{"id":6278,"date":"2015-04-15T15:12:36","date_gmt":"2015-04-15T14:12:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=6278"},"modified":"2016-06-01T15:29:33","modified_gmt":"2016-06-01T14:29:33","slug":"orford-margie-la-reine-du-polar-sud-africain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/orford-margie-la-reine-du-polar-sud-africain\/","title":{"rendered":"Orford Margie: La reine du polar sud-africain"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>L\u2019ivrEscQ :<\/strong><\/span> Aung San SyuKi, la grande dame de l\u2019opposition birmane, est votre h\u00e9ro\u00efne pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e dans la vraie vie, pourquoi elle ? \u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Margie Orford :<\/strong><\/span> Aung San SyuKiest une femme de grande rectitude et principes moraux. Comme Nelson Mandela et Mahatma Ghandi, elle poss\u00e8de \u00e0 la fois une clart\u00e9 de pens\u00e9e et une \u00e9thique pour savoir comment endurer le pire qu\u2019un Etat puissant et r\u00e9pressif peut lui infliger, et prendre le dessus sur lui. Elle est l\u2019incarnation du fait, que parfois <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-6279\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/aaaa-262x300.jpg\" alt=\"aaaa\" width=\"262\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/aaaa-262x300.jpg 262w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/aaaa-768x880.jpg 768w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/aaaa-894x1024.jpg 894w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/aaaa.jpg 1252w\" sizes=\"auto, (max-width: 262px) 100vw, 262px\" \/>un engagement moral en faveur de la libert\u00e9 de pens\u00e9e, de l\u2019action peut l\u2019emporter. Pour moi, elle repr\u00e9sente un certain r\u00e9confort moral, en ce sens qu\u2019il y a une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre serein et s\u00fbr et, finalement de s\u2019en sortir vainqueur de l\u2019\u00e9troite, violente volont\u00e9 de pouvoir qui semble caract\u00e9riser ce monde que nous tous partageons. C\u2019est un contrepoids et la d\u00e9monstration de ce qui est noble chez l\u2019\u00eatre humain. Elle est, en ce qui me concerne, cette petite cr\u00e9ature ail\u00e9e \u2013 l\u2019espoir \u2013 qui s\u2019est \u00e9chapp\u00e9e de la bo\u00eete de Pandore de la r\u00e9pression politique et de la souffrance qui ont d\u00e9fini notre temps.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>L. :<\/strong><\/span> Vous avez vous-m\u00eame connu la prison. Dans quelles circonstances ? <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>M. O. :<\/strong><\/span> On m\u2019a jet\u00e9 en prison en 1985 pendant l\u2019Etat d\u2019Urgence qu\u2019avait d\u00e9clar\u00e9 le gouvernement Apartheid de l\u2019Afrique du Sud. Ce fut un temps\u00a0o\u00f9 des milliers de Sud-Africains furent arr\u00eat\u00e9s et emprisonn\u00e9s sans jugement. J\u2019avais 21 ans et passais les examens finaux \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Cape Town ; je protestais, avec d\u2019autres \u00e9tudiants, dans une manifestation contre l\u2019orgie de violence qui s\u2019\u00e9tait abattue sur l\u2019Afrique du Sud. Je suis blanche, n\u00e9e, comme la majorit\u00e9 des Sud-Africains blancs, avec tous les privil\u00e8ges politiques et \u00e9conomiques en raison de la b\u00e9n\u00e9diction arbitraire (ou mal\u00e9diction) de la couleur de ma peau. Cependant, je ne pouvais jamais ignorer l\u2019injustice et la r\u00e9pression. Il ne me semblait pas \u00e9thiquement possible de jouir d\u2019un tel luxe au prix du violent assujettissement de la grande majorit\u00e9 des Sud-Africains. Je me suis alors engag\u00e9e dans la politique aupr\u00e8s d\u2019autres \u00e9tudiants, comme journaliste principalement. J\u2019ai pass\u00e9 mes examens finaux \u2013 philosophie et anglais \u2013 en cellule. Une exp\u00e9rience salutaire pour quelqu\u2019un de jeune et na\u00eff. Je fus accus\u00e9e, avec d\u2019autres \u00e9tudiants, de trahison. La disproportion entre la r\u00e9ponse de l\u2019Etat et la voix naturelle et d\u00e9mocratique de la protestation \u00e9tait tellement grande, tellement excessive et violente, qu\u2019elle me permit \u2013 je crois \u2013 de comprendre et de mesurer d\u2019une mani\u00e8re fondamentale les dangers des pouvoirs illimit\u00e9s de l\u2019Etat. Le juge devant qui j\u2019apparus leva les accusations et je fus lib\u00e9r\u00e9e apr\u00e8s quelques semaines, mais l\u2019exp\u00e9rience me resta toute la vie, et la d\u00e9termina durablement sur pr\u00e8s de 30 ann\u00e9es, dans ma vie publique et dans ma carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain \u00e0 la fois. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>L. :<\/strong><\/span> Vous \u00eates n\u00e9e \u00e0 Londres, avait grandi en Namibie, \u00e9duqu\u00e9e en Afrique du Sud et aux Etats Unis, et vivez aujourd\u2019hui \u00e0 Cape Town, vos livres semblent suivre l\u2019itin\u00e9raire de votre vie. Roses de Sang se d\u00e9roule en Namibie&#8230; <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>M. O. :<\/strong><\/span> Toute \u00e9criture est in\u00e9vitablement autobiographie. Pas n\u00e9cessairement l\u2019histoire de notre fastidieux quotidien et des amours et des d\u00e9ceptions, mais une autobiographie <\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">des choses fondamentales qui nous fa\u00e7onnent. En ce qui me concerne, la violence est ce qui m\u2019a le plus form\u00e9e. Le syst\u00e8me sud-africain de la s\u00e9gr\u00e9gation raciale \u00e9tait la violence politique ultime \u2013 maintenue en place par la violence de l\u2019Etat et qui \u00e9tait, \u00e0 mes yeux, une interminable et nond\u00e9clar\u00e9e guerre civile qui pr\u00e9c\u00e9da la solution politique majeure lanc\u00e9e par Nelson Mandela au d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Mais le pays d\u2019o\u00f9 je viens \u2013 ma propre histoire personnelle comme fille de colonialistes et de colons \u2013 est profond\u00e9ment imbriqu\u00e9e dans cette histoire et c\u2019est quelque chose qui devait \u00absortir\u00bb, dont je devais accoucher, mettre au jour, de sorte qu\u2019elle puisse \u00eatre examin\u00e9e et comprise et rev\u00e9cue dans l\u2019empathie de la lecture que la litt\u00e9rature autorise. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 une journaliste toute ma vie, mais je sais que dans le journalisme on ne fait qu\u2019aligner les faits, on ne peut aller \u2013 je ne peux aller \u2013\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. On ne peut le faire qu\u2019\u00e0 travers la fiction. Ma pr\u00e9occupation donc, a \u00e9t\u00e9 la violence sous toutes ses diff\u00e9rentes formes. Les livres que j\u2019ai \u00e9crits \u2013 y compris Roses de sang qui se passe dans le d\u00e9sert de Namibie \u2013traitent chacun des aspects de la violence politique et sociale qui a pr\u00e9valu dans cette plut\u00f4t merveilleuse partie du monde. Ceci dit, la violence dans ses myriades de formes s\u2019accompagne toujours de r\u00e9silience. Les \u00eatres humains survivent, trouvent les moyens de contrecarrer les tentatives de les priver de la langue et de l\u2019\u00e9thique et de la moralit\u00e9 qui contestent la violence. Mon \u00e9criture \u2013 fiction et nonfiction \u2013 est le moyen d\u2019explorer et de c\u00e9l\u00e9brer cela. J\u2019ai opt\u00e9 pour le polar, non parce que c\u2019est un genre populaire, mais en raison de la plus simple des questions qu\u2019il pose : pourquoi cela est arriv\u00e9. Tout le monde le sait, les questions les plus simples sont les dures \u00e0 leur trouver des r\u00e9ponses.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>L. :<\/strong><\/span> Vous \u00eates consid\u00e9r\u00e9e comme la reine du polar sud-africain. Avez-vous \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par d&rsquo;autres rois ou reines du genre, ou peut-\u00eatre par d\u2019autres \u00e9crivains du roman policier non couronn\u00e9s ? <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>M. O. :<\/strong><\/span> Je lis tout le temps \u2013et je ne suis pas une snob litt\u00e9raire \u2013j\u2019ai donc lu un grand nombre de romans policiers, mais curieusement je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9e par leurs auteurs. Je dois dire toutefois que j\u2019ai appris beaucoup de quelques-uns parmi les meilleurs : Elmore Leonard, Ian Rankin, John Pelecanos et d\u2019autres. Je crois que les \u00e9crivains qui m\u2019ont le plus influenc\u00e9e \u00e9crivent d\u2019une fa\u00e7on diff\u00e9rente, parce qu\u2019il n\u2019existe pas de litt\u00e9rature sans crime quelque part, ou p\u00each\u00e9. Les romans de J.M. Coetzee ont expos\u00e9 la brutalit\u00e9 au c\u0153ur de l\u2019Afrique du Sud. Kafka et sa vision de la terrifiante absurdit\u00e9 que confronte l\u2019homme ordinaire. La conscience in\u00e9branlable de Georges Orwell, Camus, Nabokov, Alice Munro, Echyle, Sophocle \u2013 toutes ces restitutions de crimes profonds et mythiques. M\u00eame Jane Austen avec ses observations caustiques sur comment les femmes n\u00e9gocient les limites impos\u00e9s de leur monde social \u00e9troit et comment elles les adaptent \u00e0 leurs ambitions. Il y en a tellement. Par beaucoup d\u2019aspects, mes romans policiers sont une fa\u00e7on de d\u00e9familiariser le familier, d\u2019exposer ce qui se trouve sous les mensonges confortables en surface. Comment d\u00e9passer la peau de la r\u00e9alit\u00e9, comment sonder les t\u00e9n\u00e8bres du c\u0153ur ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>L. :<\/strong><\/span> Le journalisme vous a-t-il aid\u00e9 \u00e0 devenir auteur de romans policiers. Vous \u00eates une journaliste reconnue. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">M. O.<\/span> :<\/strong> Le journalisme nous apprend la n\u00e9cessaire discipline des d\u00e9lais et l\u2019\u00e9conomie de la langue. Il nous apprend une mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire qui est en apparence objective, et qui guide pourtant le lecteur jusqu\u2019aux sentiers obscurs de l\u2019esprit et du monde o\u00f9 vous voulez le mener. Alors, oui, le journalisme a \u00e9t\u00e9 important pour moi. C\u2019est \u00e9galement \u00e0 titre de journaliste que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des recherches sur l\u2019incroyable violence criminelle qui explosa en Afrique du Sud fin 1994. Les journalistes sont des gens simples.Nous avonsaussi une seule question : pourquoi? C\u2019est en cherchant la r\u00e9ponse \u00e0 cette question, aupr\u00e8s des victimes, des responsables et survivants de la violence, aupr\u00e8s de la police, que la possibilit\u00e9 de la fiction, du roman policier s\u2019ouvrit devant moi. C\u2019\u00e9tait une fa\u00e7on pour moi de rendre le familier \u00e9trange \u2013 ce qu\u2019on ne peut faire que dans la fiction \u2013 et de rechercher ce qui nous d\u00e9termine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000;\"> \u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #ff0000; text-decoration: underline;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #ff0000; text-decoration: underline;\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ivrEscQ : Aung San SyuKi, la grande dame de l\u2019opposition birmane, est votre h\u00e9ro\u00efne pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e dans la vraie vie, pourquoi elle ? \u00a0 Margie Orford : Aung [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[3,180],"tags":[],"class_list":["post-6278","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lentretien-de-livrescq","category-n39"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6278","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6278"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6278\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6281,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6278\/revisions\/6281"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6278"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6278"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6278"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}