{"id":6306,"date":"2015-04-15T16:37:42","date_gmt":"2015-04-15T15:37:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=6306"},"modified":"2016-06-05T12:44:37","modified_gmt":"2016-06-05T11:44:37","slug":"colloque-international-de-livrescq-une-ou-des-critiques-amateurs-et-erudits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/colloque-international-de-livrescq-une-ou-des-critiques-amateurs-et-erudits\/","title":{"rendered":"Denise Brahimi Universitaire et critique: Une ou des critiques amateurs et \u00e9rudits"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-6307\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/oo-300x116.jpg\" alt=\"oo\" width=\"300\" height=\"116\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/oo-300x116.jpg 300w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/oo-768x298.jpg 768w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/oo-1024x397.jpg 1024w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2016\/06\/oo.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>L\u2019argumentaire du colloque semble indiquer, dans le parcours des critiques, une \u00e9volution fr\u00e9quente sinon constante qui am\u00e8nerait la plupart d\u2019entre eux \u00e0 passer d\u2019une forme de critique \u00e0 une autre\u2014ce qui \u00e9videmment n\u2019exclut pas la possibilit\u00e9 de pratiquer deux sortes de critique \u00e0 la fois, la journalistique et l\u2019universitaire. Dans mon cas, ce changement interne s\u2019est fait dans un sens assez clair. Comme pour beaucoup d\u2019universitaires, la critique a \u00e9t\u00e9 d\u2019abord une pratique professionnelle, consistant en l\u2019\u00e9criture d\u2019articles pour des revues ou des colloques, dans le prolongement de recherches souvent li\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019une th\u00e8se. Ce dernier mot suffit \u00e0 indiquer les limites quantitatives du lectorat auquel cette sorte de critique est destin\u00e9e. C\u2019est un lectorat qui lui-m\u00eame est compos\u00e9 d\u2019universitaires et m\u00eame de sp\u00e9cialistes de telle ou telle question, au sens le plus pointu du mot. Il est donc normal que se fasse sentir le besoin d\u2019un lectorat plus vaste, moins sp\u00e9cialis\u00e9, celui qu\u2019on peut esp\u00e9rer en passant \u00e0 la critique journalistique, m\u00eame si cette derni\u00e8re est elle aussi localis\u00e9e et circonscrite, par exemple dans les \u201csuppl\u00e9ments litt\u00e9raire\u201d de tel ou tel journal, ou dans de trop rares magazines qui se consacrent \u00e0 la litt\u00e9rature. On ne peut qu\u2019\u00eatre reconnaissant aux uns et aux autres d\u2019exister, d\u2019autant que comme on sait bien, cette existence m\u00eame n\u2019est pas facile \u00e0 assurer, pour des raisons mat\u00e9rielles et financi\u00e8res. Que soient donc remerci\u00e9s ceux et celles qui assument cette t\u00e2che incertaine et toujours menac\u00e9e. Pour en revenir \u00e0 l\u2019\u00e9volution personnelle entre deux ou m\u00eame plusieurs sortes de critique, la r\u00e9flexion \u00e0 cet \u00e9gard am\u00e8ne \u00e0 faire quelques distinctions, \u00e9tant entendu encore une fois que ces diff\u00e9rentes formes ne s\u2019excluent pas (ou pas forc\u00e9ment). Partant de la forme la plus universitaire pour aller vers celle qui l\u2019est moins, on peut en effet distinguer, en s\u2019en tenant d\u2019abord sommairement \u00e0 deux cat\u00e9gories, \u2014d\u2019une part une critique \u00e9rudite, fond\u00e9e sur la recherche et qui en utilise les \u00e9l\u00e9ments pour apporter toute pr\u00e9cision sur la vie et l\u2019\u0153uvre d\u2019un \u00e9crivain ; travail consid\u00e9rable, qui est le propre de l\u2019universit\u00e9, de sa sp\u00e9cificit\u00e9 et l\u2019\u00e9vidence de son apport. \u2014d\u2019autre part une critique d\u2019amateur au sens \u00e9tymologique du mot, amateur \u00e9tant de la m\u00eame famille qu\u2019aimer. C\u2019est donc une critique fond\u00e9e sur l\u2019amour des textes mais surtout sur le d\u00e9sir et l\u2019intention de faire aimer ces m\u00eames textes par les autres. Cependant peut-on assimiler ces deux cat\u00e9gories \u00e0 celles dont il a \u00e9t\u00e9 question dans l\u2019argumentaire du colloque, critique universitaire et critique journalistique ? Il me semble que la r\u00e9ponse est non, du fait que toute critique quel que soit son lieu me para\u00eet fond\u00e9e sur le d\u00e9sir de faire aimer le texte et pour cela de le faire mieux comprendre, d\u00e9sir d\u2019entretenir l\u2019amour des textes chez les \u00e9tudiants si ce lieu est l\u2019universit\u00e9, d\u00e9sir de susciter des lecteurs chez la critique dite journalistique si elle est digne de s\u2019appeler critique et ne se contente pas de simples recensions, r\u00e9sum\u00e9s ou paraphrases, si ce n\u2019est de phrases convenues et vaguement publicitaires emprunt\u00e9es \u00e0 la quatri\u00e8me de couverture. Prenant donc un parti l\u00e9g\u00e8rement provocateur je pr\u00f4nerai une vraie critique d\u2019amateur (mot auquel on peut ais\u00e9ment ajouter un e pour le f\u00e9miniser), unissant toutes les formes de critique, universitaire et journalistique, qu\u2019elle soit le fait d\u2019un essayiste ou d\u2019un magazine litt\u00e9raire sp\u00e9cialis\u00e9. L\u2019amour des textes existe plus qu\u2019on ne croit, chez des gens o\u00f9 on ne pensait pas le trouver et qui ne sont pas n\u00e9cessairement des professeurs de litt\u00e9rature, m\u00eame si mon intention n\u2019est \u00e9videmment pas de dire du mal de mes chers coll\u00e8gues ! Il peut arriver que chez les professionnels de la litt\u00e9rature, la notion de plaisir et d\u2019amour soit apparemment estomp\u00e9e\u2014pas forc\u00e9ment d\u2019ailleurs, si l\u2019on en croit un film de 1989 qui a eu beaucoup de succ\u00e8s, Le cercle des po\u00e8tes disparus, peut-\u00eatre un peu racoleur et sentimental mais le r\u00e9alisateur Peter Weir y met l\u2019accent sur l\u2019amour des textes partag\u00e9 entre un enseignant atypique et ses \u00e9l\u00e8ves, dans un prestigieux coll\u00e8ge am\u00e9ricain du Vermont.Apr\u00e8s le parti pris de confondre toutes les critiques dans une m\u00eame exigence d\u2019amour partag\u00e9 pour la litt\u00e9rature, je vais m\u2019employer dans un deuxi\u00e8me temps \u00e0 nuancer ce propos, car il faut bien admettre que la critique ne peut pas faire abstraction du public auquel elle est destin\u00e9e, c\u2019est d\u2019ailleurs une diff\u00e9rence importante avec la cr\u00e9ation litt\u00e9raire des \u00e9crivains qui a priori ne se posent pas la question du public auquel ils s\u2019adressent (d\u2019o\u00f9\u00a0leur rejet des questions du genre : pour qui \u00e9crivez-vous ?). Il est \u00e9vident que si on s\u2019adresse \u00e0 des \u00e9tudiants, on veut leur ouvrir des pistes de recherche, alors que pour atteindre un public plus vaste, il s\u2019agit surtout d\u2019attirer l\u2019attention sur une \u0153uvre et d\u2019en montrer l\u2019int\u00e9r\u00eat. Pour expliciter cette diff\u00e9rence, je prendrai un exemple personnel, celui des deux essais que j\u2019ai consacr\u00e9s \u00e0 Taos Amrouche. Le premier, Taos Amrouche romanci\u00e8re, paru aux \u00e9ditions Jo\u00eblle Losfeld en 1995, voulait interpeller des lecteurs potentiels de ses romans, alors qu\u2019ils connaissaient Taos Amrouche par son interpr\u00e9tation spectaculaire des Chants berb\u00e8res de Kabylie, dans les nombreux concerts qu\u2019elle eut l\u2019occasion de donner pendant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Il fallait donc leur expliquer que cette femme \u00e9tait aussi tr\u00e8s int\u00e9ressante par ses romans plus ou moins autobiographiques, centr\u00e9s \u00e0 la fois sur l\u2019apprentissage sentimental d\u2019une femme et sur les effets de sa double culture. Le livre s\u2019adressait \u00e0 tout lecteur susceptible d\u2019\u00eatre touch\u00e9 par ces vastes probl\u00e9matiques. Le second essai, Grandeur de Taos Amrouche, paru aux \u00e9ditions Chihab d\u2019Alger en 2012, \u00e9tait destin\u00e9, dans mon esprit et dans mon intention, \u00e0 des \u00e9tudiants et \u00e0 des \u00e9tudiantes d\u2019Alger, principalement pour leur montrer toutes les pistes de recherche, dans des domaines tr\u00e8s diff\u00e9rents, qu\u2019ils pouvaient tenter de suivre pour consacrer un travail de recherche universitaire (pourquoi pas une th\u00e8se ?) \u00e0 cette \u0153uvre qui le m\u00e9rite bien. D\u2019o\u00f9 l\u2019abondance de notes attachant des noms et des titres au point de d\u00e9part de ces pistes. Cependant, on ne s\u2019\u00e9tonnera pas de trouver chez une universitaire de ma g\u00e9n\u00e9ration un troisi\u00e8me temps qui montre le caract\u00e8re un peu factice, en tout cas pas vraiment tenable ni tenu, de la distinction pos\u00e9e dans le deuxi\u00e8me temps. Des deux essais que je viens d\u2019\u00e9voquer, le premier, Taos Amrouche romanci\u00e8re, rel\u00e8verait d\u2019une critique journalistique, tandis que le second, Grandeur de Taos Amrouche, appartiendrait au genre de la critique universitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #ff0000; text-decoration: underline;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #ff0000; text-decoration: underline;\">abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019argumentaire du colloque semble indiquer, dans le parcours des critiques, une \u00e9volution fr\u00e9quente sinon constante qui am\u00e8nerait la plupart d\u2019entre eux \u00e0 passer d\u2019une forme de critique [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[4,174,180],"tags":[],"class_list":["post-6306","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dossier","category-fira-colloques","category-n39"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6306","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6306"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6306\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6321,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6306\/revisions\/6321"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6306"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6306"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6306"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}