{"id":7063,"date":"2020-04-15T15:06:48","date_gmt":"2020-04-15T14:06:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=7063"},"modified":"2020-05-28T15:36:51","modified_gmt":"2020-05-28T14:36:51","slug":"choix-de-livres-a-lire-aux-temps-de-confinement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/choix-de-livres-a-lire-aux-temps-de-confinement\/","title":{"rendered":"Choix de Livres \u00e0 Lire aux temps de confinement : La peste d\u2019Albert Camus."},"content":{"rendered":"<p><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-7064\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/camus-la-peste-182x300.jpg\" alt=\"camus la peste\" width=\"182\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/camus-la-peste-182x300.jpg 182w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2020\/05\/camus-la-peste.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 182px) 100vw, 182px\" \/>Une s\u00e9lection de livres explore plusieurs registres de diff\u00e9rents genres. Il est difficile de classer des livres, mais nous l\u2019avons fait selon les lectures de nos lecteurs et notre \u00e9quipe pour vous.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re\u00a0:\u00a0La peste\u00a0&#8211; Extrait<\/strong><\/p>\n<p>Les curieux \u00e9v\u00e9nements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., \u00e0 Oran. De l\u2019avis g\u00e9n\u00e9ral, ils n\u2019y \u00e9taient pas \u00e0 leur place, sortant un peu de l\u2019ordinaire. \u00c0 premi\u00e8re vue, Oran est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu\u2019une pr\u00e9fecture fran\u00e7aise de la c\u00f4te alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p>La cit\u00e9 elle-m\u00eame, on doit l\u2019avouer, est laide. D\u2019aspect tranquille, il faut quelque temps pour apercevoir ce qui la rend diff\u00e9rente de tant d\u2019autres villes commer\u00e7antes, sous toutes les latitudes. Comment faire imaginer, par exemple, une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, o\u00f9 l\u2019on ne rencontre ni battements d\u2019ailes ni froissements de feuilles, un lieu neutre pour tout dire ? Le changement des saisons ne s\u2019y lit que dans le ciel. Le printemps s\u2019annonce seulement par la qualit\u00e9 de l\u2019air ou par les corbeilles de fleurs que des petits vendeurs ram\u00e8nent des banlieues ; c\u2019est un printemps qu\u2019on vend sur les march\u00e9s. Pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, le soleil incendie les maisons trop s\u00e8ches et couvre les murs d\u2019une cendre grise ; on ne peut plus vivre alors que dans l\u2019ombre des volets clos. En automne, c\u2019est, au contraire, un d\u00e9luge de boue. Les beaux jours viennent seulement en hiver.<\/p>\n<p>Une mani\u00e8re commode de faire la connaissance d\u2019une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. Dans notre petite ville, est-ce l\u2019effet du climat, tout cela se fait ensemble, du m\u00eame air fr\u00e9n\u00e9tique et absent. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019on s\u2019y ennuie et qu\u2019on s\u2019y applique \u00e0 prendre des habitudes. Nos concitoyens travaillent beaucoup, mais toujours pour s\u2019enrichir. Ils s\u2019int\u00e9ressent surtout au commerce et ils s\u2019occupent d\u2019abord, selon leur expression, de faire des affaires. Naturellement ils ont du go\u00fbt aussi pour les joies simples, ils aiment les femmes, le cin\u00e9ma et les bains de mer. Mais, tr\u00e8s raisonnablement, ils r\u00e9servent ces plaisirs pour le samedi soir et le dimanche, essayant, les autres jours de la semaine, de gagner beaucoup d\u2019argent. Le soir, lorsqu\u2019ils quittent leurs bureaux, ils se r\u00e9unissent \u00e0 heure fixe dans les caf\u00e9s, ils se prom\u00e8nent sur le m\u00eame boulevard ou bien ils se mettent \u00e0 leurs balcons. Les d\u00e9sirs des plus jeunes sont violents et brefs, tandis que les vices des plus \u00e2g\u00e9s ne d\u00e9passent pas les associations de boulomanes, les banquets des amicales et les cercles o\u00f9 l\u2019on joue gros jeu sur le hasard des cartes.<\/p>\n<p>On dira sans doute que cela n\u2019est pas particulier \u00e0 notre ville et qu\u2019en somme tous nos contemporains sont ainsi. Sans doute, rien n\u2019est plus naturel, aujourd\u2019hui, que de voir des gens travailler du matin au soir et choisir ensuite de perdre aux cartes, au caf\u00e9, et en bavardages, le temps qui leur reste pour vivre. Mais il est des villes et des pays o\u00f9 les gens ont, de temps en temps, le soup\u00e7on d\u2019autre chose. En g\u00e9n\u00e9ral, cela ne change pas leur vie. Seulement, il y a eu le soup\u00e7on et c\u2019est toujours cela de gagn\u00e9. Oran, au contraire, est apparemment une ville sans soup\u00e7ons, c\u2019est-\u00e0-dire une ville tout \u00e0 fait moderne. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire, en cons\u00e9quence, de pr\u00e9ciser la fa\u00e7on dont on s\u2019aime chez nous. Les hommes et les femmes, ou bien se d\u00e9vorent rapidement dans ce qu\u2019on appelle l\u2019acte d\u2019amour, ou bien s\u2019engagent dans une longue habitude \u00e0 deux. Entre ces extr\u00eames, il n\u2019y a pas souvent de milieu. Cela non plus n\u2019est pas original. \u00c0 Oran comme ailleurs, faute de temps et de r\u00e9flexion, on est bien oblig\u00e9 de s\u2019aimer sans le savoir.<\/p>\n<p>Ce qui est plus original dans notre ville est la difficult\u00e9 qu\u2019on peut y trouver \u00e0 mourir. Difficult\u00e9, d\u2019ailleurs, n\u2019est pas le bon mot et il serait plus juste de parler d\u2019inconfort. Ce n\u2019est jamais agr\u00e9able d\u2019\u00eatre malade, mais il y a des villes et des pays qui vous soutiennent dans la maladie, o\u00f9 l\u2019on peut, en quelque sorte, se laisser aller. Un malade a besoin de douceur, il aime \u00e0 s\u2019appuyer sur quelque chose, c\u2019est bien naturel. Mais \u00e0 Oran, les exc\u00e8s du climat, l\u2019importance des affaires qu\u2019on y traite, l\u2019insignifiance du d\u00e9cor, la rapidit\u00e9 du cr\u00e9puscule et la qualit\u00e9 des plaisirs, tout demande la bonne sant\u00e9. Un malade s\u2019y trouve bien seul. Qu\u2019on pense alors \u00e0 celui qui va mourir, pris au pi\u00e8ge derri\u00e8re des centaines de murs cr\u00e9pitants de chaleur, pendant qu\u2019\u00e0 la m\u00eame minute, toute une population, au t\u00e9l\u00e9phone ou dans les caf\u00e9s, parle de traites, de connaissements et d\u2019escompte. On comprendra ce qu\u2019il peut y avoir d\u2019inconfortable dans la mort, m\u00eame moderne, lorsqu\u2019elle survient ainsi dans un lieu sec.<\/p>\n<p>Ces quelques indications donnent peut-\u00eatre une id\u00e9e suffisante de notre cit\u00e9. Au demeurant, on ne doit rien exag\u00e9rer. Ce qu\u2019il fallait souligner, c\u2019est l\u2019aspect banal de la ville et de la vie. Mais on passe ses journ\u00e9es sans difficult\u00e9s aussit\u00f4t qu\u2019on a des habitudes. Du moment que notre ville favorise justement les habitudes, on peut dire que tout est pour le mieux. Sous cet angle, sans doute, la vie n\u2019est pas tr\u00e8s passionnante. Du moins, on ne conna\u00eet pas chez nous le d\u00e9sordre. Et notre population franche, sympathique et active, a toujours provoqu\u00e9 chez le voyageur une estime raisonnable. Cette cit\u00e9 sans pittoresque, sans v\u00e9g\u00e9tation et sans \u00e2me finit par sembler reposante, on s\u2019y endort enfin. Mais il est juste d\u2019ajouter qu\u2019elle s\u2019est greff\u00e9e sur un paysage sans \u00e9gal, au milieu d\u2019un plateau nu, entour\u00e9 de collines lumineuses, devant une baie au dessin parfait. On peut seulement regretter qu\u2019elle se soit construite en tournant le dos \u00e0 cette baie et que, partant, il soit impossible d\u2019apercevoir la mer qu\u2019il faut toujours aller chercher.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 l\u00e0, on admettra sans peine que rien ne pouvait faire esp\u00e9rer \u00e0 nos concitoyens les incidents qui se produisirent au printemps de cette ann\u00e9e-l\u00e0 et qui furent, nous le compr\u00eemes ensuite, comme les premiers signes de la s\u00e9rie des graves \u00e9v\u00e9nements dont on s\u2019est propos\u00e9 de faire ici la chronique. Ces faits para\u00eetront bien naturels \u00e0 certains et, \u00e0 d\u2019autres, invraisemblables au contraire. Mais, apr\u00e8s tout, un chroniqueur ne peut tenir compte de ces contradictions. Sa t\u00e2che est seulement de dire : \u00ab Ceci est arriv\u00e9 \u00bb, lorsqu\u2019il sait que ceci est, en effet, arriv\u00e9, que ceci a int\u00e9ress\u00e9 la vie de tout un peuple, et qu\u2019il y a donc des milliers de t\u00e9moins qui estimeront dans leur c\u0153ur la v\u00e9rit\u00e9 de ce qu\u2019il dit.<\/p>\n<p>Du reste, le narrateur, qu\u2019on conna\u00eetra toujours \u00e0 temps, n\u2019aurait gu\u00e8re de titre \u00e0 faire valoir dans une temps, n\u2019aurait gu\u00e8re de titre \u00e0 faire valoir dans une entreprise de ce genre si le hasard ne l\u2019avait mis \u00e0 m\u00eame de recueillir un certain nombre de d\u00e9positions et si la force des choses ne l\u2019avait m\u00eal\u00e9 \u00e0 tout ce qu\u2019il pr\u00e9tend relater. C\u2019est ce qui l\u2019autorise \u00e0 faire \u0153uvre d\u2019historien. Bien entendu, un historien, m\u00eame s\u2019il est un amateur, a toujours des documents. Le narrateur de cette histoire a donc les siens : son t\u00e9moignage d\u2019abord, celui des autres ensuite, puisque, par son r\u00f4le, il fut amen\u00e9 \u00e0 recueillir les confidences de tous les personnages de cette chronique, et, en dernier lieu, les textes qui finirent par tomber entre ses mains. Il se propose d\u2019y puiser quand il le jugera bon et de les utiliser comme il lui plaira. Il se propose encore\u2026 Mais il est peut-\u00eatre temps de laisser les commentaires et les pr\u00e9cautions de langage pour en venir au r\u00e9cit lui-m\u00eame. La relation des premi\u00e8res journ\u00e9es demande quelque minutie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le matin du 16 avril, le docteur Bernard Rieux sortit de son cabinet et buta sur un rat mort, au milieu du palier. Sur le moment, il \u00e9carta la b\u00eate sans y prendre garde et descendit l\u2019escalier. Mais, arriv\u00e9 dans la rue, la pens\u00e9e lui vint que ce rat n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 sa place et il retourna sur ses pas pour avertir le concierge. Devant la r\u00e9action du vieux M. Michel, il sentit mieux ce que sa d\u00e9couverte avait d\u2019insolite. La pr\u00e9sence de ce rat mort lui avait paru seulement bizarre tandis que, pour le concierge, elle constituait un scandale. La position de ce dernier \u00e9tait d\u2019ailleurs cat\u00e9gorique : il n\u2019y avait pas de rats dans la maison. Le docteur eut beau l\u2019assurer qu\u2019il y en avait un sur le palier du premier \u00e9tage, et probablement mort, la conviction de M. Michel restait enti\u00e8re. Il n\u2019y avait pas de rats dans la maison, il fallait donc qu\u2019on e\u00fbt apport\u00e9 celui-ci du dehors. Bref, il s\u2019agissait d\u2019une farce.<\/p>\n<p>Le soir m\u00eame, Bernard Rieux, debout dans le couloir de l\u2019immeuble, cherchait ses clefs avant de monter chez lui, lorsqu\u2019il vit surgir, du fond obscur du corridor, un gros rat \u00e0 la d\u00e9marche incertaine et au pelage mouill\u00e9. La b\u00eate s\u2019arr\u00eata, sembla chercher un \u00e9quilibre, prit sa course vers le docteur, s\u2019arr\u00eata encore, tourna sur elle-m\u00eame avec un petit cri et tomba enfin en rejetant du sang par les babines entrouvertes. Le docteur la contempla un moment et remonta chez lui.<\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas au rat qu\u2019il pensait. Ce sang rejet\u00e9 le ramenait \u00e0 sa pr\u00e9occupation. Sa femme, malade depuis un an, devait partir le lendemain pour une station de montagne. Il la trouva couch\u00e9e dans leur chambre, comme il lui avait demand\u00e9 de le faire. Ainsi se pr\u00e9parait-elle \u00e0 la fatigue du d\u00e9placement. Elle souriait.<\/p>\n<p>\u2013 Je me sens tr\u00e8s bien, disait-elle. Le docteur regardait le visage tourn\u00e9 vers lui dans la lumi\u00e8re de la lampe de chevet. Pour Rieux, \u00e0 trente ans et malgr\u00e9 les marques de la maladie, ce visage \u00e9tait toujours celui de la jeunesse, \u00e0 cause peut-\u00eatre de ce sourire qui emportait tout le reste.<\/p>\n<p>\u2013 Dors si tu peux, dit-il. La garde viendra \u00e0 onze heures et je vous m\u00e8nerai au train de midi. Il embrassa un front l\u00e9g\u00e8rement moite. Le sourire l\u2019accompagna jusqu\u2019\u00e0 la porte. Le lendemain 17 avril, \u00e0 huit heures, le concierge arr\u00eata le docteur au passage et accusa des mauvais plaisants d\u2019avoir d\u00e9pos\u00e9 trois rats morts au milieu du couloir. On avait d\u00fb les prendre avec de gros pi\u00e8ges, car ils \u00e9taient pleins de sang. Le concierge \u00e9tait rest\u00e9 quelque temps sur le pas de la porte, tenant les rats par les pattes, et attendant que les coupables voulussent bien se trahir par quelque sarcasme. Mais rien n\u2019\u00e9tait venu.<\/p>\n<p>\u2013 Ah ! ceux-l\u00e0, disait M. Michel, je finirai par les avoir.<\/p>\n<p>Intrigu\u00e9, Rieux d\u00e9cida de commencer sa tourn\u00e9e par les quartiers ext\u00e9rieurs o\u00f9 habitaient les plus pauvres de ses clients. La collecte des ordures s\u2019y faisait beaucoup plus tard et l\u2019auto qui roulait le long des voies droites et poussi\u00e9reuses de ce quartier fr\u00f4lait les bo\u00eetes de d\u00e9tritus, laiss\u00e9es au bord du trottoir. Dans une rue qu\u2019il longeait ainsi, le docteur compta une douzaine de rats jet\u00e9s sur les d\u00e9bris de l\u00e9gumes et les chiffons sales. Il trouva son premier malade au lit, dans une pi\u00e8ce donnant sur la rue et qui servait \u00e0 la fois de chambre \u00e0 coucher et de salle \u00e0 manger. C\u2019\u00e9tait un vieil Espagnol au visage dur et ravin\u00e9. Il avait devant lui, sur la couverture, deux marmites remplies de pois. Au moment o\u00f9 le docteur entrait, le malade, \u00e0 demi dress\u00e9 dans son lit, se renversait en arri\u00e8re pour tenter de retrouver son souffle caillouteux de vieil asthmatique. Sa femme apporta une cuvette.<\/p>\n<p>\u2013 Hein, docteur, dit-il pendant la piq\u00fbre, ils sortent, vous avez vu ?<\/p>\n<p>\u2013 Oui, dit la femme, le voisin en a ramass\u00e9 trois. Le vieux se frottait les mains.<\/p>\n<p>\u2013 Ils sortent, on en voit dans toutes les poubelles, c\u2019est la faim !<\/p>\n<p>Rieux n\u2019eut pas de peine \u00e0 constater ensuite que tout le quartier parlait des rats. Ses visites termin\u00e9es, il revint chez lui.<\/p>\n<p>\u2013 Il y a un t\u00e9l\u00e9gramme pour vous l\u00e0-haut, dit M. Michel. Le docteur lui demanda s\u2019il avait vu de nouveaux rats. Le docteur lui demanda s\u2019il avait vu de nouveaux rats.<\/p>\n<p>\u2013 Ah ! non, dit le concierge, je fais le guet, vous comprenez. Et ces cochons-l\u00e0 n\u2019osent pas.<\/p>\n<p>Le t\u00e9l\u00e9gramme avertissait Rieux de l\u2019arriv\u00e9e de sa m\u00e8re pour le lendemain. Elle venait s\u2019occuper de la maison de son fils, en l\u2019absence de la malade. Quand le docteur entra chez lui, la garde \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Rieux vit sa femme debout, en tailleur, avec les couleurs du fard. Il lui sourit :<\/p>\n<p>\u2013 C\u2019est bien, dit-il, tr\u00e8s bien. Un moment apr\u00e8s, \u00e0 la gare, il l\u2019installait dans le wagon-lit. Elle regardait le compartiment.<\/p>\n<p>\u2013 C\u2019est trop cher pour nous, n\u2019est-ce pas ?<\/p>\n<p>\u2013 Il le faut, dit Rieux.<\/p>\n<p>\u2013 Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette histoire de rats ?<\/p>\n<p>\u2013 Je ne sais pas. C\u2019est bizarre, mais cela passera. Puis il lui dit tr\u00e8s vite qu\u2019il lui demandait pardon, il aurait d\u00fb veiller sur elle et il l\u2019avait beaucoup n\u00e9glig\u00e9e. Elle secouait la t\u00eate, comme pour lui signifier de se taire. Mais il ajouta :<\/p>\n<p>\u2013 Tout ira mieux quand tu reviendras. Nous recommencerons.<\/p>\n<p>\u2013 Oui, dit-elle, les yeux brillants, nous recommencerons. Un moment apr\u00e8s, elle lui tournait le dos et regardait \u00e0 travers la vitre. Sur le quai, les gens se pressaient et se heurtaient. Le chuintement de la locomotive arrivait jusqu\u2019\u00e0 eux. Il appela sa femme par son pr\u00e9nom et, quand elle se retourna, il vit que son visage \u00e9tait couvert de larmes.<\/p>\n<p>\u2013 Non, dit-il doucement. Sous les larmes, le sourire revint, un peu crisp\u00e9.<\/p>\n<p>Elle respira profond\u00e9ment :<\/p>\n<p>\u2013 Va-t\u2019en, tout ira bien. Il la serra contre lui, et sur le quai maintenant, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la vitre, il ne voyait plus que son sourire.<\/p>\n<p>\u2013 Je t\u2019en prie, dit-il, veille sur toi.<\/p>\n<p>Mais elle ne pouvait pas l\u2019entendre. Pr\u00e8s de la sortie, sur le quai de la gare, Rieux heurta M. Othon, le juge d\u2019instruction, qui tenait son petit gar\u00e7on par la main. Le docteur lui demanda s\u2019il partait en voyage. M. Othon, long et noir, et qui ressemblait moiti\u00e9 \u00e0 ce qu\u2019on appelait autrefois un homme du monde, moiti\u00e9 \u00e0 un croque-mort, r\u00e9pondit d\u2019une voix aimable, mais br\u00e8ve :<\/p>\n<p>\u2013 J\u2019attends Mme Othon qui est all\u00e9e pr\u00e9senter ses respects \u00e0 ma famille. La locomotive siffla.<\/p>\n<p>\u2013 Les rats\u2026, dit le juge. Rieux eut un mouvement dans la direction du train, mais se retourna vers la sortie.<\/p>\n<p>\u2013 Oui, dit-il, ce n\u2019est rien. Tout ce qu\u2019il retint de ce moment fut le passage d\u2019un homme d\u2019\u00e9quipe qui portait sous le bras une caisse pleine de rats morts. L\u2019apr\u00e8s-midi du m\u00eame jour, au d\u00e9but de sa consultation, Rieux re\u00e7ut un jeune homme dont on lui dit qu\u2019il \u00e9tait journaliste et qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 venu le matin. Il s\u2019appelait Raymond Rambert. Court de taille, les \u00e9paules \u00e9paisses, le visage d\u00e9cid\u00e9, les yeux clairs et intelligents, Rambert portait des habits de coupe sportive et semblait \u00e0 l\u2019aise dans la vie. Il alla droit au but. Il enqu\u00eatait pour un grand journal de Paris sur les conditions de vie des Arabes et voulait des renseignements sur leur \u00e9tat sanitaire. Rieux lui dit que cet \u00e9tat n\u2019\u00e9tait pas bon. Mais il voulait savoir, avant d\u2019aller plus loin, si le journaliste pouvait dire la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>\u2013 Certes, dit l\u2019autre.<\/p>\n<p>\u2013 Je veux dire : pouvez-vous porter condamnation totale ?<\/p>\n<p>\u2013 Totale, non, il faut bien le dire. Mais je suppose que cette condamnation serait sans fondement. Doucement, Rieux dit qu\u2019en effet une pareille condamnation serait sans fondement, mais qu\u2019en posant cette question, il cherchait seulement \u00e0 savoir si le t\u00e9moignage de Rambert pouvait ou non \u00eatre sans r\u00e9serves.<\/p>\n<p>\u2013 Je n\u2019admets que les t\u00e9moignages sans r\u00e9serves. Je ne soutiendrai donc pas le v\u00f4tre de mes renseignements.<\/p>\n<p>\u2013 C\u2019est le langage de Saint-Just, dit le journaliste en souriant. Rieux dit sans \u00e9lever le ton qu\u2019il n\u2019en savait rien, mais que c\u2019\u00e9tait le langage d\u2019un homme lass\u00e9 du monde o\u00f9 il vivait, ayant pourtant le go\u00fbt de ses semblables et d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 refuser, pour sa part, l\u2019injustice et les concessions. Rambert, le cou dans les \u00e9paules, regardait le docteur.<\/p>\n<p>\u2013 Je crois que je vous comprends, dit-il enfin en se levant. Le docteur l\u2019accompagnait vers la porte :<\/p>\n<p>\u2013 Je vous remercie de prendre les choses ainsi. Rambert parut impatient\u00e9 :<\/p>\n<p>\u2013 Oui, dit-il, je comprends, pardonnez-moi ce d\u00e9rangement. Le docteur lui serra la main et lui dit qu\u2019il y aurait un curieux reportage \u00e0 faire sur la quantit\u00e9 de rats morts qu\u2019on trouvait dans la ville en ce moment.<\/p>\n<p>\u2013 Ah ! s\u2019exclama Rambert, cela m\u2019int\u00e9resse. \u00c0 dix-sept heures, comme il sortait pour de nouvelles visites, le docteur croisa dans l\u2019escalier un homme encore jeune, \u00e0 la silhouette lourde, au visage massif et creus\u00e9, barr\u00e9 d\u2019\u00e9pais sourcils. Il l\u2019avait rencontr\u00e9, quelquefois, chez les danseurs espagnols qui habitaient le dernier \u00e9tage de son immeuble. Jean Tarrou fumait une cigarette avec application en contemplant les derni\u00e8res convulsions d\u2019un rat qui crevait sur une marche, \u00e0 ses pieds. Il leva sur le docteur le regard calme et un peu appuy\u00e9 de ses yeux gris, lui dit bonjour et ajouta que cette apparition des rats \u00e9tait une curieuse chose. \u2013 Oui, dit Rieux, mais qui finit par \u00eatre aga\u00e7ante. \u2013 Dans un sens, docteur, dans un sens seulement. Nous n\u2019avons jamais rien vu de semblable, voil\u00e0 tout. Mais je trouve cela int\u00e9ressant, oui, positivement int\u00e9ressant. Tarrou passa la main sur ses cheveux pour les rejeter en arri\u00e8re, regarda de nouveau le rat, maintenant immobile, puis sourit \u00e0 Rieux : \u2013 Mais, en somme, docteur, c\u2019est surtout l\u2019affaire du concierge. Justement, le docteur trouva le concierge devant la maison, adoss\u00e9 au mur pr\u00e8s de l\u2019entr\u00e9e, une expression de lassitude sur son visage d\u2019ordinaire congestionn\u00e9. \u2013 Oui, je sais, dit le vieux Michel \u00e0 Rieux qui lui signalait la nouvelle d\u00e9couverte. C\u2019est par deux ou trois qu\u2019on les trouve maintenant. Mais c\u2019est la m\u00eame chose dans les autres maisons. Il paraissait abattu et soucieux. Il se frottait le cou d\u2019un geste machinal. Rieux lui demanda comment il se portait. Le concierge ne pouvait pas dire, bien entendu, que \u00e7a n\u2019allait pas. Seulement, il ne se sentait pas dans son assiette. \u00c0 son avis, c\u2019\u00e9tait le moral qui travaillait. Ces rats lui avaient donn\u00e9 un coup et tout irait beaucoup mieux quand ils auraient disparu. Mais le lendemain matin, 18 avril, le docteur qui ramenait sa m\u00e8re de la gare trouva M. Michel avec une mine encore plus creus\u00e9e : de la cave au grenier, une dizaine de rats jonchaient les escaliers. Les poubelles des maisons voisines en \u00e9taient pleines. La m\u00e8re du docteur apprit la nouvelle sans s\u2019\u00e9tonner. \u2013 Ce sont des choses qui arrivent. C\u2019\u00e9tait une petite femme aux cheveux argent\u00e9s, aux yeux noirs et doux. \u2013 Je suis heureuse de te revoir, Bernard, disait-elle. Les rats ne peuvent rien contre \u00e7a. Lui approuvait ; c\u2019\u00e9tait vrai qu\u2019avec elle tout paraissait toujours facile. Rieux t\u00e9l\u00e9phona cependant au service communal de d\u00e9ratisation, dont il connaissait le directeur. Celui-ci avait-il entendu parler de ces rats qui venaient en grand nombre mourir \u00e0 l\u2019air libre ? Mercier, le directeur, en avait entendu parler et, dans son service m\u00eame, install\u00e9 non loin des quais, on en avait d\u00e9couvert une cinquantaine. Il se demandait cependant si c\u2019\u00e9tait s\u00e9rieux. Rieux ne pouvait pas en d\u00e9cider, mais il pensait que le service de d\u00e9ratisation devait intervenir. \u2013 Oui, dit Mercier, avec un ordre. Si tu crois que \u00e7a vaut vraiment la peine, je peux essayer d\u2019obtenir un ordre. \u2013 \u00c7a en vaut toujours la peine, dit Rieux. Sa femme de m\u00e9nage venait de lui apprendre qu\u2019on avait collect\u00e9 plusieurs centaines de rats morts dans la grande usine o\u00f9 travaillait son mari. C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 cette \u00e9poque en tout cas que nos concitoyens commenc\u00e8rent \u00e0 s\u2019inqui\u00e9ter. Car, \u00e0 partir du 18, les usines et les entrep\u00f4ts d\u00e9gorg\u00e8rent, en effet, des centaines de cadavres de rats. Dans quelques cas, on fut oblig\u00e9 d\u2019achever les b\u00eates, dont l\u2019agonie \u00e9tait trop longue. Mais, depuis les quartiers ext\u00e9rieurs jusqu\u2019au centre de la ville, partout o\u00f9 le docteur Rieux venait \u00e0 passer, partout o\u00f9 nos concitoyens se rassemblaient, les rats attendaient en tas, dans les poubelles, ou en longues files, dans les ruisseaux. La presse du soir s\u2019empara de l\u2019affaire, d\u00e8s ce jour-l\u00e0, et demanda si la municipalit\u00e9, oui ou non, se proposait d\u2019agir et quelles mesures d\u2019urgence elle avait envisag\u00e9es pour garantir ses administr\u00e9s de cette invasion r\u00e9pugnante. La municipalit\u00e9 ne s\u2019\u00e9tait rien propos\u00e9 et n\u2019avait rien envisag\u00e9 du tout mais commen\u00e7a par se r\u00e9unir en conseil pour d\u00e9lib\u00e9rer. L\u2019ordre fut donn\u00e9 au service de d\u00e9ratisation de collecter les rats morts, tous les matins, \u00e0 l\u2019aube. La collecte finie, deux voitures du service devaient porter les b\u00eates \u00e0 l\u2019usine d\u2019incin\u00e9ration des ordures, afin de les br\u00fbler. Mais dans les jours qui suivirent, la situation s\u2019aggrava. Le nombre des rongeurs ramass\u00e9s allait croissant et la r\u00e9colte \u00e9tait tous les matins plus abondante. D\u00e8s le quatri\u00e8me jour, les rats commenc\u00e8rent \u00e0 sortir pour mourir en groupes. Des r\u00e9duits, des soussols, des caves, des \u00e9gouts, ils montaient en longues files titubantes pour venir vaciller \u00e0 la lumi\u00e8re, tourner sur eux-m\u00eames et mourir pr\u00e8s des humains. La nuit, dans les couloirs ou les ruelles, on entendait distinctement leurs petits cris d\u2019agonie. Le matin, dans les faubourgs, on les trouvait \u00e9tal\u00e9s \u00e0 m\u00eame le ruisseau, une petite fleur de sang sur le museau pointu, les uns gonfl\u00e9s et putrides, les autres raidis et les moustaches encore dress\u00e9es. Dans la ville m\u00eame, on les rencontrait par petits tas, sur les paliers ou dans les cours. Ils venaient aussi mourir isol\u00e9ment dans les halls administratifs, dans les pr\u00e9aux d\u2019\u00e9cole, \u00e0 la terrasse des caf\u00e9s, quelquefois. Nos concitoyens stup\u00e9faits les d\u00e9couvraient aux endroits les plus fr\u00e9quent\u00e9s de la ville. La place d\u2019Armes, les boulevards, la promenade du Front-de-Mer, de loin en loin, \u00e9taient souill\u00e9s. Nettoy\u00e9e \u00e0 l\u2019aube de ses b\u00eates mortes, la ville les retrouvait peu \u00e0 peu, de plus en plus nombreuses, pendant la journ\u00e9e. Sur les trottoirs, il arrivait aussi \u00e0 plus d\u2019un promeneur nocturne de sentir sous son pied la masse \u00e9lastique d\u2019un cadavre encore frais. On e\u00fbt dit que la terre m\u00eame o\u00f9 \u00e9taient plant\u00e9es nos maisons se purgeait de son chargement d\u2019humeurs, qu\u2019elle laissait monter \u00e0 la surface des furoncles et des sanies qui, jusqu\u2019ici, la travaillaient int\u00e9rieurement. Qu\u2019on envisage seulement la stup\u00e9faction de notre petite ville, si tranquille jusque-l\u00e0, et boulevers\u00e9e en quelques jours, comme un homme bien portant dont le sang \u00e9pais se mettrait tout d\u2019un coup en r\u00e9volution ! Les choses all\u00e8rent si loin que l\u2019agence Ransdoc (renseignements, documentation, tous les renseignements sur n\u2019importe quel sujet) annon\u00e7a, dans son \u00e9mission radiophonique d\u2019informations gratuites, six mille deux cent trente et un rats collect\u00e9s et br\u00fbl\u00e9s dans la seule journ\u00e9e du 25. Ce chiffre, qui donnait un sens clair au spectacle quotidien que la ville avait sous les yeux, accrut le d\u00e9sarroi. Jusqu\u2019alors, on s\u2019\u00e9tait seulement plaint d\u2019un accident un peu r\u00e9pugnant. On s\u2019apercevait maintenant que ce ph\u00e9nom\u00e8ne dont on ne pouvait encore ni pr\u00e9ciser l\u2019ampleur ni d\u00e9celer l\u2019origine avait quelque chose de mena\u00e7ant. Seul le vieil Espagnol asthmatique continuait de se frotter les mains et r\u00e9p\u00e9tait : \u00ab Ils sortent, ils sortent \u00bb, avec une joie s\u00e9nile. Le 28 avril, cependant, Ransdoc annon\u00e7ait une collecte de huit mille rats environ et l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 \u00e9tait \u00e0 son comble dans la ville. On demandait des mesures radicales, on accusait les autorit\u00e9s, et certains qui avaient des maisons au bord de la mer parlaient d\u00e9j\u00e0 de s\u2019y retirer. Mais, le lendemain, l\u2019agence annon\u00e7a que le ph\u00e9nom\u00e8ne avait cess\u00e9 brutalement et que le service de d\u00e9ratisation n\u2019avait collect\u00e9 qu\u2019une quantit\u00e9 n\u00e9gligeable de rats morts. La ville respira. C\u2019est pourtant le m\u00eame jour, \u00e0 midi, que le docteur Rieux, arr\u00eatant sa voiture devant son immeuble, aper\u00e7ut au bout de la rue le concierge qui avan\u00e7ait p\u00e9niblement, la t\u00eate pench\u00e9e, bras et jambes \u00e9cart\u00e9s, dans une attitude de pantin. Le vieil homme tenait le bras d\u2019un pr\u00eatre que le docteur reconnut. C\u2019\u00e9tait le p\u00e8re Paneloux, un j\u00e9suite \u00e9rudit et militant qu\u2019il avait rencontr\u00e9 quelquefois et qui \u00e9tait tr\u00e8s estim\u00e9 dans notre ville, m\u00eame parmi ceux qui sont indiff\u00e9rents en mati\u00e8re de religion. Il les attendit. Le vieux Michel avait les yeux brillants et la respiration sifflante. Il ne s\u2019\u00e9tait pas senti tr\u00e8s bien et avait voulu prendre l\u2019air. Mais des douleurs vives au cou, aux aisselles et aux aines l\u2019avaient forc\u00e9 \u00e0 revenir et \u00e0 demander l\u2019aide du p\u00e8re Paneloux. \u2013 Ce sont des grosseurs, dit-il. J\u2019ai d\u00fb faire un effort. Le bras hors de la porti\u00e8re, le docteur promena son doigt \u00e0 la base du cou que Michel lui tendait ; une sorte de n\u0153ud de bois s\u2019y \u00e9tait form\u00e9. \u2013 Couchez-vous, prenez votre temp\u00e9rature, je viendrai vous voir cet apr\u00e8s-midi. Le concierge parti, Rieux demanda au p\u00e8re Paneloux ce qu\u2019il pensait de cette histoire de rats : \u2013 Oh ! dit le p\u00e8re, ce doit \u00eatre une \u00e9pid\u00e9mie, et ses yeux sourirent derri\u00e8re les lunettes rondes. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, Rieux relisait le t\u00e9l\u00e9gramme de la maison de sant\u00e9 qui lui annon\u00e7ait l\u2019arriv\u00e9e de sa femme, quand le t\u00e9l\u00e9phone se fit entendre. C\u2019\u00e9tait un de ses anciens clients, employ\u00e9 de mairie, qui l\u2019appelait. Il avait longtemps souffert d\u2019un r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019aorte, et, comme il \u00e9tait pauvre, Rieux l\u2019avait soign\u00e9 gratuitement. \u2013 Oui, disait-il, vous vous souvenez de moi. Mais il s\u2019agit d\u2019un autre. Venez vite, il est arriv\u00e9 quelque chose chez mon voisin. Sa voix s\u2019essoufflait. Rieux pensa au concierge et d\u00e9cida qu\u2019il le verrait ensuite. Quelques minutes plus tard, il franchissait la porte d\u2019une maison basse de la rue Faidherbe, dans un quartier ext\u00e9rieur. Au milieu de l\u2019escalier frais et puant, il rencontra Joseph Grand, l\u2019employ\u00e9, qui descendait \u00e0 sa rencontre. C\u2019\u00e9tait un homme d\u2019une cinquantaine d\u2019ann\u00e9es, \u00e0 la moustache jaune, long et vo\u00fbt\u00e9, les \u00e9paules \u00e9troites et les membres maigres (&#8230;)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une s\u00e9lection de livres explore plusieurs registres de diff\u00e9rents genres. 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