{"id":8726,"date":"2026-06-15T10:23:06","date_gmt":"2026-06-15T09:23:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/?p=8726"},"modified":"2026-06-16T04:05:51","modified_gmt":"2026-06-16T03:05:51","slug":"enquete-historique-donnant-une-voix-aux-anonymes-un-massacre-en-kabylie-algerie-1956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/enquete-historique-donnant-une-voix-aux-anonymes-un-massacre-en-kabylie-algerie-1956\/","title":{"rendered":"Enqu\u00eate historique donnant une voix aux anonymes : \u00ab Un massacre en Kabylie, Alg\u00e9rie 1956 \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-8733\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/SAFIA-KESSAS-BELFOTO-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/SAFIA-KESSAS-BELFOTO-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/SAFIA-KESSAS-BELFOTO-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/SAFIA-KESSAS-BELFOTO-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/SAFIA-KESSAS-BELFOTO-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/SAFIA-KESSAS-BELFOTO.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>La r\u00e9alisatrice, documentariste belgo-alg\u00e9rienne Safia Kessas a sign\u00e9 ce samedi 13 juin \u00e0 la librairie L\u2019Arbre \u00e0 Dires son livre <em>Un massacre en Kabylie, Alg\u00e9rie 1956<\/em>, en pr\u00e9sence de Selma Hellal, son \u00e9ditrice, lors d&rsquo;une rencontre anim\u00e9e par Ihsane El Kadi. Le public, venu en nombre, a salu\u00e9 ce travail in\u00e9dit sur la r\u00e9gion de la vall\u00e9e de la Soummam, plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans trois villages martyrs : A\u00eft Soula, Tazrouts et Agouni. Cette enqu\u00eate douloureuse et puissante sur ces hameaux sacrifi\u00e9s de l\u2019Akfadou est un document \u00e0 la lisi\u00e8re de l\u2019histoire et de l\u2019intime, qui vient \u00e9clairer une page tragique et m\u00e9connue de la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p><strong>La gen\u00e8se : la m\u00e9moire familiale<\/strong><\/p>\n<p>En publiant <em>Un massacre en Kabylie Alg\u00e9rie 1956,<\/em> \u2013 fruit d\u2019une collaboration avec l\u2019historien Fabrice Riceputi, pr\u00e9fac\u00e9 par Edwy Plenel \u2013 Safia Kessas ne signe pas seulement une enqu\u00eate historique, elle remonte le temps sur les traces de son propre pass\u00e9. Son p\u00e8re, Tayeb Kessas, natif du village de Djenane (dans la commune de Chemini, da\u00efra de Sid-A\u00efch, wilaya de B\u00e9ja\u00efa), avait fui la Kabylie d\u00e8s 1945, traumatis\u00e9 par les massacres de S\u00e9tif, Guelma et Kherrata. Plus tard, il refusa de combattre en Indochine pour la France, et choisit de s\u2019\u00e9tablir en Belgique. C&rsquo;est \u00e0 la suite de son d\u00e9c\u00e8s\u00a0 en 2019 que la fille a d\u00e9cid\u00e9 de lever le voile sur le drame du 23 mai 1956. Elle a ainsi explor\u00e9 l&rsquo;h\u00e9ritage familial, notamment \u00e0 travers le destin de sa tante Safia Kessas, dont elle re\u00e7ut le pr\u00e9nom en h\u00e9ritage, sans l\u2019avoir jamais connue.<\/p>\n<p>Ce 23 mai, au c\u0153ur du massif de l\u2019Akfadou \u2013 haut lieu et quartier g\u00e9n\u00e9ral des maquisards \u2013, l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise commet un massacre de masse \u00e0 huis clos dans A\u00eft Soula, Agouni et Tazrouts. Pas moins de 75 hommes sont ex\u00e9cut\u00e9s. Plus de 200 femmes sont forc\u00e9es de se d\u00e9nuder sous la menace des armes.<\/p>\n<p>L\u2019auteure fait passer son r\u00e9cit de l&rsquo;intime \u00e0 la m\u00e9moire collective. Con\u00e7u tel un projet de transmission et une \u0153uvre n\u00e9cessaire de qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9, ce livre s&rsquo;impose d&#8217;embl\u00e9e comme une archive vivante, comme le souligne Edwy Plenel dans sa pr\u00e9face : \u00ab <em>En suivant Safia Kessas et Fabrice Riceputi, on d\u00e9couvre une m\u00e9moire vive de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance, de ses blessures et de ses d\u00e9chirures<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Briser l&rsquo;omerta sur les crimes de l&rsquo;ombre<\/strong><\/p>\n<p>Le travail de Safia Kessas se distingue par une hybridation des genres, m\u00ealant l&rsquo;\u00e9criture documentaire, historique, journalistique et personnelle. Les mots du g\u00e9niteur r\u00e9sonnent par la cruelle r\u00e9alit\u00e9 de la famine\u00a0(page 20) : \u00ab\u00a0<em>Parfois, on devait sucer des pierres et manger des racines<\/em> \u00bb. Le c\u0153ur sombre de l&rsquo;ouvrage bat dans la partie \u00ab Crime de d\u00e9shonneur \u00bb. Safia Kessas y brise l\u2019omerta sur le viol massif de 200 femmes confin\u00e9es dans une mosqu\u00e9e. Un outrage. Un double sacril\u00e8ge. Elle \u00e9taye cette barbarie en soulignant les analyses de l&rsquo;historienne Rapha\u00eblle Branche (page 82) : \u00ab <em>\u00c0 travers la femme, bouscul\u00e9e, violent\u00e9e, viol\u00e9e, les militaires atteignirent sa famille, son village, et tous les cercles auxquels elle appartient jusqu\u2019au dernier, le peuple alg\u00e9rien<\/em> \u00bb. La chercheuse f\u00e9ministe et historienne Christelle Taraud abonde \u00e9galement dans ce sens (cit\u00e9e \u00e0 la m\u00eame page) rappelant que \u00ab <em>la virilit\u00e9 du colon se construisait par la d\u00e9possession du colonis\u00e9. Le viol, dans ce dispositif, ne relevait pas de la violence accidentelle mais participait pleinement du projet colonial<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Au c\u0153ur des documents et des voix de l&rsquo;\u00e9poque<\/strong><\/p>\n<p>Safia Kessas s&rsquo;appuie sur un vaste ensemble d\u2019ouvrages et de documents d\u2019\u00e9poque. Elle cite notamment le sociologue Ali Mekki et son ouvrage \u00ab\u00a0<em>De la vall\u00e9e de la Soummam \u00e0 la vall\u00e9e de la Durance<\/em><em>\u00a0\u00bb<\/em>, qui rappelle l\u2019exode de 2 500 hommes de Chemini vers l\u2019usine chimique de Saint-Auban. Parmi eux, le t\u00e9moin Akli se souvient encore de l\u2019effroyable credo d\u2019un soldat fran\u00e7ais (page 36) : \u00ab <em>Les femmes qui nous plaisent, on les b&#8230;.., les femmes qui nous plaisent pas, on les tue<\/em> \u00bb.\u00a0L\u2019horreur transpara\u00eet \u00e9galement \u00e0 travers les \u00e9crits du maquisard Djoudi Attoumi, qui compare \u00a0\u00bb<em>A\u00eft Soula \u00e0 Oradour-sur-Glane\u00a0\u00bb<\/em>, ou encore \u00e0 travers le manuscrit <em>Le temps des figues<\/em> de l\u2019instituteur Abdelmadjid Djenaoui, d\u00e9crivant l\u2019odeur f\u00e9tide de la mort. L\u2019auteure exhume aussi les pages du <em>Livre blanc sur la r\u00e9pression<\/em> (1956) des intellectuels anticolonialistes Denise et Robert Barrat, d\u00e9taillant les ratissages sanglants de la Soummam de f\u00e9vrier \u00e0 juin 1956.\u00a0En faisant dialoguer les archives officielles, \u2013 \u00ab <em>souvent incompl\u00e8tes, parcellaires ou mensong\u00e8res<\/em> \u00bb, selon Edwy Plenel au pr\u00e9ambule \u2013 avec les r\u00e9cits des anonymes, Safia Kessas r\u00e9ussit l&rsquo;impossible : lever le poids de la honte et faire enfin entendre le cri enfoui des femmes. Un livre capital pour l&rsquo;histoire, contre l&rsquo;oubli. Mais comment sortir indemne d&rsquo;une \u00e9criture si douloureuse face \u00e0 une telle d\u00e9shumanisation ? Entre les lignes, on per\u00e7oit l\u2019indignation, le courroux et l\u2019urgence absolue de nommer l\u2019innommable, \u00e0 l&rsquo;aube du 70e anniversaire du Congr\u00e8s de la Soummam.\u00a0La rencontre \u00e0 la librairie L\u2019Arbre \u00e0 Dires aura ainsi permis de mettre en lumi\u00e8re la force de ce travail m\u00e9moriel capital, que j\u2019avais lu au pr\u00e9alable et que je ne peux que conseiller vivement\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Nadia SEBKHI Editorialiste \u2014 \u00a0L\u2019ivrEscQ\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong><u>NOTE:\u00a0<\/u><\/strong><strong>\u00c0 titre institutionnel (universit\u00e9s, autres) ou personnel, en Alg\u00e9rie ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, nous informons que toute reprise d\u2019articles du site Livrescq.com n\u2019est permise qu\u2019avec notre accord pr\u00e9alable, \u00e0 solliciter via : contact@livrescq.com<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-8735\" src=\"http:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LIVRE-KESSASSS-205x300.jpg\" alt=\"\" width=\"205\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LIVRE-KESSASSS-205x300.jpg 205w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LIVRE-KESSASSS-701x1024.jpg 701w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LIVRE-KESSASSS-768x1122.jpg 768w, https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/LIVRE-KESSASSS.jpg 921w\" sizes=\"auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9alisatrice, documentariste belgo-alg\u00e9rienne Safia Kessas a sign\u00e9 ce samedi 13 juin \u00e0 la librairie L\u2019Arbre \u00e0 Dires son livre Un massacre en Kabylie, Alg\u00e9rie 1956, en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true},"categories":[1,117,174],"tags":[],"class_list":["post-8726","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-une","category-actuel","category-fira-colloques"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8726","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8726"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8726\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8738,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8726\/revisions\/8738"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8726"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8726"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.livrescq.com\/livrescq\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8726"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}