{"id":5124,"date":"2014-02-15T15:21:40","date_gmt":"2014-02-15T14:21:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=5124"},"modified":"2014-02-17T11:45:36","modified_gmt":"2014-02-17T10:45:36","slug":"les-amities-algeriennes-mohammed-dib-et-le-reve-de-fraternite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/les-amities-algeriennes-mohammed-dib-et-le-reve-de-fraternite\/","title":{"rendered":"Les Amiti\u00e9s alg\u00e9riennes : Mohammed Dib et le r\u00eave de fraternit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dib.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5125\" alt=\"dib\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dib.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dib.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/dib-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><br \/>\nEn septembre dernier, un colloque a rendu hommage \u00e0 Mohammed Dib, le fils de Tlemcen, le fils de l\u2019Alg\u00e9rie et de ses heures de combat pour l\u2019ind\u00e9pendance. Ce colloque sur l\u2019un de nos plus grands \u00e9crivains, qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 \u00e0 la Maison de l\u2019Am\u00e9rique latine, \u00e0 Paris, \u00e9tait parrain\u00e9 par le Minist\u00e8re d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 charg\u00e9 de la Francophonie fran\u00e7ais, en collaboration avec l\u2019Institut fran\u00e7ais et avec le soutien de la Maison de l\u2019Am\u00e9rique latine. Avec cet hommage fait sous la direction scientifique d\u2019Abd El Hadi Ben Mansour de l\u2019Universit\u00e9 de Paris IV-Sorbonne, L\u2019ivrEscQ ne pouvait pas ne pas pr\u00e9senter l\u2019importante communication de Guy Dugas, professeur des Universit\u00e9s IRIEC-Montpellier 3, sur le p\u00e8re de La Grande Maison qui fit les d\u00e9lices de toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019Alg\u00e9riens, mais aussi de Qui se souvient de la mer ou d\u2019Ombre gardienne\u2026<br \/>\nMa volont\u00e9 dans cet hommage \u00e0 Mohammed Dib \u00e9tait, dans la lign\u00e9e du travail de g\u00e9n\u00e9tique et de critique sur les avant-textes que m\u00e8ne depuis trois ou quatre ans le groupe \u00abManuscrit francophone\u00bb de l&rsquo;ITEM-CNRS et de l&rsquo;IRIEC-UPV, de m&rsquo;int\u00e9resser aux brouillons de certaines \u0153uvres comme la trilogie Alg\u00e9rie ou Qui se souvient de la mer, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la correspondance de Dib relative \u00e0 ses d\u00e9buts litt\u00e9raires.<br \/>\nLes conditions d&rsquo;organisation un peu pr\u00e9cipit\u00e9es de cette journ\u00e9e ainsi que le contexte dans lequel elle se d\u00e9roule, en pleine rentr\u00e9e universitaire, ne m&rsquo;ont permis de le faire qu&rsquo;\u00e0 un niveau \u00e9l\u00e9mentaire, \u00e0 partir de quelques \u00e9l\u00e9ments de correspondance in\u00e9dite : Dib- S\u00e9nac, Dib-Robl\u00e8s, Dib-Millecam ou Dib-Monnoyer, sur une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, du milieu des ann\u00e9es 40 \u00e0 l&rsquo;\u00e9clatement de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, en me situant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment du c\u00f4t\u00e9 du contexte et de la r\u00e9ception.<br \/>\nJe remercie les ayant-droits qui m&rsquo;ont fourni ces lettres \u00e0 partir desquelles je vais t\u00e2cher de cerner un peu plus le contour des amiti\u00e9s alg\u00e9riennes de Mohammed Dib et, au-del\u00e0, sa participation \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une litt\u00e9rature maghr\u00e9bine de langue fran\u00e7aise.<br \/>\nEn 1949, au retour d&rsquo;un voyage en Am\u00e9rique du Sud, Albert Camus \u00e9voque publiquement la naissance d&rsquo;une Ecole nord-africaine des Lettres regroupant les \u00e9crivains de l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;Alger et quelques jeunes \u00e9crivains indig\u00e8nes venant \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Sensiblement au m\u00eame moment, alors que quelques revues comme Forge de Robl\u00e8s (1947-1948), Soleil (1950-1952) puis Terrasses (un seul num\u00e9ro, celui de juin 1953) de Jean S\u00e9nac et, avec un peu plus de r\u00e9ussite, ou du moins de dur\u00e9e, Simoun de Guirao (195-195), tentent avec difficult\u00e9 d&rsquo;affirmer cette solidarit\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture, les rencontres de Sidi Madani, au premier trimestre de 1948, passent pour repr\u00e9senter un moment tr\u00e8s fort de fraternit\u00e9 et de partage \u2013\u00abune esp\u00e8ce d&rsquo;abbaye de Th\u00e9l\u00e8me pour \u00e9crivains et artistes\u00bb\u2013 selon Gabriel Audisio qui ajoute : \u00abOn y vit ensemble ou successivement des Jean Cayrol, Francis Ponge, Raymond Queneau, Albert Camus, Henri Calet, Michel Leiris, de Kermadec, Brice Parain, Jean Tortel&#8230; On y attendait Eluard, Paulhan, Sartre, Breton&#8230; En visiteurs venaient Dermenghem, Dib, Robl\u00e8s.\u00bb1<br \/>\nEn visiteurs seulement, mais sans grand enthousiasme, on y invita, en effet, quelques \u00e9crivains alg\u00e9riens comme le tr\u00e8s jeune Kateb Yacine, qui renon\u00e7a \u00e0 faire le d\u00e9placement, ou Mohammed Dib, qui le fit&#8230; et en con\u00e7ut une terrible d\u00e9ception :<br \/>\n\u00abNon, je n&rsquo;ai rien consign\u00e9 qui soit relatif \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement. j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 de le faire, mais j&rsquo;y ai renonc\u00e9 pour ne pas avoir \u00e0 signaler certains d\u00e9tails peu \u00e0 l&rsquo;honneur des organisateurs, comme par exemple de nous avoir log\u00e9s, nous seuls, trois ou quatre pr\u00e9tendus \u00e9crivains alg\u00e9riens que nous \u00e9tions, dans les sous-sols de l&rsquo;h\u00f4tel, sans chauffage, pourtant n\u00e9cessaire \u00e0 ce moment-l\u00e0 de l&rsquo;ann\u00e9e, et sur des lits sans literie. Mieux vaut oublier \u00e7a.\u00bb2 Sur quelle base -union des communaut\u00e9s ou rupture postcoloniale, volont\u00e9 de prolonger une fraternit\u00e9 ou affirmation d&rsquo;une irr\u00e9m\u00e9diable alt\u00e9rit\u00e9\u2013 va donc se construire la nouvelle litt\u00e9rature alg\u00e9rienne ? Dans ses Ann\u00e9es Camus, premier tome de ses m\u00e9moires, le romancier Jean-Pierre Millecam, sans doute celui qui a le mieux m\u00e9taphoris\u00e9 dans son \u0153uvre l&rsquo;indissoluble \u00abmixte franco-alg\u00e9rien\u00bb dont parle Bourdieu, dresse un portrait soign\u00e9 du Mohammed Dib des ann\u00e9es 50 : \u00abA mesure que la guerre approchait, je me liai davantage avec Dib. Son accueil \u00e9tait \u00e0 son image. Je le faisais rire, mais il gardait les l\u00e8vres serr\u00e9es, d\u2019abord par pudeur, comme pour calfeutrer des sentiments qu\u2019il savait vifs, non seulement ceux dont j\u2019\u00e9tais l\u2019objet, mais les autres aussi, ceux que lui inspirait le monde sur le point de chavirer \u2013peut-\u00eatre aussi parce que l\u2019\u00e9mail de ses dents \u00e9tait la proie, \u00e0 certaines p\u00e9riodes, du cabinet du dentiste.<br \/>\nNous parlions peu de nos livres. Il n\u2019aimait pas les compliments. Son humilit\u00e9 pla\u00e7ait tr\u00e8s haut son id\u00e9al de po\u00e8te. Les applaudissements le mettaient mal \u00e0 l\u2019aise :<br \/>\nil souffrait d\u2019un accueil qui saluait le message, quand le message, dont l\u2019importance avait quelque chose de r\u00e9volutionnaire, masquait les soins extr\u00eames du style, de l\u2019oeuvre d\u2019art. L\u2019art, au fond, r\u00e9sumait son ambition. Il voulait l\u2019enveloppe splendide, n\u00e9cessaire, sans vice, au moins autant que le fruit d\u00e9lectable qu\u2019elle recelait. La suite de ses romans, quand le dernier coup de feu de la guerre eut \u00e9t\u00e9 tir\u00e9, le prouve. Je me souviens d\u2019une lettre que je lui adressai de Casablanca, o\u00f9 je lui faisais compliment d\u2019un de ses derniers livres.<br \/>\nSon ouvrage, me r\u00e9pondit-il, \u00e9tait peu de chose en comparaison de la trag\u00e9die que son peuple vivait jour apr\u00e8s jour.<br \/>\n[&#8230;] Il \u00e9tait communiste, comme la plupart des Alg\u00e9riens qui, \u00e0 cette \u00e9poque, devan\u00e7aient le signal de la lutte.3<br \/>\nUne dizaine d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s ses d\u00e9clarations initiales, Albert Camus, prenant acte de tels engagements, se montrera beaucoup moins optimiste, conc\u00e9dant au journal parisien Demain que ce groupe naissant des intellectuels d&rsquo;Afrique du Nord, cette \u00abcommunaut\u00e9 des \u00e9crivains alg\u00e9riens fran\u00e7ais et arabes que nous avons construit par la seule vertu d&rsquo;un \u00e9change g\u00e9n\u00e9reux et d&rsquo;une vraie solidarit\u00e9\u00bb, est coup\u00e9e en deux, provisoirement.4<br \/>\nCe que je voudrais aborder dans cette communication, c&rsquo;est bien la fa\u00e7on dont le jeune Dib a v\u00e9cu cette utopie et sa rupture, ainsi que les conditions de ses premiers engagements intellectuels et litt\u00e9raires.<br \/>\nJe garde en m\u00e9moire qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&rsquo;hommage rendu \u00e0 Emmanuel Robl\u00e8s par le Centre culturel alg\u00e9rien de Paris, le 29 f\u00e9vrier 1996, un num\u00e9ro de la revue Forge \u00e0 la main. Pourtant, ce n&rsquo;est pas dans Forge, revue \u00e0 laquelle il donna l&rsquo;un de ses premiers et singuliers po\u00e8mes5, ni par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;Emmanuel Robl\u00e8s que Dib a d\u00e9but\u00e9, mais bien gr\u00e2ce \u00e0 certaines rencontres en un tel contexte paradoxales \u2013au premier rang desquelles celle de Jean Cayrol \u00e0 Sidi Madani pr\u00e9cis\u00e9ment6, qui l&rsquo;introduira aux \u00e9ditions du Seuil, o\u00f9 La Grande Mai\u00acson (1952) inaugurera par pure co\u00efncidence la collection \u00abM\u00e9diterran\u00e9e\u00bb cr\u00e9\u00e9e par Emmanuel Robl\u00e8s quelques semaines apr\u00e8s la signature du contrat unissant Dib \u00e0 cette maison d&rsquo;\u00e9dition7. Mais c&rsquo;est aussi \u00e0 Jean Cayrol que Mohammed Dib doit d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 introduit \u2013cela est moins connu\u2013 dans le milieu des \u00e9crivains de la R\u00e9sistance : Pierre Anselme, Francis Jeanson ou Louis Aragon, qui, avant de pr\u00e9facer Ombre gardienne en 1961, jouera quelques ann\u00e9es plus tard dans les Lettres Fran\u00e7aises un r\u00f4le important de d\u00e9fense des premi\u00e8res \u0153uvres et des engagements de Dib, critiqu\u00e9s \u00e0 droite comme \u00e0 gauche, en en soulignant l&rsquo;irr\u00e9dente singularit\u00e9.\u00bb(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En septembre dernier, un colloque a rendu hommage \u00e0 Mohammed Dib, le fils de Tlemcen, le fils de l\u2019Alg\u00e9rie et de ses heures de combat pour l\u2019ind\u00e9pendance. 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