{"id":6939,"date":"2019-10-15T16:26:16","date_gmt":"2019-10-15T15:26:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=6939"},"modified":"2019-10-30T14:38:00","modified_gmt":"2019-10-30T13:38:00","slug":"entretien-de-livrescq-avec-zeddour-mohammed-brahim-zakaria","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/entretien-de-livrescq-avec-zeddour-mohammed-brahim-zakaria\/","title":{"rendered":"Entretien de L\u2019ivrEscQ avec Zeddour Mohammed Brahim Zakaria"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">L\u2019ivrEscQ\u00a0:<\/span> Quand est-ce que vous avez commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire votre roman, qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas un roman comme vous annoncez d\u00e9j\u00e0 au titre de votre ouvrage ?<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-6941\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Zaky-Zeddour-266x300.jpg\" alt=\"Zaky Zeddour\" width=\"266\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Zaky-Zeddour-266x300.jpg 266w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2019\/10\/Zaky-Zeddour.jpg 676w\" sizes=\"auto, (max-width: 266px) 100vw, 266px\" \/><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Zaky ZEDDOUR\u00a0: <\/strong><\/span>Comme mentionn\u00e9 dans la note de l\u2019\u00e9diteur, ce r\u00e9cit a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit entre 2007 et 2009. \u00c0 vrai dire, ce sont trois r\u00e9cits diff\u00e9rents, avec trois titres diff\u00e9rents, cependant, cela m\u2019ennuyait de ressentir presque le m\u00eame \u00e9crit, m\u00eame ligne de conduite de part le narrateur ainsi que le m\u00eame style d\u2019\u00e9criture, pourtant trois exercices diff\u00e9rents dans les trois, alors j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de les r\u00e9unir dans un seul r\u00e9cit, avec un seul fil conducteur d\u2019o\u00f9 le choix du r\u00e9cepteur, H\u2019med, et la forme \u00e9pistolaire.Mon souci est, et jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, de tomber dans l\u2019auto-imitation, la ruse du tome 1, tome 2\u2026 car le pire pour moi est de semer l\u2019ennui, en tant qu\u2019enseignant ou en tant qu\u2019homme de sc\u00e8ne. Et trouvant mes trois r\u00e9cits se rapprochant beaucoup, puisque \u00e9crits dans la m\u00eame ambiance, m\u00eames constats, m\u00eame crise, m\u00eame ordinateur, m\u00eame odeur du papier sur lequel j\u2019imprimais avec la m\u00eame odeur d\u2019encre afin de corriger\u2026 j\u2019avais opt\u00e9 pour l\u2019id\u00e9e de les rassembler tous dans un seul et m\u00eame texte qui n\u2019est pas un roman.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>\u00a0L.\u00a0: <\/strong><\/span><strong>Vous \u00e9crivez \u00e9norm\u00e9ment, selon vos dires, comment arrive-t-on \u00e0 construire, en d\u2019autres termes, \u00e0 structurer un ouvrage de 285 pages\u00a0-du premier classeur au dernier classeur ou encore de la premi\u00e8re lettre \u00e0 la xxviii<sup>\u00e8me<\/sup> lettre- ? <\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Z. Z.\u00a0:<\/strong><\/span> Je n\u2019\u00e9cris pas \u00e9norm\u00e9ment, je parle beaucoup plus que je n\u2019\u00e9cris. Ceci dit, j\u2019ai la plume facile de part ma profession d\u2019enseignant et surtout de part l\u2019art que j\u2019exerce depuis des ann\u00e9es et qui consiste en la chanson \u00e0 texte. Alors j\u2019en profite. Je peux vous citer l\u2019analyse d\u2019un ami, qui n\u2019est autre que celui qui a pr\u00eat\u00e9 son image au personnage de H\u2019med et qui est aussi \u00e9crivain et journaliste. Pour lui, c\u2019est l\u2019\u00e9criture des textes que je chantais qui m\u2019ont permis d\u2019acqu\u00e9rir cette forme d\u2019\u00e9criture qui se d\u00e9verse dans <em>L\u2019Inventaire<\/em>.\u00a0Autrement dit, lorsqu\u2019on s\u2019\u00e9prouve \u00e0 raconter toute une histoire, une situation qui doit, en plus, avoir une port\u00e9e et \u00eatre percutante chez l\u2019auditeur de la chanson \u00e0 texte, le tout en deux, trois strophes et un refrain (parfois), il nous est\u00a0 ais\u00e9, du moins pour ma part, d\u2019avoir plus de temps et d\u2019espace, comme celui du roman ou de la nouvelle, afin de \u00a0construire un r\u00e9cit plus ou moins long, bien que le mien soit de forme moyenne. Je n\u2019aime pas les restrictions formelles, \u00e7a tue l\u2019id\u00e9e originelle (l\u2019inspiration), j\u2019adopte beaucoup plus le style ind\u00e9pendant, et donc, du reste, l\u2019exercice devient plus fluide surtout que, dans mon cas, je donne beaucoup plus la libert\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e et non pas \u00e0 la technique d\u2019\u00e9criture, et l\u2019id\u00e9e est \u00e9nergique, elle bouillonne sans cesse, il faudrait juste lui pr\u00e9parer son bon moule et la laisser couler.\u00a0Pour la structure, c\u2019est beaucoup plus une question d\u2019imagination. Une fois la mani\u00e8re de raconter le r\u00e9cit d\u00e9termin\u00e9e, comme l\u2019est le cas du fil conducteur dont j\u2019ai parl\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, le reste est une question de travail, d\u2019inconfort et d\u2019insomnie.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>\u00a0L.\u00a0:<\/strong><\/span><strong><span style=\"color: #ff0000;\">\u00a0<\/span>Et, en m\u00eame temps, vous auriez souhaitez \u00e9crire \u00e0 H\u2019med des lettres racontant \u2018\u2019les beaux paysages ou des conqu\u00eates amoureuses\u2019\u2019\u2026<\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Z. Z.\u00a0:<\/span>\u00a0<\/strong>Si j\u2019aurais aim\u00e9 raconter les paysages et les amourettes \u00e0 H\u2019med\u00a0? Il faudrait demander \u00e7a au personnage\/narrateur. Sinon, en tant que personne, en tant que Zaky, je me serai suffi \u00e0 lui envoyer un sms ou un message sur messenger, puisque le personnage est r\u00e9el \u00e0 90%. Ou l\u2019appeler par t\u00e9l\u00e9phone, tout simplement, pour lui parler de la pluie et du beau temps.\u00a0Le fait est que je voulais que mon r\u00e9cit soit le plus spontan\u00e9 possible et j\u2019ai commenc\u00e9 l\u2019exercice de l\u2019\u00e9criture instantan\u00e9e pendant des mois. Je ne faisais que relater exactement ce que je voyais, observais, ressentais, vivais, le tout en l\u2019\u00e9crivant. J\u2019\u00e9crivais tout, tout de suite, question d\u2019appr\u00e9hender le moment. Je photographiais le moment et le temps mais \u00e0 l\u2019\u00e9crit, une sorte d\u2019espace\/temps textuel. J\u2019avais le souci du moment. Car j\u2019avais constat\u00e9 que d\u00e8s lors o\u00f9 on se mettait \u00e0 raconter un simple fait qui nous est arriv\u00e9 on se mettait directement dans l\u2019exercice de l\u2019adaptation. On adapte toujours ce qu\u2019on veut raconter, aussi insignifiant qu\u2019il puisse \u00eatre comme \u00e9v\u00e9nement, on ne raconte jamais exactement ce qu\u2019on a vu ou v\u00e9cu \u00e0 la premi\u00e8re impression. Et adapter, c\u2019est interpr\u00e9ter. Et interpr\u00e9ter, c\u2019est forc\u00e9ment d\u00e9tourner du sens premier.\u00a0Ainsi, mon narrateur commen\u00e7ait par raconter un quotidien mais il s\u2019est laiss\u00e9 prendre par les \u00e9v\u00e8nements. Il subissait le temps et les faits tout comme on subit le temps et les faits. Ce n\u2019est pas un narrateur omniscient, il n\u2019est pas partout, c\u2019est le lecteur, justement, qui est dans la t\u00eate du narrateur et qui subit son angle de vue. Donc d\u2019apr\u00e8s la psychologie de mon personnage, il aurait aim\u00e9, oui, ne raconter que les dix ans de s\u00e9paration mais il s\u2019est laiss\u00e9 prendre aux \u00e9v\u00e8nements et ses lettres sont devenues beaucoup plus cathartiques, une sorte de d\u00e9fouloir que rapporteuses de nouvelles.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">L.\u00a0:<\/span> Vous annoncez les couleurs au commencement d\u00e9j\u00e0 en \u00e9crivant \u2018\u2019nous ne sommes pas encore pr\u00eats pour la critique et l\u2019art du d\u00e9bat. Ou, pour \u00eatre plus juste, nous ne sommes du tout pas fait pour cela\u2019\u2019\u00a0? Vous d\u00e9noncez l\u2019imposture. La supercherie.<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Z. Z.\u00a0:<\/strong> \u00a0<\/span>Je ne d\u00e9non\u00e7ais pas, je vomissais plut\u00f4t. Je le criais haut car, et justement par rapport au souci de l\u2019\u00e9criture instantan\u00e9e, j\u2019en avais plus qu\u2019assez de l\u2019hypocrisie de ceux qui se constituaient critiques litt\u00e9raires ou d\u2019art. Ils ne disent jamais en face ce qu\u2019ils disent aux caf\u00e9s. Ils sont toujours applaudisseurs pendant les \u00e9v\u00e8nements culturels en g\u00e9n\u00e9ral, remerciant, rendant hommage, gonflant de fausse modestie des presque artistes, comme ils les jugeaient, et qu\u2019ils d\u00e9nigraient le soir-m\u00eame dans le m\u00eame restaurant ou caf\u00e9 o\u00f9 ils mangeaient dans deux tables diff\u00e9rentes avec ce m\u00eame artiste. Et c\u2019\u00e9tait l\u00e0 l\u2019unique d\u00e9finition de la critique qui r\u00e9gnait et se r\u00e9p\u00e9tait partout o\u00f9 j\u2019allais assister \u00e0 ce genre de festivit\u00e9s. Et j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s jeune et, par cons\u00e9quent, je n\u2019avais pas le droit de parler, alors j\u2019\u00e9crivais tout.\u00a0C\u2019\u00e9tait \u00e0 proprement dit une grande supercherie, une gigantesque pi\u00e8ce th\u00e9\u00e2trale, ni comique ni dramatique, o\u00f9 chacun r\u00e9p\u00e9tait et apprenait son r\u00f4le par c\u0153ur et o\u00f9 j\u2019\u00e9tais le plus mauvais figurant qui puisse exister, alors j\u2019ai fait le spectateur aigre et d\u00e9\u00e7u et j\u2019ai consign\u00e9 tout \u00e7a par \u00e9crit.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>L.\u00a0<\/strong><\/span><strong><span style=\"color: #ff0000;\">:<\/span> \u2018\u2019Le verbe utilis\u00e9, les phrases construites, les tournures, tout cela vient de soi, se d\u00e9cide tout seul. La preuve est que ce n\u2019est pas quand nous d\u00e9cidons d\u2019\u00e9crire que nous \u00e9crivons, c\u2019est quand \u00e7a vient d\u2019un coup\u2019\u2019 qu\u2019apporte cette envie d\u2019\u00e9crire\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Z. Z.\u00a0:<\/strong><\/span> Ce n\u2019est pas une envie d\u2019\u00e9crire, justement. C\u2019est un besoin qui torture de l\u2019int\u00e9rieur. Quand l\u2019id\u00e9e originelle te choisit par rapport \u00e0 ton histoire, ta sp\u00e9cialit\u00e9, tes sacrifices, ton domaine d\u2019expression, elle explose en toi et, pour ma part, c\u2019est toujours l\u2019envie de vomir qui me prend quand \u00e7a vient et que je ne m\u2019en rends pas compte tout de suite.\u00a0Qu\u2019apporte cette \u00e9criture\u00a0? Dans mon cas, l\u2019honn\u00eatet\u00e9. Je dis honn\u00eatement ce que je pense, avec mes torts, mon angle de vue, ma vision et mes interpr\u00e9tations. Je ne pr\u00e9tends rien \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, surtout que la v\u00e9rit\u00e9 est un consensus commun entre plusieurs personnes alors que l\u2019honn\u00eatet\u00e9 est orpheline, individuelle. Le jour o\u00f9 une ou plusieurs personnes qui auront consid\u00e9r\u00e9 que j\u2019ai dit \u00e0 leur place ce qu\u2019ils avaient toujours pens\u00e9 commenceront \u00e0 me citer honn\u00eatement, ce jour-l\u00e0 nous auront cr\u00e9\u00e9 notre propre v\u00e9rit\u00e9 du moment que je souhaiterais \u00eatre assez constructive par rapport \u00e0 notre espace et notre temps et qu\u2019elle puisse apporter le changement qu\u2019il faut afin d\u2019avancer et de faire avancer. Je pr\u00e9tends, humblement, que c\u2019est le r\u00f4le premier et dernier d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9criture, et donc \u00e0 la litt\u00e9rature. On n\u2019\u00e9crit jamais que dans la solitude en attendant l\u2019\u00e9cho commun, alors je m\u2019\u00e9prouve \u00e0 \u00eatre le plus honn\u00eate possible dans ma solitude afin que la v\u00e9rit\u00e9 commune qui en suivra soit plus honn\u00eate encore.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">L. :<\/span> \u2018\u2019L&rsquo;\u00e9criture me donne le sentiment d&rsquo;ajouter des jours \u00e0 ma vie\u2019\u2019 selon le J. M. G. Le Cl\u00e9zio\u2026<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Z. Z.\u00a0:<\/strong><\/span> Tout \u00e0 fait d\u2019accord. Il y a juste un point, je dis toujours \u00e0 mes \u00e9tudiants qu\u2019on ne vit pas qu\u2019une seule vie. Il y a plusieurs vies dans un seul souffle d\u2019\u00e9nergie qui nous permet de rester vivant et qu\u2019on peut vivre toutes, \u00e0 condition de s\u2019en rendre compte. L\u2019exemple est simple, Zaky qui a \u00e9crit en 2007 n\u2019est du tout pas celui qui vient de publier son livre. Et ce n\u2019est pas de la maturit\u00e9 dont je parle. Car Zaky d\u2019aujourd\u2019hui ne pourra jamais \u00e9crire ce qu\u2019\u00e0 \u00e9crit celui de 2007 puisque c\u2019est une autre crise. On n\u2019\u00e9crit que dans la crise sinon c\u2019est du pr\u00eat \u00e0 porter, du standard, une litt\u00e9rature de grande surface. Ce n\u2019est pas la litt\u00e9rature que je prise. Lorsque je m\u2019en vais acheter un pull, la premi\u00e8re question que je pose est\u00a0: \u00ab\u00a0Quel est le style qui se vent le plus\u00a0?\u00a0\u00bb, afin de l\u2019\u00e9viter. C\u2019est un fait sociologique que d\u2019acheter ce qui marche car la masse opte toujours pour ce qui s\u2019ach\u00e8te le plus pour l\u2019assurance et la s\u00e9curit\u00e9. M\u00eame si la qualit\u00e9 est m\u00e9diocre, tant que le plus grand nombre le fait alors ils le font car ils ont peur d\u2019\u00eatre diff\u00e9rents, peur d\u2019\u00eatre aberrants car ils ont peur d\u2019\u00eatre sous la loupe, observ\u00e9s ou montr\u00e9s du doigt. La litt\u00e9rature est pareille puisqu\u2019elle d\u00e9pend d\u2019un syst\u00e8me commercial, il faut faire dans le consommable, le conjoncturel mais la masse n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 plus qu\u2019un suiveur et donc la litt\u00e9rature de masse suit et n\u2019apporte jamais, par cons\u00e9quent, elle ne vivra jamais plus que le temps d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration.\u00a0Par contre, la litt\u00e9rature qui apporte parle aux particuliers, aux individus, \u00e0 l\u2019intellect et tous ceux-l\u00e0 sont \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la masse. Ce sont eux, ou quelques personnes d\u2019entre eux, qui ont cette capacit\u00e9 et ce courage de changer quelque chose et donc de durer dans le temps. Que dire alors de la litt\u00e9rature qui leur a servis\u00a0? Elle ne fait que se frotter \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9. Voil\u00e0 que veut dire \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0ajouter des jours \u00e0 ma vie\u00a0\u00bb. La qu\u00eate de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 qui a tant occup\u00e9 les civilisations antiques, les sum\u00e9riens \u00e0 leur t\u00eate, a \u00e9t\u00e9 concr\u00e9tis\u00e9e par l\u2019invention de l\u2019instrument de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 qui n\u2019est autre que l\u2019\u00e9criture. Les sum\u00e9riens, les grecs, les romains sont et seront \u00e0 jamais \u00e9ternels car ils ont su utiliser leur instrument d\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb. Effacez les traces \u00e9crites d\u2019une nation et vous l\u2019effacerez \u00e0 jamais de l\u2019histoire et de la m\u00e9moire collective.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">L.\u00a0:<\/span> \u00a0Quel est votre regard sur la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne, le romancier alg\u00e9rien contemporain\u00a0? La litt\u00e9rature mondiale\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Z. Z.\u00a0:<\/strong> <\/span>\u00a0Comme je viens de le dire, \u00e7a devient une litt\u00e9rature de consommation malheureusement. Le malheur de la litt\u00e9rature est d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e par le syst\u00e8me commercial \u00e0 l\u2019\u00e8re o\u00f9 elle peut servir le mieux et plus facilement gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019internet, elle se laisse prendre dans les m\u00e9andres du capitalisme. Et quand l\u2019argent est Dieu la litt\u00e9rature se prosterne sinon elle est bannie. \u00c7a, c\u2019est un probl\u00e8me universel. Toujours le souci des grandes surfaces. Les adaptations des romans au cin\u00e9ma facilitent l\u2019acc\u00e8s \u00e0 leur histoire \u00e0 une grande partie de la population mondiale et pr\u00f4ne la consommation rapide \u00e0 un point tel que le march\u00e9 est devenu un souk \u00e0 sc\u00e9narii et non pas des livres \u00e0 adapter. Toujours le pr\u00eat-\u00e0-porter. Le lecteur est plus intelligent que le spectateur, et je parle de l\u2019unique cadre de l\u2019adaptation du roman au cin\u00e9ma, car le lecteur garde ce prestige de s\u2019approprier le r\u00e9cit, d\u2019imaginer les traits physiques du ou des personnages, de faire prolonger le roman et lui accorder tout une autre dimension car chaque lecteur est unique. Par contre, le cin\u00e9ma impose l\u2019image des personnages et donc \u00f4te ce privil\u00e8ge au spectateur. Le cin\u00e9ma impose aussi son interpr\u00e9tation du roman en l\u2019adaptant, et donc en le r\u00e9duisant en une seule vision du r\u00e9alisateur ou du producteur, car le cin\u00e9ma poss\u00e8de la force de l\u2019image.\u00a0Pour la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne, c\u2019est deux fois pire car d\u2019ors et d\u00e9j\u00e0 l\u2019alg\u00e9rien n\u2019est pas culturellement lecteur. Et m\u00eame si la t\u00e9l\u00e9vision et le cin\u00e9ma font partie de sa vie, l\u2019alg\u00e9rien reste profond\u00e9ment et intrins\u00e8quement li\u00e9 \u00e0 la culture orale. Il pr\u00e9f\u00e8re qu\u2019on lui raconte le film plut\u00f4t que d\u2019aller le regarder. Et les g\u00e9n\u00e9rations nouvelles sont tromp\u00e9es encore plus par les traductions\/trahisons de l\u2019anglais \u00e0 l\u2019arabe dans les films ou s\u00e9ries qu\u2019ils regardent \u00e0 travers les cha\u00eenes du Moyen-Orient. Vous remarquez bien que la litt\u00e9rature n\u2019a m\u00eame pas sa place chez l\u2019alg\u00e9rien car il n\u2019y a pas ou presque plus de lectorat, et l\u2019\u00e9crivain n\u2019est personne sans le lecteur. Alors il \u00e9crit soit pour lui soit pour plaire soit pour vendre car il est (l\u2019\u00e9crivain) aussi tenu par le complexe de la reconnaissance du pays dont il utilise la langue, surtout le fran\u00e7ais pour la France. Il ne sait m\u00eame pas qu\u2019il a la mati\u00e8re d\u2019avoir une litt\u00e9rature universelle et l\u2019appareil commercial li\u00e9 au roman ne fait rien pour son instauration. Voici la dure r\u00e9alit\u00e9 de la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">L.\u00a0:<\/span> Nous sommes dans la spirale d\u2019un monde qui happe, au premier classeur, vous vous questionnez sur la sempiternelle interrogation des Juifs et Musulmans\u00a0?\u00a0Vous dites \u2019\u2019la raison palestinienne est-elle ma raison\u00a0? Si c\u2019est le cas, donc la raison iraquienne de m\u00eame, celle du Tibet aussi, le Polisario, l\u2019Europe de l\u2019Est, l\u2019Ethiopie, les sans-papiers de France\u2026\u00a0\u2018\u2019<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Z. Z.\u00a0:<\/strong> <\/span>\u00a0Je dis aussi, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, le juif est-il pr\u00eat \u00e0 se poser les m\u00eames questions quant \u00e0 sa r\u00e9pulsion du musulman\u00a0? J\u2019ai fait en sorte de poser cette \u00e9ternelle question en commen\u00e7ant par soi-m\u00eame car je ne tol\u00e8re plus cette r\u00e9solution b\u00eate qui consiste \u00e0 toujours bl\u00e2mer et incriminer les autres. Que c\u2019est toujours la faute aux autres. Consid\u00e9rer l\u2019Autre comme \u00e9tant un autre moi, tout simplement, nous pousse \u00e0 se faciliter la t\u00e2che en se remettant soi-m\u00eame en question et de la sorte on n\u2019a qu\u2019\u00e0 appliquer nos r\u00e9sultats sur l\u2019autre puisqu\u2019il n\u2019est autre que moi avec sa propre histoire, sa propre culture, ses propres traditions, nourri avec les m\u00eames r\u00e9cits qui, dans la plupart du temps, ne sont que cr\u00e9ations et mensonges.\u00a0D\u2019une autre part, la cause palestinienne est une cause humaine, et s\u2019y int\u00e9resser,\u00a0c\u2019est aussi s\u2019int\u00e9resser \u00e0 toutes les autres causes \u00ab\u00a0humaines\u00a0\u00bb. Je pars de ce principe dans mon raisonnement par rapport \u00e0 cette probl\u00e9matique car trouver la solution \u00e0 la cause humaine \u00e9quivaut \u00e0 trouver la solution \u00e0 toutes les causes particuli\u00e8res puisque tout le monde s\u2019indigne pratiquement de la m\u00eame chose\u00a0: le non respect du droit commun \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la vie, et donc au droit humain.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">L.\u00a0:<\/span> Votre regard est sarcastique et d\u00e9nonciateur devant l\u2019incomp\u00e9tence et le manque de savoir-faire \u00e0 l\u2019exemple de votre iv<sup>\u00e8me <\/sup>lettre \u00e0 propos du Festival du film amazigh \u2018\u2019\u00e7a leur a co\u00fbt\u00e9 dans les quatre milliards de centimes, je crois qu\u2019il aurait fallu quatre milliards de neurones\u2026\u2019\u2019<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Z. Z.\u00a0:<\/strong><\/span> Et oui, on revient toujours \u00e0 la consommation dans tous les domaines, mais surtout le domaine intellectuel et artistique qui sont le centre n\u00e9vralgique de l\u2019essor de toute soci\u00e9t\u00e9. Et dans le cas de ma critique par rapport \u00e0 ce festival, je m\u2019indignais profond\u00e9ment du r\u00e9sultat obtenu\u00a0: la m\u00e9diocrit\u00e9, car je ne m\u2019y attendais pas de la part des Amazighs qui \u00e9taient, pour moi, le symbole de l\u2019ouverture et de l\u2019\u00e9mancipation et surtout de la qualit\u00e9 intellectuelle. Vers la fin, je n\u2019ai trouv\u00e9 que du conventionnel, du conjoncturel. Et j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s d\u00e9\u00e7u de constater que m\u00eame pour ce genre de festivit\u00e9, c\u2019\u00e9tait le ch\u00e8que \u00e0 empocher qui importait et non pas la qualit\u00e9 du produit. Il faut dire que j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s jeune et na\u00eff. Je cultivais quelque peu un certain id\u00e9alisme qui a laiss\u00e9 place \u00e0 une d\u00e9sillusion gla\u00e7ante qui m\u2019a fait comprendre une fois pour toute que je devais bouger par moi-m\u00eame et non pas attendre que \u00e7a bouge.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">L.\u00a0:<\/span> En vous lisant, nous avons ce sentiment \u00e9trange que votre ouvrage est un pr\u00e9ambule au mouvement contestataire du 22 f\u00e9vrier et plus\u2026\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Z. Z.\u00a0:<\/strong><\/span> \u00a0J\u2019\u00e9tais atterr\u00e9, c\u2019est vrai, \u00e0 chaque \u00e9tat de fait apr\u00e8s le 22 f\u00e9vrier car j\u2019en avais fait le constat entre 2007 et 2009. J\u2019avais peur, vraiment, car j\u2019avais parl\u00e9 de la guerre en Syrie et c\u2019\u00e9tait devenu un fait, de l\u2019\u00e9veil populaire en Alg\u00e9rie qui \u00e9tait devenu un fait, mais j\u2019avais parl\u00e9 aussi de la derni\u00e8re grande guerre, et je la sens poindre \u00e0 l\u2019horizon. Ma peur r\u00e9side dans le fait que cette guerre ne sera pas classique, elle aura un autre visage inattendu et surtout o\u00f9 se sera des faibles qui seront derri\u00e8re leurs \u00e9crans \u00e0 mener cette t\u00e9l\u00e9-guerre, cette guerre t\u00e9l\u00e9command\u00e9e. Ils ne seront pas sur le terrain o\u00f9 ils pourront ressentir la vraie peur susceptible de les pousser au moins \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, ce sera, pour ma grande crainte, beaucoup plus un jeu virtuel o\u00f9 les morts seront de pauvres personnes et les joueurs de pauvres complex\u00e9s qui, vindicatifs, ne feront que d\u00e9truire par revanche et \u00e9go fragilis\u00e9 par leur faiblesse et renforc\u00e9 par leur pouvoir de l\u2019argent. Comme la t\u00e9l\u00e9vision avec le f\u00e2cheux concept de la t\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 les personnes sont devenues des accessoires pay\u00e9s.<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">L.\u00a0:<\/span> Je vous cite\u2019\u2019 je veux m\u2019\u00e9viter de devenir un r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 du syst\u00e8me par fait de lassitude. De devenir un<em> khobziste<\/em> qui court derri\u00e8re son gagne-pain auquel il a pris l\u2019habitude\u2026\u2019\u2019 et puis, tout le long de votre ouvrage, il y a cette peur d\u2019appartenir \u00e0 un monde fake, un monde\u2026\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Z. Z.\u00a0:<\/strong><\/span> Je refuse d\u2019appartenir tout court. Toute id\u00e9e qui r\u00e9unit autour d\u2019elle des adeptes devient une id\u00e9ologie et donc elle va tirer forc\u00e9ment vers l\u2019extr\u00eame, et je refuse les extr\u00eames. Je les combats, \u00e0 vrai dire. N\u2019importe quelle id\u00e9e, aussi bonne et humaine soit-elle, d\u00e8s lors o\u00f9 elle devient id\u00e9ologie, elle deviendra un syst\u00e8me. Et n\u2019importe quel syst\u00e8me tend forc\u00e9ment \u00e0 manipuler, car la masse ne sait jamais se g\u00e9rer d\u2019elle-m\u00eame, elle appellera toujours \u00e0 une organisation qui deviendra une convention, et la convention tue carr\u00e9ment le talent, et puisque le talent est individuel, la convention tue automatiquement l\u2019individu, et sans l\u2019individu il n\u2019ya pas de soci\u00e9t\u00e9 moderne, car la convention ne peut accepter la modernit\u00e9 tant elle est bien install\u00e9e dans l\u2019assurance de la routine. Et la modernit\u00e9, c\u2019est le changement, c\u2019est donc casser la routine, et un conventionnel a peur de changer ses habitudes. Moi, je lutte contre \u00e7a \u00e0 commencer par moi-m\u00eame. Je ne reconnais que ce que je r\u00e9alise de moi-m\u00eame et non pas de ce que je pourrais r\u00e9cup\u00e9rer de mes parents et autres. C\u2019est simple, il n\u2019y a aucune s\u00e9curit\u00e9 sans gage de l\u2019individu et de la personnalit\u00e9. Et la convention te prend ta personnalit\u00e9 en gage monnayant l\u2019assurance qu\u2019elle t\u2019offre. Mon ind\u00e9pendance m\u2019est ch\u00e8re, je l\u2019ai arrach\u00e9e, et je ne l\u2019ai troqu\u00e9e contre aucune s\u00e9curit\u00e9 syst\u00e9mique. Avant c\u2019\u00e9tait une peur, c\u2019est vrai, car, comme je n\u2019arr\u00eate pas de le r\u00e9p\u00e9ter, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s jeune, et forc\u00e9ment, je croyais que j\u2019avais tort, aujourd\u2019hui je sais que j\u2019avais raison, donc la peur s\u2019est transform\u00e9e en refus, en mode de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong><u><b>Suite de l\u2019article dans la version papier<\/b><\/u><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\"><strong><u><b>abonnez-vous \u00e0 L\u2019ivrEscQ<\/b><\/u><\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ivrEscQ\u00a0: Quand est-ce que vous avez commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire votre roman, qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas un roman comme vous annoncez d\u00e9j\u00e0 au titre de votre ouvrage ? 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