{"id":774,"date":"2010-03-15T23:08:51","date_gmt":"2010-03-15T22:08:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=774"},"modified":"2011-02-28T15:35:04","modified_gmt":"2011-02-28T14:35:04","slug":"un-amour-hybride","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/un-amour-hybride\/","title":{"rendered":"Un amour hybride&#8230;"},"content":{"rendered":"<h1><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-776\" title=\"mouloud-feraoun-2\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/mouloud-feraoun-2.jpg\" alt=\"\" width=\"610\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/mouloud-feraoun-2.jpg 610w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/mouloud-feraoun-2-300x165.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 610px) 100vw, 610px\" \/><\/h1>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">Le roman met en sc\u00e8ne deux personnages : l\u2019auteur narrateur, instituteur, fils du bled, qui a quitt\u00e9 sous la menace de l\u2019autorit\u00e9 coloniale son \u00e9cole de montagne pour Alger; et Fran\u00e7oise, enseignante fran\u00e7aise, venue de son plein gr\u00e9 en Alg\u00e9rie mue par les id\u00e9aux de Jules Ferry. Une relation d\u2019amour \u00e9quivoque se tisse entre eux dans le contexte historique et politique de l\u2019ann\u00e9e 1958.L\u2019instituteur indig\u00e8ne, le narrateur, arrive \u00e0 Alger en 1957 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et tortur\u00e9 par les soldats fran\u00e7ais dans son canton natal. Il tient \u00e0 pr\u00e9ciser que sa fuite n\u2019est pas celle d\u2019 \u00ab un tra\u00eetre \u00bb mais d\u2019un \u00abhybride\u00bb.<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abL\u2019instituteur n\u2019\u00e9tait pas un tra\u00eetre, mais un hybride. Personne n\u2019en voulait plus, il \u00e9tait bon pour le couteau, la mitraillette ou tout au moins la prison. Lui, bri\u00e8vement, avait choisi la fuite. Il s\u2019en alla sous les hu\u00e9es. Avant de le laisser sortir, les soldats fouill\u00e8rent de fond en comble ses bagages et lui prirent quelques livres\u2026\u00bb<br \/>\nDans le m\u00eame temps, une Fran\u00e7aise de souche, Fran\u00e7oise venue de sa Bretagne natale, est nomm\u00e9e \u00e9ducatrice dans cette \u00e9cole de La cit\u00e9 des Roses. Ce nom, po\u00e9tique, la fait r\u00eaver et motive ses id\u00e9aux d\u2019\u00eatre au servir de l\u2019Education de l\u2019indig\u00e8ne. Bien que mari\u00e9s tous les deux, ils se vouent une passion o\u00f9 se m\u00ealent amour du m\u00e9tier et d\u00e9sir charnel bien que rest\u00e9 dans les limites de la biens\u00e9ance.<br \/>\nPour romantique que f\u00fbt cette idylle, pouvait- elle prendre corps en pleine guerre d\u2019Alg\u00e9rie, qui, plus est, est dans sa phase cruciale en ces ann\u00e9es 1957 \/ 1958 ?<br \/>\nLa premi\u00e8re partie qui donne son titre au roman La cit\u00e9 des Roses comprend deux chapitres : L\u2019instituteur et Fran\u00e7oise, un chapitre narratif \u00e0 souhait. L\u2019auteur- narrateur y raconte sa fuite du bled et explique les raisons qui l\u2019ont pouss\u00e9 \u00e0 quitter son \u00e9cole pour rejoindre la capitale. Le r\u00e9cit est simple et rappelle, par bien des aspects, l\u2019ambiance du Fils du pauvre. A son arriv\u00e9e sur les lieux de sa nouvelle \u00e9cole, \u00e0 la cit\u00e9 Nadhor, sur les hauteurs d\u2019Alger, ce qu\u2019il voit n\u2019est pas fait pour \u00e9teindre ses craintes qu\u2019il pensait avoir laiss\u00e9es derri\u00e8re lui :<br \/>\n\u00ab Non, ce que voyait l\u2019instituteur, c\u2019\u00e9tait un affreux bidonville o\u00f9 l\u2019on devinait le grouillement d\u2019un peuple mis\u00e9rable et hostile qui se drapait dans ses b\u00e2ches, ses roseaux, ses vieilles planches et ses t\u00f4les rouill\u00e9es comme dans un manteau d\u2019Arlequin et mena\u00e7ait de ses ordures pour se soustraire \u00e0 toute curiosit\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e, \u00e0 toute sympathie hypocrite. Cette protub\u00e9rance insolente, accol\u00e9e aux confins sud du territoire de la commune, se dissimulait aux flancs d\u2019une cr\u00eate bois\u00e9e qui domine la baie d\u2019Alger\u2026\u00bb<br \/>\nLe contraste est saisissant et le lecteur se pr\u00e9pare d\u2019embl\u00e9e \u00e0 un autre contraste, politique celui-l\u00e0 :<br \/>\nl\u2019instruction peut-elle \u00eatre dispens\u00e9e dans un tel environnement et, de surcro\u00eet, dans un contexte de domination coloniale dont la preuve n\u2019est autre que ce bidonville des autochtones ; cette \u00e9cole \u00abfran\u00e7aise\u00bb qui veut s\u2019ouvrir aux enfants du taudis ; un instituteur indig\u00e8ne qui doit tout \u00e0 la France coloniale qu\u2019il doit servir, sinon\u2026 L\u2019instituteur tire origine de ce bidonville au nom po\u00e9tique, mais il s\u2019en est sorti gr\u00e2ce \u00e0 cette \u00e9cole menac\u00e9e par les ordures.<br \/>\nNi le moral de cet instituteur, ni l\u2019environnement social de son nouveau poste d\u2019enseignant, ni l\u2019ann\u00e9e de son arriv\u00e9e \u00e0 Alger ne pr\u00e9disposent \u00e0 cette histoire d\u2019amour.<br \/>\nComment alors vit Fran\u00e7oise cette \u00e9cole et quels sont les ressorts de cette idylle ? Le narrateur reste \u00e9vasif sur ce point. Qu\u2019est-ce qui l\u2019attire en elle ? Le physique ? Il n\u2019y a aucune description de cet ordre. Son d\u00e9vouement \u00e0 l\u2019\u00e9cole, \u00e0 la pratique \u00e9ducative ? Peut-\u00eatre. Elle ne voit pas de la m\u00eame fa\u00e7on la r\u00e9alit\u00e9 du bidonville o\u00f9 vivent des centaines de Fouroulou. Or, l\u2019instituteur, autochtone, sent et vit cette mis\u00e8re dans ses fibres.<br \/>\nIls se croisent mais ils ne se rencontrent pas. Ils se serrent, \u00ab virilement \u00bb la main et c\u2019est \u00e0 peine si leurs doigts s\u2019effleurent. Amour impossible, interdit ? Le narrateur s\u00e8me la confusion sur l\u2019existence r\u00e9elle de Fran\u00e7oise :<br \/>\n\u00abJe ne voulais pas qu\u2019on prenne au pied de la lettre cette discussion avec Fran\u00e7oise. Peut-\u00eatre n\u2019eut-elle jamais lieu, v\u00e9ritablement (\u2026) Ce qui nous importait \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre \u00e9tait de nous retrouver \u00e0 chaque instant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et de laisser nos coeurs s\u2019\u00e9garer ensemble, secr\u00e8tement loin de nos propos graves ou futiles \u00bb<br \/>\nLe narrateur se fait encore plus d\u00e9routant en \u00e9crivant quelques lignes plus loin :<br \/>\n\u00ab Aujourd\u2019hui, seul, dans mon bureau o\u00f9, d\u00e8s le d\u00e9but des vacances, j\u2019essaie de la recr\u00e9er et de l\u2019enfermer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce cahier, entour\u00e9 de mes bouquins et n\u2019ayant que ses pauvres souvenirs, d\u00e9tach\u00e9s d\u2019elle comme par m\u00e9garde : les cheveux, le bout de craie, la petite blouse, dois-je avouer qu\u2019elle devient de plus en plus insaisissable, que parfois il m\u2019arrive de broder, de m\u00ealer des bouts de sc\u00e8nes, de trahir l\u2019ordre chronologique des faits et des paroles, en somme d\u2019\u00e9crire un roman\u2026\u00bb.<br \/>\nLa rencontre est le titre de la deuxi\u00e8me et derni\u00e8re partie du roman. Cette partie est chronologique. Elle est \u00e9crite sous la forme d\u2019un journal intime &#8211; technique famili\u00e8re \u00e0 Feraoun &#8211; tenu du 12 juillet 1958 jusqu\u2019au 2 janvier 1959, durant les p\u00e9riodes de vacances scolaires (Les 12 et 17 juillet, les 5, 14 et 23 ao\u00fbt, un jour de rentr\u00e9e le 25 septembre et lors du r\u00e9veillon le 31 d\u00e9cembre 1958 et le lendemain de la nouvelle ann\u00e9e, le 2 janvier 1959). La partie \u00e9pilogue ( \u00e9crite une ann\u00e9e apr\u00e8s l\u2019ach\u00e8vement du roman) ne comprend qu\u2019une date, un autre r\u00e9veillon le 31 d\u00e9cembre 1960). Des dates qui \u00e9chappent au rythme de la vie scolaire !<br \/>\nIl \u00e9crit \u00e0 Fran\u00e7oise repartie dans sa Bretagne natale sans qu\u2019elle ait pu accomplir sa \u00ab mission \u00bb ni voir aboutir sa secr\u00e8te relation d\u2019amour. Apr\u00e8s un long silence, elle se d\u00e9cide \u00e0 \u00e9crire \u00e0 son \u00ab ami \u00bb. S\u2019amorce par un flash-back progressif, un proc\u00e9d\u00e9 nouveau dans l\u2019\u00e9criture de Feraoun :<br \/>\nDans la missive de Fran\u00e7oise, pas le moindre mots d\u2019amour. Un t\u00e9l\u00e9gramme sans information. Une impression. Une nostalgie. Un bulletin m\u00e9t\u00e9orologique: \u00ab Mon ami. Ciel maussade. Votre soleil me manque. Pens\u00e9es affectueuses. Pa\u00efen. \u00bb<br \/>\nSur ce dernier mot, le narrateur s\u2019explique : \u00ab Voil\u00e0. Pa\u00efen est le pseudonyme que je lui ai propos\u00e9 un jour pour signer notre histoire. Un pseudonyme commun puisque l\u2019histoire \u00e9tait commune\u2026 \u00bb<br \/>\nAu fil des \u00e9changes \u00e9pistolaires, il lui avoue que ce n\u2019est pas elle qui l\u2019occupe et le pr\u00e9occupe. Mais son pays, les pressions dont il est l\u2019objet de la part des paras ( encore eux !) Cet aveu est de taille : il conf\u00e8re une autre tournure au roman. La relation entre l\u2019instituteur et Fran\u00e7oise \u00e9claircit son \u00e9nigme \u00e0 mesure que s\u2019envenime la situation politique.<\/p>\n<p>Dans ce roman posthume, l\u2019\u00e9crivain fait montre d\u2019une \u00e9criture engag\u00e9e ; il y exprime sans ambages ses prises de position politiques en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance de son pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">Suite de l\u2019article dans la version papier<\/span><a href=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?page_id=8\" target=\"_self\"><br \/>\n<span style=\"color: #ff0000;\">abonnez-vous \u00e0 L&rsquo;ivrEscQ<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le roman met en sc\u00e8ne deux personnages : l\u2019auteur narrateur, instituteur, fils du bled, qui a quitt\u00e9 sous la menace de l\u2019autorit\u00e9 coloniale son \u00e9cole de montagne [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[4,131],"tags":[],"class_list":["post-774","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-dossier","category-n-5"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/774","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=774"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/774\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1340,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/774\/revisions\/1340"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=774"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=774"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=774"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}