charlot) Noces dont le titre complet est Noces \u00e0 Tipasa. Compos\u00e9 de quatre textes, Noces \u00e0 Tipasa, Le vent \u00e0 Djemila, L\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Alger et Le d\u00e9sert, le livre est surtout connu pour le premier volet qui vante la beaut\u00e9 d\u2019un des lieux les plus c\u00e9l\u00e8bres d\u2019Alg\u00e9rie : Tipasa.<br \/>\nLe site est exceptionnel et respire la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et le bon\u00acheur. Le car m\u00e8ne le promeneur pr\u00e8s des ruines romaines qu\u2019il va parcourir nonchalamment pour marcher \u00e0 la rencontre de l\u2019amour et du d\u00e9sir. Exp\u00e9rience sensuelle d\u2019une union charnelle avec la nature que traduisent les images qui courent tout au long du texte, baisers, ma-riage, libertinage de la nature et de la mer\u2026 Les cou\u00acleurs peignent ce monde b\u00e9ni aux teintes les plus \u00e9cla\u00actantes et le lecteur est pris d\u2019un sentiment de pl\u00e9nitude et d\u2019euphorie. Mais le jour finissant apportera une lassitude heureuse celle d\u2019un jour de noces avec le monde. Ce go\u00fbt du bonheur, Camus l\u2019expose dans beaucoup de ses textes, lui qui avouait dans une interview : Quand il m\u2019arrive de chercher ce qu\u2019il y a en moi de fondamental, c\u2019est le go\u00fbt du bonheur que j\u2019y trouve (\u2026) Au centre de mon oeuvre, il y a un soleil invincible. Le soleil et la mer, ce chant du monde suscite l\u2019\u00e9moi du po\u00e8te hant\u00e9 aussi par l\u2019id\u00e9e de la mort qui se fait mena\u00e7ante dans Vent \u00e0 Djemila.<br \/>\nLorsqu\u2019il r\u00e9digeait son D.E.S (dipl\u00f4me d\u2019\u00e9tudes sup\u00e9\u00acrieures conserv\u00e9 encore dans les archives de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Alger) consacr\u00e9 \u00e0 Plotin et \u00e0 saint Augustin, Camus \u00e9voquant la jeunesse du v\u00e9n\u00e9rable \u00e9v\u00eaque d\u2019Hippone, le repr\u00e9sentait comme un jeune homme qui courait sur la plage. Cet app\u00e9tit de vivre qui fut le sien va se traduire \u00e0 maintes reprises dans des formules c\u00e9l\u00e8bres qui semblent cristalliser son amour pour la terre d\u2019Alg\u00e9rie. \u00abJ\u2019ai gran\u00acdi dans la mer et la pauvret\u00e9 m\u2019a \u00e9t\u00e9 fastueuse. Et dans la pr\u00e9sentation de la revue Rivages sous-titr\u00e9e Revue de culture m\u00e9diterran\u00e9enne, il \u00e9voquait le bonheur des soldats de X\u00e9nophon parvenus enfin sur le rivage (Tha\u00aclassa, Thalassa !) et qui se mirent \u00e0 danser devant les vagues \u00e9clatantes o\u00f9 souriaient leurs dieux. Cette danse devant la mer consacre la beaut\u00e9 et la po\u00e9sie vivante comme les seules v\u00e9rit\u00e9s d\u2019une vie d\u2019homme.\u00bb La revue eut deux num\u00e9ros (d\u00e9cembre 38 et f\u00e9vrier 39), le troi\u00acsi\u00e8me consacr\u00e9 \u00e0 Garcia Lorca avec des textes d\u2019Audisio fut d\u00e9truit par les autorit\u00e9s de Vichy. La revue fut publi\u00e9e par Charlot comme Noces en mai 1939. Noces dans sa po\u00e9sie combl\u00e9e semble irradier une jouissance profonde qualifi\u00e9e souvent de m\u00e9diterran\u00e9enne ou de grecque. Cet amour de la vie s\u2019exprime dans d\u2019autres textes et jusqu\u2019au dernier paru \u00e0 titre posthume, Le premier homme : La gloire de la lumi\u00e8re emplissait ces jeunes corps d\u2019une joie qui les faisait crier sans arr\u00eat, Il me faut \u00eatre nu et plonger dans la mer (\u2026) et nouer sur ma peau l\u2019\u00e9treinte pour laquelle soupirent l\u00e8vres \u00e0 l\u00e8vres depuis longtemps la mer et le ciel. Ce lyrisme sensuel qui par\u00accourt toute l\u2019oeuvre a eu un pr\u00e9d\u00e9cesseur illustre : Andr\u00e9 Gide, prix Nobel en 1947, qui avait boulevers\u00e9 toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019adolescents inhib\u00e9s \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle avec la parution des Nourritures terrestres (1897). Et pourtant, comme le raconte Camus lui-m\u00eame dans ses Carnets lorsque ce livre lui fut remis, il n\u2019en ressentit pas l\u2019\u00e9blouissement attendu. L\u2019\u00e9motion ne fut pas au rendez-vous d\u00e8s la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Lorsque Camus naquit, en 1913, Gide (1869-1951) avait quarante-quatre ans. Il avait fait \u00e9clater le carcan d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise protestante et rigoriste avec ce petit texte qui ressemblait \u00e0 un manifeste pour la r\u00e9volte et un plaidoyer pour une vie d\u2019accomplissement de soi : <i>Les nourritures terrestres <\/i>(1897). Le livre fit scan\u00addale et son fameux <i>Familles je vous hais, foyers clos ; portes referm\u00e9es, possessions jalouses du bonheur <\/i>fit l\u2019effet d\u2019une invite enflamm\u00e9e \u00e0 une vie plus libre et d\u00e9tach\u00e9e de toute contrainte morale ou religieuse. Et \u00e0 un disciple qui portait le beau nom de Natha\u00adna\u00ebl, il \u00e9non\u00e7ait : <i>je t\u2019ensei\u00adgnerai la ferveur <\/i>ou encore <i>La sagesse n\u2019est pas dans la rai\u00adson mais dans l\u2019amour<\/i>. Cette derni\u00e8re phrase r\u00e9sonne, nous semble-t-il, dans l\u2019inscription grav\u00e9e par le peintre Louis Benisti sur la st\u00e8le \u00e9rig\u00e9e \u00e0 Tipasa face \u00e0 la mer et sign\u00e9e Albert Camus : <i>Je comprends ici ce que l\u2019on appelle gloire, le droit d\u2019aimer sans mesure<\/i>. Cette phrase est cependant directement inspir\u00e9e de saint Augustin : <i>La mesure de l\u2019amour est d\u2019aimer sans me\u00adsure<\/i>.<\/p>\n<p>En 1929, Camus lit Gide, il a 16 ans. Un oncle qui a pris en charge son \u00e9ducation lui donne <i>Les Nourritures<\/i>. Les invocations lui parurent obs\u00adcures, \u00e9crit-il. <i>Je bronchai de\u00advant l\u2019hymne aux biens natu\u00adrels. \u00c0 Alger j\u2019\u00e9tais satur\u00e9 de ces richesses. <\/i>Et il ajoute : <i>Le rendez-vous \u00e9tait manqu\u00e9. <\/i>Ce n\u2019est que plus tard qu\u2019il ressentit le choc d\u00e9crit par toute une g\u00e9n\u00e9ration. Immobilis\u00e9 par la tuberculose, il s\u2019adonne \u00e0 la lecture et apprend par <i>Les Nourritures <\/i>\u00abl\u2019\u00e9vangile de d\u00e9nuement\u00bb dont il avait besoin. Il avait d\u00fb renoncer \u00e0 ses courses sur les plages et dans la mer, renoncer aussi au football pour se reposer et gu\u00e9rir. Ces privations furent difficiles \u00e0 sup\u00adporter et c\u2019est alors que la lecture de Gide lui apporta un mod\u00e8le de vie \u00e0 la mesure de ses possibilit\u00e9s de convales\u00adcent contraint \u00e0 l\u2019immobilit\u00e9. En \u00e9picurien consomm\u00e9, Andr\u00e9 Gide pr\u00e9conisait de vivre chaque instant intens\u00e9\u00adment. Il venait lui-m\u00eame de gu\u00e9rir et comme il l\u2019\u00e9crit lui-m\u00eame dans la pr\u00e9face \u00e0 l\u2019\u00e9dition de 1927, son livre \u00e9tait celui d\u2019un convalescent. Il l\u2019avait \u00e9crit \u00e0 un moment o\u00f9 la litt\u00e9rature sentait <i>le factice <\/i>et <i>le renferm\u00e9<\/i>. Et il voulait <i>la faire toucher terre et poser simplement sur le sol un pied nu<\/i>. Jouir de la vie retrouv\u00e9e <i>comme ce verre d\u2019eau glac\u00e9e, ce verre humide que tiennent les mains d\u2019un fi\u00e9\u00advreux qui veut boire et qui boit tout d\u2019un trait<\/i>. Andr\u00e9 Gide retrouve le langage des sto\u00efciens pour parler de Pa\u00adling\u00e9n\u00e9sie c\u2019est-\u00e0-dire de Renaissance. Tous ces appels \u00e0 une vie faite de plaisirs simples et sensuels, la soif que l\u2019on \u00e9tanche, la sensation du sable sous les pieds nus, la beaut\u00e9 du soir qui tombe, les attentes\u2026 et la volupt\u00e9 de <i>la faim toujours fid\u00e8le \u00e0 tout ce qui toujours l\u2019attendait, <\/i>tout cela convenait parfaitement \u00e0 Camus contraint par la maladie et il re\u00e7ut alors le fameux choc attendu mais choc sur le plan esth\u00e9tique et artistique. Gide lui apparut alors comme le mod\u00e8le de <i>l\u2019 artiste, le gardien fils de roi qui veillait aux portes d\u2019un jardin o\u00f9 il (je) voulais vivre<\/i>.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re rencontre entre les deux hommes est beau\u00adcoup moins importante pour les deux auteurs s\u00e9par\u00e9s par une g\u00e9n\u00e9ration. En 1943, Camus s\u2019installa dans un appartement pr\u00eat\u00e9 par Gide \u00e0 l\u2019un de ses amis mais les contacts entre les deux \u00e9crivains furent rares m\u00eame si leurs positions sur la Guerre qui d\u00e9chirait alors le monde, les rapprochaient.<\/p>\n<p>Sur le plan esth\u00e9tique et moral, la filiation de l\u2019auteur de <i>Noces <\/i>\u00e0 Gide est directe. On a pu dire qu\u2019il fit un usage tout \u00e0 fait gidien de sa sensibilit\u00e9 et de sa r\u00e9ceptivit\u00e9. M\u00eame si comme nous l\u2019avons montr\u00e9 de <i>Rivages <\/i>aux derniers textes, ses \u00e9crits sont impr\u00e9gn\u00e9s de cette joie de vivre sensuelle qui le caract\u00e9rise. Cet h\u00e9donisme lyrique le rapproche de Gide.(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l\u2019on parle de Camus, on \u00e9voque aussit\u00f4t l\u2019Etranger, La peste et un recueil \u00e9crit plus t\u00f4t entre 1936 \u00e0 1938, (publi\u00e9 en mai 1939 chez Charlot) [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,4,161],"tags":[],"class_list":["post-4935","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-dossier","category-n-30"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4935","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4935"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4935\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4979,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4935\/revisions\/4979"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4935"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4935"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4935"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}