{"id":8418,"date":"2026-03-08T02:41:59","date_gmt":"2026-03-08T01:41:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=8418"},"modified":"2026-04-01T18:39:08","modified_gmt":"2026-04-01T17:39:08","slug":"rachid-rezagui-un-artiste-accompli%ef%bf%bc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/rachid-rezagui-un-artiste-accompli%ef%bf%bc\/","title":{"rendered":"Rachid Rezagui : un artiste accompli"},"content":{"rendered":"\r\n<p style=\"font-size: 16px;\">\u00c0 lui seul, il est une palette de nuances et de tons dans un patrimoine alg\u00e9rien riche. De l\u2019auteur-compositeur au capteur de photos, et du po\u00e8te-d\u00e9clameur au po\u00e8te imag\u00e9, il entrem\u00eale les arts et les lettres. Ce cr\u00e9ateur infatigable, d\u2019une sensibilit\u00e9 rare et profonde, passe d\u2019une langue \u00e0 une autre, faisant jaillir l\u2019imaginaire tel un chantre de la m\u00e9moire. Pour <strong><em>L\u2019ivrEscQ,<\/em><\/strong> il l\u00e8ve le voile sur les coulisses de sa cr\u00e9ation et revient sur ce lien ind\u00e9fectible unissant rimes, m\u00e9lodies \u00e0 l\u2019art visuel.<\/p>\r\n\r\n\r\n<div class=\"wp-block-image\">\r\n<figure class=\"alignright size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-08-at-01.59.04-2.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-8425\" src=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-08-at-01.59.04-2-1024x682.jpeg\" alt=\"\" width=\"356\" height=\"237\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-08-at-01.59.04-2-1024x682.jpeg 1024w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-08-at-01.59.04-2-300x200.jpeg 300w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-08-at-01.59.04-2-768x512.jpeg 768w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-08-at-01.59.04-2-1536x1023.jpeg 1536w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-08-at-01.59.04-2.jpeg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 356px) 100vw, 356px\" \/><\/a><\/figure>\r\n<\/div>\r\n\r\n\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>L\u2019ivrEscQ :<\/strong> <strong>\u00c0 votre actif, on compte plusieurs recueils de po\u00e9sie :\u00a0<em>Des mots pour d\u00e9noncer les maux<\/em> pr\u00e9fac\u00e9 par Jaoudet Guessouma,\u00a0<em>Jaillissement des mots<\/em> illustr\u00e9 par Karim Sergoua,\u00a0<em>Sur le chemin des loups<\/em>\u00a0pr\u00e9fac\u00e9 par Djoher Amhis Ouksel. Cette \u0153uvre se d\u00e9cline en amazigh avec\u00a0<em>Awal izugger timssal<\/em>, en darja avec <em>\u0627\u0644\u0645\u0646\u0627\u0645 \u0643\u064a\u0641<\/em>\u00a0 et en fran\u00e7ais avec\u00a0<em>Dire pour commencer et finir<\/em>\u2026<\/strong> <strong>Face \u00e0 cette pluralit\u00e9 de langues, lorsqu\u2019une \u00e9motion vous submerge et que le premier vers gicle, quelle langue s&rsquo;impose en premier ? Le sujet choisit-il sa langue, ou est-ce la musicalit\u00e9 de l\u2019instant qui impose\u00a0l&rsquo;amazigh,\u00a0la <em>darja<\/em>\u00a0ou le fran\u00e7ais ?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>Rachid Rezagui\u00a0:<\/strong> L&rsquo;inspiration me r\u00e9veille tr\u00e8s souvent au petit matin, bien avant l&rsquo;aube, elle a d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli la langue dans laquelle elle me dictera ses mots en rimes. Le sujet qui na\u00eet dans mon c\u0153ur se retrouve dans mon esprit et force la porte pour jaillir en vers octosyllabes et rimes crois\u00e9es. Quand ce moment se pr\u00e9sente, des fois je suis fatigu\u00e9, mais impossible de me rendormir, l&rsquo;inspiration est tellement forte que je me tire du lit pour d\u00e9poser les mots sur une feuille de papier. Les mots jaillissent en rimes et se mettent en ordre de quatrains jusqu&rsquo;\u00e0 la chute finale. Tr\u00e8s souvent et surtout quand l&rsquo;inspiration d\u00e9boule en kabyle ou en arabe alg\u00e9rien, une m\u00e9lodie accompagne le po\u00e8me. Je suis oblig\u00e9, dans ce cas, d&rsquo;enregistrer la m\u00e9lodie d\u00e8s qu&rsquo;elle se pr\u00e9sente \u00e0 mon esprit, sinon je la perds. Depuis ma plus tendre enfance j&rsquo;\u00e9coute de la musique et je chante \u00e9galement. \u00c0 ce jour, je me r\u00e9veille tous les matins que Dieu fait, avec un air dans ma t\u00eate, et je le chante en adaptant des paroles d\u00e9j\u00e0 connues.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>L.\u00a0:<\/strong> <strong>Est-ce que le premier jet est traduit dans les autres langues que vous maitrisez ? Ou le po\u00e8me se suffit-il \u00e0 sa langue d&rsquo;origine ? Autrement dit, est-ce que le m\u00eame po\u00e8me passe d&rsquo;une langue \u00e0 une autre, ou chaque po\u00e8me reste-t-il ancr\u00e9 dans sa langue initiale ?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>R. R.\u00a0:<\/strong> Mes po\u00e8mes restent dans leur identit\u00e9 premi\u00e8re. Comme vous le savez, il est presque impossible de traduire fid\u00e8lement la po\u00e9sie. Concernant la langue kabyle, o\u00f9 le mot \u00e0 lui seul peut donner tout un ensemble d&rsquo;explications, de sens et de m\u00e9taphores, on ne peut traduire que le sens du po\u00e8me. Il est souhaitable, bien entendu, que la po\u00e9sie voyage \u00e0 travers la traduction, mais il faudrait que ce travail soit effectu\u00e9 par des personnes, elles-m\u00eames po\u00e8tes et qui connaissent bien la langue, la culture et la sociologie du pays dans lequel est n\u00e9 le po\u00e8me, ainsi que les sp\u00e9cificit\u00e9s litt\u00e9raires et sociologiques de la langue dans laquelle sera traduit le po\u00e8me. Ceci est mon humble avis.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>L.\u00a0:<\/strong> <strong>Quand on d\u00e9couvre vos po\u00e8mes tels que\u00a0<em>La nuit<\/em>,\u00a0<em>Le po\u00e8te<\/em>,\u00a0<em>Les morts<\/em>,<em> Droits de l\u2019homme<\/em>\u00a0ou\u00a0<em>La culture du mal<\/em>, sublim\u00e9s par le g\u00e9nie <\/strong>de\u00a0<strong>Karim Sergoua<\/strong>,<strong> on sent que le pari de la beaut\u00e9 artistique est pleinement abouti. Quel regard portez-vous sur ce bin\u00f4me cr\u00e9atif ? Comment s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e la fusion entre votre verbe et l&rsquo;univers visuel de Sergoua ?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>R. R.\u00a0:<\/strong> Quand j&rsquo;avais termin\u00e9 mon premier recueil <strong><em>Des mots pour d\u00e9noncer les maux<\/em><\/strong> en 1998, et avant de passer \u00e0 l&rsquo;aventure de l&rsquo;\u00e9dition, je voulais pr\u00e9senter ma po\u00e9sie\u00a0autrement. J&rsquo;avais r\u00e9fl\u00e9chi, alors, \u00e0 comment faire accompagner ma po\u00e9sie par un autre art. C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j&rsquo;ai\u00a0d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er le mariage de la po\u00e9sie\u00a0et de la peinture. J&rsquo;avais r\u00e9alis\u00e9 quelques tableaux avec Mohamed Larbi Guita et sa femme Samira Hachem. Puis j&rsquo;avais pens\u00e9 \u00e0 Karim Sergoua, artiste plasticien, qui de surcro\u00eet, est un enfant de mon quartier et avec lequel je partage beaucoup d&rsquo;id\u00e9es et de principes, notamment dans la vision des choses et de l&rsquo;engagement pour les valeurs que nous portons lui et moi. Avec Karim, le message est vite pass\u00e9 et il a soutenu mon id\u00e9e. Cependant, Karim Sergoua est un artiste exigeant et dont la libert\u00e9 ne se n\u00e9gocie pas. Il m&rsquo;avait demand\u00e9 de lui remettre le recueil et de lui laisser le temps n\u00e9cessaire pour la r\u00e9alisation de la trame esth\u00e9tique d&rsquo;interpr\u00e9tation des \u0153uvres po\u00e9tiques. J&rsquo;ai respect\u00e9 avec patience et rigueur ses exigences sans jamais le perturber. Le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 exceptionnel et fabuleux. Les interpr\u00e9tations graphiques de Karim Sergoua ont imprim\u00e9 \u00e0 mes trois recueils une compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les mots et le signe graphique, dans un mariage \u00e9thique-esth\u00e9tique qui met en exergue les couleurs et les po\u00e8mes, ce qui a donn\u00e9 une po\u00e9sie imag\u00e9e.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>L.\u00a0:<\/strong> <strong>Vous avez produit des po\u00e8mes accompagnant des peintures et des portraits de h\u00e9ros de la R\u00e9volution alg\u00e9rienne\u2026 Pensez-vous que les mots et le visuel vont de pair ? Comment s\u2019est articul\u00e9e cette combinaison des arts et des lettres, sachant que la po\u00e9sie l&rsquo;affaire de ceux qui savent voir et entendre au-del\u00e0 du visible ?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>R. R.\u00a0:<\/strong> J&rsquo;ai toujours voulu pr\u00e9senter ma po\u00e9sie avec un habillage artistique : une fois avec de la peinture, une fois avec de la musique que j&rsquo;ai compos\u00e9e et interpr\u00e9t\u00e9e, et une autre fois avec la photographie. Dans la r\u00e9alisation des portraits, j&rsquo;ai rendu hommage \u00e0 des martyrs, des combattants de la libert\u00e9, des artistes assassin\u00e9s, des femmes et des hommes de lettres. J&rsquo;ai choisi cette technique car le visuel attire mieux le regard, et automatiquement, le regard finit par se\u00a0poser sur le po\u00e8me\u00a0qui lui, finira par toucher le c\u0153ur \u00e0 travers le sens et l&rsquo;\u00e9motion.\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>L.\u00a0:<\/strong> <strong>Au fil de vos multiples expressions \u2014 qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un texte, d&rsquo;un vers, d&rsquo;une photo ou d&rsquo;une d\u00e9clamation \u2014 quel est l&rsquo;instant cr\u00e9atif qui vous a le plus marqu\u00e9 ou boulevers\u00e9 dans votre parcours d&rsquo;artiste ?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>R. R.\u00a0:<\/strong> L&rsquo;\u00e9criture fait appel au sens et \u00e0 la concentration. Elle produit de fortes \u00e9motions qui font mal et lib\u00e8rent en m\u00eame temps. C&rsquo;est comme un accouchement chez une femme, il y a la douleur, puis la d\u00e9livrance et le bonheur de voir son b\u00e9b\u00e9.\u00a0 Quand j&rsquo;\u00e9cris et que je termine mon po\u00e8me, je me sens rena\u00eetre \u00e0 nouveau. L&rsquo;\u00e9criture donne un sens \u00e0 la vie. C&rsquo;est la vie ! C&rsquo;est le combat contre la mort !\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>L.\u00a0:<\/strong> <strong>Vos CD, entre cha\u00e2bi et amazigh, m&rsquo;ont longtemps accompagn\u00e9 sur la route. Vous avez l&rsquo;\u00e9toffe d&rsquo;un grand interpr\u00e8te, pourtant le po\u00e8te ou le \u00ab\u00a0po\u00e8te imag\u00e9\u00a0\u00bb semble aujourd&rsquo;hui avoir pris le dessus sur le chanteur. O\u00f9 se cache donc le talentueux interpr\u00e8te que nous aimions tant \u00e9couter ?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>R. R.\u00a0:<\/strong> J&rsquo;\u00e9cris et je compose toujours des chansons en kabyle, en cha\u00e2bi, mais le probl\u00e8me actuellement, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9dition. Il n&rsquo;y a plus d\u2019\u00e9diteurs dans ce domaine parce que l&rsquo;av\u00e8nement du t\u00e9l\u00e9chargement par internet a tu\u00e9 le commerce du CD. Nous produisons des chansons \u00e0 nos frais, nous r\u00e9alisons m\u00eame des clips vid\u00e9os \u00e0 nos frais \u00e9galement, nous les\u00a0mettons sur YouTube mais sans aucun b\u00e9n\u00e9fice. C&rsquo;est triste, la vie d&rsquo;artiste !\u00a0Je dois pr\u00e9ciser une chose importante dans la r\u00e9alisation de tous mes CD : C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aide pr\u00e9cieuse du grand musicien Madjid Bellamine que j\u2019ai pu enregistrer mes chansons, dans son studio, apr\u00e8s un arrangement musical effectu\u00e9 avec une touche artistique particuli\u00e8re.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>L.\u00a0:<\/strong> <strong>Un mot pour conclure, quels sont vos projets futurs ? Entre la po\u00e9sie, la photographie et la musique, sur quels nouveaux chemins ce \u00ab chantre de la m\u00e9moire \u00bb compte-t-il nous emmener prochainement ?<\/strong><\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p><strong>R. R.\u00a0: <\/strong>Mon r\u00eave, c&rsquo;est de passer au th\u00e9\u00e2tre en r\u00e9alisant un spectacle sur les planches. Un spectacle o\u00f9 la po\u00e9sie s&rsquo;exprimera accompagn\u00e9e de chor\u00e9graphie, de musique, de chorale et de danse. Une expression dans les trois langues parl\u00e9es en Alg\u00e9rie : tamazight, l&rsquo;arabe et le fran\u00e7ais. Mais pour mettre en sc\u00e8ne un tel projet, il faut des professionnels dans chaque sp\u00e9cialit\u00e9. J&rsquo;en ai discut\u00e9 avec mon ami le grand homme de th\u00e9\u00e2tre Mustapha Ayad, le fils de Rouiched. L&rsquo;id\u00e9e lui a plu et il\u00a0m&rsquo;a dit d&rsquo;attendre qu&rsquo;une opportunit\u00e9 se pr\u00e9sente. A celui qui sait attendre, une porte s&rsquo;ouvrira !\u00a0<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"has-text-align-right\" style=\"font-size: 14px;\"><strong>Nadia SEBKHI<\/strong><\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 lui seul, il est une palette de nuances et de tons dans un patrimoine alg\u00e9rien riche. 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