{"id":5163,"date":"2014-03-15T16:07:18","date_gmt":"2014-03-15T15:07:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=5163"},"modified":"2014-03-23T11:39:44","modified_gmt":"2014-03-23T10:39:44","slug":"robles-et-les-ecrivains-algeriens-mouloud-feraoun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/robles-et-les-ecrivains-algeriens-mouloud-feraoun\/","title":{"rendered":"Robl\u00e8s et les \u00e9crivains alg\u00e9riens : Mouloud Feraoun"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/ROBLES-ET-LES-ECRIVAINS.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5164\" alt=\"ROBLES ET LES ECRIVAINS\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/ROBLES-ET-LES-ECRIVAINS.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/ROBLES-ET-LES-ECRIVAINS.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/ROBLES-ET-LES-ECRIVAINS-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><br \/>\n<strong>Mouloud Feraoun et Emmanuel Robl\u00e8s<\/strong><br \/>\n<strong> Le Journal et Plaidoyer pour un rebelle<\/strong><br \/>\n<strong> Amiti\u00e9 et engagement<\/strong><br \/>\nL\u2019association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons a organis\u00e9 le 6 d\u00e9cembre 2013 un colloque qui s\u2019est tenu au minist\u00e8re de l\u2019\u00c9ducation nationale (France), sur le th\u00e8me Mouloud Feraoun, Emmanuel Robl\u00e8s : centenaire d\u2019une amiti\u00e9. Nous remercions vive\u00acment l\u2019auteure, Christiane Chaulet Achour, professeur de Litt\u00e9rature compar\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Cergy-Pontoise, et M. Philippe Ould-Aoudia, pr\u00e9sident de l\u2019association, de nous avoir autoris\u00e9s \u00e0 publier l\u2019intervention prononc\u00e9e \u00e0 cette occasion.<br \/>\n\u00c0 Jean-Claude Xuereb<br \/>\nLe titre de mon intervention affiche deux noms, deux \u0153uvres et deux notions. Toutefois la mention des \u0153uvres auxquelles je me r\u00e9f\u00e8re est centrale sans \u00eatre exclusive dans mes propos. Ce qui m\u2019int\u00e9resse, \u00e0 partir d\u2019elles, est d\u2019interroger deux amis dans le lien d\u2019un engagement pour l\u2019Alg\u00e9rie. C\u2019est donc bien un hommage, mais hommage distant au sens o\u00f9 il privil\u00e9gie l\u2019Alg\u00e9rie et o\u00f9 il ne s\u2019appuie ni sur des t\u00e9moignages ni sur une familiarit\u00e9 intime : il s\u2019appuie essentiellement sur les textes.<br \/>\nDans le Journal (1) dont j\u2019ai parl\u00e9 il y a deux ans dans cette association, compl\u00e9tant mon propos dans le num\u00e9ro r\u00e9cent d\u2019Alg\u00e9rie Litt\u00e9rature\/Action, j\u2019avais soulign\u00e9 le grand int\u00e9r\u00eat de cette \u0153uvre pour la lecture qu\u2019il permet de faire de la guerre en Alg\u00e9rie. J\u2019avais affirm\u00e9 que le Journal marquait \u00e9loquemment l\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9crivain dans une \u00e9criture citoyenne qui s\u2019affirmait avec force et s\u2019\u00e9non\u00e7ait sans d\u00e9tour. Je peux rappeler la mani\u00e8re dont, en 1990, Tahar Djaout le pr\u00e9sentait : \u00abLe Journal, derni\u00e8re \u0153uvre \u00e9labor\u00e9e par Mouloud Feraoun, laisse appara\u00eetre toutes les \u00e9nergies cr\u00e9atrices, la puissance de t\u00e9moignage et les ressources d\u2019\u00e9criture que le romancier-conteur, mort \u00e0 49 ans, aurait pu investir dans des<br \/>\ntravaux litt\u00e9raires ult\u00e9rieurs. (\u2026) Un t\u00e9moignage profond\u00e9ment humain et humaniste par son poids de sensibilit\u00e9, de scepticisme et d\u2019honn\u00eatet\u00e9.\u00bb En 2007, Arezki Metref affirmait, enfon\u00e7ant le clou en quelque sorte :<br \/>\n\u00abL\u2019\u00e9crivain Mouloud Feraoun a besoin de trois choses :<br \/>\n1 : \u00eatre lu ;<br \/>\n2 : \u00eatre lu ;<br \/>\n3 : \u00eatre lu.<br \/>\nLe martyr Mouloud Feraoun, assassin\u00e9 par les criminels de l\u2019OAS, a besoin, lui aussi, de trois choses :<br \/>\n1 : \u00eatre lu ;<br \/>\n2 : \u00eatre lu ;<br \/>\n3 : \u00eatre lu.\u00bb<br \/>\nJe ne vais donc pas revenir sur cette \u0153uvre que bien d\u2019autres que moi ont \u00e9galement analys\u00e9e mais, aujourd\u2019hui, je voudrais rappeler, dans les mots du texte, ce que l\u2019on sait d\u00e9j\u00e0 : c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 Emmanuel Robl\u00e8s que ce livre est devenu un bien collectif que nous partageons toutes et tous. C\u2019est bien l\u2019\u00e9diteur qui permet que vienne sous nos yeux les mots de Feraoun et qu\u2019on puisse mettre en pratique le souhait d\u2019Arezki Metref.<br \/>\nRobl\u00e8s dans le Journal<br \/>\nLa premi\u00e8re \u00e9vidence est d\u2019abord la pr\u00e9face que Robl\u00e8s \u00e9crit puisque l\u2019\u0153uvre para\u00eet \u00e0 titre posthume apr\u00e8s l\u2019assassinat de son auteur. Il pr\u00e9cise : \u00abCette volont\u00e9 d\u2019agir et de t\u00e9moigner lui inspira l\u2019id\u00e9e de publier son Journal, mais au Seuil on h\u00e9sitait, dans la crainte qu\u2019une telle publication, \u00e0 l\u2019heure m\u00eame o\u00f9 les passions s\u2019exasp\u00e9raient plus que jamais, n\u2019entrain\u00e2t des repr\u00e9sailles contre l\u2019auteur. Comme je partageais ces craintes, Feraoun m\u2019\u00e9crivit pour insister: \u00abS\u2019il ne para\u00eet pas en ce moment, on m\u2019accusera plus tard de l\u00e2chet\u00e9 et alors il vaudra mieux qu\u2019il ne paraisse jamais.\u00bb (p.10). Robl\u00e8s ajoute en note : \u00abMouloud Feraoun m\u2019avait demand\u00e9 d\u2019op\u00e9rer les coupures et d\u2019ajouter les pr\u00e9cisions que je jugerais utiles pour l\u2019\u00e9dition du Journal. On en donne ici le texte int\u00e9gral avec quelques notes plus ou moins indispensables. R.\u00bb Ces notes sont nombreuses (2) : soit des notes factuelles, soit des notes contextualisantes, soit des notes rectificatives, plus rares. L\u2019intervention de l\u2019un ou de l\u2019autre est aussi signal\u00e9e.<br \/>\nCertaines dates attirent notre attention. On conna\u00eet le 22 janvier 1956 et l\u2019Appel : est-il vraisemblable que Feraoun l\u2019ignore ? A mon sens non. Mais si l\u2019on regarde cette date dans le Journal, que note Feraoun (qui n\u2019est pas all\u00e9 \u00e0 Alger pour l\u2019occasion) : \u00abOui, il y a eu cet engagement du c\u00f4t\u00e9 de Michelet. Les journaux du lendemain ont rendu hommage aux forces de l\u2019ordre qui ont abattu un rebelle ; captur\u00e9 deux autres sans avoir subi aucune perte. Il est vrai que tous les lecteurs n\u2019ont pas vu passer les ambulances, camions, h\u00e9licopt\u00e8res. Au reste, mieux vaudrait peut-\u00eatre ne rien dire du tout de ce qui se passe, de ceux qui tombent. Nous n\u2019avons pas l\u00e0 de quoi nous vanter, ni les uns ni les autres\u2026\u00bb Et Feraoun poursuit par une r\u00e9flexion sur les plus grands \u00e9l\u00e8ves dont certains prennent le maquis et sur l\u2019organisation de la r\u00e9sistance des Alg\u00e9riens : \u00abQuoi qu\u2019il en soit le fellah est d\u00e9sormais engag\u00e9 dans la lutte. Il ne veut peut-\u00eatre pas encore de rupture d\u00e9finitive (\u2026) mais il sait qu\u2019il ne pourra plus faire marche arri\u00e8re et qu\u2019il ne voudra m\u00eame pas qu\u2019on lui pardonne parce qu\u2019il estime qu\u2019il n\u2019a rien \u00e0 se faire pardonn\u00e9\u00bb (p. 89-90).<br \/>\nEn \u00e9cho, le t\u00e9moignage d\u2019un Alg\u00e9rois de l\u2019\u00e9poque, engag\u00e9 pour la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance : \u00abLe 22 janvier 1956, Albert Camus vient \u00e0 Alger lancer, au Cercle du Progr\u00e8s, son appel pour la tr\u00eave civile, ce qui para\u00eet irr\u00e9aliste, alors que, depuis d\u00e9cembre 1954, les repr\u00e9sailles collectives \u00e0 l\u2019encontre des populations civiles n\u2019ont pas cess\u00e9 et que la vue a\u00e9rienne d\u2019un village de Kabylie bombard\u00e9 fait la une de Paris Match (3).\u00bb<br \/>\nDans son Journal, Mouloud Feraoun ne commentera l\u2019Appel qu\u2019apr\u00e8s les manifestations europ\u00e9ennes contre Guy Mollet, le 2 f\u00e9vrier 1956, et compare la libert\u00e9 laiss\u00e9e aux manifestants europ\u00e9ens \u00e0 celle jamais donn\u00e9e aux autres. L\u2019int\u00e9gration \u2013traitement \u00e9gal\u2013 est donc un leurre. Il commente alors \u00abl\u2019Appel\u00bb et c\u2019est une note de Robl\u00e8s qui pr\u00e9cise le contexte. C\u2019est la premi\u00e8re mention du nom de ce dernier dans le Journal lui-m\u00eame, en association avec celui de Camus \u00e0 cause de l\u2019\u00e9v\u00e9nement appr\u00e9ci\u00e9 : \u00abJe pourrais dire la m\u00eame chose \u00e0 Camus et \u00e0 Robl\u00e8s. J\u2019ai pour l\u2019un une grande admiration et pour l\u2019autre une affection fraternelle mais ils ont tort de s\u2019adresser \u00e0 nous qui attendons tout des c\u0153urs g\u00e9n\u00e9reux s\u2019il en est. Ils ont tort de parler puisqu\u2019ils ne sauraient aller au fond de leur pens\u00e9e. Il vaut cent fois mieux qu\u2019ils se taisent. Car enfin, ce pays s\u2019appelle bien l\u2019Alg\u00e9rie et ses habitants des Alg\u00e9riens. Pourquoi tourner autour de cette \u00e9vidence ? \u00cates-vous Alg\u00e9riens, mes amis ? Votre place est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux qui luttent. Dites aux Fran\u00e7ais que le pays n\u2019est pas \u00e0 eux, qu\u2019ils s\u2019en sont empar\u00e9s par la force et entendent y demeurer par la force. Tout le reste est mensonge, mauvaise foi\u00bb (p. 107 et sq.). Toute la fin de cette page est \u00e0 lire avec une analyse remarquable du th\u00e8me cher \u00e0 Camus des innocents et des coupables, th\u00e8me d\u00e9velopp\u00e9 dans le contexte de chaque conflit violent par de nombreux \u00e9crivains.<br \/>\nFeraoun d\u00e9veloppe aussi l\u2019id\u00e9e de l\u2019irr\u00e9m\u00e9diable changement. Le 18 mars 1956, il juge tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8rement le vote unanime des pouvoirs sp\u00e9ciaux : \u00abEn somme, on demandera \u00e0 la r\u00e9bellion de s\u2019avouer vaincue, alors que jusqu\u2019ici, elle a plut\u00f4t tenu en \u00e9chec son adversaire (\u2026) Les Fran\u00e7ais votent les pouvoirs sp\u00e9ciaux pour signifier au monde leur accord. Leur dessein est de reconqu\u00e9rir l\u2019Alg\u00e9rie par les armes et de payer en vies humaines l\u2019enjeu que l\u2019aventure exigera\u00bb (p. 141). Quelques jours plus tard, \u00e0 la date du 27 mars, il note : \u00abVendredi dernier, je suis all\u00e9 \u00e0 Alger (\u2026) J\u2019ai vu mon fr\u00e8re et mon ami Robl\u00e8s. J\u2019ai pass\u00e9 la nuit \u00e0 la Redoute. R. est \u00e0 peu de choses pr\u00e8s dans le m\u00eame \u00e9tat que moi.(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mouloud Feraoun et Emmanuel Robl\u00e8s Le Journal et Plaidoyer pour un rebelle Amiti\u00e9 et engagement L\u2019association Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,4,166],"tags":[],"class_list":["post-5163","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-dossier","category-n-32"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5163","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5163"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5163\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5165,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5163\/revisions\/5165"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5163"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5163"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5163"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}