{"id":7854,"date":"2022-03-08T12:21:47","date_gmt":"2022-03-08T11:21:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=7854"},"modified":"2022-03-16T12:34:20","modified_gmt":"2022-03-16T11:34:20","slug":"le-8-mars-2022-choix-du-livre-une-farouche-liberte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/le-8-mars-2022-choix-du-livre-une-farouche-liberte\/","title":{"rendered":"Le 8 mars 2022 : Choix du livre \u00ab Une farouche libert\u00e9 \u00bb."},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-7857\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Gise\u0300le-Halimi5M-214x300.jpg\" alt=\"Gise\u0300le-Halimi5M\" width=\"214\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Gise\u0300le-Halimi5M-214x300.jpg 214w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Gise\u0300le-Halimi5M.jpg 686w\" sizes=\"auto, (max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/>Il est des livres comme \u00ab\u00a0Une farouche libert\u00e9\u00a0\u00bb que l&rsquo;on a du mal \u00e0 oublier en ce 8 mars\u00a0; c\u2019est le refus de l\u2019omerta devant les causes justes. Un livre d&rsquo;entretien avec\u00a0la journaliste Annick Cojean\u00a0o\u00f9\u00a0Gis\u00e8le Halimi revient sur son enfance en Tunisie avec une m\u00e8re peu aimante qui n&rsquo;avait d&rsquo;yeux que pour son fils a\u00een\u00e9 si adul\u00e9. Un commencement qui rappelle le pr\u00e9ambule du roman \u00abMes hommes\u00bb de Malika Mokaddem.<\/p>\n<p>Dans \u00abUne farouche libert\u00e9\u00bb Gis\u00e8le Halimi revient sur la moudjahida Djamila Boupacha, fragment du r\u00e9cit tout aussi poignant\u00a0que bouleversant :<\/p>\n<p><strong>Comment avez-vous rencontr\u00e9 Simone de Beauvoir ? L\u2019aviez-vous beaucoup lue? Faisait-elle partie de vos phares ou de vos grandes inspirations ? <\/strong><\/p>\n<p>J\u2019avais lu Le Deuxi\u00e8me Sexe \u00e0 23 ans avec un m\u00e9lange d\u2019\u00e9merveillement et de stupeur. Car c\u2019\u00e9tait vraiment incroyable : un livre mettait des mots sur mon v\u00e9cu, ma r\u00e9volte initiale, mon indignation permanente concernant la d\u00e9pendance et l\u2019humiliation des femmes. Il donnait des cl\u00e9s pour analyser les rapports entre les sexes et expliquer cet inexorable malheur de devenir femme. Parce qu\u2019on le devient\u2026 \u00ab C\u2019est l\u2019ensemble de la civilisation qui \u00e9labore ce produit interm\u00e9diaire entre le m\u00e2le et le castrat qu\u2019on qualifie de \u201cf\u00e9minin\u201d \u00bb, \u00e9crivait-elle, en prouvant que la diff\u00e9rence entre condition masculine et condition f\u00e9minine \u00e9tait essentiellement culturelle. C\u2019\u00e9tait excitant, bousculant, galvanisant ! J\u2019avais l\u2019impression qu\u2019une sorte de lumi\u00e8re \u00e9clairait soudain mon chemin.<\/p>\n<p>Jusque-l\u00e0, mon f\u00e9minisme avait \u00e9t\u00e9 purement instinctif, construit par bribes au fil de mes exp\u00e9riences. Et voil\u00e0 qu\u2019une femme, qui n\u2019avait pas souffert de la pauvret\u00e9, pas subi la domination des m\u00e2les de sa famille ni \u00e9t\u00e9 menac\u00e9e de mariage forc\u00e9 \u00e0 15 ans mais au contraire encourag\u00e9e \u00e0 s\u2019\u00e9panouir dans les \u00e9tudes, le th\u00e9orisait brillamment. Elle universalisait la condition des femmes. Et moi qui me sentais alors si seule dans ma r\u00e9volte prenais brusquement conscience d\u2019\u00eatre incluse dans une communaut\u00e9 immense. (p. 34)<\/p>\n<p><strong>Le dossier de Djamila Boupacha a justement \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de briser ce tabou et de d\u00e9noncer la torture par le viol. En acceptant la d\u00e9fense de cette jeune militante ind\u00e9pendantiste, saviez-vous que vous en feriez l\u2019un des dossiers les plus embl\u00e9matiques de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie ? <\/strong><\/p>\n<p>Non, bien s\u00fbr. Mais Djamila Boupacha repr\u00e9sentait tout ce que je voulais d\u00e9fendre. Son dossier \u00e9tait m\u00eame, dirais-je, un parfait condens\u00e9 des combats qui m\u2019importaient : la lutte contre la torture, la d\u00e9nonciation du viol, le soutien \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance et au droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames, la solidarit\u00e9 avec les femmes engag\u00e9es dans l\u2019action publique et l\u2019avenir de leur pays, la d\u00e9fense d\u2019une certaine conception de la justice, et enfin mon f\u00e9minisme. Tout \u00e9tait r\u00e9uni ! Le cas \u00e9tait exemplaire. La premi\u00e8re fois que je l\u2019ai vue dans la prison de Barberousse \u00e0 Alger, elle boitait, elle avait les c\u00f4tes bris\u00e9es, les seins et la cuisse br\u00fbl\u00e9s par des cigarettes. On l\u2019avait atrocement tortur\u00e9e pendant trente-trois jours, on l\u2019avait viol\u00e9e en utilisant une bouteille, lui faisant perdre ainsi une virginit\u00e9 \u00e0 laquelle cette musulmane de 22 ans, tr\u00e8s pratiquante, tenait plus qu\u2019\u00e0 sa vie. Elle avait pourtant reconnu les faits dont on l\u2019accusait : agent de liaison du FLN, elle avait d\u00e9pos\u00e9 un obus pi\u00e9g\u00e9 dans un caf\u00e9 d\u2019Alger le 27 septembre 1959, engin qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9samorc\u00e9 \u00e0 temps et n\u2019avait donc provoqu\u00e9 ni victimes ni d\u00e9g\u00e2ts. Pourquoi s\u2019\u00e9tait-on acharn\u00e9 sur elle ? Massu voulait qu\u2019elle parle, qu\u2019elle livre des r\u00e9seaux de militants, qu\u2019elle d\u00e9nonce ses \u00ab fr\u00e8res \u00bb. Elle ne l\u2019avait pas fait. Il fallait donc urgemment sauver cette jeune fille qui risquait la peine de mort. Il fallait d\u00e9noncer les s\u00e9vices qu\u2019elle avait subis et porter plainte en tortures pour que ses bourreaux soient punis. Il fallait en faire le symbole, aux yeux du monde entier, des ignominies commises par la France. Tout a \u00e9t\u00e9 fait, \u00e0 Alger, pour emp\u00eacher une d\u00e9fense normale de Djamila et \u00e9touffer l\u2019affaire. Mais je me suis battue. Elle est devenue mon obsession. \u00c0 peine rentr\u00e9e \u00e0 Paris \u2013 mes autorisations de s\u00e9jour \u00e0 Alger \u00e9taient limit\u00e9es au strict minimum et exigeaient parfois que je quitte l\u2019Alg\u00e9rie la veille de l\u2019audience \u2013, j\u2019ai tout fait pour ameuter l\u2019opinion. J\u2019ai \u00e9crit \u00e0 de Gaulle, Malraux, Michelet, afin qu\u2019on ne dise pas : \u00ab Paris ne savait pas\u2026 C\u2019\u00e9tait Alger ! \u00bb J\u2019ai inform\u00e9 Fran\u00e7ois Mauriac qui officiait dans L\u2019Express, Hubert Beuve-M\u00e9ry, le patron du Monde qui m\u2019a longuement re\u00e7ue et voulait tout savoir, Daniel Mayer, le pr\u00e9sident de la Ligue des droits de l\u2019homme. Surtout, j\u2019ai racont\u00e9 en d\u00e9tail \u00e0 Simone de Beauvoir, lors d\u2019un long rendez-vous dans un caf\u00e9 pr\u00e8s de Denfert-Rochereau, l\u2019histoire de Djamila et les tortures subies. Je ne doutais pas un instant de son soutien ardent. Elle a tout de suite cherch\u00e9 l\u2019outil pour d\u00e9clencher des r\u00e9actions et alerter l\u2019opinion. Ce fut un article implacable qu\u2019elle \u00e9crivit en une du Monde le 2 juin 1960 et qui s\u2019intitulait : \u00ab Pour Djamila Boupacha \u00bb. L\u2019affaire \u00e9tait lanc\u00e9e. Le gouvernement fit saisir le journal \u00e0 Alger, mais des lettres nous parvinrent du monde entier. Et d\u2019anciens r\u00e9sistants, horrifi\u00e9s, \u00e9crivirent que les m\u00e9thodes de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise leur rappelaient la Gestapo. L\u2019article du Monde nous a valu une petite chicane. Simone de Beauvoir d\u00e9crivait avec beaucoup de pr\u00e9cision les tortures endur\u00e9es par Djamila, y compris la pire (\u2026) Et l\u2019article fit l\u2019effet d\u2019une bombe. Des personnalit\u00e9s de courants politiques, philosophiques, religieux les plus divers souhait\u00e8rent adh\u00e9rer au comit\u00e9 \u00ab Pour Djamila Boupacha \u00bb : Aim\u00e9 C\u00e9saire, Jean-Paul Sartre, Germaine Tillion, Ren\u00e9 Julliard, Aragon, Genevi\u00e8ve de Gaulle, Andr\u00e9 et Anise Postel-Vinay\u2026 M\u00eame Fran\u00e7oise Sagan, que j\u2019\u00e9tais all\u00e9e voir dans sa maison d\u2019\u00c9quemauville et que personne n\u2019attendait sur ce terrain.<\/p>\n<p>Son article sur Djamila, paru dans L\u2019Express \u2013 \u00ab La jeune fille et la grandeur \u00bb \u2013, a boulevers\u00e9 ses lecteurs. Pour obtenir la justice que je voulais, il fallait donc parfois transgresser la loi, et m\u00eame la d\u00e9ontologie, comme je l\u2019avais pressenti avant ma prestation de serment. J\u2019avais trahi le secret professionnel en divulguant devant l\u2019opinion publique les d\u00e9tails du dossier Boupacha. Mais je lui avais peut-\u00eatre \u00e9vit\u00e9 la peine de mort et j\u2019avais attir\u00e9 l\u2019attention sur un sujet crucial : ces viols commis par les troupes fran\u00e7aises et dont personne ne voulait entendre parler. (P.28-29)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-7858 aligncenter\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/9782246824237-001-T-196x300.jpg\" alt=\"9782246824237-001-T\" width=\"196\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/9782246824237-001-T-196x300.jpg 196w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/9782246824237-001-T.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des livres comme \u00ab\u00a0Une farouche libert\u00e9\u00a0\u00bb que l&rsquo;on a du mal \u00e0 oublier en ce 8 mars\u00a0; c\u2019est le refus de l\u2019omerta devant les causes [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,123,198],"tags":[],"class_list":["post-7854","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-coup-de-coeur","category-n59"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7854","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7854"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7854\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7860,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7854\/revisions\/7860"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7854"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7854"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7854"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}