Quoi de mieux que d’être au cœur d’un sujet qui définit ce que nous sommes ? Nous sommes les langues que nous parlons. Nous sommes les langues de l’échange avec autrui, celles des principes, des valeurs sûres, de la morale, de la loi, de la mémoire, de l’amour, de la rupture, de l’union, et ce qui nous singularise en tant qu’Algériens dans la grande cour de l’humanité.
A des moments, on parle la langue des aïeux, la langue de l’intime, de la mère, celle de l’extérieur, du souk, de la rue, et à d’autres, la langue des collègues, des études et des recherches, de l’écriture, de la verve, de la communication. Nous nous interrogeons sur les langues : sont-elles une force ou une faiblesse ? La langue, est-elle neutre, figée ou en mouvement ?
« Algérie plurilingue », thématique éminemment importante et poignante, tant par son legs que par son apport dans le passé, le présent et l’avenir, a été largement abordée par le professeur Abderrazak Dourari, invité au dîner littéraire du samedi 10 octobre, à l’occasion de la rentrée littéraire. Parmi les points forts de cette soirée, le professeur a notamment souligné que le dialecte algérien est une langue à part entière. C’est dans cette approche que les variétés de l’arabe parlé sur l’ensemble du territoire national, les variétés de l’amazigh ici et là, la langue française — largement présente dans les recherches, les études, la faconde — et l’anglais encore à ses balbutiements à l’échelle de la population, façonnent notre paysage linguistique.
Selon le sociolinguiste, cela concourt à la richesse et aucunement à l’appauvrissement.
En s’exprimant sur ce sujet, il a longuement nommé les choses en récusant les clivages. En rassembleur, il a mis l’accent sur les contradictions, soulignant combien elles sont déjà anciennes.
D’ailleurs, nos écrivains se sont exprimés sur la question, à l’instar d’Assia Djebar : « La langue française devenue mienne, tout au moins en écriture, le français lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation, de ma rêverie. L’arabe et le berbère portent une mémoire et des héritages essentiels ». Mostefa Lachref, quant à lui, défendait la place essentielle de la langue arabe dans notre patrimoine culturel, notamment celle de l’arabe populaire, porteuse d’une mémoire, d’une connaissance du territoire, des usages et des traditions. Malek Haddad disait « la langue française est mon exil ». Il regrettait néanmoins de ne pouvoir écrire pleinement sa pensée et ses sentiments dans sa langue maternelle. Kateb Yacine, pour sa part, défendait l’arabe populaire, langue vivante du peuple, tout en considérant le français comme un « butin de guerre ».
Cette soirée nous a permis d’apprécier les tenants et les aboutissants, privilégiant le dialogue et la réflexion au menu d’un dîner littéraire. En conclusion, une identité linguistique doit-elle être homogène pour être solide, ou a contrario, plurielle sans perdre de sa cohérence, comme en Afrique du Sud, en Inde et ailleurs dans le monde !
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