{"id":7505,"date":"2021-03-15T09:00:15","date_gmt":"2021-03-15T08:00:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=7505"},"modified":"2021-03-17T21:15:05","modified_gmt":"2021-03-17T20:15:05","slug":"15-mars-2021-commemoration-de-la-mort-de-mouloud-feraoun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/15-mars-2021-commemoration-de-la-mort-de-mouloud-feraoun\/","title":{"rendered":"15 mars 2021 comm\u00e9moration de la mort de Mouloud Feraoun."},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-7515\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/MOULOUD-FERAOUN-cooppie-204x300.jpg\" alt=\"MOULOUD FERAOUN cooppie\" width=\"204\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/MOULOUD-FERAOUN-cooppie-204x300.jpg 204w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/MOULOUD-FERAOUN-cooppie.jpg 283w\" sizes=\"auto, (max-width: 204px) 100vw, 204px\" \/>A chaque 15 mars, la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne s\u2019incline devant Mouloud Feraoun, assassin\u00e9 par un commando de l\u2019OAS, un 15 mars 1961. Il est assassin\u00e9 avec cinq autres inspecteurs des Centres Sociaux \u00c9ducatifs d\u2019Alg\u00e9rie. Celui-ci est en r\u00e9union au centre social Ch\u00e2teau-Royal \u00e0 Ben Aknoun avec cinq autres inspecteurs de l\u2019\u00e9ducation nationale : Marcel BASSET, Max MARCHAND, Robert EYMARD, Ali HAMMOUTENE et Salah OULD AOUDIA.<\/p>\n<p>En 1960, Mouloud Feraoun est inspecteur des centres sociaux (cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l&rsquo;initiative de Germaine Tillion) \u00e0 Ch\u00e2teau-Royal pr\u00e8s de Ben Aknoun. Avec cinq de ses coll\u00e8gues, dont l&rsquo;inspecteur d&rsquo;acad\u00e9mie Max Marchand, il est assassin\u00e9 le 15 mars 1962, \u00e0 quatre jours du cessez-le-feu par l&rsquo;OAS, qui y voit un foyer ind\u00e9pendantiste.<\/p>\n<p>Ce crime n\u2019est d\u00e9sign\u00e9 comme \u00ab l\u2019assassinat de Ch\u00e2teau-Royal \u00bb que le 15 mars 1987. Soit 25 ans apr\u00e8s l\u2019attentat, naitra, en France, l\u2019Association des amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, en souvenir de ces six hommes assassin\u00e9s dans l\u2019exercice de leur fonction.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9crivain Mouloud Feraoun est n\u00e9 le 8 mars 1913 \u00e0 Tizi Hibel. Il commence \u00e0 \u00e9crire en 1939 son premier roman, \u00ab\u00a0Le Fils du pauvre\u00a0\u00bb. L&rsquo;ouvrage, salu\u00e9 par la critique obtient le Grand Prix de la ville d&rsquo;Alger. Mouloud Feraoun est prolixe. Il publie, plus tard, \u00ab La Terre et le sang \u00bb, r\u00e9compens\u00e9 en 1953 par le Prix du roman Populiste\u00a0; s\u2019ensuit \u00ab Jours de Kabylie \u00bb\u00a0(1954) ; \u00ab Les chemins qui montent \u00bb\u00a0(1957) ; \u00ab Journal \u00bb publi\u00e9 \u00e0 titre posthume r\u00e9v\u00e8le davantage l\u2019\u00e9crivain.\u00a0 De m\u00eame deux romans \u00ab\u00a0L&rsquo;Anniversaire\u00a0\u00bb, inachev\u00e9\u00a0; \u00ab\u00a0La Cit\u00e9 des roses\u00a0\u00bb, achev\u00e9 mais rest\u00e9 longtemps in\u00e9dit. Il traduit des po\u00e8mes de Si Mohand Ou Mhand (Les Po\u00e8mes de Si Mohand) en 1960.<\/p>\n<p>Evocation de Mouloud Feraoun dans L\u2019ivrEscQ num\u00e9ro\u00a016 A l\u2019occasion du centenaire de sa naissance. (Republi\u00e9)<\/p>\n<p><strong>Correspondances crois\u00e9es\u00a0 FERAOUN &#8211; CAMUS \u2013 ROBLES<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\"><u>Premi\u00e8re lettre de Feraoun \u00e0 Camus<\/u><\/span><\/p>\n<p>Cher monsieur, Taourirt-Moussa, le 27 mai 1951<\/p>\n<p>Je viens de recevoir ici, \u00e0 Taourirt-Moussa, la visite de mon ami Robl\u00e8s. Il m\u2019a dit tout le bien que vous pensez de mon petit ouvrage et m\u2019a donn\u00e9 votre adresse que je d\u00e9sirais conna\u00eetre depuis longtemps. L\u2019hiver dernier, j\u2019avais demand\u00e9 \u00e0 Pierre Martin du S.C.I.<sup>(1)<\/sup>\u00a0de vous faire parvenir un exemplaire de\u00a0<em>Le Fils du pauvre.<\/em>\u00a0Lui aussi pouvait me communiquer votre adresse mais je n\u2019avais pas os\u00e9 vous \u00e9crire. Je suis tr\u00e8s heureux d\u2019avoir r\u00e9ussi \u00e0 vous int\u00e9resser parce que je vous connais depuis longtemps. Je vous ai vu en 1937 \u00e0 Tizi-Ouzou. Nous \u00e9tions bien jeunes. Vous \u00e9criviez des articles sur la Kabylie dans Alger r\u00e9publicain\u00a0<sup>(2)<\/sup>\u00a0qui \u00e9tait notre journal, puis j\u2019ai lu\u00a0<em>La Peste<\/em>\u00a0et j\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir compris votre livre comme je n\u2019en avais jamais compris d\u2019autres. J\u2019avais regrett\u00e9 que parmi tous ces personnages il n\u2019y e\u00fbt aucun indig\u00e8ne et qu\u2019Oran ne f\u00fbt \u00e0 vos yeux qu\u2019une banale pr\u00e9fecture fran\u00e7aise. Oh ! ce n\u2019est pas un reproche\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de la lettre in\u00e9dite sur version papier<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\"><u>R\u00e9ponse in\u00e9dite de Camus<\/u><\/span><\/p>\n<p>Cher monsieur, Paris, 12 juin 1951<\/p>\n<p>J\u2019ai lu en effet avec plaisir, et \u00e9motion, votre livre. Je ne me souviens pas de cette entrevue de 1937. Mais j\u2019ai encore gard\u00e9 mes articles et les souvenirs de cette admirable Kabylie. J\u2019aime votre peuple, fraternellement, et j\u2019admire ses vertus, de vraie dignit\u00e9 (&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de la lettre in\u00e9dite sur version papier<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\"><u>Lettre de Feraoun \u00e0 Camus<\/u><\/span><\/p>\n<p>Cher ami, Alger, 30 novembre 1957<\/p>\n<p>N\u2019attachez aucune importance, aucune signification au silence des \u00e9crivains musulmans<sup>(1)<\/sup>. Quant \u00e0 moi, j\u2019ai cru devoir vous exprimer ma satisfaction simplement parce que je me place beaucoup plus pr\u00e8s de vous que les autres. Lorsque Robl\u00e8s, notre ami commun, me parle de vous, il me rapporte jusqu\u2019\u00e0 vos secr\u00e8tes pens\u00e9es que vous ne lui celez jamais et j\u2019en suis arriv\u00e9 \u00e0 \u00eatre au courant de vos opinions, de votre angoisse, de votre souffrance. Croyez-vous que vos confr\u00e8res vous connaissent de la sorte m\u00eame s\u2019ils vous comprennent et vous appr\u00e9cient mieux que je ne puis le faire ?(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de la lettre in\u00e9dite sur version papier<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\"><u>Lettre de Feraoun \u00e0 Camus<\/u><\/span><\/p>\n<p>Je suis, peut-\u00eatre, moins surpris que vous-m\u00eame du silence qui entoure votre dernier livre\u00a0<sup>(1)<\/sup>\u00a0et finira par l\u2019\u00e9touffer. Auriez-vous, par hasard, le d\u00e9sir d\u2019\u00e9teindre l\u2019incendie en faisant la part du feu, pr\u00e9tendriez-vous vous interposer entre ceux qui se battent au lieu d\u2019encourager les v\u00f4tres tout en cherchant \u00e0 d\u00e9courager les miens, avouez, monsieur, que si votre attitude \u00e9tonne, l\u2019accueil r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 votre ouvrage, n\u2019a, lui, rien de surprenant, car si depuis quatre ans on n\u2019a cess\u00e9 de r\u00e9clamer, de solliciter, d\u2019exiger votre opinion, il est clair que cette opinion, en fin de compte, devait \u00eatre celle de tous, fermement install\u00e9e dans les t\u00eates, les c\u0153urs \u2013 les ventres, ajouterai-je. Il est clair qu\u2019on vous demandait de condamner les uns, d\u2019approuver les autres, m\u00eame de trouver quelques bonnes raisons pour cela. Quelques bonnes raisons qui auraient \u00e9chapp\u00e9, jusqu\u2019ici, parce que vous \u00eates un grand esprit, que c\u2019est une grande chose pour la France d\u2019avoir des hommes tels que vous et une veine pour les politiciens de s\u2019appuyer sur vos arguments. On ne vous demandait rien d\u2019autre. Qu\u2019avez-vous fait, monsieur ?(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de la lettre in\u00e9dite sur version papier<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\"><u>JOURNAL de Mouloud Feraoun<\/u><\/span><\/p>\n<p>Robl\u00e8s a \u00e9voqu\u00e9 devant moi tous ces attentats ; il les trouve odieux, inadmissibles et estiment que leurs auteurs n\u2019ont droit \u00e0 aucune piti\u00e9.\u00a0Il revient de Paris o\u00f9 il a vu longuement Camus. Camus se refuse \u00e0 admettre que l\u2019Alg\u00e9rie soit ind\u00e9pendante et qu\u2019il soit oblig\u00e9 d\u2019y rentrer chaque fois avec un passeport d\u2019\u00e9tranger, lui qui est Alg\u00e9rien et rien d\u2019autre. Il croit que le\u00a0 FLN est fasciste\u00a0et que l\u2019avenir de son pays entre les mains du\u00a0 FLN est proprement impensable.\u00a0 Je comprends fort bien l\u2019un et l\u2019autre mais je voudrais qu\u2019ils me comprennent aussi. Qu\u2019ils nous comprennent, nous qui sommes si pr\u00e8s d\u2019eux et \u00e0 la fois si\u00a0 diff\u00e9rents, qu\u2019ils se mettent \u00e0 notre place. Ceux qui m\u2019ont parl\u00e9 en langage clair la semaine derni\u00e8re m\u2019ont dit que je n\u2019\u00e9tais pas Fran\u00e7ais\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de la lettre in\u00e9dite sur version papier<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\">\u00a0<u>R\u00e9actions de Mouloud Feraoun \u00e0 la mort de Camus\u00a0Le dernier message<\/u><\/span><\/p>\n<p>Je me suis pris \u00e0 esp\u00e9rer dans un avenir plus vrai, je veux dire un avenir o\u00f9 nous ne serons s\u00e9par\u00e9s ni par l\u2019injustice ni par la justice \u00bb. C\u2019est l\u00e0 le dernier message que je tiens de Camus. Il date de plusieurs mois et, dimanche soir, cette phrase s\u2019inscrivait pour moi dans un ciel sombre, charg\u00e9 d\u2019orage, qu\u2019elle striait comme un \u00e9clair rapide, un trait \u00e9blouissant \u00e0 la fois fragile et dense qui venait souligner avec une vigoureuse exactitude l\u2019appel au calme lanc\u00e9, toutes les dix minutes, par le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du gouvernement g\u00e9n\u00e9ral en Alg\u00e9rie : \u00ab C\u2019est avec une grande \u00e9motion que je reprends la parole ce soir. Malgr\u00e9 les appels publics et les adjurations priv\u00e9s que nous avons multipli\u00e9s, le commandant en chef et moi, et avec tous les chefs militaires, ce que nous avons tout fait pour \u00e9viter est arriv\u00e9e : le sang a coul\u00e9\u2026 \u00bb\u00a0(&#8230;)<\/p>\n<p><span style=\"color: #800080;\"><u>Correspondance de Feraoun \u00e0 Robl\u00e8s<\/u><\/span><\/p>\n<p>Taourirt, le 2 mars 1952<\/p>\n<p>Mes piles ont \u00e9t\u00e9 assez fortes pour me permettre d\u2019entendre ta pi\u00e8ce\u00a0<sup>(1)<\/sup>\u00a0d\u2019une fa\u00e7on \u00e0 peu pr\u00e8s satisfaisante. Mon fr\u00e8re qui exerce \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi \u2013 2 km \u2013 est venu passer la nuit ici et a pu l\u2019\u00e9couter aussi. J\u2019ai eu \u00e9norm\u00e9ment de plaisir \u00e0 le voir accroch\u00e9, enthousiasm\u00e9. Il s\u2019y conna\u00eet un peu car, pendant la guerre, il a dirig\u00e9 en Italie et en France une troupe de th\u00e9\u00e2tre arabe apr\u00e8s la descente de Cassino\u2026<\/p>\n<p>Pour ma part, j\u2019ai en\u00a0<em>La V\u00e9rit\u00e9 est morte\u00a0<\/em>une confiance absolue. Si je te l\u2019\u00e9cris, c\u2019est pour te prier de ne pas douter\u00a0 un seul moment de sa valeur. Sur le plan humain, c\u2019est absolument inattaquable. Pour le reste je ne suis pas capable d\u2019appr\u00e9cier, du moment que je n\u2019ai jamais vu jouer une quelconque pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0<em>(&#8230;)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de la lettre in\u00e9dite sur version papier<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A chaque 15 mars, la litt\u00e9rature alg\u00e9rienne s\u2019incline devant Mouloud Feraoun, assassin\u00e9 par un commando de l\u2019OAS, un 15 mars 1961. 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