{"id":5099,"date":"2014-02-15T14:49:45","date_gmt":"2014-02-15T13:49:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=5099"},"modified":"2014-02-17T11:48:10","modified_gmt":"2014-02-17T10:48:10","slug":"merdaci-djamel-eddine-lallee-des-dames","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/merdaci-djamel-eddine-lallee-des-dames\/","title":{"rendered":"Merdaci Djamel Eddine L\u2019all\u00e9e des dames"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/djamel-merdaci.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5100\" alt=\"djamel merdaci\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/djamel-merdaci.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/djamel-merdaci.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/djamel-merdaci-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00abL\u2019aura f\u00e9minine que vous \u00e9voquez est d\u2019abord pour moi un r\u00e9sultat de mon travail de romancier et, donc, d\u2019observateur de la soci\u00e9t\u00e9\u2026\u00bb<\/strong><br \/>\n<strong> L\u2019ivrEscQ : Vous id\u00e9alisez la beaut\u00e9 de Dina et celle de sa m\u00e8re Sania, des vamps, et parall\u00e8lement, vous racontez leur corps violent\u00e9, souill\u00e9, voire ignor\u00e9 par le mari, comme le cas de Redjam, le mari de Sania. Pourquoi ce va-et-vient entre l&rsquo;immens\u00e9ment beau et le terriblement laid ? Et comment r\u00e9ussir ce pari, vous en tant qu&rsquo;homme, pour d\u00e9crire la femme avec cette \u00abaura f\u00e9ministe\u00bb, si je puis me permettre ?<\/strong><br \/>\n<strong> Djamel Eddine Merdaci :<\/strong> Des vamps ? La formule est plaisante. Leur vie n\u2019est pas si dor\u00e9e et exquise que \u00e7a, tout de m\u00eame ! Ou alors seulement en apparence. Pour moi, elles sont toutes brutes de d\u00e9coffrage. Elles n\u2019ont des vamps ni le v\u00e9cu mondain chichiteux, ni l\u2019\u00e9vanescence \u00e9th\u00e9r\u00e9e ou insouciante. Ce ne sont pas des odalisques. Sania et Dina sont bel et bien, en fait, des filles du peuple. Surtout Sania en raison de son histoire personnelle, de son origine obscure. Sania a \u00e9t\u00e9 un paquet de chairs informes et sanguinolentes, une nouvelle-n\u00e9e abandonn\u00e9e, une orpheline recueillie, une domestique et, enfin, une adolescente forc\u00e9e \u00e0 un mariage d\u2019int\u00e9r\u00eat autant que de raison. Il me semble que ces premiers ingr\u00e9dients biographiques pr\u00e9figurent chez elle une destin\u00e9e programm\u00e9e pour l\u2019\u00e9chec et non pas pour l\u2019apoth\u00e9ose et la flamboyance. Elle n\u2019avait m\u00eame pas conscience de sa f\u00e9minit\u00e9 ni m\u00eame de sa beaut\u00e9 qui s\u2019est, d\u2019ailleurs, construite dans le regard des autres plus que dans le sien. Sania avait \u00e9t\u00e9, dans sa premi\u00e8re enfance, un laideron pitoyable, une souillon repoussante, une sauvageonne intempestive et bagarreuse qui faisait figure d\u2019enrag\u00e9e parce que, tout le temps, elle avait eu \u00e0 d\u00e9fendre son territoire. C\u2019est-\u00e0-dire son corps et son intimit\u00e9. Je dirais que la beaut\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pour Sania une alchimie myst\u00e9rieuse, une mue violente et v\u00e9n\u00e9neuse, une miraculeuse m\u00e9tamorphose car, en fait, elle ne savait pas et ne comprenait pas ce que cela signifiait que d\u2019\u00eatre belle. Mais d\u00e8s lors qu\u2019elle en a fait la d\u00e9couverte, sa beaut\u00e9 est devenue pour elle une arme tout autant qu\u2019un bouclier. Non par calcul ou malice, mais par instinct d\u00e9termin\u00e9 que cette beaut\u00e9 ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9e lui offrait la cl\u00e9 pour s\u2019ouvrir le monde. Les notions de beau et de laid ne sont donc pas antinomiques chez ce personnage qui est d\u2019abord inscrit dans la convention du romanesque, m\u00eame si on pourrait \u00eatre tent\u00e9 d\u2019y lire une repr\u00e9sentation empreinte de crudit\u00e9 et de r\u00e9alisme. Sania peut surprendre \u2013je ne dis pas choquer\u2013 car elle n\u2019est pas dans la norme des personnages f\u00e9minins valid\u00e9s par la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne. Elle est dans la filiation de la Nana d\u2019Emile Zola, de l\u2019H\u00e9l\u00e8ne Kouraguine de L\u00e9on Tolsto\u00ef, de l\u2019Emma Bovary de Gustave Flaubert, de la Milady d\u2019Alexandre Dumas, la Molly Bloom de James Joyce. Ces turbulentes h\u00e9ro\u00efnes litt\u00e9raires sont r\u00e9put\u00e9es scandaleuses parce qu\u2019elles transgressent la licence et l\u2019interdit.<br \/>\nSania est, en effet, une force de la nature : imp\u00e9rieuse et dominatrice. Si omnipr\u00e9sente, avec les autres personnages f\u00e9minins de ce roman, que les hommes s\u2019en trouvent rabaiss\u00e9s. Tout au moins vous le d\u00e9duisez.<br \/>\nJe poserais alors la question de savoir si le Charles Bovary de Flaubert ou le Pierre Bezoukov de Tolsto\u00ef sont m\u00e9prisables ou rendus d\u00e9testables par les portraits qu\u2019en dressent les deux auteurs. Je ne m\u2019implique bien s\u00fbr pas dans ce paradigme de l\u2019accablement que je ne fais que d\u00e9crire avec le seul parti pris de v\u00e9rit\u00e9 et de transparence. La vraisemblance litt\u00e9raire, sociologique et historique, commandait le traitement des sujets masculins de ce roman, traitement qui se pr\u00e9sente comme tr\u00e8s dur de prime abord mais qui est plus nuanc\u00e9 \u00e0 bien le lire. L\u2019aura f\u00e9minine que vous \u00e9voquez est d\u2019abord pour moi un r\u00e9sultat de mon travail de romancier et, donc, d\u2019observateur de la soci\u00e9t\u00e9. Et, par ailleurs, tout n\u2019est pas noir et blanc y compris chez les personnages f\u00e9minins qui sont contrast\u00e9s par essence et par apparence. Ainsi, Dina est diff\u00e9rente de Sania par le caract\u00e8re, par la trajectoire, par le refoulement qu\u2019elle porte en elle depuis les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie.<br \/>\n<strong>L. : Autrement dit, Dina est forteresse de marbre. D&rsquo;une beaut\u00e9 incendiaire des magazines de mode mais d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment glaciale, une incarnation de la beaut\u00e9 nordique, je vous cite. Vous faites une obsession du corps f\u00e9minin, et toujours \u00e0 la suite de ma pr\u00e9c\u00e9dente question, il y a ces allers-retours du chaud et du froid, du permis et l&rsquo;infranchissable\u2026<\/strong><br \/>\n<strong> D. E. M. :<\/strong> Dina est dans le d\u00e9ni. Dans une forme de clo\u00eetrement consenti. Autant sa m\u00e8re est expansive, rayonnante jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre sulfureuse, autant la fille est dans l\u2019effacement et la p\u00e9nombre, dans la peine, la p\u00e9nitence, et dans une longue s\u00e9quence d\u2019auto-flagellation. Dina s\u2019auto-punit. Cette posture lui est dict\u00e9e par un \u00e9v\u00e8nement de son enfance que je laisse aux lecteurs l\u2019initiative de d\u00e9couvrir. Ce qui est certain, c\u2019est que Dina entretient avec sa m\u00e8re un rapport punitif qui est pour moi l\u2019expression d\u2019un amour d\u00e9mesur\u00e9 mais contrari\u00e9. Je ne pense pas \u00eatre dans l\u2019obsession, mais dans la pudeur face \u00e0 Dina qui par son comportement est enserr\u00e9e dans un halo de quasi saintet\u00e9. Elle s\u2019est construite dans la n\u00e9gation, le refus de ce qui fait l\u2019identit\u00e9 intime et publique de sa m\u00e8re. Ce qui indique chez elle l\u2019amputation de l\u2019id\u00e9e m\u00eame du bonheur et, \u00e0 plus forte raison, la concession que ferait n\u2019importe quelle jeune fille ordinaire aux sentiments aussi caract\u00e9ristiques chez Sania que la s\u00e9duction ou l\u2019\u00e9tourdissement dans les bruissements de la vie mondaine. Dina est un personnage complexe, le moins saisissable dans ce roman. En m\u00eame temps, c\u2019est une figure litt\u00e9raire qui ne se rencontre pas dans la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne. Celle tout \u00e0 la fois de la femme-enfant convoit\u00e9e, mais aussi \u2013pour moi\u2013 celle de la vierge r\u00e9solue que prot\u00e8gent des atteintes du monde sa puret\u00e9 et son innocence.<br \/>\n<strong>L. : Vous avez pu p\u00e9n\u00e9trer le monde f\u00e9minin avec sa charge ou sa surcharge, son poids de ce que la femme porte sur ses \u00e9paules depuis Eve, femme p\u00e9cheresse originelle. Autrement dit, quelle est la part du f\u00e9minin chez vous, et d&rsquo;o\u00f9 vous ressourcez-vous pour un tel pari ?<\/strong><br \/>\n<strong> D. E. M. :<\/strong> Aucune part de f\u00e9minin. M\u00eame avec le concours de l\u2019illusion d\u2019optique. Flaubert, encore lui, pouvait dire : \u00abMadame Bovary, c\u2019est moi\u00bb. Phrase \u00e9videmment all\u00e9gorique. Je crois m\u00eame que la femme suppos\u00e9e sommeiller en lui dormait du sommeil profond de la mort. Pour ma part. Je ne le suivrais pas \u00e0 un tel point sur ce terrain, m\u00eame si ce n\u2019est que celui de la litote. Je suis totalement immerg\u00e9 dans mon statut et ma condition d\u2019homme. Mais j\u2019ai une m\u00e8re, des s\u0153urs, des amies, une \u00e9pouse qui est la compagne de ma vie, et mes trois filles. Elles sont toutes dou\u00e9es de raison, de bon sens, de maturit\u00e9, et sont pleinement en capacit\u00e9 de savoir ce qu\u2019est la condition f\u00e9minine ici. Et m\u00eame, elles le savent mieux que moi sans aucun doute. Je suis un citoyen, un \u00eatre social qui conna\u00eet et mesure le poids des atavismes anciens et des tabous. Nous vivons dans la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9. Je vous ai r\u00e9pondu que mon souci \u00e9tait de faire \u0153uvre de romancier. Ma fiction se nourrit de choses vues ou v\u00e9cues. Les Alg\u00e9riens de ma g\u00e9n\u00e9ration, qui ont eu vingt ans dans les ann\u00e9es 1970, ne me trouveront pas original ou seront assez indulgents pour souscrire \u00e0 la description que je propose de l\u2019Alg\u00e9rie de ces ann\u00e9es-l\u00e0 pendant lesquelles les femmes \u00e9taient plus libres qu\u2019elles ne le sont aujourd\u2019hui. J\u2019ai d\u00e9crit Sania comme l\u2019ic\u00f4ne de ce temps r\u00e9volu, tout en prenant le soin \u00e9thique de souligner que parlant d\u2019elle, je ne parle pas de toutes les Alg\u00e9riennes. Ce qui ne peut, en revanche, \u00eatre gomm\u00e9, c\u2019est cette id\u00e9e incarn\u00e9e par Sania de libert\u00e9 qui a travers\u00e9 ces ann\u00e9es o\u00f9 la mixit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas combattue. Je ne fais pas \u0153uvre documentaire dans mon roman, mais ce que je narre, est une restitution de ce climat d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 les tabous, les pr\u00e9jug\u00e9s, effleuraient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 tous les \u00e9tages d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui avait \u00e9t\u00e9 assez largement permissive auparavant. D\u2019o\u00f9 l\u2019\u00e9vocation de l\u2019Alger cosmopolite dans laquelle a \u00e9volu\u00e9 Sania.(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abL\u2019aura f\u00e9minine que vous \u00e9voquez est d\u2019abord pour moi un r\u00e9sultat de mon travail de romancier et, donc, d\u2019observateur de la soci\u00e9t\u00e9\u2026\u00bb L\u2019ivrEscQ : Vous id\u00e9alisez la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,3,165],"tags":[],"class_list":["post-5099","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-lentretien-de-livrescq","category-n31"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5099","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5099"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5099\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5101,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5099\/revisions\/5101"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5099"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5099"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5099"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}