{"id":6008,"date":"2015-10-15T19:52:39","date_gmt":"2015-10-15T18:52:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=6008"},"modified":"2016-04-09T20:05:34","modified_gmt":"2016-04-09T19:05:34","slug":"extraitle-chale-de-zeineb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/extraitle-chale-de-zeineb\/","title":{"rendered":"Extrait:Le ch\u00e2le de Ze\u00efneb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-6009\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/DDDDDD-300x240.jpg\" alt=\"DDDDDD\" width=\"300\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/DDDDDD-300x240.jpg 300w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/DDDDDD.jpg 722w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Sara, automne 2012<br \/>\nAvec la liesse populaire, l\u2019ind\u00e9pendance nous a apport\u00e9, le lot de d\u00e9ceptions qui accompagne les trop grands bonheurs : nous y avons \u00e9t\u00e9 d\u2019autant peu r\u00e9ceptifs que nous avions attendu bien trop longtemps cette d\u00e9livrance, nous d\u00e9sirions en jouir, seulement en jouir. Les ann\u00e9es qui ont suivi ont \u00e9t\u00e9 les plus belles de ma vie et celles pendant lesquelles j\u2019ai ressenti le plus grand besoin de Warda : j\u2019aurais aim\u00e9 qu\u2019elle vive ces moments magiques. La France me semblait lointaine et presque \u00e9trang\u00e8re, j\u2019avais la sensation que son regard critique et d\u00e9valorisant ne p\u00e8serait plus sur nous, que nous n\u2019avions plus \u00e0 nous mesurer \u00e0 son aune et que nous allions enfin inventer nos propres crit\u00e8res, notre propre syst\u00e8me de valeurs. Mon exaltation n\u2019avait pas de limites, elle \u00e9tait en accord avec ce qui se passait dans notre pays et dans le monde entier : des peuples se lib\u00e9raient et nous \u00e9tions au c\u0153ur de ces mouvements, je rencontrais des jeunes hommes pleins d\u2019espoir qui voyaient en la femme leur \u00e9gale, je terminais ma m\u00e9decine, Nabil entrait dans ma vie, j\u2019\u00e9tais amoureuse, ma fille Assia est n\u00e9e comblant une partie du vide laiss\u00e9 par la disparition de ma s\u0153ur.Apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance, j\u2019ai fait partie de l\u2019\u00e9lite intellectuelle du pays, je me souviens d\u2019ailleurs de ma fiert\u00e9, de mon bonheur et de celui de mes pairs -ceux qui avaient eu la chance de faire des \u00e9tudes sup\u00e9rieures, de parler la langue et de conna\u00eetre la culture de l\u2019occupant, \u00ab culture de n\u00e9cessit\u00e9 \u00bb qui tournait \u00e0 notre avantage puisqu\u2019elle nous permettait d\u2019\u00eatre utiles. Mais, ce qui \u00e9tait une force est devenue au fil du temps une faiblesse et presque une trahison. J\u2019avais beau faire mienne la conviction de Kateb Yacine que cette connaissance constituait notre butin de guerre et que nous devions en tirer profit, le trouble s\u2019\u00e9tait insinu\u00e9 dans mon esprit et le<br \/>\ndoute s\u2019y \u00e9tait install\u00e9. D\u2019autres s\u2019employaient \u00e0 miner la confiance que nous avions dans l\u2019avenir du pays, ils pla\u00e7aient la m\u00e9fiance et la division au c\u0153ur de tous les d\u00e9bats. Autour de nous, rien ne semblait vouloir demeurer dans l\u2019\u00e9tat, des peuples se soulevaient, des r\u00e9gimes s\u2019effondraient, l\u2019URSS \u00e9tait d\u00e9mantel\u00e9e, des complots se tramaient, des alliances se d\u00e9faisaient, d\u2019autres voyaient le jour, certaines contre nature, il n\u2019y avait pas de raison pour que ce changement \u00e9pargne l\u2019Alg\u00e9rie.J\u2019\u00e9tais impliqu\u00e9e dans la vie politique et sociale du pays, je me tenais inform\u00e9e, je participais aux r\u00e9flexions et aux manifestations qui s\u2019organisaient surtout dans la capitale, pourtant rien n\u2019aurait laiss\u00e9 augurer une telle d\u00e9gradation de la situation. La flamb\u00e9e de violence inou\u00efe que s\u2019est s\u2019abattue sur nous semblait \u00eatre le fruit d\u2019un complot tout droit sorti des divagations d\u2019un d\u00e9ment en proie aux hallucinog\u00e8nes. M\u00eame les premiers signes ext\u00e9rieurs du fondamentalisme naissant ne nous avaient pas pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 une telle barbarie. La rage au c\u0153ur, ma fille Assia me racontait les brimades parfois les violences que ses coll\u00e8gues universitaires et elle-m\u00eame subissaient. Je veux me retourner sur le pass\u00e9 des miens, en faire une source de richesse sans subir pour autant le sort d\u2019Orph\u00e9e condamn\u00e9 \u00e0 se voir mourir d\u2019amour en se retournant sur le sien. Je veux le faire sereinement, quand je veux. Traverser l\u2019Ach\u00e9ron, le Cocyte et m\u00eame le Tartare pour m\u2019ancrer davantage dans cette terre qui est mienne et en assumer la douloureuse l\u2019histoire. La colonisation, c\u2019est fini, je veux m\u2019en lib\u00e9rer et avoir le loisir de consid\u00e9rer nos d\u00e9faites et nos victoires en grande personne, chaque fois que cela peut m\u2019\u00eatre utile pour comprendre une faiblesse ou une force. Du legs des miens je veux garder ce qui peut me permettre de mieux vivre, nos valeurs de partage et d\u2019humanit\u00e9 m\u00eame si elles paraissent archa\u00efques, l\u2019animisme de ma grandm\u00e8re pour la m\u00eame raison. Je veux me r\u00e9-concilier avec nos h\u00e9ros en ce qu\u2019ils ont d\u2019humain, avec mes a\u00efeuls les plus lointains et ceux qui me sont si proches. Mon monde \u00e0 moi se trouve entre ciel et terre, entre Nord et Sud, entre homme et femme, entre pass\u00e9 et avenir, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans ce qui les rapproche. Il est aussi dans la vie que je m\u00e8ne avec les miens ceux qui me ressemblent, ceux qui acceptent ceux qui sont diff\u00e9rents et ceux qui sont diff\u00e9rents malgr\u00e9 tout ce qui nous s\u00e9pare.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sara, automne 2012 Avec la liesse populaire, l\u2019ind\u00e9pendance nous a apport\u00e9, le lot de d\u00e9ceptions qui accompagne les trop grands bonheurs : nous y avons \u00e9t\u00e9 d\u2019autant [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[163,176],"tags":[],"class_list":["post-6008","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-extrait","category-n42"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6008","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6008"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6008\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6010,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6008\/revisions\/6010"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6008"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6008"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6008"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}