{"id":7232,"date":"2020-07-22T11:39:11","date_gmt":"2020-07-22T10:39:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=7232"},"modified":"2020-07-23T13:09:00","modified_gmt":"2020-07-23T12:09:00","slug":"choix-de-lecture-livrescq-le-coeur-de-langleterre-de-jonathan-coe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/choix-de-lecture-livrescq-le-coeur-de-langleterre-de-jonathan-coe\/","title":{"rendered":"Choix de Lecture L\u2019ivrEscQ \u00ab\u00a0Le c\u0153ur de l&rsquo;Angleterre\u00a0\u00bb de JONATHAN COE"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-7234\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/Joe-300x255.jpg\" alt=\"Joe\" width=\"300\" height=\"255\" \/>Regard universel de l\u2019auteur Jonathan Coe pour l\u2019Europe, toujours dans le prolongement de ses deux pr\u00e9c\u00e9dents romans. Portrait de la Grande-Bretagne secou\u00e9e et divis\u00e9e par le Brexit.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0? C\u2019est la question que se pose Jonathan Coe dans ce roman brillant qui chronique avec une ironie mordante l\u2019histoire politique de l\u2019Angleterre des ann\u00e9es 2010. Du premier gouvernement de coalition en Grande-Bretagne aux \u00e9meutes de Londres en 2011, de la fi\u00e8vre joyeuse et collective des jeux Olympiques de 2012 au couperet du r\u00e9f\u00e9rendum sur le Brexit,\u00a0<em>Le c\u0153ur de l\u2019Angleterre<\/em>\u00a0explore avec humour et m\u00e9lancolie les d\u00e9sillusions publiques et priv\u00e9es d\u2019une nation en crise.<\/p>\n<p>Dans cette p\u00e9riode trouble o\u00f9 les destins individuels et collectifs basculent, les membres de la famille Trotter reprennent du service. Benjamin a maintenant cinquante ans et s\u2019engage dans une improbable carri\u00e8re litt\u00e9raire, sa s\u0153ur Lois voit ses anciens d\u00e9mons revenir la hanter, son vieux p\u00e8re Colin n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 voter en faveur d\u2019une sortie de l\u2019Europe et sa ni\u00e8ce Sophie se demande si le Brexit est une cause valable de divorce.<br \/>\nAu fil de cette m\u00e9ditation douce-am\u00e8re sur les relations humaines, la perte et le passage inexorable du temps, le chantre incontest\u00e9 de<br \/>\nl\u2019Angleterre questionne avec malice les grandes sources de crispation contemporaines : le nationalisme, l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, le politiquement correct<br \/>\net les identit\u00e9s.<br \/>\nDans la lign\u00e9e de\u00a0<em>Bienvenue au club<\/em>\u00a0et du\u00a0<em>Cercle ferm\u00e9<\/em>,\u00a0<em>Le c\u0153ur de l\u2019Angleterre<\/em>\u00a0est le rem\u00e8de tout trouv\u00e9 \u00e0 notre \u00e9poque tourment\u00e9e.\u00a0\u00bb Pr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9diteur<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\"><strong>Extrait :\u00a0<\/strong><\/span>Octobre 2010<\/p>\n<p>Sophie avait connu de nombreuses d\u00e9ceptions amoureuses avec les ann\u00e9es. Sa premi\u00e8re relation s\u00e9rieuse, avec Patrick, le fils de Philip Chase, n\u2019avait pas surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Pendant son ann\u00e9e de ma\u00eetrise \u00e0 Bristol, elle avait rencontr\u00e9 Sohan, bel \u00e9tudiant en litt\u00e9rature anglaise d\u2019ascendance sri-lankaise qu\u2019elle consid\u00e9rait comme son \u00e2me soeur. Seulement, il \u00e9tait gay. Tout r\u00e9cemment, il y avait eu Jason, comme elle th\u00e9sard \u00e0 Courtauld, mais il l\u2019avait tromp\u00e9e avec sa directrice de th\u00e8se. Puis Bernard, qui lui avait succ\u00e9d\u00e9, \u00e9tait tellement absorb\u00e9 par ses recherches sur les carnets de Sisley qu\u2019elle avait mis discr\u00e8tement fin \u00e0 leur liaison sans m\u00eame qu\u2019il s\u2019en aper\u00e7oive. Les petits amis intellos, c\u2019est termin\u00e9 ! avait-elle d\u00e9cid\u00e9. Si elle devait retrouver quelqu\u2019un, et ce n\u2019\u00e9tait pas une urgence, elle irait lancer ses filets au-del\u00e0 des eaux territoriales de la fac. Or voil\u00e0 que par chance, l\u2019occasion s\u2019en \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e. Un coll\u00e8gue de Birmingham lui avait envoy\u00e9 un mail l\u2019invitant \u00e0 candidater pour une bourse d\u2019enseignement de deux ans. Elle avait donc envoy\u00e9 son dossier et elle l\u2019avait obtenue. Si bien qu\u2019en ao\u00fbt 2010, elle avait boucl\u00e9 ses valises, quitt\u00e9 son minuscule studio de Muswell Hill pour prendre la M40 avec armes et bagages et revenir dans sa ville natale. Et, faute de mieux pour le moment, elle s\u2019\u00e9tait install\u00e9e chez son p\u00e8re. \u00c0 cette \u00e9poque, Christopher Potter habitait le quartier de Hall Green, dans une rue r\u00e9sidentielle qui partait en diagonale de Stratford Road \u2013 mais \u00e0 l\u2019\u00e9cart des cort\u00e8ges de voitures ininterrompus se dirigeant vers le nord comme vers le sud. C\u2019\u00e9tait une maison mitoyenne et il \u00e9tait pr\u00e9vu qu\u2019il y vive avec sa femme, mais de fait il l\u2019occupait seul. Pendant des ann\u00e9es, la famille avait habit\u00e9 York, o\u00f9 Lois \u00e9tait biblioth\u00e9caire \u00e0 l\u2019universit\u00e9 tandis que Christopher \u00e9tait avocat, sp\u00e9cialiste du droit des victimes. Au printemps 2008, leur fille unique habitant Londres, la sant\u00e9 des parents de Lois donnant des signes de d\u00e9clin ainsi que celle de sa propre m\u00e8re, Christopher avait propos\u00e9 de retourner vivre \u00e0 Birmingham. Lois avait accept\u00e9, avec gratitude croyait-il. Il avait donc demand\u00e9 et obtenu sa mutation \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 des Midlands qui l\u2019employait. Ils avaient vendu leur maison et achet\u00e9 celle-ci. Et voil\u00e0 qu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re minute Lois avait fait une d\u00e9claration fracassante : elle ne voulait plus quitter son poste, elle n\u2019\u00e9tait pas convaincue que l\u2019\u00e9tat de ses parents exige qu\u2019elle se rapproche d\u2019eux, et elle ne supportait pas l\u2019id\u00e9e de retourner dans la ville o\u00f9, trente ans plus t\u00f4t, sa vie avait d\u00e9raill\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une trag\u00e9die qui la hantait encore. Elle allait rester \u00e0 York et, dor\u00e9navant, ils se verraient le week-end. Christopher avait accept\u00e9 ces dispositions avec toute la bonne gr\u00e2ce dont il \u00e9tait capable et dans l\u2019id\u00e9e implicite mais jamais formul\u00e9e qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un arrangement provisoire. Cependant, la situation ne faisait pas son bonheur. Il n\u2019aimait pas vivre seul et fut enchant\u00e9 lorsque Sophie lui annon\u00e7a qu\u2019on l\u2019embauchait, et lui demanda si elle pourrait emm\u00e9nager avec lui quelque temps. De son c\u00f4t\u00e9, elle trouvait \u00e9trange et d\u00e9phasant de rentrer chez son p\u00e8re. Elle avait vingt-sept ans et n\u2019avait aucunement pr\u00e9vu de vivre encore au foyer parental. Elle qui avait tr\u00e8s vite aim\u00e9 le cosmopolitisme populeux, spontan\u00e9 et passablement autosatisfait de Londres n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re convaincue de trouver l\u2019\u00e9quivalent \u00e0 Birmingham. Et si Christopher \u00e9tait affable et d\u2019un abord facile, il r\u00e9gnait cependant un silence pesant dans la maison. Bient\u00f4t, elle sautait sur toutes les occasions de s\u2019\u00e9chapper, ne serait-ce qu\u2019un jour ou deux, et s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une vir\u00e9e \u00e0 Londres, c\u2019\u00e9tait encore mieux. Le jeudi 21 octobre, Sophie quitta le campus \u00e0 quinze heures tapantes. Elle \u00e9tait d\u2019excellente humeur, son s\u00e9minaire sur les Romantiques russes avait rencontr\u00e9 un beau succ\u00e8s. Les \u00e9tudiants l\u2019adoraient visiblement d\u00e9j\u00e0. Comme toujours, elle \u00e9tait venue en voiture : Colin, son grand-p\u00e8re, n\u2019ayant plus d\u2019assez bons yeux pour conduire, il lui avait fait cadeau de sa Toyota Yaris d\u00e9clinante (l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il achetait anglais par patriotisme \u00e9tait r\u00e9volue depuis longtemps). Elle avait r\u00e9serv\u00e9 sa place dans un train de l\u2019apr\u00e8s-midi pour Londres et, en l\u2019occurrence par souci d\u2019\u00e9conomie, elle avait choisi l\u2019omnibus qui traversait les Chilterns avec terminus en gare de Marylebone. Elle se rendit donc \u00e0 Solihull, o\u00f9 elle laissa sa voiture au parking. Elle s\u2019\u00e9tait imagin\u00e9 une fl\u00e2nerie paisible le long des art\u00e8res dans une ville o\u00f9, contrairement \u00e0 la capitale, il \u00e9tait ais\u00e9 de circuler en v\u00e9hicule priv\u00e9 comme en transports en commun. C\u2019\u00e9tait compter sans les encombrements, si bien qu\u2019au bout d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s une demi-heure \u00e0 se tra\u00eener, elle avait compris qu\u2019elle risquait de rater son train. Sur Streetsbrook Road, elle avait \u00e9cras\u00e9 l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur, montant jusqu\u2019\u00e0 cinquantehuit \u00e0 l\u2019heure sur une voie limit\u00e9e \u00e0 cinquante, et s\u2019\u00e9tait fait flasher par un radar au passage. [\u2026]<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-7235 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/book-205x300.jpg\" alt=\"book\" width=\"205\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/book-205x300.jpg 205w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/book.jpg 250w\" sizes=\"auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Regard universel de l\u2019auteur Jonathan Coe pour l\u2019Europe, toujours dans le prolongement de ses deux pr\u00e9c\u00e9dents romans. Portrait de la Grande-Bretagne secou\u00e9e et divis\u00e9e par le Brexit. 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