{"id":5115,"date":"2014-02-15T15:41:09","date_gmt":"2014-02-15T14:41:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=5115"},"modified":"2014-02-17T11:44:44","modified_gmt":"2014-02-17T10:44:44","slug":"raphael-toriel-jai-le-coeur-a-palmyre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/raphael-toriel-jai-le-coeur-a-palmyre\/","title":{"rendered":"Rapha\u00ebl Toriel, J\u2019ai le coeur \u00e0 Palmyre"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rapheil.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5116\" alt=\"rapheil\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rapheil.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rapheil.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/rapheil-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><br \/>\nDe son enfance \u00e0 Byblos, \u00e0 sa prison dor\u00e9e de Rome, d\u00e9couvrez le destin exceptionnel d&rsquo;une femme hors du commun : la belle et farouche Z\u00e9nobie, Reine d&rsquo;Orient, qui s&rsquo;opposa \u00e0 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie d&rsquo;Aur\u00e9lien, Empereur de Rome. Entre confession et correspondance, ce r\u00e9cit \u00e9pique vous plongera au c\u0153ur des conflits qui agit\u00e8rent l&rsquo;Orient du troisi\u00e8me si\u00e8cle et vous fera d\u00e9couvrir le charme insolent et l&rsquo;intelligence de cette femme courageuse, rebelle et sensuelle, qui sut conqu\u00e9rir un peuple et s\u00e9duire un empereur. Tu as eu ton triomphe, Aur\u00e9lien, il fut grandiose. J\u2019ai port\u00e9 des entraves aux chevilles et des cha\u00eenes d\u2019or aux poignets. Nue, recouverte des \u00e9paules aux mollets des pierres pr\u00e9cieuses de mon propre tr\u00e9sor, j\u2019ai march\u00e9 du jour levant \u00e0 la nuit tomb\u00e9e. C\u2019\u00e9tait interminable ! J\u2019endurais \u00e0 mon cou un carcan d\u2019or serti d\u2019\u00e9meraudes. Il en partait un lien pesant, mal soutenu par l\u2019un de mes bouffons. Le tout \u00e9tait plus \u00e9crasant que la cuirasse de mes lourds cavaliers de combat.<br \/>\nJ\u2019ai d\u00fb m\u2019arr\u00eater plusieurs fois pour reprendre mon souffle, mais je n\u2019ai pas vacill\u00e9. Devant moi, Tetricus et son fils, tous deux tra\u00eetres \u00e0 Rome, l\u00e9g\u00e8rement v\u00eatus de leurs atours gaulois ont tr\u00e9buch\u00e9 plusieurs fois. Moi pas ! Je me devais de r\u00e9sister, pour mon honneur de Reine et pour ta gloire, C\u00e9sar ! Droite, j\u2019ai commenc\u00e9 ma marche, droite, je l\u2019ai achev\u00e9e.<br \/>\nJ\u2019ai eu le temps de m\u00e9diter, ce jour-l\u00e0. De noires pens\u00e9es se bousculaient dans mon c\u0153ur ! Ne serais-je pas sacrifi\u00e9e \u00e0 la fin du spectacle ? J\u2019\u00e9tais sans crainte pour ma vie, mais inqui\u00e8te pour mes fils. Que leur adviendrait-il, si faibles encore, si d\u00e9munis sans moi ? D\u2019autres pens\u00e9es, plus futiles, me venaient \u00e0 l\u2019esprit. O\u00f9 se porterait l\u2019admiration de cette foule de Romains ? Serait-ce sur les vingt \u00e9l\u00e9phants qui ouvraient le cort\u00e8ge devant les terribles fauves, tigres, panth\u00e8res, lions, gu\u00e9pards ? Ou sur les \u00e9l\u00e9gantes girafes, les antilopes graciles et tant d\u2019autres animaux \u00e9tranges et exotiques ? Des chars qui suivaient, lequel \u00e9tait le plus beau, le plus impressionnant ? Celui d\u2019Odenath, par\u00e9 d\u2019or et de lapis ? Ou celui, riche en pierreries, offert par le Roi de Perse \u00e0 Aur\u00e9lien ? Le mien, dessin\u00e9 par mes soins, ex\u00e9cut\u00e9 par les plus habiles artisans syriens, habill\u00e9 d\u2019argent avec, en son centre, un soleil resplendissant de turquoises et de brillants, rehauss\u00e9 de rayons d\u2019or ? Ou celui du Roi des Goths, plus lourd, moins raffin\u00e9, mais tir\u00e9 par quatre cerfs splendides, que tu montais fi\u00e8rement pour ton arriv\u00e9e au Capitole ? Quelle place tenaient les vaincus dans cette parade ? De qui parlerait-on le plus, cette nuit dans les tavernes ? Des dix Amazones habill\u00e9es en hommes, captur\u00e9es alors qu\u2019elles combattaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, en \u00e9gales avec leurs fr\u00e8res Goths ? De Tetricus et de son fils, proclam\u00e9 par son p\u00e8re Empereur des Gaules que tu terrassas, Aur\u00e9lien, sans m\u00eame combattre ? Des s\u00e9nateurs f\u00e9lons, tra\u00een\u00e9s eux aussi en triomphe ? Ou de moi, Reine orientale, myst\u00e9rieuse Syrienne qui, il y a peu encore, faisait trembler Rome ? Croyaient-ils vraiment, ces rustres, que cette femme encha\u00een\u00e9e aspirait \u00e0 devenir leur ma\u00eetre ? Comment imaginer un seul instant que j\u2019ai pu vouloir quitter Palmyre la somptueuse pour cette Rome d\u00e9cadente ?<br \/>\nL\u2019\u00e9puisement attise la fureur ! Je ruminais des vengeances impossibles une bonne partie du chemin. Et lorsque, enfin arriv\u00e9 au Capitole, magnifique dans ton armure de parade au centre de laquelle \u00e9tincelait un soleil d\u2019or, tu as sacrifi\u00e9 \u00e0 Jupiter les quatre cerfs qui t\u2019avaient transport\u00e9 jusque-l\u00e0, malgr\u00e9 la fatigue qui me coupait les jambes et sans mes multiples entraves, plus proche de toi, je crois bien que j\u2019aurais trouv\u00e9 la force de t\u2019arracher ton poignard des mains pour te l\u2019enfoncer dans le c\u0153ur avant de me tuer \u00e0 mon tour.<br \/>\nAi-je d\u00e9failli ? Du haut des marches du sacrifice, tu as fait signe que l\u2019on m\u2019apporte un si\u00e8ge. Deux esclaves ont empoign\u00e9 un fauteuil destin\u00e9 \u00e0 un quelconque s\u00e9nateur et me l\u2019ont pr\u00e9sent\u00e9. Je l\u2019ai refus\u00e9 ! Sur un nouveau signe de toi, imp\u00e9ratif et souverain, quatre bras puissants m\u2019ont soulev\u00e9e de terre, m\u2019obligeant \u00e0 m\u2019asseoir. On m\u2019avait habill\u00e9e debout, j\u2019ai tent\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de me relever, cela m\u2019\u00e9tait impossible, le poids des bijoux et des cha\u00eenes m\u2019en emp\u00eachait. La foule saluait par des cris de joie la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de son empereur. Toi et moi seuls savions que tu m\u2019avais inflig\u00e9 l\u00e0 une nouvelle d\u00e9faite.<br \/>\nJe te hais, Aur\u00e9lien ! Je te hais pour ta mansu\u00e9tude, pour ma vie \u00e9pargn\u00e9e, pour cette cage dor\u00e9e\u2026 Qu\u2019ai-je \u00e0 faire de ce palais douillet, de cette douce verdure, de ces femmes parfum\u00e9es ? Que ne m\u2019as-tu don\u00acn\u00e9e \u00e0 violer par tes l\u00e9gions, \u00e0 d\u00e9chiqueter par tes chiens, \u00e0 pi\u00e9tiner par tes chevaux, plut\u00f4t que de m\u2019\u00f4ter mes palmiers g\u00e9n\u00e9reux, mes sables infinis, mes rocs, mes d\u00e9serts ! O\u00f9 est Tekram, mon cheval pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ? Et vous, mes vaillants cavaliers, et vous encore, mes sages, mes bavards, mes philosophes, o\u00f9 \u00eates-vous ?<br \/>\nQu\u2019esp\u00e9rais-tu faire de moi, Aur\u00e9lien ? Une agnelle docile ? Moi qu\u2019un p\u00e8re aimant appelait \u00abKhamsin\u00bb, le vent du d\u00e9sert, ce vent du Sud, chaud et sec, qui bouscule les dunes, obscurcit le ciel, br\u00fble les yeux, enflamme les corps et rend fous les c\u0153urs ? Comment as-tu pu m\u2019imaginer en matrone ? Moi, Z\u00e9nobie la grande, Reine de Palmyre, moi, dont la gloire illumine l\u2019Orient ! J\u2019admirais le g\u00e9n\u00e9ral audacieux, le strat\u00e8ge inspir\u00e9\u2026 mais comme tous les hommes, tu n\u2019as que le courage de mourir et le m\u00e9pris des femmes.<br \/>\nJe te hais \u00e9galement pour mes erreurs, car c\u2019est sur toi qu\u2019elles convergent. Je t\u2019ai cru faible comme tes pr\u00e9d\u00e9cesseurs et tu m\u2019as vaincue. Puis, je t\u2019ai esp\u00e9r\u00e9 intelligent autant que magnanime. Tu as pourtant priv\u00e9 mon peuple de sa lumi\u00e8re en le privant de moi. C\u2019est Palmyre qu\u2019il fallait me laisser, nous aurions fait alliance. J\u2019aurais fait all\u00e9geance. Une femme comme moi ne commet jamais deux fois la m\u00eame erreur. Quel meilleur bouclier que moi pouvais-tu trouver l\u00e0-bas, alors que je m\u2019\u00e9tiole dans cette campagne romaine ? Trop sou\u00acvent importun\u00e9e par tous ces patriciens curieux, d\u00e9sireux de m\u2019approcher, j\u2019ai bien peu de temps pour \u00e9crire. J\u2019\u00e9cris pourtant depuis toujours, depuis l\u2019enfance, j\u2019en ai besoin. C\u2019est ma fa\u00e7on \u00e0 moi de remettre un peu d\u2019ordre dans mes id\u00e9es. J\u2019y mets ma rage, aussi bien que mes pens\u00e9es les plus intimes. Tant\u00f4t je garde, tant\u00f4t je d\u00e9truis. J\u2019\u00e9cris en grec, en aram\u00e9en et m\u00eame en \u00e9gyptien. Mais jamais en latin. Je ne le sais pas assez, ou si peu, ou si mal ! J\u2019\u00e9vite m\u00eame de le parler, tant j\u2019ex\u00e8cre mes erreurs, mais ici, j\u2019y suis le plus souvent forc\u00e9e. Peu de Romains parlent une autre langue. Parfois le grec, rarement le perse, jamais l\u2019aram\u00e9en. Une nation conqu\u00e9rante n\u2019a pas d\u2019efforts \u00e0 faire : elle parle sa langue, aux autres de s\u2019adapter.<br \/>\nJe ruse, je triche, j\u2019attends mon heure. J\u2019\u00e9cris debout pour avoir la force de recevoir couch\u00e9e, des heures durant, la cohorte des courtisans pompeux et de leurs \u00e9pouses bavardes, tous avides de voir \u00e0 quoi peut bien ressembler un fauve aux griffes rogn\u00e9es. Je dois bien les d\u00e9cevoir : je suis si affable que ta gloire, Auguste, en prend un m\u00e9chant coup ! Est-ce vraiment elle, cette farouche guerri\u00e8re que l\u2019empereur a eu tant de mal \u00e0 vaincre ? J\u2019\u00e9coute, je m\u2019instruis de toute la b\u00eatise de tes \u00e9lites. Nul ne me surprend un livre \u00e0 la main, nulle pens\u00e9e \u00e9lev\u00e9e ne s\u2019\u00e9chappe de mes l\u00e8vres. Je babille avec les femmes, \u00e9coute b\u00e9ate les hommes, sans jamais les contredire.<br \/>\nLa banalit\u00e9 de mes propos les rassure, les Romaines oublient que mon peuple me surnommait \u00abla vertueuse\u00bb. Elles parlent entre elles, devant moi, de leurs amants, esclaves barbares qu\u2019elles s\u2019\u00e9changent ou se gardent jalousement, selon le cas, et qui savent les prendre avec la force perdue de leurs \u00e9poux. Elles vantent leurs mains habiles, leurs longues caresses, leurs bouches gourmandes, leurs sexes monstrueux, durs, infatigables. Elles en rajoutent pour susciter l\u2019envie et la curiosit\u00e9 de leurs compagnes. Pas d\u2019avarice dans les d\u00e9tails : c\u2019est \u00e0 celle qui en dit le plus, positions, circonstances, intensit\u00e9 des orgasmes\u2026 Ces femelles complices gloussent de leurs petits bonheurs. Ainsi, elles m\u2019\u00e9prouvent. Suis-je des leurs ? Je les \u00e9coute en souriant, amicale, mais suffisamment distante pour \u00e9viter qu\u2019elles ne devinent mon ennui. Les matrones ne sont pas vraiment dupes, mais rien ne peut les emp\u00eacher de s\u2019\u00e9pancher ; faiblesse de femmes oisives se vengeant de l\u2019indiff\u00e9rence de leurs maris.<br \/>\nTromper n\u2019est rien, encore faut-il le faire savoir ! Les hommes, eux, font les importants. S\u00e9nateurs, rh\u00e9teurs\u2026 certains complotent, car tous ont peur depuis que quelques-uns de leurs pairs \u2013et pas des moindres\u2013 se sont vus tra\u00een\u00e9s et encha\u00een\u00e9s \u00e0 ton triomphe. J\u2019\u00e9coute, discr\u00e8te, posant ici et l\u00e0 une question na\u00efve. Je tends m\u00eame une oreille attentive au beau Flavius, envoy\u00e9 par tes soins pour me s\u00e9duire. Tu as bien choisi : il est charmant et dr\u00f4le, et pourrait combler tout autre que moi. Mais, pour toucher impossible : il me faut un \u00e9gal.(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De son enfance \u00e0 Byblos, \u00e0 sa prison dor\u00e9e de Rome, d\u00e9couvrez le destin exceptionnel d&rsquo;une femme hors du commun : la belle et farouche Z\u00e9nobie, Reine [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[163,165],"tags":[],"class_list":["post-5115","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-extrait","category-n31"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5115","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5115"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5115\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5117,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5115\/revisions\/5117"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5115"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5115"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5115"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}