{"id":5172,"date":"2014-03-15T16:38:15","date_gmt":"2014-03-15T15:38:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=5172"},"modified":"2014-03-23T11:47:59","modified_gmt":"2014-03-23T10:47:59","slug":"guerre-despagne-alger-annees-30-lorca-robles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/guerre-despagne-alger-annees-30-lorca-robles\/","title":{"rendered":"Guerre d\u2019Espagne\/ Alger ann\u00e9es 30 : Lorca \/ Robl\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/robles.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5173\" alt=\"robles\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/robles.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/robles.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/robles-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a><br \/>\n<strong>Durant la d\u00e9cennie 30 du XXe si\u00e8cle qui a vu le montage d\u2019une comm\u00e9moration fastueuse du centenaire de la colonisation, Alger ne compte pas plus de 200 000 habitants, mais n\u2019en n\u2019est pas moins consid\u00e9r\u00e9e comme la quatri\u00e8me ville de France\u2026 C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019un jeune d\u00e9mobilis\u00e9 d\u2019origine hispanique du nom d\u2019Emmanuel Robl\u00e8s (ayant d\u00e9j\u00e0 visit\u00e9 une bonne partie de l\u2019Espagne mais aussi l\u2019URSS, l\u2019Indochine et la Chine du sud), d\u00e9couvre, \u00e0 400 m\u00e8tres de la Grande Poste, une minuscule librairie \u00abLes Vraies richesses\u00bb que lui fait conna\u00eetre un passionn\u00e9 de th\u00e9\u00e2tre et de litt\u00e9rature m\u00e9diterran\u00e9enne, Albert Camus, qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son actif<\/strong><br \/>\n<strong> R\u00e9volte dans les Asturies\u2026<\/strong><br \/>\nQui \u00e9tait Robl\u00e8s ? Bien apr\u00e8s le d\u00e9barquement am\u00e9ricain des ann\u00e9es 40 en Alg\u00e9rie, Jean S\u00e9nac, venu lui aussi d\u2019Oran s\u2019installer \u00e0 Alger, croque ce bel instantan\u00e9 de Robl\u00e8s: \u00abPetit, brun, toujours souriant derri\u00e8re ses lunettes noires (\u2026) Il est franc, chic et g\u00e9n\u00e9reux, \u00e9pris de po\u00e9sie virile et avide de tirer de l\u2019heure son maximum d\u2019action et de joie, c\u2019est-\u00e0-dire de vie. S\u2019il prend parfois son bonheur au tragique, c\u2019est parce que le sang andalou et le soleil africain hurlent dans ses veines\u00bb\u2026<br \/>\nMais le \u00ab hurlement de ces veines\u00bb c\u2019\u00e9tait certainement la guerre civile entre franquistes et r\u00e9publicains que l\u2019auteur porte encore en lui\u2026 Un violent affrontement d\u2019arm\u00e9es (de plusieurs centaines de milliers de soldats chacune) qui avait d\u00e9pass\u00e9 les seules fronti\u00e8res d\u2019Espagne ; une p\u00e9ninsule si pauvre o\u00f9, comme le rapportait Federico Garcia Lorca lui-m\u00eame , la femme de m\u00e9nage chez ses parents \u00e9tait appel\u00e9e au secours pour donner le sein au b\u00e9b\u00e9 d\u2019une famille n\u2019ayant qu\u2019un unique habillement au point de s\u2019isoler du monde lorsque ses membres devaient laver ce linge parce qu\u2019ils \u00e9taient alors plus nus que des vers\u2026D\u00e8s 1921 Lorca, po\u00e8te andalou, avait d\u00e9j\u00e0 inscrit noir sur blanc dans sa po\u00e9sie :<br \/>\n\u00abEt mon sang dans les champs<br \/>\nsera un limon doux et rose<br \/>\no\u00f9 viendront planter leurs pioches<br \/>\nles paysans \u00e9puis\u00e9s de fatigue \u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Alger, un petit cercle de jeunes \u00abintellectuels\u00bb (qu\u2019on appellera vraiment intellectuels apr\u00e8s bien des effondrements et autres d\u00e9faites sociales\u2026) s\u2019active fortement autour des questions sociohistoriques, culturelles et \u00e9thiques li\u00e9es \u00e0 cette proche Espagne m\u00e9diterran\u00e9enne qui semble si profond\u00e9ment marqu\u00e9e par \u00abla mal\u00e9diction\u00bb de la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Angoisse et fureurs\u2026<\/strong><br \/>\nOn y trouve d\u2019abord Jean Grenier, prof de philo au Lyc\u00e9e Bugeaud (Emir Abdelkader) qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019enseignant d\u2019Albert Camus et celui qui a orient\u00e9 Edmond Charlot dans ses premiers pas pour fonder la libraire \u00abLes vraies richesses\u00bb\u2026 Albert Camus lui\u2013m\u00eame (d\u00e9j\u00e0 marqu\u00e9 par les premiers signes de la tuberculose) met en sc\u00e8ne La<br \/>\nC\u00e9lestine, une pi\u00e8ce qui avait ouvert le si\u00e8cle d\u2019or du th\u00e9\u00e2tre espagnol apr\u00e8s la chute de Grenade au XVe si\u00e8cle\u2026 Son th\u00e8me : un amour tragique, mortel, amplifi\u00e9 par les agissements d\u2019une entremetteuse sympathiquement rus\u00e9e nomm\u00e9e C\u00e9lestine\u2026<br \/>\nToujours dans le cadre du \u00abTh\u00e9\u00e2tre du travail\u00bb affili\u00e9 au Parti communiste alg\u00e9rien qui avait inscrit \u00e0 son r\u00e9pertoire d\u2019amateurs \u00abLes bas-fonds\u00bb de Maxime Gorki tout comme des pi\u00e8ces de Ben Johnson, d\u2019Eschyle ou des adaptations de Malraux et de Dosto\u00efevski, Camus faisait r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 22 ans sa premi\u00e8re pi\u00e8ce d\u2019actualit\u00e9 politique: R\u00e9volte dans les Asturies. Fruit d\u2019un travail collectif, il en avait \u00e9crit le sc\u00e9nario en collaboration avec Yves Bourgeois, Alfred Poignant et Jeanne Paule Sicard. La pi\u00e8ce traite de l\u2019insurrection des ouvriers des mines des Asturies en 1934 contre lesquels le pouvoir de droite, satisfait de voir Hitler arriver au pouvoir en 1933, fera plus d\u2019un millier de morts et 30 000 prisonniers\u2026<br \/>\nSi ce texte est la premi\u00e8re plaquette qu\u2019\u00e9dite Charlot \u00e0 500 exemplaires, sans nom d\u2019auteur, la pi\u00e8ce n\u2019en sera pas interdite de repr\u00e9sentation par Augustin Rozis, maire d\u2019Alger. Sur ce dernier, un t\u00e9moignage d\u2019\u00e9poque indique : \u00abLe 10 mai 1936, quand le maire d\u2019Alger, le Croix-de-Feu Augustin Rozis, sort de la cath\u00e9drale (actuelle mosqu\u00e9e Ketchaoua), plusieurs Croix-de-Feu et VN le saluent \u00e0 la mode fasciste, au point de se faire huer par de jeunes partisans du Front populaire\u00bb\u2026 Nombre de murs d\u2019Alger sont alors marqu\u00e9s de croix gamm\u00e9es ou de faucilles et marteaux peints sur les murs du centre ville et des quartiers p\u00e9riph\u00e9riques. Le Front populaire (1936-1938) ayant accord\u00e9 les premiers \u00abcong\u00e9s pay\u00e9s\u00bb de l\u2019histoire, les syndicats (la\u00efcs aussi bien que chr\u00e9tiens, comme le rappelle Pierre Chaulet dans ses m\u00e9moires\u2026) mobilisait les travailleurs, les faisant d\u00e9filer au rythme de l\u2019Internationale sous les balcons de la rue Monge \u00e0 dix m\u00e8tres du point de chute des intellectuels \u00e0 la libraire \u00abLes vraies richesses\u00bb, rue Charras, face \u00e0 \u00abLa Pari\u00acsienne\u00bb connue de tant de g\u00e9n\u00e9rations d\u2019Alg\u00e9rois et qui n\u2019existe plus aujourd\u2019hui\u2026<br \/>\nEn ce temps des marches ouvri\u00e8res et des poings lev\u00e9s, le jeune Ferhat Abbas, dans une tournure de phrase sans \u00e9quivoque, \u00e9crivait en ao\u00fbt 1936 dans le journal \u00abLa D\u00e9fense\u00bb : \u00ab\u2026Nous assistons \u00e0 un duel farouche entre la volont\u00e9 du gouvernement central (Blum-Violette), qui veut faire quelque chose pour nous, et la non moins \u00e9gale volont\u00e9 de l\u2019Administration alg\u00e9rienne (Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Alger) qui ne veut rien faire\u00bb. Les grands colons appellent \u00e0 r\u00e9primer tout mouvement indig\u00e8ne pour ne pas \u00abperdre l\u2019Afrique du Nord\u00bb comme ils en accusent L\u00e9on Blum, Chef du Gouvernement, de vouloir le faire\u2026<br \/>\nL\u2019abb\u00e9 Lambert, maire d\u2019Oran o\u00f9 vit la plus importante communaut\u00e9 d\u2019origine espagnole, appelle lui rageusement \u00e0 \u00ablutter contre le fascisme rouge\u00bb tout en admirant et soutenant Franco dont il ira serrer la main \u00e0 Burgos\u2026 C\u2019est justement dans deux journaux de gauche d&rsquo;Oran \u00abLe semeur socialiste\u00bb et \u00abOran R\u00e9publicain\u00bb, que le tr\u00e8s jeune Emmanuel Robl\u00e8s fait para\u00eetre ses premiers \u00e9crits sous diff\u00e9rents pseudonymes tout comme, semble-t-il , un autre collaborateur de \u00abOran R\u00e9publicain\u00bb qui a pour vrai nom\u2026 Boudali Safir, alors instit \u00e0 Mascara\u2026<br \/>\nTrente ans plus tard, Robl\u00e8s dira lors d\u2019un long entre\u00actien publi\u00e9 au Seuil: \u00abAvoir vingt ans au moment o\u00f9 d\u2019effroyables bouleversements se pr\u00e9paraient, avoir l\u2019\u00e2ge de l\u2019amour, de l\u2019espoir, des grands \u00e9lans vers la justice et la beaut\u00e9 juste au moment o\u00f9 le mensonge et la haine \u00e9taient partout, en Alg\u00e9rie comme en Espagne, En Allemagne comme au Japon, oui, j\u2019enrageais et mes premiers \u00e9crits d\u2019adolescence, qui exprimaient les \u00e9tats d\u2019\u00e2mes communs \u00e0 tous les jeunes gens, se transformaient peu \u00e0 peu et devenaient des cris, de v\u00e9ritables cris d\u2019angoisse et de fureur\u00bb(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Durant la d\u00e9cennie 30 du XXe si\u00e8cle qui a vu le montage d\u2019une comm\u00e9moration fastueuse du centenaire de la colonisation, Alger ne compte pas plus de 200 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[4,166],"tags":[],"class_list":["post-5172","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dossier","category-n-32"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5172","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5172"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5172\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5185,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5172\/revisions\/5185"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5172"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5172"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5172"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}