L’un des enjeux de notre présent est comprendre que la diversité linguistique peut devenir une force de modernité plutôt qu’un facteur de discorde
U
ne langue n’est pas le brouhaha ni le monolinguisme des soliloques façon néant. Une langue est ancrée. Elle porte les racines de ce que nous sommes. Les écrivains, les poètes, les essayistes, autres passionnés des mots chérissent la langue de leur inspiration, de leur muse, lorsqu’elle leur révèle des sentiers insoupçonnés de découvertes, de révélations, de ravissement. Nous aimons l’arabe algérien de nos mères, de nos grands-mères. Pourtant, nous avons tendance parfois à délaisser la douce mélodie de certains vocables d’autrefois, désuets peut-être, tombés dans l’oubli sans doute. Abderrezak Dourari, professeur des sciences du langage et de traductologie, directeur du CNPLET (Centre National Pédagogique et Linguistique pour l’Enseignement de Tamazight), étaye : « l’arabe algérien, n’est pas un simple arabe dialectal, c’est un arabe qui puise ses sources dans la famille chamito-sémitique ».
Notre arabe algérien est dans La Grande Maison de Mohammed Dib – où la langue maternelle algérienne des personnages s’est hissée dans la culture de l’art et la mémoire– ou encore dans Tahya Ya Didou de Mohamed Zinet, belle esquisse cinématographique du parler algérois, un film ayant marqué tant de générations. Autant d’œuvres inscrites dans notre patrimoine linguistique et culturel témoignent de notre richesse identitaire. Nous avons une œuvre littéraire colossale, en français comme en arabe, qui raconte, nous interroge et décrit la réalité algérienne. L’Algérie n’est pas une langue. Elle est une pluralité de langues, de parlers et de cultures qui se rencontrent dans un même espace, une même géographie. Une pluralité que décrypte le professeur Abderrezak Dourari, sociolinguiste, auteur de plusieurs ouvrages : « nous distinguons des langues de l’ordre formel – celles des études, de la recherche, de la diplomatie et l’expression élaborée – et les langues de l’ordre privé, personnel. Ce sont les variétés amazighes, plus de sept, et l’arabe maternel. Et cela exprime des cultures, notre histoire, notre identité dans l’unicité de notre algérianité ».
Les langues permettent de communiquer, de penser, de bâtir, d’embellir, d’exister. Parfois, elles sont rapports de force ou rapports de coopération. To be or not to be. Elles sont surtout la mémoire de nos aïeux, de notre passé ancestral. Mais les langues ne sont pas figées. Elles se croisent, elles s’entrecroisent, elles évoluent. Elles feignent parfois de disparaître pour renaître de plus belle. Et probablement l’un des enjeux de notre présent est comprendre que la diversité linguistique peut devenir une force de modernité plutôt qu’un facteur de discorde. L’anglais s’installe dans les universités, la recherche et les nouvelles technologies. L’intelligence artificielle arrive avec fracas, bouleversant notre rapport aux langues. D’autre langues circulent, s’apprennent, se déplacent, sont en mouvement et s’imposent. Le monde ne nous attend pas. C’est autour de cette question essentielle et d’actualité que le professeur Abderrezak Dourari nous invitera à méditer sur le devenir des langues en Algérie, aujourd’hui et demain, lors du prochain dîner littéraire, le samedi 10 octobre 2026, au restaurant L’Épicerie.
Nadia SEBKHI Editorialiste — L’ivrEscQ
NOTE: À titre institutionnel (universités, autres) ou personnel, en Algérie ou à l’étranger, nous informons que toute reprise d’articles du site Livrescq.com n’est permise qu’avec notre accord préalable, à solliciter via : contact@livrescq.com




Il n'ya pas de réponses pour le moment.
Laissez un commentaire