{"id":5219,"date":"2014-05-15T00:20:23","date_gmt":"2014-05-14T23:20:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=5219"},"modified":"2014-05-21T12:00:57","modified_gmt":"2014-05-21T11:00:57","slug":"tadjer-maintenant-que-je-suis-gueri-je-voudrais-soigner-les-autres-avec-des-mots-damour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/tadjer-maintenant-que-je-suis-gueri-je-voudrais-soigner-les-autres-avec-des-mots-damour\/","title":{"rendered":"Tadjer: \u00abMaintenant que je suis gu\u00e9ri, je voudrais soigner les autres avec des mots&#8230; d\u2019amour\u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><b><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/akli-tadjar.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5248\" alt=\"akli tadjar\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/akli-tadjar.jpg\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/akli-tadjar.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/akli-tadjar-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/a>L\u2019ivrEscQ : Le personnage central de votre dernier roman Les <i>Thermes du Paradis <\/i>est Ad\u00e8le que vous d\u00e9crivez disgracieuse. Elle ne s&rsquo;aime pas. Contrairement \u00e0 son a\u00een\u00e9e Rose \u00ab<i>aussi belle de face que de fesse<\/i>\u00bb. Il y a dans votre \u00e9crit cet accord de deux notes : la beaut\u00e9 et la ternissure, la vie et la mort, l\u2019amour et le d\u00e9senchantement\u2026 Comment vous \u00eates-vous inspir\u00e9 d\u2019un axe de la vie et son contraire ? <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>Akli Tadjer : <\/b>Je crois, et d\u2019ailleurs j\u2019en suis s\u00fbr, qu\u2019en toute chose nous voyons d\u2019instinct le monde de fa\u00e7on binaire: le beau, le moche. Le bien, le mal. Le soleil, les t\u00e9n\u00e8bres&#8230; C\u2019est notre part d\u2019animalit\u00e9 qui nous porte \u00e0 des jugements lapidaires. C\u2019est ensuite qu\u2019on nuance les a prio\u00adri. S\u2019agissant d\u2019Ad\u00e8le, la narratrice, je ne l\u2019ai pas voulu moche. J\u2019ai voulu qu\u2019elle se trouve moche. Ce qui est pire car irrationnel. Et c\u2019est d\u2019autant plus cruel que nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019apparence o\u00f9 l\u2019on pardonne tout \u00e0 la beaut\u00e9 m\u00eame la vulgarit\u00e9. Ad\u00e8le se trouve d\u2019autant rel\u00e9gu\u00e9e dans l\u2019ombre de sa s\u0153ur, jolie femme m\u00e9decin, qu\u2019elle a repris l\u2019entreprise de pompes fun\u00e8bres familiale. Inhib\u00e9e de nature et croque-mort de profession, elle cumule Ad\u00e8le. En m\u00eame temps, c\u2019est du pain b\u00e9ni que d\u2019avoir le personnage central de votre roman lest\u00e9 d\u2019autant de complexes et de frustrations. C\u2019est pour \u00e7a que j\u2019en suis tomb\u00e9 amoureux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L. : Au commencement de votre ouvrage, on d\u00e9colle lentement par le job d\u2019Ad\u00e8le, croque-mort. Les phrases des adieux que les clients choisissent pour leur mort. Les larmes. Le spleen. Et la mort m\u00eame des parents des deux s\u0153urs\u2026 J\u2019ai envie de citer cette accolade de Chateaubriand : \u00ab<i>La vie me sied mal, la mort m&rsquo;ira peut-\u00eatre mieux.<\/i>\u00bb Pourtant, il y a un plaisir euphorisant \u00e0 vous suivre avec, si je puis me permettre, ces interstices lumineux dans le noir-pessimiste ? <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>A. T. : <\/b>Vous savez, \u00e9crire un livre, c\u2019est \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de vos personnages. Je n\u2019invente rien, je m\u2019arrange avec leurs r\u00e9alit\u00e9s. Je suis devant ma page blanche et je les entends me raconter leurs vies. \u00c9crire, c\u2019est \u00eatre le passeur des histoires de vos personnages. Je fais cela tr\u00e8s s\u00e9rieusement comme un amateur, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec amour. Pour <b><i>Les Thermes du Paradis, <\/i><\/b>avec Ad\u00e8le, L\u00e9o et Le\u00efla, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 g\u00e2t\u00e9. J\u2019ai eu droit \u00e0 la plus belle histoire d\u2019amour qu\u2019on ne m\u2019ait jamais confess\u00e9e. C\u2019\u00e9tait un bonheur d\u2019\u00e9crire ce roman par ces temps maussades ou m\u00eame les imb\u00e9ciles ne sont plus heureux. Ce roman m\u2019a rajeuni. Pour un peu, je serais bien entr\u00e9 dans la danse pour retrouver mes \u00e9mois amoureux de trentenaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L. : D\u2019ailleurs, lorsque Ad\u00e8le trouve, enfin, chaussure \u00e0 son pied lors de son anniversaire, le gars est atteint d&rsquo;un lourd handicap, une c\u00e9cit\u00e9. Ad\u00e8le reste rassur\u00e9e que son L\u00e9o, ne la voie pas, n\u00e9anmoins, elle se d\u00e9m\u00e8ne \u00abfinanci\u00e8rement\u00bb pour qu\u2019il recouvre la vue. Il y a ce sentiment de se surpasser dans le supr\u00eame comme dans le tragique\u2026 <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>A. T. : <\/b>Oui, Ad\u00e8le se sent rassur\u00e9e aupr\u00e8s de L\u00e9o parce qu\u2019elle pense qu\u2019il ne la jugera pas sur son physique. Elle se trompe. D\u2019abord parce que toute relation, heureusement, n\u2019est pas bas\u00e9e sur des crit\u00e8res physiques sinon il y aurait un paquet de culs en souffrance et elle se trompe encore, car les aveugles ont des yeux au bout des doigts. L\u00e9o va lui apprendre qu\u2019on ne voit bien qu\u2019avec le c\u0153ur et que l\u2019essentiel est invisible pour les yeux (Saint-Exup\u00e9ry). C\u2019est d\u2019ailleurs le second enjeu du livre. Il est possible que L\u00e9o recouvre la vue en se faisant op\u00e9rer aux \u00c9tats-Unis et Ad\u00e8le va se d\u00e9mener pour trouver l\u2019argent. Malgr\u00e9 l\u2019angoisse qui la submerge&#8230; \u00ab<i>S\u2019il retrouve la vue, peut-\u00eatre que je ne lui plairais pas<\/i>\u00bb Pourtant, elle prend le risque de le perdre au nom de son amour pour lui. L\u2019amour, ce n\u2019est que \u00e7a : aimer l\u2019autre plus que soi-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>L. : Vous \u00e9voquez le film <i>Intouchables<\/i>, un Blanc parapl\u00e9gique d\u00e9pendant d&rsquo;un petit noir, comme dans votre trame le noir d\u00e9pendant d&rsquo;une blonde. Je vous cite : \u00ab<i>Ad\u00e8le, tu es mon intouchable<\/i>\u00bb. On confondrait ais\u00e9ment ce film de votre roman. Ce film, vous a-t-il inspir\u00e9 ? <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>A. T. : <\/b>\u00c0 vrai dire, c\u2019est arriv\u00e9 tout \u00e0 fait fortuitement. J\u2019\u00e9tais dans un chapitre o\u00f9 je ressentais le besoin de faire prendre l\u2019air \u00e0 Ad\u00e8le et \u00e0 L\u00e9o. Sortir o\u00f9 ? Au cin\u00e9ma, j\u2019ai pens\u00e9. Un aveugle au cin\u00e9, pour voir quoi? \u00c7a pr\u00eate \u00e0 sourire. C\u2019est \u00e0 ce moment que j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 <i>Intouchables <\/i>et tout ce que ce film charrie de rire et d\u2019\u00e9motions. La d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019autre, la moquerie de son handicap, et la peur de perdre celle qu\u2019on aime. Le plus dr\u00f4le de cette affaire, qui n\u2019avait rien de pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, est qu\u2019on me demande souvent si j\u2019ai \u00e9crit <i>Les Thermes du Paradis <\/i>pour qu\u2019il soit adapt\u00e9 au cin\u00e9ma avec Omar sy dans le r\u00f4le de L\u00e9o.(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_blank\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ivrEscQ : Le personnage central de votre dernier roman Les Thermes du Paradis est Ad\u00e8le que vous d\u00e9crivez disgracieuse. Elle ne s&rsquo;aime pas. Contrairement \u00e0 son a\u00een\u00e9e [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,3,167],"tags":[],"class_list":["post-5219","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-lentretien-de-livrescq","category-n33"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5219","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5219"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5219\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5299,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5219\/revisions\/5299"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5219"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5219"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}